Oleg Iachtchouk. Né en Ukraine, à Lanivtsi le 26 octobre 1977. Carrière de joueur : Elov (1990-94), Nyva Ternopil (1994-96), Anderlecht.
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Oleg Iachtchouk. Né en Ukraine, à Lanivtsi le 26 octobre 1977. Carrière de joueur : Elov (1990-94), Nyva Ternopil (1994-96), Anderlecht. Comme je suis né dans l'ancienne république soviétique et que j'y ai passé toute ma jeunesse, je privilégierai l'Ukraine, même si je suis belge depuis 2003. J'ai demandé ma naturalisation à la fois parce que j'ai appris à apprécier un pays où je vis depuis 1996 mais aussi pour jouir d'une certaine autonomie. Au nom de la libre circulation des travailleurs, il est quand même plus facile d'obtenir de l'embauche en tant que ressortissant de l'espace économique européen. Oleg, le prénom qui m'a été donné en référence à Oleg Blokhine, le premier joueur ukrainien à accéder à la notoriété mondiale avec le Dynamo Kiev cher au coach Valeri Lobanovskyi. Tchouki, c'est un surnom que je dois à Aimé Anthuenis. Il éprouvait tant de difficultés à prononcer correctement mon nom qu'il utilisa un beau jour ce sobriquet. Depuis lors, il m'est resté et tout le monde m'apostrophe de cette manière au Sporting aujourd'hui. C'est sympa. Mieux vaut Tchouki que Tchouk-Tchouk, non (il rit). Iachtchouk, qui est la seule orthographe correcte. L'alphabet cyrillique, utilisé dans ma patrie d'origine notamment, pose d'évidents problèmes en matière de reconversion en latin. On en a eu un aperçu dans les quotidiens, récemment, avec les orthographes différentes du nouveau président de l'Ukraine : tantôt c'était Youchenko, tantôt encore Iouchtchenko. Mon nom a été francisé en I-A-C-H-T-C-H-O-U-K. C'est ainsi, en tout cas, qu'il est libellé sur mon passeport ainsi que dans les registres de l'Etat-civil. Il est donc complètement faux d'utiliser la version J-A-S-T-S-J-O-E-K comme le font parfois certains journaux néerlandophones. Ternopil, où j'ai accompli mes débuts parmi l'élite du football ukrainien il y a une dizaine d'années. Un épisode qui me laisse à la fois de bons et de mauvais souvenirs car c'est de mon passage au Nyva que remontent mes problèmes récurrents aux adducteurs. Tchernobyl, c'est un autre cauchemar, quoique je ne l'aie pas perçu de la même manière. J'avais neuf ans à l'époque de l'accident à la centrale nucléaire et j'étais trop jeune pour apprécier l'impact de l'événement. Avec le recul, je me rends compte que cette tragédie a, sans doute, marqué le commencement de la fin pour l'URSS. Jusque-là, les Soviétiques n'avaient jamais eu besoin d'une aide extérieure pour régler leurs problèmes. Mais là, ils étaient complètement démunis. Après coup, le cours de l'histoire s'est accéléré : trois ans après Tchernobyl, le mur de Berlin est d'abord tombé, en 1989. Puis, deux ans plus tard, les diverses républiques qui composaient l'Union Soviétique ont obtenu leur autonomie. Le Dynamo Kiev, qui était la référence footballistique absolue durant mon adolescence. Au même titre que la plupart des Ukrainiens, j'ai encore en mémoire la victoire de ce club, en finale de la Coupe des Coupes, face à l'Atletico Madrid, en 1986. Aux dires de tous, le Dynamo déployait un football d'une autre planète. Même Raymond Goethals en a fait l'observation dans vos colonnes (il sourit). Aujourd'hui encore, l'étoile de ce club est au zénith, même si la concurrence s'est accrue au pays avec l'essor d'autres équipes comme Dnipro Dnipropetrovsk, et surtout les deux représentants de la ville de Donetsk : le Shakhtar et le Metalurh. Tous deux ne manquent pas de moyens, comme on a pu s'en rendre compte dans un passé récent : le premier en faisant appel à des techniciens de renom comme Nevio Scala ou Mircea Lucescu, et le deuxième en attirant entre autres quelques-unes des vedettes ivoiriennes de Beveren. C'est un choix extrêmement difficile, dans la mesure où je suis étroitement associé aux deux : Blokhine, comme dit, par son prénom et par l'impact qu'il a eu sur le joueur en herbe que j'étais au cours des années '80, et Shevchenko pour la bonne et simple raison que je formais, à ses côtés, la ligne d'attaque de la sélection ukrainienne des moins de 17 ans. Personnellement, j'étais le footballeur le plus doué de l'Ecole des Sports de Lvov alors que lui, aussi bizarre qu'il n'y paraisse, ne faisait pas partie du gratin dans son homologue, à Kiev. Là-bas, trois autres éléments avaient davantage la cote, dont un certain Sergeï Rebrov, qui allait se faire un nom lui aussi. De tous, c'est finalement Andriy Shevchenko qui aura eu la trajectoire la plus prestigieuse, ponctuée par un Ballon d'Or amplement mérité. Quand, comme lui, on s'impose dans le championnat le plus relevé du monde, on ne peut qu'inspirer le respect. Plus tard, je serai fier de pouvoir dire que j'ai joué un jour au côté d'un gars de sa trempe. Le caviar. Vous me croirez ou non, mais je l'ai découvert en Belgique alors qu'il constitue pourtant l'une des spécialités de mon pays d'origine. Sur place, ce produit de luxe n'était pas destiné au commun des mortels. Les neuf dixièmes de la production étaient exportés. C'est ici, à Bruxelles, que j'ai mangé pour la première fois des £ufs d'esturgeon et j'y ai pris goût. Mais uniquement pour les grandes occasions, évidemment. A un moment donné, la colonie de footballeurs de l'ex-URSS, au RSCA, était forte de plusieurs éléments avec Maxime Bodrenko, Raphaël Zanguionov, Genia Luchenko et Stanislas Lebedentsev notamment. Chaque fois que l'un d'entre eux retournait là-bas, il était chargé de ramener du caviar dans ses bagages afin d'approvisionner son entourage. Ni l'un ni l'autre. En réalité, je n'aime pas les alcools de grain. A choisir, je préfère un apéritif à base de vin. La Mer Noire, qui constitue mon tout premier souvenir en la matière. Ici, en Belgique, aller à la côte est une chose tout à fait normale. Mais en Ukraine, pas moins de 700 kilomètres séparent Ternopil d'Odessa, la station balnéaire la plus connue du pays. Il m'a fallu attendre mes 16 ans pour avoir enfin le privilège de découvrir la côte. C'était lors d'un tournoi de jeunes. Hélas, je n'ai pas pu me baigner car ladite compétition avait lieu au mois de septembre. Et il faisait déjà beaucoup trop froid pour faire trempette Je ne suis ni un assidu de lecture ni un amateur de musique classique. Comme tous mes compagnons de classe, j'ai évidemment dû me farcir les grands noms de la littérature soviétique : Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine. Mais je n'ai jamais accroché. Tchaïkovski, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé non plus. Je préfère de loin tout ce qui est moderne. J'ai un faible pour les clips. Certains, avec Enrique Iglesias ou Britney Spears sont même très réussis. Je suis de confession orthodoxe, comme les trois quarts des Ukrainiens. Mais la foi du football, celle qui est la plus importante à mes yeux, c'est Jean Dockx qui me l'a inculquée. Deux ans après mon arrivée au Parc Astrid, il a réellement été le premier coach à croire en moi. Sous ses ordres, j'ai disputé en fin de campagne 1998-99 les meilleurs matches de ma carrière : un 0-6 d'anthologie au Standard et un 2-5 tout aussi retentissant à Genk, futur champion avec Aimé Anthuenis cette saison-là. Il n'empêche que si la compétition avait duré un mois de plus, Anderlecht se serait emparé du titre. Car l'équipe survolait les débats avec une qualité de jeu qui, désolé de le dire, n'a plus jamais été atteinte depuis lors. Et pourtant, dans ce onze-là, Pär Zetterberg, Enzo Scifo et Walter Baseggio cohabitaient sans le moindre problème. Le film célèbre, je ne l'ai vu qu'une fois. En revanche, le cabinet de consultation de Marc Martens, je le connais sous toutes ses coutures. Le praticien anversois m'a opéré à deux reprises des adducteurs et le docteur Bellemans l'a imité autant de fois. Après chaque intervention, c'était toujours la même rengaine : - Cher ami, vous êtes délivré pour de bon de vos tourments. Je ne demandais qu'à les croire, évidemment, mais la réalité fut tout autre. Ceci dit, je croise les doigts : depuis mon dernier passage sur le billard, en 2002, je ne ressens plus les moindres séquelles. Le ping-pong car l'autre terme évoque en premier lieu, pour moi, la table d'opération (il rit). A l'époque où j'étais pensionnaire du sport-études à Lvov, je n'étais d'ailleurs pas maladroit du tout dans cette discipline. Même si je n'avais pas le niveau d'un Jean-Michel Saive. La chasse en Ukraine et la pêche en Belgique. Avec mon père, je tirais autrefois le lapin et le canard au pays. Ici, c'est la truite que je taquine. En rivière ou en étang. C'est très relaxant. Aucune préférence, à partir du moment où je peux évoluer dans l'axe, à une distance restreinte du but. Par contre, sur les flancs, je suis nettement moins à l'aise. J'ai besoin de voir le but, et non la ligne de touche, pour éprouver des sensations. Anatoli Gerk, que j'espère aider à faire carrière au RSCA. Par rapport aux autres russophones que j'ai connus ici, il a déjà le mérite de s'inscrire dans la durée, puisqu'il est au Parc Astrid depuis près de quatre ans. Mais le chemin à accomplir est encore long, pour lui. Comme la plupart des joueurs de l'est de l'Europe, le mental n'est pas son fort. C'est ce qui avait déjà posé des problèmes à Alin Stoica et à Martin Kolar à présent. Pourtant, Anatoli n'est pas dénué de qualités. Si la tête était à la hauteur de ses jambes, il y a longtemps qu'il aurait déjà fait son trou au Sporting. Titulaire ailleurs mais pas n'importe où. Je serai toujours éternellement reconnaissant à Anderlecht de m'avoir donné la possibilité de m'exprimer sur un terrain et de m'avoir soutenu dans l'adversité. C'est une attitude noble que je n'oublierai jamais. Mais à présent que mes déboires physiques appartiennent au passé, j'aspire à jouer. Joker de luxe, c'est un rôle que je ne tiens pas à jouer indéfiniment. Si cette perspective n'est pas envisageable au Sporting, je n'hésiterai pas à tenter ma chance ailleurs. A condition, bien sûr, que le jeu en vaille la chandelle. Je ne vais pas non plus signer chez le premier venu pour le simple plaisir de figurer dans l'équipe de base. J'ai beaucoup de respect pour Arsène Wenger. Car je prends toujours beaucoup de plaisir à voir jouer Arsenal. Mais Valeri Lobanovskyi m'a marqué au fer rouge. Et c'est vers lui que se portent mes faveurs. C'est une question qui n'est plus d'actualité : l'Ukraine n'accepte pas la double nationalité. Comme je suis devenu belge, je n'entre donc plus en considération pour la sélection représentative de mon pays d'origine, même si j'en ai défendu les couleurs en formations de jeunes. En revanche, il m'est bel et bien loisible de défendre les couleurs de l'équipe belge. Je sais aussi qu'Aimé Anthuenis a alerté la fédération pour qu'elle enquête en ce sens. A priori, je n'exclus rien. Mais mon seul but, dans l'immédiat, c'est de devenir titulaire à part entière. Ce n'est qu'à ce prix que je pourrai nourrir d'autres ambitions. Ce choix ne m'a pas interpellé, puisque je n'ai pas été appelé à voter, contrairement à ma famille restée au pays : ma s£ur Ivana et mes grands-parents. Dans ma région, les gens sont plutôt pro-Iouchtchenko, lisez pro-Europe, tandis qu'à Donetsk, de l'autre côté du territoire, les électeurs ont plutôt pris le parti de Viktor Ianoukovich, plus proche de la Russie. Quel que soit l'avenir, tout ce que je souhaite c'est qu'il soit plus rose que la vie d'aujourd'hui. Depuis l'indépendance, on ne peut pas dire que l'évolution ait été franchement positive. Les possibilités sont peut-être devenues plus nombreuses, à tous niveaux, mais les gens restent malheureusement sur leur faim, faute de pouvoir d'achat. C'est cela qui doit changer. Franky Vercauteren, sans hésiter. Qu'on le veuille ou non, son nom reste étroitement lié à celui de Jean Dockx avec qui j'ai connu quelques-uns de mes moments de gloire au Parc Astrid. Avec Hugo Broos, je n'ai pas encore vécu le même bonheur, c'est le moins que je puisse dire. Bruno Govers" Tchernobyl, ce fut le début de LA FIN DE L'URSS "