Le Jacky Mathijssen qui se confesse au calme, devant un petit café, est assez différent de celui que l'on croise en conférence de presse, un quart d'heure après un match. Autant il peut sembler sur des charbons ardents les soirs de match, autant il est détendu en semaine. Il reconnaît cette double personnalité. " Oui, je peux avoir deux abords très différents ", dit-il. " Après un match, je cherche d'abord à me protéger et à protéger mes joueurs. Je sais à quel point la presse peut être vicieuse, combien certaines questions peuvent être des pièges. Alors, comme je suis toujours dans le feu de l'action, comme j'ai encore la tête sur le terrain, je préfère ne pas trop m'épancher. Et c'est vrai que je peux être cassant dans ces moments-là. Mais il faut me comprendre. Devoir répondre à une question délicate d'un journaliste de la télé, presque en direct, ce n'est pas évident. N'oubliez pas, non plus, que je n'ai pas la langue avec moi. Je dis toujours que mon français est suffisant pour faire du bon boulot sur le terrain dans un club francophone, mais bien répondre à une interview quand on n'a pas encore repris ses esprits, c'est déjà plus compliqué. Alors, je suis contraint de jouer un rôle de gars éventuellement très sec, ce que je ne suis pas dans la vie de tous les jours. Je ne me laisse pas enfermer dans un coin et je mets des barrières : on ne me touche pas et on ne touche pas à mes joueurs. Quitte à ne pas être très clair ou très constructif dans mes réponses ".
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Le Jacky Mathijssen qui se confesse au calme, devant un petit café, est assez différent de celui que l'on croise en conférence de presse, un quart d'heure après un match. Autant il peut sembler sur des charbons ardents les soirs de match, autant il est détendu en semaine. Il reconnaît cette double personnalité. " Oui, je peux avoir deux abords très différents ", dit-il. " Après un match, je cherche d'abord à me protéger et à protéger mes joueurs. Je sais à quel point la presse peut être vicieuse, combien certaines questions peuvent être des pièges. Alors, comme je suis toujours dans le feu de l'action, comme j'ai encore la tête sur le terrain, je préfère ne pas trop m'épancher. Et c'est vrai que je peux être cassant dans ces moments-là. Mais il faut me comprendre. Devoir répondre à une question délicate d'un journaliste de la télé, presque en direct, ce n'est pas évident. N'oubliez pas, non plus, que je n'ai pas la langue avec moi. Je dis toujours que mon français est suffisant pour faire du bon boulot sur le terrain dans un club francophone, mais bien répondre à une interview quand on n'a pas encore repris ses esprits, c'est déjà plus compliqué. Alors, je suis contraint de jouer un rôle de gars éventuellement très sec, ce que je ne suis pas dans la vie de tous les jours. Je ne me laisse pas enfermer dans un coin et je mets des barrières : on ne me touche pas et on ne touche pas à mes joueurs. Quitte à ne pas être très clair ou très constructif dans mes réponses ". Jacky Mathijssen (41 ans) est par contre limpide et positif quand il se colle à l'épreuve du Joker Interdit ! Jacky Mathijssen : Ni l'un ni l'autre. C'était très réfléchi. Je voulais continuer à progresser dans mon costume de coach et, autant c'était possible à Charleroi, autant ça ne l'était plus à St-Trond. J'avais travaillé trois ans là-bas ; seul Raymond Goethals a fait mieux dans ce club. Parce que c'est un environnement compliqué avec ses problèmes, ses intrigues, ses difficultés sportives et extrasportives, un stress permanent, les attentes des supporters, etc. J'ai su tenir le coup et faire de bons résultats dans la durée, j'estimais donc que mon boulot était terminé. La solution de facilité aurait été de signer le nouveau contrat qu'on m'y proposait. Mais il aurait alors fallu changer tout le groupe, car il n'est pas bon qu'un coach collabore trop longtemps avec les mêmes joueurs. Beaucoup d'entraîneurs commettent cette erreur. Ils prolongent parce que tout va bien, et ça explose quelques mois plus tard. J'estimais qu'il était temps pour moi d'attaquer un nouveau défi : refaire de Charleroi un club stable. J'ai accepté l'éventualité de devoir bosser cette saison en D2. En sachant que c'était un risque personnel parce que, depuis mes débuts avec Winterslag à l'âge de 18 ans, je n'avais plus jamais travaillé dans cette division. A l'époque, on ne me confiait guère de responsabilités : apprendre, m'entraîner en semaine, jouer le week-end et me taire ! Si nous étions descendus en fin de saison dernière, j'aurais entamé cette année sans aucun point de repère. Mais je me suis jeté à l'eau. Charleroi parce que St-Trond est une page définitivement tournée. Même si on m'y proposait un nouveau contrat, j'ai l'impression que les dirigeants en étaient eux aussi persuadés. Tout ce que je garde aujourd'hui comme souvenir de St-Trond, ce sont les images de moments fantastiques pendant trois saisons et un grand respect vis-à-vis des dirigeants qui ont osé me donner une chance d'entraîner en D1. Aujourd'hui, je me sens épanoui à Charleroi, dans un club finalement comparable à St-Trond : même instabilité chronique et résultats en dents de scie depuis des années, un football qui fait partie du tissu social de la région alors qu'il y a tant de clubs artificiels en Belgique. J'espère vraiment que, le jour où je quitterai Charleroi, ce sera en bons termes avec tout le monde dans ce club. J'ai réussi ce défi à St-Trond et j'en suis fier. Même si c'est utopique, chaque entraîneur rêve de quitter tous ses clubs par la grande porte. Brogno était un joueur exceptionnel. Le type d'attaquant qui n'effrayait pas seulement le gardien, mais toute l'équipe adverse. J'ai toujours été impressionné par ses qualités techniques, mais aussi tactiques. Il avait le nez. Et ça, on l'a ou on ne l'a pas. Cette roublardise ne s'apprend pas. Aujourd'hui, elle nous est encore très utile. J'estime aussi que nous sommes très complémentaires. En tant qu'ancien gardien de but, je vois ce qu'il faut faire pour que l'équipe soit bien organisée. Brogno apporte le côté improvisation et c'est lui û plus que moi û qui va apprendre les ficelles du métier d'attaquant à Izzet Akgül ou à Orlando. Ce qui me fait dire que, dans notre cas, un plus un font plus que deux. Après deux ans de collaboration, nous devrions être plus riches tous les deux. Et je choisis Brogno comme adjoint pour ce qu'il m'apporte au quotidien. Celle contre Anderlecht parce que c'était la première de la saison à domicile, après trois défaites. Elle était bien nécessaire. Quand on a des ambitions, il faut pouvoir les exprimer sur sa pelouse. Et il nous faudra encore des succès de prestige pareils pour ramener au Mambourg les gens qui ne viennent plus que pour les affiches. A domicile car c'est quand même plus agréable de jouer chez soi. Mais tout est plus facile en déplacement pour une équipe comme Charleroi. Qui, en Belgique, est capable de faire le jeu n'importe où ? Bruges, Anderlecht, le Standard, Genk, Lokeren, le Lierse de temps en temps. Les autres n'en ont pas les moyens. La première démarche, c'est de prendre conscience qu'on n'en est pas capable. C'est tout simplement une question de talent. Nous l'avons compris. Et quand on n'est pas bien dans un match, il faut trouver un style susceptible de rapporter des points. Nous essayons toujours de produire du spectacle à domicile, c'est une obligation morale pour un club comme Charleroi qui a une histoire. Mais nous restons prudents et réalistes. En déplacement, j'ai moins de scrupules. Je raisonne comme ceci : -C'est l'adversaire qui joue devant son public, à lui de montrer qu'il a plus de classe que nous. Et le Sporting devient alors un bloc difficile à bouger. C'est plus facile de prendre un ou trois points quand on ne doit penser qu'à contrer l'équipe d'en face. Mais attention, je ne me contenterai pas éternellement de cela. La prochaine étape consistera à réaliser une meilleure combinaison spectacle/rendement à domicile, ensuite nous viserons le même objectif en déplacement. Il faudra bientôt que mes joueurs le comprennent. Ceux qui ne savent pas se libérer dans un contexte aussi serein qu'aujourd'hui devront tirer des conclusions : il leur manque quelque chose. J'accepte que l'on joue avec la peur au ventre et le frein à main quand on est dans la zone rouge, mais je deviens moins tolérant quand on est dans la première moitié du classement. Oulmers parce qu'il est resté à Charleroi. Il a passé un cap. La saison dernière, il était déjà bon mais on entendait régulièrement les mêmes interrogations à son sujet : -Combien de buts ? û Combien d'assists ? Il a profité du premier tour pour devenir plus concret. Dufer est parti, c'est son destin. Et c'est dommage ! Quand je parle d'un football plus osé, plus spectaculaire, plus positif, je me dis qu'on aurait pu y arriver plus rapidement avec Dufer dans l'équipe actuelle. Charleroi 17e. Pendant notre campagne de préparation, la presse locale était tellement positive que j'ai été content de trouver dans un journal flamand un article où on nous condamnait à la D2. Je l'ai montré aux joueurs pour qu'ils gardent bien les pieds sur terre. C'est plus facile pour moi de les toucher au c£ur si on nous pronostique à la dix-septième place. Dans ce cas-là, je peux leur expliquer qu'ils valent bien mieux qu'un classement pareil. Alors que, si on les met à la cinquième place, je serai obligé de leur faire remarquer que c'est trop ambitieux, et mon discours deviendra alors négatif. Aucun des deux n'est plausible, je ne dois donc pas trancher ! Laquait ne partira pas en pleine saison et il y a assez d'argent pour que tout le monde soit payé à temps et à heure jusqu'au mois de juin... Même si la direction recevait pour Laquait une offre d'un million et demi d'euros, elle pourrait se permettre de la refuser. Waseige parce que j'ai un respect énorme pour sa carrière d'entraîneur et parce que je le connais mieux que Wilmots. Je l'ai rencontré pour la première fois à 19 ans, quand je n'étais encore qu'un gardien anonyme du noyau de Winter-slag. Il m'a dit que j'avais de grandes qualités et son discours m'a marqué. La première impression a donc été très bonne et c'est toujours celle-là que je garde. Avec Wilmots, j'ai seulement parlé une demi-heure en fin de saison dernière. Il me proposait de rester à St-Trond mais il a vite compris que ma décision était déjà prise et il n'a pas insisté. Le stade actuel. OK, c'était agréable de jouer devant des tribunes qui débordaient, mais le Sporting souffrait à l'époque d'un gros handicap d'infrastructures. Aujourd'hui, tout est parfait. Il reste à remplir ce stade. Pourquoi n'y a-t-il que 5.000 abonnés ? Parce que beaucoup de gens se disent qu'il y aura de toute façon toujours de la place s'ils veulent venir voir un match précis. Ce Mambourg est un peu trop grand pour un club comme Charleroi. Le podium, évidemment. Mais je suis réaliste et je sais de toute façon qu'aucun des deux ne se réalisera. Le Sporting ne terminera pas dans le Top 3 et l'Entraîneur de l'Année est presque systématiquement celui du club champion. C'est très bien comme cela, d'ailleurs. Tous les deux parce qu'ils m'ont voué une confiance aveugle. Spaute était venu me cueillir à Winterslag. Je n'avais qu'une cinquantaine de matches de D2 dans les jambes et il me proposait de devenir titulaire à Charleroi, qui remontait en D1 et allait forcément être chaque semaine sous pression. Il pouvait prendre beaucoup d'autres gardiens, bien plus expérimentés, mais c'est moi qu'il a choisi. Vingt ans plus tard, Bayat m'a offert la même confiance. Cela m'a même fait un peu peur. Et lui aussi avait reçu beaucoup de CV de coaches. Mon accident avec Lommel m'a évidemment bien plus marqué. Il faut voir les choses en face : ma carrière s'est arrêtée dans cette collision avec Kay Nyyssönen, l'attaquant du RWDM. J'ai rejoué après mon rétablissement, j'ai même gagné la Coupe de la Ligue avec Lommel, mais je n'étais plus le même gardien. Vous avez beau vous convaincre qu'il faut aller au duel, ce n'est plus possible de tout donner, de fermer les yeux face au danger. On ne sait plus prendre les mêmes risques après avoir failli mourir sur un terrain. Si j'ai remis les gants après ma guérison, c'était plus par esprit de revanche qu'autre chose, pour montrer que j'étais toujours là. Mais j'étais conscient que je n'avais plus le même niveau. St-Trond m'a transféré comme gardien trois ans après l'accident, mais c'était surtout dû à l'indisponibilité de Dusan Belic (suspendu) et de Davy Schollen pour le premier match de la saison, contre Anderlecht. J'ai joué cette rencontre, nous avons arraché un nul blanc, puis je me suis reconverti dans le staff. C'était plus pour me confier un rôle dans le vestiaire que sur le terrain que St-Trond avait pensé à moi. A côté du choc avec Nyyssönen, de la trépanation, de la lutte contre la mort, de la paralysie et de la rééducation, la finale perdue n'avait vraiment rien de grave. Excès d'euphorie. J'étais trop seul, à St-Trond, à penser qu'il fallait jouer ce match avant de soulever le trophée. J'ai tout fait pour persuader tout le monde au club que ce n'était pas gagné d'avance, mais j'étais décidément trop isolé. Ce fut une bonne leçon de modestie. Pas pour moi, mais pour d'autres personnes. ou défenseur ? Il peut jouer partout. Mais si j'analyse ce qu'il nous a apporté depuis le début de cette saison, je le choisis comme défenseur. Il a progressé en reculant... Je n'ai de problèmes avec aucun de ces deux corporations. Simplement, je demande aux journalistes de me respecter. Quand je dis non, c'est non. Ça ne sert à rien d'insister dans ces moments-là. Il faut accepter que je n'aie pas envie de répondre si le sujet est délicat. Mais je crois que tout le monde le comprend très bien. En près de 20 ans dans le foot professionnel, je n'ai pas eu un seul incident sérieux avec la presse. Macquet fonctionne bien dans mon organisation actuelle, donc je le prends. Mais il doit encore apprendre des qualités que Boffin possédait : être décisif dans les périodes favorables de l'équipe, devenir une âme du vestiaire et du club. Je ne connais pas encore le stress de l'entraîneur vu que je n'ai toujours pas traversé de périodes difficiles, de moments où on a l'impression de ne plus tout avoir en mains. Je sais qu'il y en aura et j'espère que je saurai alors me montrer à la hauteur. Le stress du mineur, je l'ai connu via mon père. Il a travaillé 25 ans dans le fond, dont 20 ans la nuit. Il a progressé et a fini sa carrière comme chef d'équipe. Quand il a arrêté, il m'a expliqué qu'il était fier de n'avoir pas donné une seule amende à un de ses hommes, qu'il n'avait jamais fait de mal à qui que ce soit. Alors que cela aurait été facile pour lui : un rapport sur celui qui s'est endormi dans un coin alors qu'il était censé bosser, et c'était l'amende automatique. En remontant pour la toute dernière fois, mon père m'a aussi dit : -Je vais tout faire pour que, jamais de la vie, tu n'aies le même métier que moi. Pierre Danvoye" La MêME INSTABILITÉ CHRONIQUE à Charleroi et à St-Trond " " J'ai des SCRUPULES À DOMICILE, pas en déplacement "