Le rouge, le blanc et le noir ont marqué toute la carrière de Laurent Wuillot, 29 ans depuis le 11 juillet. Ce furent d'abord le rouge et le blanc de l'AEC Mons, le club de son enfance. Puis, le noir et le blanc de Charleroi, où il a passé cinq ans. Enfin, le rouge et le blanc du Standard, où il a joué trois saisons. Aujourd'hui, ces trois couleurs se retrouvent dans le FC Brussels, son nouveau club qui lui a offert un contrat de trois mois, à son retour d'Ajaccio où il a passé deux saisons (une moyenne et une autre où il n'a pratiquement pas joué).

" Trois mois pour convaincre ? Disons plutôt trois mois pour me relancer. Il est normal qu'après un an et demi sans jouer, on se pose des questions sur mon état physique. De mon côté, je n'avais plus envie d'attendre que d'autres propositions, d'une durée plus longue. Lorsque mon manager m'a fait part de l'intérêt de Johan Vermeersch, je n'ai pas hésité. C'était pour moi l'occasion de retâter du football de compétition sous la houlette d'un des meilleurs coaches de Belgique et au sein d'un club dont je connaissais déjà pas mal de joueurs. En décembre, on fera une évaluation. Mais, quoi qu'il advienne, je me sens déjà impliqué dans la vie du club et imprégné de la mentalité qui y règne ".

Mons ou Bruxelles ?

Laurent Wuillot : Mons pour vivre, Bruxelles pour travailler. Je resterai toujours Montois, quoi qu'il arrive. La cité du Doudou, c'est ma ville. Mais je ne me perds pas à Bruxelles, une capitale que j'apprécie. Il y a de très beaux coins, et quoi qu'on en dise, pas mal d'espaces verts. Seulement, c'est une trop grande ville pour moi : je préfère une ville à l'échelle humaine. Mons et Bruxelles ont un point commun : leur Grand-Place, qui fait leur fierté. Difficile de dire quelle est la plus belle. Au niveau du football, par contre, l'AEC Mons restera pour toujours le club de mon c£ur : j'y ai joué de 5 à 18 ans, et mon père José y a été capitaine. Malheureusement, aujourd'hui, ce club a bien changé. Je ne connais plus personne, ou presque. A Bruxelles, j'ai découvert un cercle chaleureux, et l'ambiance dans le groupe est exceptionnelle, bien que les résultats soient un peu décevants.

Des amis pour la vie

Le chômage ou les blessures ?

Le pire, ce sont les blessures. J'en ai eu mon lot. La rupture des ligaments croisés dont j'ai été victime à 18 ans, alors que je jouais encore à Mons mais que je venais de signer pour Charleroi, fut pénible. Mais ma fracture de la jambe, à 23 ans, alors que je débarquais au Standard, fut encore plus terrible. Malgré la malchance qui m'a accablé, et d'autres péripéties, je garde cependant un bon souvenir de ma période à Sclessin. J'ai fait partie d'un groupe fantastique : Liviu Ciobotariu, Didier Ernst, Michael Goossens et les autres étaient des types extraordinaires. On a eu des problèmes avec Alphonse Costantin, mais on se serrait les coudes. Et en dépit des difficultés, on a obtenu des résultats. Sept mois après ma blessure, j'ai rejoué au football avec une plaque dans le pied. D'abord une demi-finale, puis une finale de Coupe de Belgique. La saison suivante, on a arraché un ticket pour la Coupe de l'UEFA par le biais du championnat. Au bout de trois saisons, je suis parti pour Ajaccio.

La Corse, un enfer ou un paradis ?

Un paradis. Au niveau des relations humaines, j'ai vécu deux années fantastiques. On a formé une bande de dix ou douze copains unis comme les doigts de la main, avec des garçons qui provenaient des régions les plus diverses de la France : Sud-Ouest, Bretagne, Vosges... J'irai certainement les revoir lorsque l'occasion se présentera : Xavier Collin, Stéphane Grégoire, Johan Demont, David Faderne et tous ceux qui sont restés là-bas. Au niveau du football aussi, j'ai vécu de très grands moments. J'ai beaucoup appris à force de fréquenter des joueurs de très haut niveau. Je me suis entraîné pendant deux ans avec Bernard Diomède, qui fut champion du monde en 1998. J'ai affronté des joueurs de classe mondiale lors de matches de Ligue 1. Mais, lors de mes six premiers mois, j'ai aussi vécu un enfer. Mon épouse et moi étions hébergés dans une chambre d'hôtel minuscule, sans air conditionné. Notre enfant, Théo, n'avait que quelques semaines. Lorsque mon épouse a connu des ennuis de santé et a dû être admise à l'hôpital, j'ai dû me lever toutes les deux heures durant la nuit pour m'occuper du petit, alors que j'avais entraînement le lendemain. J'ai tenu le coup un certain temps. Mais, après six mois, j'ai craqué physiquement. Cela explique en grande partie pourquoi j'ai un peu disparu de l'équipe par la suite.

Terre de football ou terre de vacances ?

Terre de football. Les Corses ne pensent qu'au ballon et vivent les matches avec une passion toute latine. La rivalité entre Ajaccio et Bastia est énorme. J'ai joué deux derbies, et ils se disputent toujours à couteaux tirés. Malheureusement, les infrastructures font défaut. Ajaccio commence seulement à grandir : on vient d'inaugurer deux terrains d'entraînement magnifiques. Lorsque je suis arrivé, les joueurs devaient encore laver leurs équipements. Mais cela ne dérangeait personne. En dehors de cela, la Corse est aussi, bien sûr, une magnifique terre de vacances. J'ai eu l'occasion de passer des vacances à l'île de la Réunion, mais la Corse est tout aussi belle, et il ne faut pas se farcir dix heures d'avion pour y aller. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle l'île de Beauté. On a la mer, la montagne, les criques, les forêts de pins, les villages. On change de décor tous les dix kilomètres. Le problème, c'est que la vie y est très chère. Les attentats ? Pour moi, Ajaccio était l'endroit le plus sûr en Europe. Je n'ai jamais ressenti de grosses tensions, je pouvais me promener avec mon gamin à deux heures du matin sans aucun problème. Les attentats, lorsqu'ils étaient commis, visaient essentiellement des bâtiments administratifs. Jamais des personnes civiles.

Ronaldinho joue par à-coups

Ronaldinho ou Didier Drogba ?

J'ai eu l'occasion de les affronter tous les deux. Didier Drogba m'a le plus impressionné. Je m'y suis frotté à deux reprises, lorsqu'il évoluait encore à Guingamp et qu'il venait d'éclore. Physiquement, c'était un roc. Sa vitesse de course et sa puissance étaient phénoménales. Sa frappe était magistrale. C'était, déjà, un attaquant complet, et sa réussite avec Marseille puis avec Chelsea ne m'a nullement étonné. Ronaldinho est un artiste, mais il joue plus par à-coups. J'ai affronté d'autres grands attaquants. Daniel Ljuboja et Pierre-Alain Frau étaient aussi impressionnants. Pauleta, c'est différent : on ne le voit pas pendant une longue période, et alors qu'on commence à se dire qu'il n'est pas dans le match, il vous plante deux buts.

Rolland Courbis ou Dominique Bijotat ?

Rolland Courbis, sans aucune hésitation. Entre les deux, c'est le jour et la nuit. Rolland Courbis s'investit à fond dans les relations humaines et défend toujours ses joueurs, y compris dans les négociations de contrats. Dominique Bijotat, c'est l'inverse : il ne pense qu'à lui-même. C'était un mec exécrable. Au départ, il était l'adjoint de Rolland Courbis, mais il ne songeait qu'à prendre sa place. Il l'a eue lorsque Rolland Courbis a eu des ennuis avec la justice française et est parti au Qatar. Sa chance fut d'avoir hérité d'un groupe soudé qui n'a jamais cherché à le saboter parce qu'il ne songeait qu'à l'intérêt du club et au maintien. Le club s'est sauvé... malgré Dominique Bijotat. Aujourd'hui, il vient d'être limogé... et Rolland Courbis est de retour. Certes, c'est un personnage un peu spécial. Il a des relations que l'on peut juger peu fréquentables. Comme entraîneur, il était spécial également. Généralement, on ne le voyait pas au début de la semaine. Le mercredi, il venait à l'entraînement mais passait son temps à téléphoner. A partir du jeudi, il commençait vraiment à s'occuper de la préparation tactique. Mais pour le match, on était prêt. Les joueurs venaient à Ajaccio pour lui... et pas uniquement parce que son fils, Stéphane, est agent de joueurs.

Daniel Van Buyten ou Philippe Albert ?

Philippe Albert. Pourtant, c'est en compagnie de Daniel Van Buyten que j'avais été transféré de Charleroi au Standard, en 1999. Daniel est un excellent joueur, et surtout, un grand bosseur. Je me souviens que, lorsqu'il était arrivé tout jeune dans le noyau A de Charleroi, il éprouvait des difficultés sur le plan du football. Mais il avait un potentiel physique extraordinaire, et techniquement, il a énormément travaillé. Rien que pour son travail, il a largement mérité d'être arrivé là où il est. Mais Philippe Albert avait une classe de plus.

Leekens m'a laissé pour compte

André Colasse ou Jean-Paul Spaute ?

Ces deux anciens Zèbres ont énormément compté pour moi, dans des fonctions différentes. André Colasse est l'entraîneur qui m'a lancé à 16 ans en D3 avec l'AEC Mons, et rien que pour cela, je ne l'oublierai jamais. Jean-Paul Spaute, en tant que président de Charleroi, m'a aussi laissé un souvenir impérissable. C'était un dirigeant qui connaissait le football. Quelle différence avec la période actuelle ! On a, évidemment, besoin de gens qui apportent de l'argent dans les clubs. Mais si ces gens-là ne sont pas des spécialistes de football, ils doivent avoir l'intelligence de bien s'entourer. A mon époque, à Charleroi, Gaston Colson s'occupait de la partie financière et Jean-Paul Spaute du sportif. Ces deux hommes travaillaient en symbiose. Lorsqu'on discutait des contrats, Jean-Paul Spaute ne restait même pas dans la pièce : cela l'ennuyait. En revanche, il avait le flair pour dénicher d'excellents joueurs en D3 : Eric Van Meir, Marco Casto, Roch Gérard, Olivier Suray, Jean-Jacques Missé Missé... et bien d'autres encore, dont moi. Je ne pense pas qu'Abbas Bayat soit capable de cela. Il y a son neveu Mogi, bien sûr. Mais surtout, la chance de Charleroi, c'est d'avoir un très bon entraîneur en la personne de Jacky Mathijssen. C'est pareil à La Louvière : Albert Cartier est, lui aussi, un très bon entraîneur. Des amis qui jouaient à Gueugnon m'en avaient déjà dit le plus grand bien. Mais combien de temps cela va-t-il durer ?

Maurice Jamin ou Dominique Leone ?

Maurice Jamin. Il fut mon président, lorsque je jouais à Mons en D3. C'était, à l'image de Jean-Paul Spaute, un président qui connaissait le football. Dominique Leone n'est pas un mauvais président. Son problème, c'est qu'il est très mal entouré. Lorsqu'on entend qu'Alain Lommers doit parler de football, on a compris.

Georges Leekens ou Robert Waseige ?

Robert Waseige, bien sûr. C'est un coach tout en psychologie, qui a marqué ma carrière. C'est lui qui m'avait fait venir à Charleroi, alors que je jouais encore à Mons. Malheureusement, il n'est pas resté au Mambourg et a été remplacé par Georges Leekens qui, lui, n'a jamais cru en moi. Ce n'est pas lui qui m'avait transféré, et j'étais arrivé blessé. J'ai, dès lors, été laissé pour compte. J'ai très mal vécu cette période. J'avais arrêté mes études pour devenir professionnel, et dans ces moments difficiles, j'aurais eu besoin de soutien. Besoin, aussi, de bénéficier des soins du noyau A et de séances de musculation pour me remettre sur pied. Au lieu de cela, Georges Leekens m'a obligé à m'entraîner durant huit mois avec le noyau B, le soir. Il ne m'a repris dans le noyau A qu'en toute fin de saison. Heureusement, Robert Waseige est revenu à Charleroi et j'ai encore eu l'occasion de travailler deux ans avec lui. C'est sous sa houlette que je me suis affirmé en D1. J'aurais pu le retrouver au Standard, plus tard, mais il est arrivé alors que j'étais en partance pour Ajaccio.

Le beauf' de Casto

Luka Peruzovic ou Tomislav Ivic ?

Luka Peruzovic. Il m'a appris le professionnalisme. Mais il était très dur avec les jeunes. Tous ceux qui étaient à Charleroi à l'époque, comme Marco Casto, Alex Teklak ou Samuel Remy, en ont bavé. C'était le métier qui entrait. Tomislav Ivic, je l'ai connu au Standard alors qu'il était déjà en fin de carrière. C'était un coach tout en intelligence, mais aussi tout en roublardise. Lorsque Peru avait quelque chose à dire, il le disait en face. Avec Ivic, c'était plus sournois.

Marco Casto ou Alex Teklak ?

Ah ! Les copains... J'ai toujours eu des liens très forts avec les deux. Aujourd'hui, la situation est un peu différente : Marco Casto est devenu mon beau-frère, puisque j'ai épousé sa s£ur, Laetitia. Je suis en contact permanent avec lui, mais on évite de parler de football. Dans la situation qu'il vit actuellement, c'est préférable. J'ai aussi conservé d'excellentes relations avec Alex Teklak. On est toujours restés en contact, même lorsque j'étais en Corse, et je me réjouis qu'il ait retrouvé une place de titulaire à Mouscron, mais pour avoir vécu moi-même une mésaventure semblable avec Georges Leekens à Charleroi, je n'ai pas été étonné du coup que LongCouteau lui a joué la saison dernière.

Daniel Devos

" Trois mois pour CONVAINCRE AU BRUSSELS ? Plutôt trois mois pour me relancer "

" Jadis, à Mons et à Charleroi, LES PRÉSIDENTS CONNAISSAIENT LE FOOTBALL "

Le rouge, le blanc et le noir ont marqué toute la carrière de Laurent Wuillot, 29 ans depuis le 11 juillet. Ce furent d'abord le rouge et le blanc de l'AEC Mons, le club de son enfance. Puis, le noir et le blanc de Charleroi, où il a passé cinq ans. Enfin, le rouge et le blanc du Standard, où il a joué trois saisons. Aujourd'hui, ces trois couleurs se retrouvent dans le FC Brussels, son nouveau club qui lui a offert un contrat de trois mois, à son retour d'Ajaccio où il a passé deux saisons (une moyenne et une autre où il n'a pratiquement pas joué). " Trois mois pour convaincre ? Disons plutôt trois mois pour me relancer. Il est normal qu'après un an et demi sans jouer, on se pose des questions sur mon état physique. De mon côté, je n'avais plus envie d'attendre que d'autres propositions, d'une durée plus longue. Lorsque mon manager m'a fait part de l'intérêt de Johan Vermeersch, je n'ai pas hésité. C'était pour moi l'occasion de retâter du football de compétition sous la houlette d'un des meilleurs coaches de Belgique et au sein d'un club dont je connaissais déjà pas mal de joueurs. En décembre, on fera une évaluation. Mais, quoi qu'il advienne, je me sens déjà impliqué dans la vie du club et imprégné de la mentalité qui y règne ". Laurent Wuillot : Mons pour vivre, Bruxelles pour travailler. Je resterai toujours Montois, quoi qu'il arrive. La cité du Doudou, c'est ma ville. Mais je ne me perds pas à Bruxelles, une capitale que j'apprécie. Il y a de très beaux coins, et quoi qu'on en dise, pas mal d'espaces verts. Seulement, c'est une trop grande ville pour moi : je préfère une ville à l'échelle humaine. Mons et Bruxelles ont un point commun : leur Grand-Place, qui fait leur fierté. Difficile de dire quelle est la plus belle. Au niveau du football, par contre, l'AEC Mons restera pour toujours le club de mon c£ur : j'y ai joué de 5 à 18 ans, et mon père José y a été capitaine. Malheureusement, aujourd'hui, ce club a bien changé. Je ne connais plus personne, ou presque. A Bruxelles, j'ai découvert un cercle chaleureux, et l'ambiance dans le groupe est exceptionnelle, bien que les résultats soient un peu décevants. Le pire, ce sont les blessures. J'en ai eu mon lot. La rupture des ligaments croisés dont j'ai été victime à 18 ans, alors que je jouais encore à Mons mais que je venais de signer pour Charleroi, fut pénible. Mais ma fracture de la jambe, à 23 ans, alors que je débarquais au Standard, fut encore plus terrible. Malgré la malchance qui m'a accablé, et d'autres péripéties, je garde cependant un bon souvenir de ma période à Sclessin. J'ai fait partie d'un groupe fantastique : Liviu Ciobotariu, Didier Ernst, Michael Goossens et les autres étaient des types extraordinaires. On a eu des problèmes avec Alphonse Costantin, mais on se serrait les coudes. Et en dépit des difficultés, on a obtenu des résultats. Sept mois après ma blessure, j'ai rejoué au football avec une plaque dans le pied. D'abord une demi-finale, puis une finale de Coupe de Belgique. La saison suivante, on a arraché un ticket pour la Coupe de l'UEFA par le biais du championnat. Au bout de trois saisons, je suis parti pour Ajaccio. Un paradis. Au niveau des relations humaines, j'ai vécu deux années fantastiques. On a formé une bande de dix ou douze copains unis comme les doigts de la main, avec des garçons qui provenaient des régions les plus diverses de la France : Sud-Ouest, Bretagne, Vosges... J'irai certainement les revoir lorsque l'occasion se présentera : Xavier Collin, Stéphane Grégoire, Johan Demont, David Faderne et tous ceux qui sont restés là-bas. Au niveau du football aussi, j'ai vécu de très grands moments. J'ai beaucoup appris à force de fréquenter des joueurs de très haut niveau. Je me suis entraîné pendant deux ans avec Bernard Diomède, qui fut champion du monde en 1998. J'ai affronté des joueurs de classe mondiale lors de matches de Ligue 1. Mais, lors de mes six premiers mois, j'ai aussi vécu un enfer. Mon épouse et moi étions hébergés dans une chambre d'hôtel minuscule, sans air conditionné. Notre enfant, Théo, n'avait que quelques semaines. Lorsque mon épouse a connu des ennuis de santé et a dû être admise à l'hôpital, j'ai dû me lever toutes les deux heures durant la nuit pour m'occuper du petit, alors que j'avais entraînement le lendemain. J'ai tenu le coup un certain temps. Mais, après six mois, j'ai craqué physiquement. Cela explique en grande partie pourquoi j'ai un peu disparu de l'équipe par la suite. Terre de football. Les Corses ne pensent qu'au ballon et vivent les matches avec une passion toute latine. La rivalité entre Ajaccio et Bastia est énorme. J'ai joué deux derbies, et ils se disputent toujours à couteaux tirés. Malheureusement, les infrastructures font défaut. Ajaccio commence seulement à grandir : on vient d'inaugurer deux terrains d'entraînement magnifiques. Lorsque je suis arrivé, les joueurs devaient encore laver leurs équipements. Mais cela ne dérangeait personne. En dehors de cela, la Corse est aussi, bien sûr, une magnifique terre de vacances. J'ai eu l'occasion de passer des vacances à l'île de la Réunion, mais la Corse est tout aussi belle, et il ne faut pas se farcir dix heures d'avion pour y aller. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle l'île de Beauté. On a la mer, la montagne, les criques, les forêts de pins, les villages. On change de décor tous les dix kilomètres. Le problème, c'est que la vie y est très chère. Les attentats ? Pour moi, Ajaccio était l'endroit le plus sûr en Europe. Je n'ai jamais ressenti de grosses tensions, je pouvais me promener avec mon gamin à deux heures du matin sans aucun problème. Les attentats, lorsqu'ils étaient commis, visaient essentiellement des bâtiments administratifs. Jamais des personnes civiles. J'ai eu l'occasion de les affronter tous les deux. Didier Drogba m'a le plus impressionné. Je m'y suis frotté à deux reprises, lorsqu'il évoluait encore à Guingamp et qu'il venait d'éclore. Physiquement, c'était un roc. Sa vitesse de course et sa puissance étaient phénoménales. Sa frappe était magistrale. C'était, déjà, un attaquant complet, et sa réussite avec Marseille puis avec Chelsea ne m'a nullement étonné. Ronaldinho est un artiste, mais il joue plus par à-coups. J'ai affronté d'autres grands attaquants. Daniel Ljuboja et Pierre-Alain Frau étaient aussi impressionnants. Pauleta, c'est différent : on ne le voit pas pendant une longue période, et alors qu'on commence à se dire qu'il n'est pas dans le match, il vous plante deux buts. Rolland Courbis, sans aucune hésitation. Entre les deux, c'est le jour et la nuit. Rolland Courbis s'investit à fond dans les relations humaines et défend toujours ses joueurs, y compris dans les négociations de contrats. Dominique Bijotat, c'est l'inverse : il ne pense qu'à lui-même. C'était un mec exécrable. Au départ, il était l'adjoint de Rolland Courbis, mais il ne songeait qu'à prendre sa place. Il l'a eue lorsque Rolland Courbis a eu des ennuis avec la justice française et est parti au Qatar. Sa chance fut d'avoir hérité d'un groupe soudé qui n'a jamais cherché à le saboter parce qu'il ne songeait qu'à l'intérêt du club et au maintien. Le club s'est sauvé... malgré Dominique Bijotat. Aujourd'hui, il vient d'être limogé... et Rolland Courbis est de retour. Certes, c'est un personnage un peu spécial. Il a des relations que l'on peut juger peu fréquentables. Comme entraîneur, il était spécial également. Généralement, on ne le voyait pas au début de la semaine. Le mercredi, il venait à l'entraînement mais passait son temps à téléphoner. A partir du jeudi, il commençait vraiment à s'occuper de la préparation tactique. Mais pour le match, on était prêt. Les joueurs venaient à Ajaccio pour lui... et pas uniquement parce que son fils, Stéphane, est agent de joueurs. Philippe Albert. Pourtant, c'est en compagnie de Daniel Van Buyten que j'avais été transféré de Charleroi au Standard, en 1999. Daniel est un excellent joueur, et surtout, un grand bosseur. Je me souviens que, lorsqu'il était arrivé tout jeune dans le noyau A de Charleroi, il éprouvait des difficultés sur le plan du football. Mais il avait un potentiel physique extraordinaire, et techniquement, il a énormément travaillé. Rien que pour son travail, il a largement mérité d'être arrivé là où il est. Mais Philippe Albert avait une classe de plus. Ces deux anciens Zèbres ont énormément compté pour moi, dans des fonctions différentes. André Colasse est l'entraîneur qui m'a lancé à 16 ans en D3 avec l'AEC Mons, et rien que pour cela, je ne l'oublierai jamais. Jean-Paul Spaute, en tant que président de Charleroi, m'a aussi laissé un souvenir impérissable. C'était un dirigeant qui connaissait le football. Quelle différence avec la période actuelle ! On a, évidemment, besoin de gens qui apportent de l'argent dans les clubs. Mais si ces gens-là ne sont pas des spécialistes de football, ils doivent avoir l'intelligence de bien s'entourer. A mon époque, à Charleroi, Gaston Colson s'occupait de la partie financière et Jean-Paul Spaute du sportif. Ces deux hommes travaillaient en symbiose. Lorsqu'on discutait des contrats, Jean-Paul Spaute ne restait même pas dans la pièce : cela l'ennuyait. En revanche, il avait le flair pour dénicher d'excellents joueurs en D3 : Eric Van Meir, Marco Casto, Roch Gérard, Olivier Suray, Jean-Jacques Missé Missé... et bien d'autres encore, dont moi. Je ne pense pas qu'Abbas Bayat soit capable de cela. Il y a son neveu Mogi, bien sûr. Mais surtout, la chance de Charleroi, c'est d'avoir un très bon entraîneur en la personne de Jacky Mathijssen. C'est pareil à La Louvière : Albert Cartier est, lui aussi, un très bon entraîneur. Des amis qui jouaient à Gueugnon m'en avaient déjà dit le plus grand bien. Mais combien de temps cela va-t-il durer ? Maurice Jamin. Il fut mon président, lorsque je jouais à Mons en D3. C'était, à l'image de Jean-Paul Spaute, un président qui connaissait le football. Dominique Leone n'est pas un mauvais président. Son problème, c'est qu'il est très mal entouré. Lorsqu'on entend qu'Alain Lommers doit parler de football, on a compris. Robert Waseige, bien sûr. C'est un coach tout en psychologie, qui a marqué ma carrière. C'est lui qui m'avait fait venir à Charleroi, alors que je jouais encore à Mons. Malheureusement, il n'est pas resté au Mambourg et a été remplacé par Georges Leekens qui, lui, n'a jamais cru en moi. Ce n'est pas lui qui m'avait transféré, et j'étais arrivé blessé. J'ai, dès lors, été laissé pour compte. J'ai très mal vécu cette période. J'avais arrêté mes études pour devenir professionnel, et dans ces moments difficiles, j'aurais eu besoin de soutien. Besoin, aussi, de bénéficier des soins du noyau A et de séances de musculation pour me remettre sur pied. Au lieu de cela, Georges Leekens m'a obligé à m'entraîner durant huit mois avec le noyau B, le soir. Il ne m'a repris dans le noyau A qu'en toute fin de saison. Heureusement, Robert Waseige est revenu à Charleroi et j'ai encore eu l'occasion de travailler deux ans avec lui. C'est sous sa houlette que je me suis affirmé en D1. J'aurais pu le retrouver au Standard, plus tard, mais il est arrivé alors que j'étais en partance pour Ajaccio. Luka Peruzovic. Il m'a appris le professionnalisme. Mais il était très dur avec les jeunes. Tous ceux qui étaient à Charleroi à l'époque, comme Marco Casto, Alex Teklak ou Samuel Remy, en ont bavé. C'était le métier qui entrait. Tomislav Ivic, je l'ai connu au Standard alors qu'il était déjà en fin de carrière. C'était un coach tout en intelligence, mais aussi tout en roublardise. Lorsque Peru avait quelque chose à dire, il le disait en face. Avec Ivic, c'était plus sournois. Ah ! Les copains... J'ai toujours eu des liens très forts avec les deux. Aujourd'hui, la situation est un peu différente : Marco Casto est devenu mon beau-frère, puisque j'ai épousé sa s£ur, Laetitia. Je suis en contact permanent avec lui, mais on évite de parler de football. Dans la situation qu'il vit actuellement, c'est préférable. J'ai aussi conservé d'excellentes relations avec Alex Teklak. On est toujours restés en contact, même lorsque j'étais en Corse, et je me réjouis qu'il ait retrouvé une place de titulaire à Mouscron, mais pour avoir vécu moi-même une mésaventure semblable avec Georges Leekens à Charleroi, je n'ai pas été étonné du coup que LongCouteau lui a joué la saison dernière. Daniel Devos" Trois mois pour CONVAINCRE AU BRUSSELS ? Plutôt trois mois pour me relancer " " Jadis, à Mons et à Charleroi, LES PRÉSIDENTS CONNAISSAIENT LE FOOTBALL "