M ika la belle gueule n'a passé qu'une saison en Autriche. Entre deux blessures, l'attaquant liégeois n'a pas eu le temps de cueillir l'edelweiss au Graz AK. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Roland Kollmann s'installa à sa place et s'empara du titre du titre de meilleur réalisateur avec 27 buts. L'univers d'expression de Michaël Goossens se rétrécissait.
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M ika la belle gueule n'a passé qu'une saison en Autriche. Entre deux blessures, l'attaquant liégeois n'a pas eu le temps de cueillir l'edelweiss au Graz AK. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Roland Kollmann s'installa à sa place et s'empara du titre du titre de meilleur réalisateur avec 27 buts. L'univers d'expression de Michaël Goossens se rétrécissait. Pour lui, toujours désireux de jouer, il était préférable de changer d'estrade. Après avoir trouvé un accord avec ses anciens dirigeants, le vent de l'amitié le liant depuis des lustres à Marc Wilmots l'emporta vers les plaines de la Hesbaye. Rien ne sera facile à St-Trond où le patron a pris plus d'un verger de pommes sur la tête depuis le début de la saison. Goossens est chargé de relancer la division offensive limbourgeoise tout en donnant de nouvelles couleurs à sa carrière et à ses ambitions. A 30 ans, il se contentera des primes de matches. Pour lui, le défi sera uniquement footballistique jusqu'à la fin de la saison. S'il gagne son pari, ce sera, selon lui, une expérience sportive très enrichissante. Luciano, sans hésitation. Il a eu un impact considérable sur ma carrière. En 1996, j'étais en plein boum au Standard. J'aurais pu y rester et signer un excellent contrat. Luciano D'Onofrio m'a expliqué, arguments à l'appui, qu'un séjour en SerieB italienne ne pouvait qu'amplifier mon épanouissement. Moi, je doutais car Genoa n'avait rien d'un foudre de guerre. Pourtant, Luciano avait raison : ce fut le bon choix. Je me suis fameusement bonifié. J'étais prêt pour le travail de haut niveau. La Fiorentina, l'Atalante Bergame me firent un appel du pied. Anderlecht aussi. Schalke 04 entra dans la danse. J'étais en vacances à Djerba quand un jet privé déposa Marc Wilmots, Rudi Assauer, Huub Stevens, Luciano D'Onofrio et Paul Stefani en Tunisie. L'affaire fut ficelée en deux jours. Luciano est un redoutable négociateur et cela m'a souvent été profitable tant sportivement que financièrement. Dominique, lui, est un gentil garçon. Quand je lis que les joueurs rigolent à l'entraînement alors que le Standard file du mauvais coton, je m'interroge. Mon beau-père m'a appris à apprécier les bons vins. Ce plaisir commença avec une bonne bouteille de Gewurzstraminer débouchée en famille. Je trouvais que c'était une £uvre d'art. J'ai voulu en savoir plus, découvrir le terroir, le viticulteur ayant réussi ce vin. J'aime me rendre en Alsace avec mon beau-père. Là, nous marions aussi des riesling avec les spécialités culinaires de la région. Mais si je dois choisir, je suis Bordeaux, moins Bourgogne. Les vins du Bordelais sont plus fins, plus élaborés, plus divers. En débouchant une bonne bouteille, en famille ou avec des amis, je découvre sans cesse de nouveaux arômes, des sensations inconnues. Je garde des bouteilles qui me rappelleront de bons moments plus tard. J'ai mis des bouteilles de côté pour les fêtes de famille. J'ai des Mouton Rothschild, des Château Pétrus, etc. Il faut se faire conseiller dans des maisons spécialisées mais je découvre aussi d'excellentes bouteilles dans de grandes surfaces. J'ai récemment découvert une merveille pour 40 euros, un vin de garde. Evidemment, on ne débouche pas une telle bouteille pour accompagner un spaghetti. J'ai une belle cave. Je m'intéresse aussi aux vins d'Italie, d'Espagne, du Chili, d'Argentine, de Californie, d'Australie, etc. Plus tard, je serai entraîneur mais j'entends bien, aussi, suivre trois ans de cours d'£nologie. Je me reconvertirai peut-être dans le vin. J'ai transmis le virus à Wilmots. Difficile, difficile : Stef quand même pour son rôle de papa poule des jeunes quand j'ai débuté en équipe Première. C'était un grand joueur, un bon vivant, un homme intelligent doté d'humour et d'une énorme confiance en soi. -Tu vois, le coach indiquetoujours mon numéro, le quatre, en premier lieu quand il annonce son équipe. Puis, il lacomplète autour de moi. Demol ne doutait jamais. J'ai joué avec lui et, avant cela, je l'avais adoré, devant la télé, en 1986, lors de ce Belgique-Russie de légende au Mexique. Big Dan est gentil. Tout le monde devrait être fier de sa progression et de sa carrière : Charleroi, Standard, Manchester City, capitaine de Hambourg. Cela me tue quand on critique Big Dan parce qu'il remonte ses chaussettes sur ses genoux. C'est à son jeu qu'il faut s'intéresser bon sang... Je vote pour Gilbert car il incarnait le Standard. Quand il décidait de ne rien laisser passer, personne ne pouvait lever le rideau. A l'entraînement, j'en étais parfois malade de rage. Il méritait le Soulier d'Or l'année où Paul Okon le lui a soufflé. C'était une injustice flagrante. On l'a viré sec du Standard. Je n'ai pas compris. Faire cela à un Liégeois, c'est dingue mais ce n'était pas le premier et ce ne sera pas le dernier à subir ce triste sort. Cela dit, Vedran Runje est aussi un grand gardien de but, un râleur, un compétiteur. Willy. J'ai joué avec lui au Standard et à Schalke 04. Un monstre de volonté. Chez lui, tout passe et tout s'explique par le travail. Son mental est inégalable. Il s'est imposé partout. Il m'a permis de progresser. En arrivant à Schalke, j'étais encore un jeune chien fou. Marc m'a incité à réfléchir, à gérer mon énergie sur 90 minutes, à soigner mon jeu de position, à tirer en finesse au but et pas toujours comme un malade. Marco van Basten était mon idole quand j'étais gamin. Roger Henrotay m'a un jour comparé à lui. Je sais que l'intention était bonne. Mais ce fut lourd à porter. J'ai deux filles : Cassandra (5 ans) et Chiara (3 ans). Ce sont les soleils de ma vie, mon équilibre. Ma femme, Stéphanie, m'a comblé en me les offrant. Il n'est pas impossible que la famille s'agrandisse un jour. Si c'est avec une troisième fille, c'est OK. Et si c'est un garçon, un frère pour les frangines, c'est super OK. La famille, c'est sacré. Je m'en suis encore plus rendu compte après avoir perdu mon père et mon grand-père en peu de temps. Papa n'avait pas 50 ans. Il n'a même pas connu ses petites-filles. Tout cela à cause de l'alcool et du tabac. Je l'avais pourtant imploré de renoncer à ses deux paquets de Johnson par jour. Je crois qu'il buvait en cachette. Je pense souvent à lui. Il était venu me voir en Italie et en Allemagne. On avait encore tellement de choses à se dire et lui tant de belles choses à vivre. J'avais été marqué par le divorce de mes parents. Mon père refit sa vie et j'ai une demi-s£ur. Ma grand-mère m'a toujours aidé. Je vois souvent ma mère qui vit et travaille à Liège. J'ai travaillé deux ans avec le Hollandais après avoir débuté en D1 sous la direction de George Kessler. Arie Haan a composé un groupe formidable avec Gilbert Bodart, Stéphane Demol, André Cruz, Frans Van Rooy, Henk Vos, etc. Je ne comprends toujours pas pourquoi ce groupe n'a pas été champion. On ne faisait pas mieux en Belgique mais la chance ne fut pas de notre côté. Arie Haan jouait souvent avec nous à l'entraînement. Il formait un duo unique avec Léon Semmeling. Le football n'avait aucun secret pour lui. Tomislav Ivic était un passionné. Il vivait à fond pour le Standard. Il était calme en semaine et presque en transes sur le banc durant les matches. Mais sa nervosité ne nous atteignait pas. Sur le terrain, le joueur sait ce qu'il doit faire et n'entend pas le banc. Quand je voyais nos matches à la télé, j'étais souvent étonné de voir les têtes qu'Ivic tirait sur le banc. Pauvre et honnête. Pouvoir se regarder droit dans les yeux, cela vaut cher. Dans le monde du football, c'est hélas le règne de la tromperie. L'argent a faussé les rapports. On ne peut y faire confiance à presque personne. Presque tout le monde pense à soi. La jalousie est énorme dans le football et a tout bousillé au Standard en 2002-2003. Mais cela dit, être riche et tricheur, c'est fascinant aussi car il faut être plus malin que les autres. Je désigne Robert Waseige. Il vient de vivre quelques expériences malheureuses et certains en profitent pour le descendre. Triste mentalité. On a oublié la dernière Coupe du Monde, son travail à Liège, au Standard, à Charleroi. Moi, cette façon de faire me dégoûte. Robert Waseige m'a apporté la hargne, le sens du défi et la force mentale. Comme je tombais souvent sur le terrain, il me disait : -La porte était ouverte, il y avait certainement un courant d'air, Mika. J'ai tout fait pour mieux tenir sur mes quilles et ne plus entendre cela. Quand il était fâché, c'était quelque chose. Un jour, il lança un inquiétant : -Toi, toi et toi... Cela s'adressait évidemment à Régis Genaux, à Philippe Léonard et à moi-même. Un journaliste avait cru nous voir dans une boîte. Faux. Ma femme put en témoigner. Sur le terrain, Robert Waseige mit au point un triangle magique : Henk Vos, Marc Wilmots, Michaël Goossens. Une merveille. On a tartiné sur une défaite à Anderlecht (2-1) qui nous priva du titre. Anderlecht avait été réduit à 10 et on reprocha à Robert Waseige de ne pas avoir muselé un impérial Marc Degryse. Ce n'est pas cela qui fit basculer le match. Ce soir-là, un but de Marc Wilmots fut annulé pour un hors-jeu imaginaire. Puis, lors de la phase qui entraîna l'exclusion de Filip De Wilde, l'arbitre ne tint pas compte du but d'Aurelio Vidmar et en revint à la faute initiale, ce qui arrangeait bien Anderlecht. Je vis à Olne, près de Fléron. C'est le calme et la campagne. Pourtant, je fais passer Tilleur en premier lieu. C'est ma jeunesse, mes racines, ma passion pour le Standard où je me rendais à pied avec les copains. Je ne renierai jamais ça, mes amis d'autrefois. Sans le foot, j'aurais peut-être plongé dans la délinquance. Un jour, une voiture a quasiment décollé sur un rond-point et s'est écrasé sur une façade à Fléron. La bagnole avait été volée, probablement pour frimer auprès des filles. Bilan : deux jeunes ont trouvé la mort, le chauffeur est encore en cavale. Je ne les connaissais pas mais on m'a dit qu'ils venaient de Tilleur. Cela m'a touché. Je ne suis pas le seul à avoir fait mon chemin grâce au foot. Roberto Bisconti, Jinks Dimvula ou Mustapha Oussalah viennent des mêmes quartiers que moi. Régis, oui Régis. Je l'ai eu comme adversaire quand il jouait à Charleroi puis en tant qu'équipier au Standard où je suis arrivé en provenance de Seraing. Nous avons fait du chemin ensemble alors que Philippe nous a rejoint plus tard en équipe A. Mais on ne connaît pas bien Régis. On l'imagine dur, intransigeant dans la vie comme il l'était sur le terrain. En fait, ce baroudeur a un petit c£ur. Dommage que les blessures aient abrégé sa carrière. Au Standard, on a osé lui demander son CV quand il postula pour un poste d'entraîneur de jeunes. Puis, il reçut une réponse négative. A La Louvière, où il s'occupe de jeunes avec Léon Semmeling, on s'en frottera les mains. L'Italie, donc Gênes. L'Italie, c'est tout : les restos, les vêtements, la mode, la gentillesse, le parmesan, le bonheur, la mer, le soleil, le capuccino. J'adore. Quand je jouais à Gênes, je redescendais souvent la côte jusqu'à Portofino. Merveilleux. Je n'ai hélas pas eu le temps de visiter Florence et la Toscane. C'est pour plus tard. Graz, c'est beau aussi. J'aimais bien l'Autriche même si mon aventure sportive ne s'y est pas déroulée comme je l'espérais. Je me suis très vite blessé aux adducteurs puis j'ai rechuté parce que j'avais repris trop vite la compétition. Graz a quand même réalisé le doublé Coupe-championnat. Mbo car il est plus complet, plus calme, plus intelligent. Canari car c'est mon club actuel. Ce club souffre pour le moment mais il n'en demeure pas moins qu'il y a du talent. Les choses vont se mettre en place. Je suis là pour aider et me relancer. Huub Stevens a été, jusqu'à présent, le meilleur entraîneur de ma carrière. C'est un meneur d'hommes. Il ne vit que pour le football. Il est exigeant. Mais quand il crie, c'est utile alors que d'autres coaches ne savent même pas pourquoi ils haussent le ton de la voix. Quand mon père s'en est allé, il m'a dit que je pouvais rester le temps que je voulais en Belgique. Cela ne s'oublie pas. Cela dit, j'ai travaillé avec beaucoup de plaisir sous les ordres de René Vandereycken qui protégeait bien son groupe, surtout les jeunes, de la pression extérieure. Facile : Roger Henrotay. C'est lui qui est venu me chercher à Seraing. Costantin avait été engagé pour déblayer ce qui devait l'être. La diplomatie, il ne connaissait pas. L'affaire des joueurs trop gros, c'était lui. Une fantaisie qui a fait le tour du monde et détruit le groupe. Un jour, Dimitri Habran est devenu blême. Il ne gagnait presque rien et Alphonse Constantin lui collait une amende. Or, Dimitri, c'est une force de la nature. Il fit un trou dans une porte avec son poing. Le sang coulait. Et quand Habran se fâchait, il était sage de prendre ses distances. Ce n'était quand même pas normal de provoquer une telle réaction. Pierre Bilic" HUUB STEVENS a été, jusqu'à présent, le meilleur entraîneur de ma carrière " " Je ne suis pas le seul à avoir FAIT MON CHEMIN grâce au foot. Bisconti, Dimvula ou Oussalah viennent des mêmes quartiers "