S'il y a bien un footballeur de notre championnat qui a mérité ses vacances, c'est Silvio Proto. Depuis le week-end dernier, il peut enfin souffler. Après un ultime devoir avec les Espoirs face aux Pays-Bas. Cette saison, le gardien de but de La Louvière a joué tout ce qu'il était possible de jouer : tous les matches de championnat dans leur intégralité, la Coupe et la Supercoupe de Belgique, la Coupe de l'UEFA. En plus de ses obligations internationales. Hors matches amicaux, il a passé plus de 4.000 minutes sur les terrains.
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S'il y a bien un footballeur de notre championnat qui a mérité ses vacances, c'est Silvio Proto. Depuis le week-end dernier, il peut enfin souffler. Après un ultime devoir avec les Espoirs face aux Pays-Bas. Cette saison, le gardien de but de La Louvière a joué tout ce qu'il était possible de jouer : tous les matches de championnat dans leur intégralité, la Coupe et la Supercoupe de Belgique, la Coupe de l'UEFA. En plus de ses obligations internationales. Hors matches amicaux, il a passé plus de 4.000 minutes sur les terrains. Au travers de notre jeu de la vérité, Silvio Proto (21 ans seulement !) fait le point sur sa saison, sa progression, ses coups de c£ur et son avenir qui pourrait très bien épouser, prochainement, des contours anglais. Silvio Proto : Gardien, évidemment. J'ai fait mes premiers pas comme avant-centre mais ça n'allait pas. Je ne suis resté attaquant que pendant une seule saison. Comme keeper, je n'ai pas droit aux décharges d'adrénaline que ressent un buteur, mais j'ai aussi mes décharges à moi... Quand je quitte le terrain avec la conviction que j'ai été déterminant, c'est très agréable comme sensation. Je l'ai été plusieurs fois cette saison, je sais que j'ai sauvé des points et je suis vraiment satisfait de mon championnat. Si je dois retenir un match en particulier, je citerais notre victoire au Standard, au premier tour. A 0-1, à quelques minutes de la fin, Alexandros Kaklamanos se présente face à moi et il a une opportunité unique de remettre les Liégeois dans le parcours. Je le bloque contre toute attente et nous marquons un deuxième but sur l'action qui suit. C'est La Louvière qui a foutu le Standard hors de la Ligue des Champions ! Les gars de Sclessin ne s'attendaient certainement pas à perdre deux fois contre nous. Deux hommes qui ont compté énormément pour moi. Ils m'apprécient beaucoup et c'est réciproque. Jean-François Lecomte m'a lancé en D1 en me donnant tous les conseils dont j'avais besoin. Mais je choisis Michel Piersoul parce que je le connais mieux. Il était déjà à La Louvière quand je suis monté dans le noyau A, et il m'a encore apporté beaucoup de bonnes choses cette saison. Le grand public ne l'a peut-être pas remarqué, mais j'ai connu quelques petits passages à vide dans ce championnat. Normal, sans doute, à partir du moment où j'enchaînais autant de matches. Piersoul voyait directement quand j'avais besoin de souffler et il baissait le rythme de ses entraînements. Cela me permettait d'être à nouveau frais dans mon corps et dans ma tête pour le match du week-end suivant. Ma famille voudrait me voir en Italie, mais moi, je suis beaucoup plus chaud pour l'Angleterre. Le test que j'ai passé récemment à Portsmouth a achevé de me convaincre. J'ai envie de jouer dans le foot anglais d'abord parce qu'on n'y calcule pas. Toutes les équipes attaquent et les gardiens sont donc assurés d'avoir beaucoup de boulot. Ici, on aligne régulièrement un défenseur supplémentaire quand on doit affronter une équipe du top. Les petits se soumettent. Rien de tout cela en Angleterre. Quel que soit l'adversaire, on attaque. C'est plus facile de se mettre en évidence dans ces conditions. En Italie, je risque d'avoir un seul ballon chaud par soirée et de passer à côté. Je suis aussi sous le charme de la façon dont les footballeurs de la Premier League préparent leurs rencontres : ils se pointent au stade deux heures avant le coup d'envoi, totalement décontractés. En Italie, c'est mise au vert sur mise au vert. J'en ai parlé avec l'épouse de Sergio Brio : elle m'a dit que, quand son mari jouait à la Juventus, elle ne le voyait pour ainsi dire jamais. Très peu pour moi. Ariel Jacobs parce que, si je ne l'avais pas connu à La Louvière, je n'aurais peut-être jamais rencontré Philippe Saint-Jean en Espoirs. Jacobs m'a fait découvrir la D1 et j'en retiendrai le souvenir d'un grand entraîneur, mais aussi d'un homme extraordinaire. Je l'entends encore me consoler en fin de saison dernière, quand Jan Van Steenberghe avait profité de ma blessure pour s'installer dans l'équipe et jouer notamment la finale de la Coupe de Belgique. Ariel Jacobs m'a répété 100 fois, à l'époque, que mon talent n'était pas remis en cause. Il a voulu me faire monter au jeu pour les dernières minutes de cette finale, mais l'arbitre a sifflé trop tôt la fin du match. J'en garderai toujours un manque, évidemment. Si j'avais joué ne fût-ce que quelques secondes, j'aurais pu dire que j'avais gagné une Coupe. Mais je n'ai pas le droit de la mettre sur ma carte de visite en n'ayant pas foulé la pelouse. Beaucoup de gens m'ont dit que j'avais participé activement à la conquête de ce trophée, grâce à mes bonnes prestations lors des premiers tours. C'est sympa, mais il y a un goût de trop peu. L'Olympic, parce que je n'ai jamais joué au Sporting. Il y a eu des négociations, au moment où j'allais quitter l'Olympic, mais on ne me proposait qu'une place dans le noyau des Espoirs chez les Zèbres alors que La Louvière voulait directement m'intégrer dans le groupe pro. C'est ce qui a fait pencher la balance, même si la RAAL n'était alors qu'en D2. Frédéric Tilmant parce que nous nous connaissons depuis plus longtemps et que nous avons une relation particulière. C'est l'un des joueurs que je vois en dehors des terrains. D'un point de vue purement football, il a plus l'instinct du buteur que Michaël Murcy. Plus d'expérience aussi. Mais chapeau pour ce que Murcy a réussi chez nous cette saison. Le voir éliminer un adversaire et partir tout en puissance, c'est beau. Standard. Ses supporters me chahutent chaque fois que je vais jouer là-bas, mais c'est un public que j'aime pour sa chaleur et ses excès. Il peut passer du noir au blanc en quelques secondes, en fonction de ce qu'il voit sur le terrain. Je sais que Michel Preud'homme m'apprécie mais il n'y a jamais eu de contact officiel entre la direction liégeoise et moi. Pourtant, ça me plairait vraiment de jouer dans un club pareil. Monter sur la pelouse chaque semaine pour gagner, ça doit quand même être encore plus grisant que se battre pour le maintien ou une place dans le ventre mou du classement. Filip Susnjara. Il n'a pas joué une seule minute en match officiel cette saison mais est toujours resté positif. Il a été victime d'une évidence : si le football est un sport collectif, le métier de gardien de but est purement individuel. Nous occupions la même chambre lors des mises au vert et il n'a jamais manifesté d'impatience ou d'agacement face à sa situation. Il m'a invité à son anniversaire : cela m'a touché. Ariel Jacobs a voulu le faire monter au jeu à St-Trond, quand nous menions 0-2. Mais, au moment où il terminait son échauffement, nous avons encaissé. Le coach n'a alors pas voulu prendre le risque de le lancer dans le bain, surtout que la pression trudonnaire est devenue très forte. Cela aurait été un cadeau empoisonné. S'il avait pris directement un but, tout le monde aurait dit que La Louvière avait perdu ses illusions à cause de Susnjara. Il me reste deux ans de contrat à La Louvière. Je ne suis pas sûr du tout d'aller au bout. Je pourrais m'en aller dès cet été. Ou dans un an, ce qui serait sans doute mieux car j'aurai alors pris un peu plus de bouteille. Une chose est certaine, en tout cas : je ne quitterai pas La Louvière pour devenir troisième gardien ailleurs. Je me suis fait un nom en Belgique et je ne supporterais pas de retomber subitement dans l'anonymat. Geert De Vlieger. Son statut de titulaire chez les Diables Rouges est tout à fait justifié. Tous les gardiens de but font des erreurs, mais De Vlieger est sans doute celui qui en commet le moins. Herpoel ? Je le trouve très régulier aussi. Vu le style de jeu de La Gantoise, il se fait canarder de la première à la dernière minute, mais il s'en sort souvent à son avantage. Organisation défensive et improvisation offensive... Pour être efficace, une équipe de foot doit d'abord être bien organisée derrière. Ariel Jacobs nous l'a fait comprendre dès qu'il a débarqué à La Louvière. Thierry Siquet est un champion dès qu'il s'agit de donner des consignes précises, de repositionner tous les joueurs à vocation défensive. Petit à petit, je m'y suis mis aussi. C'est terriblement important d'avoir deux leaders derrière. Dans le milieu du jeu et surtout en attaque, il est moins nécessaire d'être méthodique à l'extrême. Des avants qui improvisent, ça peut faire très mal à l'adversaire. La dernière finale de Coupe de Belgique a été le meilleur exemple de ce qu'il faut faire et ne pas faire pour gagner un match crucial. Beveren avait le meilleur fonds de jeu et s'est montré supérieur à Bruges pendant une bonne partie de la rencontre. Au niveau du rythme, il n'y avait pas photo : Beveren dominait. Mais il n'y avait pas assez de rigueur défensive dans cette équipe et on a vu le résultat. Daniel Camus. C'est fou, le nombre de petits trucs qu'il m'a appris cette saison. Il m'a notamment fait comprendre qu'un jeune ne devait pas avoir peur de montrer les dents dans un vestiaire. Il m'a dit que, s'il ne l'avait pas fait en début de carrière, il n'aurait peut-être jamais percé. Nous nous voyons en dehors du stade ; cela ne risque pas de m'arriver avec Manu Karagiannis. Autant Camus encourage toute l'équipe en criant sur le terrain, autant Karagiannis nous cassait les pattes par ses colères. Mais bon, la place de médian défensif est certainement celle où il faut les caractères les plus forts. Sur ma carte d'identité, c'est Silvestro. Mais je trouve que ça fait un peu vieux jeu. Alors, je préfère de loin Silvio. On ne m'appelle d'ailleurs plus jamais Silvestro... sauf quand on veut m'emmerder ! C'était le prénom de mon grand-père. Et, chez les Siciliens, il est fréquent de répéter les prénoms des ancêtres (il rit). J'ai peu connu mon grand-père, qui est malheureusement décédé quand j'étais gamin. Mais je me souviens qu'il était dingue de football et je sais que, s'il était encore là, il serait sacrément fier de moi. Mon père parce qu'il reste mon père, même si nous n'avons pas été d'accord sur tout, récemment. Il continue à rêver de l'Italie pour moi, mais je lui ai bien fait comprendre mon point de vue. De toute façon, j'estime que je suis désormais assez mûr pour prendre moi-même les grandes décisions concernant mon avenir. Ce n'était pas le cas au tout début de ma carrière. Je ne faisais qu'écouter les conseils de mon père et de Pietro Allatta, mon manager. Je fais évidemment référence à l'épisode de la rupture de mon contrat à La Louvière. Aujourd'hui, je ne fais plus que ce que j'ai moi-même décidé. Que ça plaise ou non à mon entourage. La mienne. Elle m'offre des facilités sur les ballons hauts. Par contre, Dany Verlinden est avantagé dans le jeu au sol parce que, vu sa petite taille, il est plus vif. Je n'ai qu'un mot à la bouche quand je pense à sa fin de carrière : bravo. J'ai voté pour lui au référendum du Gardien de l'Année. C'est fou qu'il n'ait jamais été incontournable en équipe nationale. J'y vois trois raisons : il était confronté à une génération exceptionnelle, on l'a toujours estimé trop petit et il n'a atteint son meilleur niveau qu'à un âge avancé. J'imagine que, s'il avait 30 ans aujourd'hui, avec les matches qu'il a réussis cette saison, il serait automatiquement titulaire chez les Diables. Il cache très, très bien ses 40 ans et je trouve dommage qu'il arrête. Gardien de l'Année parce que c'est le sommet, parmi toutes les récompenses, pour un keeper du championnat de Belgique. Même si mon titre de Loup de la saison m'a fait plaisir. Pierre Danvoye" C'est La Louvière qui a foutu LE STANDARD HORS DE LA LIGUE DES CHAMPIONS "