Victor Ikpeba. Attaquant nigérian, né à Benin City le 12 juin 1973. Carrière professionnelle au FC Liège (1989-93), AS Monaco (1993-99), Borussia Dortmund (1999-01), Betis Séville (2001-02), Al Ittihad (2002-03). Transféré à Charleroi lors du dernier mercato d'hiver.

Victor Ikpeba ou Victor Ikpeba Nosa ?

Victor Nosa Ikpeba, pour être tout à fait correct. Je suis très attaché au qualificatif Nosa, qui n'est autre que la contraction du mot Nosakhare. En dialecte edo, il signifie : celui pour qui Dieu a conçu une destinée. Je le dois à ma grand-mère, Imarayi, que j'ai moi-même rebaptisée Mama Comfort en bas âge. Pour la bonne et simple raison qu'en l'absence de mes parents, qui vivaient chacun de leur côté, c'est elle qui m'a élevé et qui m'a donné tout le confort et l'amour dont un jeune enfant a besoin. Je lui en serai à tout jamais reconnaissant.

Ibo ou Yoruba ?

Yoruba. De fait, je suis né d'une mère yoruba et d'un père issoko. Mais les Ibo et les Haussa sont les plus nombreux au Nigeria, où l'on compte plus de 100 ethnies différentes. Cette diversité n'a pas toujours été sans incidence sur l'atmosphère chez les Super Eagles, car effectuer un choix entre l'un ou l'autre est comparable, ici, entre opter pour un footballeur francophone ou un néerlandophone. Si les groupes ne sont pas équitablement représentés, c'est l'émeute du nord au sud du pays. Entre joueurs, heureusement, on ne s'embarrasse pas de telles considérations.

Benin City ou Lagos ?

Je suis originaire de Benin City, dans le sud-est, mais j'ai passé l'essentiel de mon enfance à une centaine de kilomètres de là, à Sapele, une petite ville au bord de l'océan Atlantique. Ma grand-mère avait son étal au marché, où elle vendait des tortues. A 14 ans, en raison de mes dispositions pour le football, je suis allé vivre chez mon oncle James, à Lagos. Et l'ancienne capitale est devenue, progressivement, la référence pour moi. Il y a quelques années, j'y ai fait construire une villa que j'ai confiée à la garde de l'un de mes frères. Car c'est une mégapole dangereuse, surnommée non sans raison le New York africain. Lors de mes déplacements là-bas, je suis d'ailleurs constamment entouré de deux gardes du corps. (il rit).

Robert Waseige ou Eric Gerets ?

Robert Waseige. Du moins, celui qui m'a lancé autrefois à Liège car à Charleroi, je ne l'ai pas reconnu. Ici, il était davantage préoccupé par l'extra sportif que par le football. Mais quelle aubaine, pour moi, d'avoir été confié à un coach de sa trempe au tout début de ma carrière professionnelle. Je vous l'ai déjà dit : avec lui, je n'avais pas le sentiment d'aller à l'entraînement mais aux cours, avec un professeur ès football qui me dispensait tout son savoir. Je lui dois une fière chandelle. Tout comme à Eric Gerets, d'ailleurs, qui m'a élevé au rang de titulaire indiscutable chez les Sang et Marine.

" Me réconcilier avec Oliseh grâce à votre magazine "

Sunday Oliseh ou Stephen Keshi ?

Sunday Oliseh, qui aura été mon compagnon de route pendant des années, aussi bien à Liège qu'au Borussia Dortmund. Sans oublier une décennie commune chez les Super Eagles. Je mentionne son nom avec d'autant plus d'insistance que nous sommes tous les deux en brouille depuis près de deux ans. Après la Coupe d'Afrique des Nations 2002, au Mali, il n'avait pas été tendre avec moi dans la presse, au Nigeria, et je me suis défendu à mon tour en exprimant ma façon de penser. Depuis lors, c'est le silence entre nous. Je le déplore franchement car je n'oublierai jamais qu' Oli avait été d'une aide précieuse pour moi lors du décès de mon épouse Victoria, en 2000. A un moment donné, quand lui-même eut des déboires à Bochum cette saison û NDLA : le Nigérian fut renvoyé stante pede après en être venu aux mains avec son coéquipier Vahid Hashemian û j'ai songé à l'appeler avant de m'en abstenir. Vivant en Belgique, dans la région frontalière, je sais qu'il achète toujours Sport/ Foot Magazine. Peut-être qu'à la lecture de cet article, un rapprochement sera-t-il possible ? Car nous avons tous les deux un c£ur en or mais nous sommes malheureusement têtus comme des mules. (il rit).

Vainqueur de la Coupe de Belgique avec Liège, en 1990, ou Soulier d'Ebène en 93 ?

Soulier d'Ebène. Je n'avais pas réellement goûté à cette victoire, au Heysel, dans la mesure où je venais de débarquer à Rocourt, quelques mois plus tôt, et que je ne m'étais guère distingué tout au long du parcours qualificatif de l'équipe. De ma période liégeoise, je préfère dès lors retenir ma victoire dans le referendum. Au même titre que les autres vainqueurs, de Daniel Amokachi à Souleymane Oulare en passant par Emile Mpenza, ce prix aura été pour moi le point de départ d'une formidable carrière hors frontières. Je ne doute pas qu'il en ira de même pour les deux derniers lauréats du trophée, Aruna Dindane et Vincent Kompany.

Coupe d'Afrique des Nations ou Coupe du Monde ?

Coupe d'Afrique des Nations. C'est là que tout a commencé pour moi en 1992, au Sénégal. Deux ans plus tard, en Tunisie, j'ai raflé la première place avec les Super Eagles face à la Zambie, battue 2-1. Au Mondial, j'ai été moins heureux, puisque notre aventure a tourné court aux Etats-Unis, au cours de cette même année 1994 et qu'en France j'ai été snobé par l'entraîneur, Bora Milutinovic.

Une première olympique

Coupe du Monde ou Jeux Olympiques ?

Les JO, sans conteste. En 1996, nous avions réussi un formidable exploit en obtenant la médaille d'or au détriment de l'Argentine et ce, après avoir déjà éliminé le Brésil en demi-finales. Jamais encore, en un siècle d'olympisme moderne, une nation africaine n'avait décroché la première place lors du tournoi de football. Inutile de dire, dans ces conditions, que ce souvenir-là conservera à tout jamais une place de choix dans mon c£ur. L'exploit était, par ailleurs, d'autant plus beau, que personne ne s'y attendait. Un petit détail qui en dit long à ce sujet : les dirigeants avaient négligé de réserver des chambres d'hôtel à Athens, ville hôte des demi-finales et de l'apothéose de l'épreuve. Mais cet amateurisme-là n'aura eu d'égal que le professionnalisme que nous avons affiché sur le terrain. Sincèrement, entre la 78e et la 93e minute de ce fameux match contre Romario et les siens, je pense que les Super Eagles ont livré leur meilleur quart d'heure de tous les temps. Durant ces 15 minutes, nous avions renversé complètement la vapeur de 1-3 à 4-3, grâce à un but de ma part et deux autres, signés Nwankwo Kanu. C'était la folie. En finale, nous avions joué un match plein aussi, remporté 3-2 contre l'autre grand du football sud-américain. Hernan Crespo et ses partenaires étaient tellement dégoûtés qu'ils avaient refusé d'échanger leurs maillots après coup. C'est assez significatif, non ?

Arsène Wenger ou Jean Tigana ?

Arsène Wenger. Un coach formidable qui a prouvé toute son envergure, depuis lors, à Arsenal. Il n'avait manifestement pas son pareil pour seconder à bon escient le jeune talent. J'en ai fait l'expérience, au même titre que mon ancien coéquipier monégasque, Thierry Henry, qui s'est métamorphosé sous ses ordres au point de devenir l'un des meilleurs attaquants du monde, chez les Gunners. Pour Jean Tigana, il ne fut pas facile de remplacer, au stade Louis II, un entraîneur de la trempe de l'Alsacien. Le Franco-Malien ne m'a sûrement pas marqué comme son devancier.

Enzo Scifo ou Youri Djorkaeff ?

Enzo Scifo, qui est arrivé en même temps que moi à l'AS, en 1993. C'était un régal de jouer avec lui. Il parvenait à me mettre sur orbite comme nul autre. Plus tard, c'est Ali Benarbia qui a repris son rôle. Un formidable joueur, lui aussi, mais qui n'a pas fait la carrière qu'il eût sans conteste mérité.

Des petits ponts au Prince Albert de Monaco

Jurgen Klinsmann ou Sony Anderson ?

Jurgen Klismann. Un fantastique attaquant qui se doublait d'un véritable gentleman hors du terrain. J'ai beaucoup appris à ses côtés, car il était toujours soucieux de partager son savoir. Le forward brésilien, lui, était un individualiste. La seule chose qui l'intéressait, c'était de marquer. Quel que soit le résultat de l'équipe.

Thierry Henry ou David Trezeguet ?

Thierry Henry. Nous étions trois en lice pour deux postes à pourvoir en attaque à Monaco. J'ai officié avec l'un et l'autre, quasiment avec un égal bonheur. Mais la complicité était peut-être un peu plus grande avec Titi. Trezegol, c'était le buteur-type, l'homme des 16 mètres. Avec l'attaquant d'Arsenal, en revanche, il y avait moyen de dessiner de très jolies combinaisons. J'ai inscrit quelques-uns de mes plus jolis buts à la suite de mouvements avec lui.

Rainier ou Albert de Monaco ?

Albert. Il a toujours été très branché sur le sport, et l'AS en particulier. De temps à autre, il se mêlait à nos séances de préparation à La Turbie. Dans ces circonstances-là, il avait, en sa qualité de défenseur, souvent affaire à moi. Je me souviens de quelques petits ponts mémorables que je lui ai faits. Mais Albert était franchement bon prince, car il m'a toujours pardonné (il rit). C'est un gars très simple, qui n'hésite jamais à m'offrir un verre quand nos routes se croisent en Principauté.

Caroline ou Stéphanie de Monaco ?

Elles sont charmantes toutes les deux. Caroline était davantage portée sur la F1 que sur le football, contrairement à sa cadette qui honorait régulièrement les matches de sa présence au stade Louis II. Mais lors de Chelsea-Monaco, c'est bel et bien Caroline que j'ai reconnue dans la tribune à Stamford Bridge. Alors, à choisir, j'aurai un petit penchant pour elle quand même.

Philippe Léonard ou Emmanuel Petit ?

Après le départ d'Enzo Scifo, Phil a été mon cordon ombilical avec la Belgique. Quand moi-même j'ai quitté le Rocher, j'ai gardé le contact avec lui. On se téléphone une fois par mois au moins. En revanche, je n'ai jamais eu vraiment d'atomes crochus avec Emmanuel Petit. Il était mon coéquipier, sans plus. Je serais incapable de vous donner son numéro de portable, c'est tout dire.

" Avec Kohler, j'ai compris le Deutschland über alles "

Daniel Amokachi ou Rachidi Yekini ?

Daniel Amokachi. Tous deux étaient surnommés les Bulls chez les Super Eagles, en raison de leur puissance peu commune, mais c'est avec l'ancien attaquant du Club Brugeois que mon entente aura été la meilleure. L'association était fantastique entre un taureau comme lui et une gazelle comme moi. (il rit)

Clemens Westerhof ou Jo Bonfrère ?

Jo Bonfrère. Je n'oublierai jamais que c'est avec lui aux commandes que le Nigeria a réalisé la plus grande performance footballistique de tous les temps en remportant la médaille d'or olympique à Atlanta. Le Néerlandais était quelqu'un de bien sur tous les plans, aux antipodes de son compatriote Clemens Westerhof, que je n'ai jamais su piffer, même si mes débuts internationaux se sont déroulés sous ses ordres en 1992. En réalité, il n'a jamais admis de ne pouvoir gérer mes intérêts, comme c'était monnaie courante, à l'époque, avec d'autres jeunes Nigérians soucieux de faire carrière en Europe, et aux Pays-Bas en particulier. Car ce n'est pas pour rien, évidemment, que Finidi George et Nwankwo Kanu ont d'abord transité par l'Ajax Amsterdam avant de rebondir ailleurs. Moi, je n'ai jamais voulu marcher dans la combine et cet entêtement m'a coûté plus d'une fois une place de titulaire à mes débuts.

Borussia Dortmund ou Al Ittihad ?

Il n'y pas photo : le Borussia Dortmund. Un nom mythique alors que celui du club libyen n'est connu que d'une poignée d'amateurs de football.

Jurgen Kohler ou Stefan Reuter ?

Stefan Reuter. A la fois un grand joueur et un type extra. Il n'était pas borné comme l'autre, qui ne jurait que par ses copains allemands au Westfalenstadion. Deutschland über alles : j'ai pleinement compris le sens de ces trois mots à son contact. Petit monsieur, et encore plus petite mentalité.

Betis ou FC Séville ?

Le Betis, où je n'ai hélas évolué que quelques mois. Mais assez, cependant, pour vivre deux derbys extraordinaires. A côté de ça, un Liège-Standard ou un Borussia Dortmund-Schalke étaient de simples parties de plaisir.

Denilson ou Ronny Gaspercic ?

Même si j'ai eu un chouette contact avec le portier belge en Andalousie, je choisis Denilson, malgré tout. Avec mon compatriote Jay-Jay Okocha, c'est le plus grand technicien que j'ai connu dans ma carrière. Il savait absolument tout faire avec un ballon. Un jour, pour le fun, il m'a dribblé dans le couloir du bus qui nous amenait à Malaga. Je n'en suis toujours pas revenu !

Drôles de Zèbres

Rocourt ou Mambourg ?

Rocourt, où j'ai passé quatre années merveilleuses. A Charleroi, le contexte n'était pas du tout le même. Ici, les satisfactions n'ont guère été nombreuses. Hormis la dernière journée, du moins.

Grégory Dufer ou Adekanmi Olufade ?

Adekanmi Olufade. Nous nous sommes bien complétés au cours de ces six mois. Mais l'entente était, ma foi, très bonne également avec Greg. Je lui prédis une très belle carrière, en tout cas.

Football belge jadis ou football belge aujourd'hui ?

Je préfère, de loin, ma première expérience ici, car à présent le championnat de Belgique ne vaut franchement pas tripette. Si le Club Liégeois, où j'ai joué autrefois, était transposé dans la réalité actuelle, il serait européen les doigts dans le nez. Avant, il y avait réellement des joueurs de grande classe à Anderlecht, au Standard et à Bruges. Pour l'heure, hormis Aruna Dindane et Vincent Kompany, c'est la misère. Il en va là, pour tout dire, des deux seuls noms que j'ai renseignés à Japhet N'Doram, qui s'occupe du recrutement de l'AS Monaco.

Aigle ou Zèbre ?

Aigle. Et même super aigle . (il rit) A Charleroi, j'aurai surtout connu des drôles de Zèbres. A tous les niveaux.

Victoire ou Victoria ?

Victoria, mon épouse, foudroyée par un cancer au printemps 2000. J'échangerais volontiers toutes mes victoires collectives et tous mes trophées individuels contre elle. Elle restera à tout jamais le grand amour de ma vie.

Futur à Charleroi ou ailleurs ?

Je ne vais pas faire de vieux os au Mambourg. J'ai des contacts avec les pays du golfe Persique, Shangaï et l'Alania Vladikavkaz, en Ossétie, où Rolland Courbis est coach actuellement. Je prendrai une décision sous peu. Je veux encore jouer trois ans au plus haut niveau avant de tirer ma révérence.

Monaco ou Porto ?

Monaco. Mais mon ancienne équipe n'aura pas facile contre ces Portugais teigneux.

Bruno Govers

" A Lagos, je suis constamment ENTOURé PAR DEUX GARDES DU CORPS "

Victor Ikpeba. Attaquant nigérian, né à Benin City le 12 juin 1973. Carrière professionnelle au FC Liège (1989-93), AS Monaco (1993-99), Borussia Dortmund (1999-01), Betis Séville (2001-02), Al Ittihad (2002-03). Transféré à Charleroi lors du dernier mercato d'hiver. Victor Nosa Ikpeba, pour être tout à fait correct. Je suis très attaché au qualificatif Nosa, qui n'est autre que la contraction du mot Nosakhare. En dialecte edo, il signifie : celui pour qui Dieu a conçu une destinée. Je le dois à ma grand-mère, Imarayi, que j'ai moi-même rebaptisée Mama Comfort en bas âge. Pour la bonne et simple raison qu'en l'absence de mes parents, qui vivaient chacun de leur côté, c'est elle qui m'a élevé et qui m'a donné tout le confort et l'amour dont un jeune enfant a besoin. Je lui en serai à tout jamais reconnaissant. Yoruba. De fait, je suis né d'une mère yoruba et d'un père issoko. Mais les Ibo et les Haussa sont les plus nombreux au Nigeria, où l'on compte plus de 100 ethnies différentes. Cette diversité n'a pas toujours été sans incidence sur l'atmosphère chez les Super Eagles, car effectuer un choix entre l'un ou l'autre est comparable, ici, entre opter pour un footballeur francophone ou un néerlandophone. Si les groupes ne sont pas équitablement représentés, c'est l'émeute du nord au sud du pays. Entre joueurs, heureusement, on ne s'embarrasse pas de telles considérations. Je suis originaire de Benin City, dans le sud-est, mais j'ai passé l'essentiel de mon enfance à une centaine de kilomètres de là, à Sapele, une petite ville au bord de l'océan Atlantique. Ma grand-mère avait son étal au marché, où elle vendait des tortues. A 14 ans, en raison de mes dispositions pour le football, je suis allé vivre chez mon oncle James, à Lagos. Et l'ancienne capitale est devenue, progressivement, la référence pour moi. Il y a quelques années, j'y ai fait construire une villa que j'ai confiée à la garde de l'un de mes frères. Car c'est une mégapole dangereuse, surnommée non sans raison le New York africain. Lors de mes déplacements là-bas, je suis d'ailleurs constamment entouré de deux gardes du corps. (il rit). Robert Waseige. Du moins, celui qui m'a lancé autrefois à Liège car à Charleroi, je ne l'ai pas reconnu. Ici, il était davantage préoccupé par l'extra sportif que par le football. Mais quelle aubaine, pour moi, d'avoir été confié à un coach de sa trempe au tout début de ma carrière professionnelle. Je vous l'ai déjà dit : avec lui, je n'avais pas le sentiment d'aller à l'entraînement mais aux cours, avec un professeur ès football qui me dispensait tout son savoir. Je lui dois une fière chandelle. Tout comme à Eric Gerets, d'ailleurs, qui m'a élevé au rang de titulaire indiscutable chez les Sang et Marine. Sunday Oliseh, qui aura été mon compagnon de route pendant des années, aussi bien à Liège qu'au Borussia Dortmund. Sans oublier une décennie commune chez les Super Eagles. Je mentionne son nom avec d'autant plus d'insistance que nous sommes tous les deux en brouille depuis près de deux ans. Après la Coupe d'Afrique des Nations 2002, au Mali, il n'avait pas été tendre avec moi dans la presse, au Nigeria, et je me suis défendu à mon tour en exprimant ma façon de penser. Depuis lors, c'est le silence entre nous. Je le déplore franchement car je n'oublierai jamais qu' Oli avait été d'une aide précieuse pour moi lors du décès de mon épouse Victoria, en 2000. A un moment donné, quand lui-même eut des déboires à Bochum cette saison û NDLA : le Nigérian fut renvoyé stante pede après en être venu aux mains avec son coéquipier Vahid Hashemian û j'ai songé à l'appeler avant de m'en abstenir. Vivant en Belgique, dans la région frontalière, je sais qu'il achète toujours Sport/ Foot Magazine. Peut-être qu'à la lecture de cet article, un rapprochement sera-t-il possible ? Car nous avons tous les deux un c£ur en or mais nous sommes malheureusement têtus comme des mules. (il rit).Soulier d'Ebène. Je n'avais pas réellement goûté à cette victoire, au Heysel, dans la mesure où je venais de débarquer à Rocourt, quelques mois plus tôt, et que je ne m'étais guère distingué tout au long du parcours qualificatif de l'équipe. De ma période liégeoise, je préfère dès lors retenir ma victoire dans le referendum. Au même titre que les autres vainqueurs, de Daniel Amokachi à Souleymane Oulare en passant par Emile Mpenza, ce prix aura été pour moi le point de départ d'une formidable carrière hors frontières. Je ne doute pas qu'il en ira de même pour les deux derniers lauréats du trophée, Aruna Dindane et Vincent Kompany. Coupe d'Afrique des Nations. C'est là que tout a commencé pour moi en 1992, au Sénégal. Deux ans plus tard, en Tunisie, j'ai raflé la première place avec les Super Eagles face à la Zambie, battue 2-1. Au Mondial, j'ai été moins heureux, puisque notre aventure a tourné court aux Etats-Unis, au cours de cette même année 1994 et qu'en France j'ai été snobé par l'entraîneur, Bora Milutinovic. Les JO, sans conteste. En 1996, nous avions réussi un formidable exploit en obtenant la médaille d'or au détriment de l'Argentine et ce, après avoir déjà éliminé le Brésil en demi-finales. Jamais encore, en un siècle d'olympisme moderne, une nation africaine n'avait décroché la première place lors du tournoi de football. Inutile de dire, dans ces conditions, que ce souvenir-là conservera à tout jamais une place de choix dans mon c£ur. L'exploit était, par ailleurs, d'autant plus beau, que personne ne s'y attendait. Un petit détail qui en dit long à ce sujet : les dirigeants avaient négligé de réserver des chambres d'hôtel à Athens, ville hôte des demi-finales et de l'apothéose de l'épreuve. Mais cet amateurisme-là n'aura eu d'égal que le professionnalisme que nous avons affiché sur le terrain. Sincèrement, entre la 78e et la 93e minute de ce fameux match contre Romario et les siens, je pense que les Super Eagles ont livré leur meilleur quart d'heure de tous les temps. Durant ces 15 minutes, nous avions renversé complètement la vapeur de 1-3 à 4-3, grâce à un but de ma part et deux autres, signés Nwankwo Kanu. C'était la folie. En finale, nous avions joué un match plein aussi, remporté 3-2 contre l'autre grand du football sud-américain. Hernan Crespo et ses partenaires étaient tellement dégoûtés qu'ils avaient refusé d'échanger leurs maillots après coup. C'est assez significatif, non ? Arsène Wenger. Un coach formidable qui a prouvé toute son envergure, depuis lors, à Arsenal. Il n'avait manifestement pas son pareil pour seconder à bon escient le jeune talent. J'en ai fait l'expérience, au même titre que mon ancien coéquipier monégasque, Thierry Henry, qui s'est métamorphosé sous ses ordres au point de devenir l'un des meilleurs attaquants du monde, chez les Gunners. Pour Jean Tigana, il ne fut pas facile de remplacer, au stade Louis II, un entraîneur de la trempe de l'Alsacien. Le Franco-Malien ne m'a sûrement pas marqué comme son devancier. Enzo Scifo, qui est arrivé en même temps que moi à l'AS, en 1993. C'était un régal de jouer avec lui. Il parvenait à me mettre sur orbite comme nul autre. Plus tard, c'est Ali Benarbia qui a repris son rôle. Un formidable joueur, lui aussi, mais qui n'a pas fait la carrière qu'il eût sans conteste mérité. Jurgen Klismann. Un fantastique attaquant qui se doublait d'un véritable gentleman hors du terrain. J'ai beaucoup appris à ses côtés, car il était toujours soucieux de partager son savoir. Le forward brésilien, lui, était un individualiste. La seule chose qui l'intéressait, c'était de marquer. Quel que soit le résultat de l'équipe. Thierry Henry. Nous étions trois en lice pour deux postes à pourvoir en attaque à Monaco. J'ai officié avec l'un et l'autre, quasiment avec un égal bonheur. Mais la complicité était peut-être un peu plus grande avec Titi. Trezegol, c'était le buteur-type, l'homme des 16 mètres. Avec l'attaquant d'Arsenal, en revanche, il y avait moyen de dessiner de très jolies combinaisons. J'ai inscrit quelques-uns de mes plus jolis buts à la suite de mouvements avec lui. Albert. Il a toujours été très branché sur le sport, et l'AS en particulier. De temps à autre, il se mêlait à nos séances de préparation à La Turbie. Dans ces circonstances-là, il avait, en sa qualité de défenseur, souvent affaire à moi. Je me souviens de quelques petits ponts mémorables que je lui ai faits. Mais Albert était franchement bon prince, car il m'a toujours pardonné (il rit). C'est un gars très simple, qui n'hésite jamais à m'offrir un verre quand nos routes se croisent en Principauté. Elles sont charmantes toutes les deux. Caroline était davantage portée sur la F1 que sur le football, contrairement à sa cadette qui honorait régulièrement les matches de sa présence au stade Louis II. Mais lors de Chelsea-Monaco, c'est bel et bien Caroline que j'ai reconnue dans la tribune à Stamford Bridge. Alors, à choisir, j'aurai un petit penchant pour elle quand même. Après le départ d'Enzo Scifo, Phil a été mon cordon ombilical avec la Belgique. Quand moi-même j'ai quitté le Rocher, j'ai gardé le contact avec lui. On se téléphone une fois par mois au moins. En revanche, je n'ai jamais eu vraiment d'atomes crochus avec Emmanuel Petit. Il était mon coéquipier, sans plus. Je serais incapable de vous donner son numéro de portable, c'est tout dire. Daniel Amokachi. Tous deux étaient surnommés les Bulls chez les Super Eagles, en raison de leur puissance peu commune, mais c'est avec l'ancien attaquant du Club Brugeois que mon entente aura été la meilleure. L'association était fantastique entre un taureau comme lui et une gazelle comme moi. (il rit)Jo Bonfrère. Je n'oublierai jamais que c'est avec lui aux commandes que le Nigeria a réalisé la plus grande performance footballistique de tous les temps en remportant la médaille d'or olympique à Atlanta. Le Néerlandais était quelqu'un de bien sur tous les plans, aux antipodes de son compatriote Clemens Westerhof, que je n'ai jamais su piffer, même si mes débuts internationaux se sont déroulés sous ses ordres en 1992. En réalité, il n'a jamais admis de ne pouvoir gérer mes intérêts, comme c'était monnaie courante, à l'époque, avec d'autres jeunes Nigérians soucieux de faire carrière en Europe, et aux Pays-Bas en particulier. Car ce n'est pas pour rien, évidemment, que Finidi George et Nwankwo Kanu ont d'abord transité par l'Ajax Amsterdam avant de rebondir ailleurs. Moi, je n'ai jamais voulu marcher dans la combine et cet entêtement m'a coûté plus d'une fois une place de titulaire à mes débuts. Il n'y pas photo : le Borussia Dortmund. Un nom mythique alors que celui du club libyen n'est connu que d'une poignée d'amateurs de football. Stefan Reuter. A la fois un grand joueur et un type extra. Il n'était pas borné comme l'autre, qui ne jurait que par ses copains allemands au Westfalenstadion. Deutschland über alles : j'ai pleinement compris le sens de ces trois mots à son contact. Petit monsieur, et encore plus petite mentalité. Le Betis, où je n'ai hélas évolué que quelques mois. Mais assez, cependant, pour vivre deux derbys extraordinaires. A côté de ça, un Liège-Standard ou un Borussia Dortmund-Schalke étaient de simples parties de plaisir. Même si j'ai eu un chouette contact avec le portier belge en Andalousie, je choisis Denilson, malgré tout. Avec mon compatriote Jay-Jay Okocha, c'est le plus grand technicien que j'ai connu dans ma carrière. Il savait absolument tout faire avec un ballon. Un jour, pour le fun, il m'a dribblé dans le couloir du bus qui nous amenait à Malaga. Je n'en suis toujours pas revenu ! Rocourt, où j'ai passé quatre années merveilleuses. A Charleroi, le contexte n'était pas du tout le même. Ici, les satisfactions n'ont guère été nombreuses. Hormis la dernière journée, du moins. Adekanmi Olufade. Nous nous sommes bien complétés au cours de ces six mois. Mais l'entente était, ma foi, très bonne également avec Greg. Je lui prédis une très belle carrière, en tout cas. Je préfère, de loin, ma première expérience ici, car à présent le championnat de Belgique ne vaut franchement pas tripette. Si le Club Liégeois, où j'ai joué autrefois, était transposé dans la réalité actuelle, il serait européen les doigts dans le nez. Avant, il y avait réellement des joueurs de grande classe à Anderlecht, au Standard et à Bruges. Pour l'heure, hormis Aruna Dindane et Vincent Kompany, c'est la misère. Il en va là, pour tout dire, des deux seuls noms que j'ai renseignés à Japhet N'Doram, qui s'occupe du recrutement de l'AS Monaco. Aigle. Et même super aigle . (il rit) A Charleroi, j'aurai surtout connu des drôles de Zèbres. A tous les niveaux. Victoria, mon épouse, foudroyée par un cancer au printemps 2000. J'échangerais volontiers toutes mes victoires collectives et tous mes trophées individuels contre elle. Elle restera à tout jamais le grand amour de ma vie. Je ne vais pas faire de vieux os au Mambourg. J'ai des contacts avec les pays du golfe Persique, Shangaï et l'Alania Vladikavkaz, en Ossétie, où Rolland Courbis est coach actuellement. Je prendrai une décision sous peu. Je veux encore jouer trois ans au plus haut niveau avant de tirer ma révérence. Monaco. Mais mon ancienne équipe n'aura pas facile contre ces Portugais teigneux. Bruno Govers" A Lagos, je suis constamment ENTOURé PAR DEUX GARDES DU CORPS "