Dix ans après avoir déposé ses bagages au stade Constant Vanden Stock, durant l'été 1994, Olivier Doll (31 ans en juin) s'apprête à vider son casier. Dix années faites de joies et de peines, de blessures et de retours gagnants, mais au bout du compte un long bail qui fait la fierté d'un défenseur que beaucoup considéraient un peu fruste dans le temple de la technique qu'est le stade Constant Vanden Stock, mais qui a su gagner l'estime de tous grâce à son caractère, son professionnalisme et sa gentillesse. Dix années qu'il évoque au travers du joker interdit.
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Dix ans après avoir déposé ses bagages au stade Constant Vanden Stock, durant l'été 1994, Olivier Doll (31 ans en juin) s'apprête à vider son casier. Dix années faites de joies et de peines, de blessures et de retours gagnants, mais au bout du compte un long bail qui fait la fierté d'un défenseur que beaucoup considéraient un peu fruste dans le temple de la technique qu'est le stade Constant Vanden Stock, mais qui a su gagner l'estime de tous grâce à son caractère, son professionnalisme et sa gentillesse. Dix années qu'il évoque au travers du joker interdit. OlivierDoll : Le titre 1995. J'ai eu la chance d'être champion dès ma première saison à Anderlecht. C'était l'époque de Bertrand Crasson, Graeme Rutjes, Marc Degryse, Johan Walem, Johnny Bosman, Yaw Preko et consorts. J'avais été titulaire quasiment toute la saison, mais j'avais été privé des derniers matches en raison d'une blessure à la cheville. L'équipe a émergé au bout d'un long coude à coude avec le Standard. Un beau souvenir, mais les titres de 2000 et 2001 furent tout aussi beaux. Le titre 2004, je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'y participer. A moins que vous voulez parler de celui conquis avec l'équipe Réserve ? Car, ne l'oubliez pas : j'ai réalisé le... doublé cette saison ! (il rit) J'essaye d'oublier les mauvais souvenirs pour ne retenir que les bons. Le 6-0 à Westerlo fut dur à avaler, mais il ne représenta qu'un off-day. La défaite 2-4 après prolongation contre le Germinal au stade Roi Baudouin a eu de plus lourdes conséquences, puisqu'en dix ans à Anderlecht, je n'ai jamais remporté la Coupe de Belgique. La fabuleuse épopée de la Ligue des Champions. Le match contre la Lazio restera, à coup sûr, très spécial pour moi. Je n'avais plus joué depuis plusieurs mois et j'avais simplement eu l'occasion de roder mes automatismes avec Aleksandar Ilic lors d'un match contre La Louvière, trois jours plus tôt. On m'attendait au tournant, mais j'ai mis les attaquants romains sous l'éteignoir et nous avons gagné 1-0. J'adore ce genre de défi. J'ai affronté le Real à deux reprises, sur les quatre confrontations entre les Espagnols et le Sporting : la victoire 2-0 au Parc Astrid, contre ce que d'aucuns avaient qualifié d'équipe madrilène B mais qui avait tout de même fière allure, et la défaite 4-1 au stade Santiago Bernabeu. C'est une atmosphère très particulière là-bas. Au coup de sifflet final, on avait l'impression que le match n'avait pas encore commencé : on n'avait pas touché le ballon. Johan Boskamp. Il fut mon entraîneur lors de ma première saison à Anderlecht et je l'ai beaucoup apprécié. Il est très direct, et lorsqu'il a quelque chose à dire, il le dit en face. Je préfère cela aux colportages derrière le dos. Il accepte aussi qu'on lui dise franchement ce qu'on pense. Il y aura des éclats de voix dans le vestiaire, mais deux jours plus tard, tout sera oublié. Il a poussé des gueulantes mémorables. Je me souviens d'un déplacement au Panathinaikos au terme duquel, s'il l'avait pu, il m'aurait accroché au portemanteau. Ce soir-là, j'ai cru que ma dernière heure était arrivée. Mais il n'est pas rancunier. Et il a réussi à se faire apprécier par les supporters anderlechtois, alors qu'il était estampillé RWDM, ce qui n'est pas un mince exploit. J'ai travaillé avec le premier pendant 52 jours, avec le second pendant... dix jours, le temps d'un intérim. Herbert Neumann avait ses idées bien à lui sur le style de jeu, les méthodes d'entraînement et la gestion du groupe. On ne lui a malheureusement pas laissé le temps de les mettre en pratique. La patience n'est pas la caractéristique première d'un club comme Anderlecht. Après une défaite 0-2 contre Ferencvaros au tour préliminaire de la Ligue des Champions, le club a pris ses responsabilités, mais je me garderai de le critiquer car je crois qu'il aurait pu réussir s'il avait bénéficié de plus de crédit. Raymond Goethals est, bien sûr, un phénomène. Je n'oublierai jamais son exposé tactique, avant le match contre Saint-Trond, au cours duquel il avait - comme il en a l'habitude - écorché la plupart des noms des joueurs adverses. Je l'ai côtoyé trop peu de temps pour le juger réellement, mais tout le monde a pris beaucoup de plaisir à l'écouter pendant ces dix jours. Deux anciens joueurs du Sporting, qui furent mes entraîneurs. Mes faveurs vont à Georges Heylens. C'est lui qui m'a donné ma chance à Seraing. Il m'a gratifié d'une confiance très importante pour un jeune. Il a parfois été dur avec moi, mais pour mon bien. Je ne peux pas renier ma période sérésienne. C'est elle qui m'a servi de tremplin pour mon transfert à Anderlecht. Et j'ai toujours une pensée émue pour le regretté Gérald Blaton. Constant Vanden Stock fut un grand monsieur du football belge en général et d'Anderlecht en particulier. On ne peut pas passer outre. Autrefois, lorsqu'il descendait dans le vestiaire, cela signifiait qu'il y avait vraiment un gros problème, et il n'avait pas besoin de hausser la voix pour que tout le monde en prenne conscience. Le silence s'installait immédiatement. Il imposait naturellement le respect. Son fils a une personnalité très différente. On le voit plus souvent, il est un peu plus proche des joueurs et dirige le club à sa façon, mais il a réussi à perpétuer l'esprit mauve. On a parfois eu tendance à vouloir l'assassiner trop rapidement. Il a été confronté à un lourd héritage. Succéder à un monument comme son père, ce n'était pas une mince affaire. J'éprouve un grand respect envers la famille Vanden Stock dans son ensemble. Une bonne gueuze bien fraîche, en été, cela désaltère. Va pour la gueuze. J'ai aussi appris à apprécier le bon vin, mais puisque cette boisson ne figurait pas parmi les choix... Ce sont deux caractères très différents. Leurs méthodes de travail sont aussi différentes. Michel Verschueren, on l'aime ou on ne l'aime pas, mais il a rendu énormément de services à Anderlecht. Il a un côté théâtral qui surprend parfois, mais j'ai appris à l'apprécier. Herman Van Holsbeeck n'a pas envie d'être aussi médiatisé. Sa gestion est plus terre-à-terre. Il veut un club mieux structuré et est plus enclin à déléguer. MisterMichel voulait se mêler de tout, depuis les transferts jusqu'à la couleur d'un mur à repeindre. J'opte pour lui, d'autant qu'en six mois, je ne peux pas réellement juger son successeur. Deux joueurs qui ont marqué l'histoire d'Anderlecht et qui, malgré leur statut de vedette, sont demeurés d'une simplicité exemplaire. Il n'y a, en fait, pas de choix à effectuer, mais si c'est obligatoire j'aurais tendance à opter pour le Suédois sur base de son palmarès. Il a quitté le Sporting sur un titre en 2000, est parti trois ans à l'Olympiakos où il a été trois fois champion, et est revenu au Parc Astrid pour remporter un nouveau titre. Il possède aussi une aura exceptionnelle en Belgique. J'ai aussi beaucoup apprécié son comportement cette saison : il est demeuré très calme face aux choix de l'entraîneur qui ne lui ont pas toujours été favorables. Mais j'admire aussi beaucoup Enzo Scifo. Je ne comprends pas le sort qu'on lui réserve en Belgique. Il savait tout faire avec un ballon, mais certains se sont obstinés à le critiquer ou à le rabaisser. S'il était Italien, Espagnol ou Français, on lui aurait déjà érigé une statue. Il est l'un des rares joueurs belges connus à l'étranger. Je me souviens que, lors d'une tournée en Chine voici sept ou huit ans, des gens nous ont demandé où était Enzo Scifo alors qu'il ne faisait pas partie de l'équipe du Sporting à ce moment-là. Deux caractères. Mes faveurs vont à Alin Stoica, pour ce cachet spécial qu'il apporte à une équipe. Malheureusement, il devrait avoir la possibilité de jouer une saison entière, sans blessure et sous la houlette d'un entraîneur qui croit en lui, pour retrouver le rythme et donner la pleine mesure de son talent. Je les ai tous les deux connus comme adversaires et comme coéquipiers. Ils ont aussi, tous les deux, souffert de blessures durant leur séjour au Parc Astrid. J'opte pour Nenad Jestrovic. Il est un rien plus complet et plus filou. Il possède aussi de grandes capacités d'adaptation qui lui permettent de s'imposer dans n'importe quel club. Josip Weber avait démontré au Cercle Bruges qu'il possédait de grandes qualités de finisseur, mais il a éprouvé certaines difficultés à s'adapter à Anderlecht. Christian Wilhelmsson. Je n'ai pas l'occasion de côtoyer David Beckham et je me refuse donc de porter un jugement à son égard. J'admire ses qualités de footballeur et je constate qu'il représente un formidable produit de marketing, mais je ne suis pas un fan. Je côtoie en revanche mon coéquipier suédois au quotidien. C'est un homme très simple, très sympa et très ouvert. Il partage avec la star britannique du Real Madrid la particularité de changer de look tous les jours, mais cela fait partie de sa nature et... cela met un peu d'ambiance dans le vestiaire. Ce sont deux des surnoms que l'on m'a attribués. La pieuvre, à cause de ses tentacules. Il paraît que j'avais parfois une tendance assez prononcée à vouloir utiliser les bras. Je demande à revoir les cassettes de Canal+ pour me prononcer. ( ilrit) Mais, finalement, j'aime assez ce surnom. Baby Doll, c'est un peu dépassé. Bientôt, il faudra parler de GoodOldDoll. Lorsque j'ai débarqué à Anderlecht, on a voulu me comparer à Philippe Albert. C'était flatteur, car s'il est vrai que mon jeu était assez viril également, Philippe représentait déjà une valeur affirmée alors que j'étais un petit jeune qui avait encore tout à prouver. On a aussi voulu me comparer à Georges Grün. Surtout au niveau du caractère : le calme et l'art de relativiser. Je me reconnais un peu en lui, effectivement : il a toujours donné le maximum pour sa carrière, mais sans oublier qu'il y avait plein de choses à vivre en dehors du football. Je pense être plus proche de Georges. L'ancien et le futur sélectionneur de l'Algérie ? J'opte pour Georges Leekens. Il m'a offert ma seule cape chez les Diables Rouges, lors d'un match en Turquie en 1997. C'est un entraîneur spectaculaire, un peu showman, mais j'apprécie ce trait de caractère. Je n'ai, en revanche, jamais travaillé avec Robert Waseige et je le regrette. Il m'avait convoqué pour un match amical en Grèce, mais je m'étais blessé trois plus jours tôt lors d'un Anderlecht-Standard et j'ai dû renoncer. J'ai travaillé trois ans avec lui au club, et trois jours en équipe nationale. Il m'avait convoqué pour le match contre la Croatie, qualificatif pour la Coupe du Monde 2002, mais ne m'avait pas fait monter au jeu. Les circonstances ne s'y sont pas prêtées. Au départ, mes rapports avec lui étaient assez difficiles. Il ne comptait pas vraiment sur moi lorsqu'il a débarqué au Parc Astrid. Il m'avait même placé sur la liste des joueurs transférables. Je me suis obstiné et je me suis efforcé de lui démontrer que je pouvais encore être utile. Au fil du temps, nous avons mutuellement appris à nous apprécier. Et, au bout du compte, j'ai découvert en lui quelqu'un de très humain. Il est toujours positif, et n'hésite jamais à défendre ses joueurs en prenant à son compte les erreurs qui ont été commises. Ce n'est pas le cas de tous les entraîneurs. Entre les Diables Rouges et moi, cela n'a jamais été une grande histoire d'amour. Plusieurs convocations, mais une seule cape. J'ai souvent été victime d'une blessure au mauvais moment. Il m'est arrivé, je l'avoue, d'aller voir jouer les Sables Rouges alors que l'équipe nationale belge se produisait en même temps au stade Roi Baudouin. Mon frère Steve y joue. J'ignore si le beachsoccer est une possibilité de reconversion pour moi. Je ne l'envisage pas dans l'immédiat, en tout cas. Je souhaite d'abord jouer encore trois ou quatre ans au plus haut niveau. Après, on verra. Pour mon avenir ? Tout dépend de ce que l'on me proposera. Une expérience à l'étranger ne me dérangerait pas, mais je suis ouvert à tout. J'espère trouver un club sain où je me sentirai bien. Physiquement, je me sens... mieux qu'il y a quelques années. L'envie est toujours là. L'ambition aussi. Cela ne signifie pas que mon nouveau club devra nécessairement jouer le titre ou l'Europe. Daniel Devos " Au Real, le match était fini SANS QU'ON AIT TOUCHé LE BALLON "