Il dribble, il invente, il saoule, il déborde, il sert, il épate, il marque : Aruna Dindane, 23 ans, est un créateur de football. Cette saison, l'Ivoirien a encore élevé son don et sa passion, en faisant un art, mille tableaux que les spectateurs rangent déjà dans les plus belles galeries de l'histoire mauve. Ses colères noires d'autrefois ont petit à petit cédé le pas à sa magie noire.
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Il dribble, il invente, il saoule, il déborde, il sert, il épate, il marque : Aruna Dindane, 23 ans, est un créateur de football. Cette saison, l'Ivoirien a encore élevé son don et sa passion, en faisant un art, mille tableaux que les spectateurs rangent déjà dans les plus belles galeries de l'histoire mauve. Ses colères noires d'autrefois ont petit à petit cédé le pas à sa magie noire. Star sur le terrain, il préfère ne pas endosser le smoking d'homme en vue dans la vie de tous les jours. Sa gentillesse et sa timidité sont touchantes quand il peint, avec les pinceaux de notre questionnaire indiscret, le film et les choix de sa carrière. Un titre national est plus important qu'une récompense individuelle. C'est l'aboutissement du travail de tout un groupe qui, une saison durant, a su être uni, courageux, travailleur, tenace, efficace. J'y vois une grande beauté et le collectif est la première finalité du football. Sans un noyau à la hauteur, il n'y a pas d'équipe, donc pas d'exploits individuels. J'ai évidemment apprécié la conquête du Soulier d'Or mais le fait de porter le titre de champion, procure un bonheur plus ample. On a dit que le Soulier d'Or m'avait un peu fatigué. Peut-être mais je n'incrimine pas le nombre de sollicitations de la presse. J'avais déjà l'habitude d'accorder beaucoup d'entretiens. Non, ce sont les regards des autres et donc les attentes sur le terrain, qui ont changé et sont plus exigeants. Un Soulier d'Or doit tout le temps faire mieux et plus. Ce n'est pas toujours facile ou possible. Je ne peux pas ignorer la capitale de la Côte d'Ivoire. J'y ai vécu ma jeunesse et je ne l'ai quittée qu'à 19 ans pour venir à Bruxelles. Le QG de l'Europe est une ville intéressante, cosmopolite, multiculturelle. J'aime bien. J'habite à Oudenaken, un bourg de Leeuw-Saint-Pierre, c'est la campagne et le calme à quelques kilomètres de la ville et du stade. Tout est ordonné en Europe. En Afrique, quand j'ai envie d'aller saluer un ami, à n'importe quelle heure, cela ne pose pas de problème. Quand je me promène dans les rues de Matongé, Porte de Namur, à Ixelles, je retrouve un peu l'ambiance tellement pétillante et bruyante d'Abidjan. Je m'adapte à tout le monde, que ce soit Nenad, Ivica ou Oleg. Ce sont évidemment des joueurs différents. Comme Ivica Mornar, je fais bouger les défenses, je crée des espaces que j'aime offrir aux autres. Même si le style est différent, plus technique pour moi, plus engagé et athlétique pour Ivica, notre finalité est un peu la même. Nenad est un tueur des rectangles. Il est d'abord là pour marquer et le fait avec une froide efficacité. C'est pour cela qu'on l'appelle Jestrogoal. Si je dois faire un choix, je désigne Nenad de justesse car nos différences sont complémentaires. Monogamie car c'est plus facile à vivre et cela favorise l'harmonie familiale. En Côte d'Ivoire, la polygamie fait partie des traditions. Mon père a trois épouses et, dans son cas, cela se passe très bien. C'est un homme formidable qui a su construire et protéger le bonheur de tous. Je suis le fils de sa deuxième épouse. Mais un étranger à la famille ne pourrait pas deviner qui est ma mère quand nous sommes tous ensemble. Je les appelle toutes les trois : - Maman, et quand j'ai envie d'offrir une montre, j'en achète trois. Impossible d'oublier une de mes mamans. Meilleur attaquant car il y a là une notion plus diverse de la fonction d'avant. Un finisseur peut attendre son heure. Il ne participe pas forcément à tout, marque et a accompli son travail. L'autre type d'attaquant se replie, est plus présent dans le jeu, touche plus la balle, va au charbon. Il est finalement plus complet que le bourreau des rectangles adverses. Je dirais Aimé Anthuenis et Franky Vercauteren. Ce choix ne découle pas d'une différence de qualités mais bien du fait que le duo cité était en place quand je suis arrivé à Anderlecht. Ce fut la bonne rencontre à un moment important pour moi. Aimé Anthuenis avait déjà travaillé avec des joueurs africains et il a su m'intégrer petit à petit dans la machine mauve. Hugo Broos travaille dans cette continuité et cela se passe très bien aussi entre nous. Petit pont, sans hésitation. C'est un geste technique difficile à réaliser. L'adversaire se méfie car quand la balle passe entre ses pieds, il est pétrifié, cloué sur place, sans possibilité de réaction. Un grand pont, c'est différent car celui qui en est victime peut toujours vous toucher du bras, empêcher le passage de la balle et de l'homme. J'ai aussi subi des petits ponts : rien de plus râlant. Les ponts d'or, cela vient bien après quand on a réalisé une foule de... petits ponts. Drissa, c'est mon papa. Il vendait du poisson aux quatre coins de la Côte d'Ivoire. Mon père a énormément travaillé, ne dormait parfois que deux fois par mois à la maison entre des voyages pour un métier exigeant qui lui a permis de nourrir sa famille. Je n'ai encore rien fait dans la vie par rapport à lui. J'ai eu de longues conversations avec lui lors de son dernier séjour à Bruxelles. Sa sagesse, c'est de l'or pour la vie. Serge Trimpont, mon agent, est devenu un ami, même un frère. Il connaît de mieux en mieux Abidjan et quand nous nous voyons, nous parlons plus de la vie en général que de football. La fête du football européen, bien sûr, car c'est le top mondial des clubs. On suit la Ligue des Champions dans le monde entier. Une épreuve somptueuse, des matches et des émotions qui font date. C'est fort. Il n'y a que la Coupe du Monde qui soit plus importante. La CAN fait son chemin, s'installe dans les traditions et elle grandira encore. Je suis croyant et, en tant que musulman, j'essaye de prier cinq fois par jour. C'est important. Il y a le ramadan que je suis aussi mais en l'adaptant à mes obligations de joueur. Le football est une passion et un métier tandis que la religion est une philosophie de vie. On ne peut pas comparer les deux mais, dans une certaine mesure, le football est une religion. Westland. Je n'ai jamais été à Disneyland. Je sais, le Westland d'Anderlecht fait penser à une mésaventure douloureuse que j'y ai récemment vécue et sur laquelle je ne veux pas revenir. Oublié. J'ai toujours fait mes courses au Westland et je continuerai à le faire car j'y ai mes habitudes et je m'y sens bien. Asec, pas à sec. Avec l'Asec d'Abidjan, j'ai vécu des trucs extras comme, entre autres, la Supercoupe d'Afrique. En finale, chez nous, le coach aligna une équipe de gamins contre les super pros de l'Espérance de Tunis. Moyenne d'âge : 17 ans. Les supporters ne vinrent pas en masse. Au coup d'envoi, le stade était à moitié rempli. Ce fut un match de rêve. Après le repos, l'enceinte était pleine à craquer. Tout Abidjan, emballé par ce qu'on avait vu à la télé, était là. Zezeto marqua deux buts, moi un et l'ASEC gagna la finale 3-1. Quant à ce faux billet de 500 euros, que j'avais donné à ma s£ur, je ne souhaite à personne de vivre cela : arrêté, les menottes aux mains, alors qu'on n'y est pour rien, c'est dur. Roma... rik, car c'est comme cela qu'il faut prononcer son nom (pas Roma- ritch), est un ami. J'opte pour lui. Nous avons grandi ensemble à Abidjan. Jeune mais grand, puissant et solide, il a tout pour réaliser une très grande carrière. Je connais aussi Béa Diallo. Fameux boxeur qui est un homme intelligent et un magnifique ambassadeur de l'Afrique en Europe. J'aimerais en faire autant un jour. Du côté de mon père, la famille est originaire du Burkina-Faso. Nous avions encore des proches là-bas mais tous les enfants sont nés en Côte d'Ivoire. Même ma maman a des racines au Burkina mais cela remonte très loin. Je suis Ivoirien, totalement Ivoirien. C'est un beau pays aux prises avec une guerre, une rébellion. L'ONU et la France sont là, cela devrait s'arranger, j'espère. J'accorde la priorité à Jean-Marc Guillou. Il m'a déniché, m'a permis de faire partie de son Académie, m'a formé, éduqué, fait confiance. Je ne regrette vraiment pas mon choix. J'y serais peut-être arrivé sans cela mais le chemin aurait été beaucoup plus éprouvant. L'Anderlechtois fait aussi confiance aux jeunes. Franky Vercauteren est le Jean-Marc Guillou belge. C'est dur vos questions. Il me serait impossible de choisir entre Michel Verschueren et Roger Vanden Stock non plus par exemple. Le président est un homme charmant. Je ne me souviens même pas qu'il se soit fâché un jour. Peut-être une fois il y a deux ans mais je ne sais même plus pourquoi. Michel Verschueren a consacré 25 ans de sa vie à ce club. Il était tout le temps là et a quitté son ancienne fonction la tête haute. Je n'ai qu'un mot pour eux deux : génial... Olivier Deschacht se dégage dans mon esprit car c'est un arrière gauche stable, sérieux, appliqué, peut-être pas assez spectaculaire mais tellement utile à l'équipe. Ce n'est pas pour rien qu'il a frappé aux portes des Diables Rouges. Arthur Boka est un grand arrière gauche en devenir qui me fait penser à Bixente Lizarazu et Roberto Carlos. Le Real a ma préférence car c'est la plus grande équipe du monde. Il y a les stars mais aussi la volonté de pratiquer un jeu court, technique, varié, offensif. C'est le style que j'aime, celui qu'on pratiquait en Afrique et que Beveren étale en D1. Mais cela dit, je n'oublie pas l'Inconditionnel d'Ajamé, le club de mon quartier à Abidjan. C'est là que tout a commencé et il était normal que je lui offre le chèque de 2.500 euros que j'ai reçu en même temps que mon Soulier d'Or. L'Inconditionnel d'Ajamé pourra acheter des équipements pour ses jeunes. Traore sans hésiter et Didier Drogba, un bon copain très brillant à Marseille, répondrait la même chose. Même s'il n'a pas vraiment réussi en Europe, Abdoulaye Traore est une légende chez nous. Il a donné une autre dimension à l'équipe nationale. Attaquant de pointe, c'est mon truc, ma place naturelle mais j'ai beaucoup appris en jouant droite. Là, il faut plus se replier, presser, penser à la reconversion défensive. Christian Wilhelms- son fait cela très bien. Deux prénoms très répandus en Côte d'Ivoire. Je préfère Aboubacar car c'est ainsi que s'appelle mon fils. Il a 15 mois et est né à Abidjan. Je n'avais pas dit tout de suite que ma compagne attendait famille. Et quand Aboubacar a vu le jour, je n'ai pas ébruité la nouvelle : c'est du domaine privé, personnel, familial. Un jour, au Westland, j'ai dit à Goran Lovre que j'avais un enfant. Il ne m'a pas cru. Maintenant, Aboubacar et sa maman vivent chez moi. Je l'amène parfois au stade. Il a eu des petits problèmes de santé mais tout va bien maintenant. Awa. C'est ma compagne. En Afrique, les hommes aiment les femmes fortes, bien en chair, solides car elles sont plus de taille à affronter les problèmes de la vie. J'adore ce genre de femmes. Awa est comme cela. Ma s£ur aînée se jugeait trop svelte. Elle a tout fait pour grossir. Alors, Victoria Beckham, j'aime pas trop. Je ne suis pas ses aventures mais la vie familiale de deux stars, c'est pas de la tarte. J'ai eu des problèmes avec le premier. J'étais jeune, impulsif. Pour un mot de travers, on peut être suspendu six semaines mais le gars qui casse la carrière d'un adversaire en prend parfois pour trois semaines. C'est difficile à vivre. Je préfère Frank De Bleeckere même s'il a parfois été débordé aussi. Pas facile de diriger un match. L'arbitre n'est aidé que par ses juges de touche et l'assistant. Il faut leur faire confiance et je ne suis pas en faveur d'un apport vidéo pour les arbitres en cours de matches. Cela compliquerait tout et il n'y aurait plus le charme de l'incertitude, les palabres des supporters qui refont les matches. J'adore Arsenal où joue mon idole de toujours : Dennis Bergkamp. Il est fabuleux car tout est beau dans son jeu. Mon ami Kolo Toure joue aussi à Arsenal. Elephant, c'est le surnom de notre équipe nationale. C'est important mais, quand je ne joue pas, je regarde tous les documentaires animaliers de la chaîne National Geographic. A Abidjan, j'avais des animaux : lapins, pigeons, chiens, chats. J'adore la nature et j'ai pu prendre part à un Safari photos au Kenya : inoubliable. Vacances, je n'en ai plus pris depuis 2002, mais en juin il y aura Côte d'Ivoire-Libye. J'espère que le coach comprendra ma fatigue à la reprise en Belgique. Etre élu Joueur Professionnel de l'Année par ses collègues, c'est formidable mais le Soulier d'Ebène représente plus pour un Africain. Les initiateurs du Soulier d'Ebène ont fait beaucoup pour la communauté africaine en Belgique. Pierre Bilic" Je n'ai encore RIEN FAIT DANS LA VIE par rapport à mon père "