Depuis un petit bout de temps, Zoran Ban passe plus de temps assis sur le petit banc des réservistes qu'en arpentant les pelouses. Pour le moment, son coach, Sergio Brio, a opté pour un attaquant de pointe, Jari Niemi, soutenu par Wamberto.
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Depuis un petit bout de temps, Zoran Ban passe plus de temps assis sur le petit banc des réservistes qu'en arpentant les pelouses. Pour le moment, son coach, Sergio Brio, a opté pour un attaquant de pointe, Jari Niemi, soutenu par Wamberto. " Ce n'est pas facile à vivre ", avance l'attaquant croate. " Mais ce n'est pas à moi de faire les choix. Je respecte les options de l'entraîneur et, en attendant, je bosse à fond. Mon tour reviendra ". Il en faut plus pour décourager ce professionnel très mature qui a affronté d'autres difficultés, et vécu pas mal de bons moments, depuis le début de sa carrière. Sa carte de visite en atteste : NK Rijeka (1990 à 93), Juventus (1993-94), Belenenses (1994-95), Boavista (1995-96), Pescara (1996-97), Mouscron (1997-99), Genk (1999-2001), Mouscron (2001-2003), Mons depuis cette saison. A près de 31 ans, il a vu du pays et bien cerné toutes les facettes d'un métier pas comme les autres. Suivez le guide... Elio Di Rupo ? Ce sont deux personnages importants qui £uvrent en faveur du football. Jusqu'à présent, j'ai passé plus de temps à Mouscron qu'à Mons. Je connais bien le président des Hurlus qui m'a souvent soutenu quand cela ne rigolait pas pour moi. C'était même un deuxième père. Je ne l'oublie pas. C'est mon premier choix. Quand on atteint cette qualité relationnelle, le positif efface le négatif. Sans ce précurseur, l'Excelsior n'aurait pas un tel stade. C'est pas difficile : ce club n'aurait jamais atteint la D1 si Jean-Pierre Detremmerie ne s'était pas intéressé au football. A Mons, le prestige d'Elio Di Rupo est évidemment considérable. Je n'ai entendu que du positif et il donne un grand coup de main au club de Dominique Leone qui grandit à l'image de son stade. Les Hurlus et les Dragons ont la chance d'être tirés par de telles locomotives. Ce sont deux des plus grosses pointures de la D1. Wamberto est exceptionnel par son apport sur le terrain, que tout le tout monde voit, mais aussi pour le rôle toujours positif qu'il assume dans la vie de tous les jours. Sa classe et sa vitesse peuvent faire la différence à chaque instant sur le terrain. Nos adversaires le craignent comme la peste. Si je ne devais désigner qu'un joueur pour expliquer le sursaut de Mons, ce serait lui. On voit qu'il a joué au top, à l'Ajax. Je désigne d'abord Wambi en précisant que Mbo Mpenza m'impressionne aussi. Il est très fort, collectif, puncheur. Vraiment extraordinaire mais j'espère qu'il quittera l'Excel en fin de saison. Ce sera un problème pour Mouscron qui ne trouvera plus un tel joueur. Mais Mbo doit partir pour progresser. Sergio Brio est un grand professionnel qui a sorti Mons de l'ornière. Il a apporté la discipline, le caractère, le travail, la qualité d'une organisation tactique sur le terrain. Sergio Brio a rendu vie et espoir à ce club. Les résultats plaident en sa faveur, oui. Mais je n'oublie pas Marc Grosjean. La chance ne fut pas de son côté lors de sa deuxième saison à Mons. Il me voulait déjà en été. Je suis devenu Montois plus tard, toujours à la suite de son insistance. Le Liégeois m'a fait confiance alors que je n'étais plus en odeur de sainteté à Mouscron. La loi des résultats ne nous a pas permis de travailler longtemps ensemble. Marc Grosjean prouve à l'Antwerp qu'il a bien l'étoffe d'un bon entraîneur de D1. C'est sa première saison à l'Albert et les supporters ne mesurent pas encore tout ce qu'il apporte : présence, frappe, expérience, assists, métier, etc. Lui aussi a besoin de temps et de patience. Il n'y a que le présent et l'avenir qui comptent. Dès lors, le Marco Casto de Mons prime même s'il a passé sept ans à Mouscron. Il y a des joueurs plus médiatiques que d'autres. Notre gardien de but, Kris Van de Putte, nous a souvent permis de garder la tête hors de l'eau. Lorenzo Stralens, c'est qui comme entraîneur ? Personne. Je n'en parle pas. Cela veut tout dire. Johan Boskamp, par contre, m'a fait une bonne impression quand je jouais à Genk. Lui, c'est un véritable entraîneur. Il a acquis ses lettres de noblesse à Anderlecht. Le Hollandais connaît son métier sur le bout des doigts et a, de plus, l'art de susciter la bonne humeur autour de lui. Je suis un adepte de la compagnie low cost. Cette ligne aérienne irlandaise a démocratisé le voyage aérien. Grâce à sa démarche, je peux rentrer à Rijeka pour des prix démocratiques dès que nous avons un jour de congé. Ryanair relie Charleroi à Trévise. Là, je ne suis plus qu'à une heure et demie de route de chez moi, via Trieste. Un aller-retour ne me coûte que 100 euros alors que Croatian Arlines et les autres compagnies réclament quatre fois plus au bas mot. A Charleroi, tout va vite, que ce soit l'embarquement, la vérification des documents ou l'enregistrement des bagages. Dans les grands aéroports, on perd toujours du temps. Les avions de Ryanair sont bondés. Le coach et mes équipiers italiens voyagent aussi avec cette compagnie. Ma femme et mes deux filles sont restées à Rijeka, ma ville natale. C'est plus facile pour la scolarité de nos enfants mais sans Ryanair, je ne pourrais pas les voir aussi régulièrement. Elles passent leurs vacances de Pâques en Belgique, à Casteau où j'ai un appartement. C'est pas Rijeka mais c'est bien quand même. On n'est jamais mieux servi que par soi-même : Zoran Ban. Je suis là pour aider le groupe. Je ne doute pas de mes potentialités. J'attends le moment de le prouver. Je suis toujours prêt. Mon problème est de m'être retrouvé seul en pointe durant une foule de matches alors que Wamberto n'était pas encore là. Puis le système tactique a légèrement changé. L'énorme apport du Brésilien a modifié la donne. Pour le moment, Jari Niemi a la préférence à ses côtés mais tout change vite sur un terrain de football. Je ne cherche pas d'excuses. Jari est excellent et s'est bien fondu dans le collectif même s'il ne parle pas français. Il pèse et dispose d'un bon jeu de tête. J'espère qu'il continuera sur sa lancée car Mons a besoin de toutes ses forces. Mais je peux apporter autant, et même plus que Niemi, car j'ai ma technique, mon vécu, ma vitesse. Un footballeur professionnel doit être ambitieux, patient et travailleur. A Rijeka, il y a tout. La montagne a pratiquement les pieds dans l'Adriatique. Quand j'ai besoin de calme, la montagne me convient mais je préfère la mer. J'ai un petit bateau de huit mètres, le Sara. Je le sors du garage dès les premiers beaux jours. Je passe alors toute la journée sur l'eau. C'est chouette en famille, avec ma femme et nos deux filles. Nous pêchons, nous nous amusons comme des fous. La mer et le soleil, ce sont mes sources de vie et d'optimisme. Je ne pourrais pas m'en passer. Hugo Broos gardera à jamais une place à part dans mon estime. Il m'a fait venir, puis revenir à Mouscron. La première saison ne fut pas facile car l'Excel changeait de coach, de système, de paire d'attaquants après le départ des frères Mpenza. Après, ce fut extra et, en pointe, je me suis bien amusé durant deux ans avec Frédéric Pierre. Ce dernier a ensuite disparu de la circulation. Dommage car il avait tout, de la vitesse à la technique, et aurait dû signer une grande carrière. Hugo Broos était l'homme d'un système tactique, le 4-4-2, et sa stabilité tactique a beaucoup apporté aux Hurlus. Jos Heyligen me voulait absolument à Genk. Je garde le souvenir d'un gentleman qui plaçait le jeu technique avant tout. Genk était à la recherche d'une nouvelle identité après les années de vaches grasses. Souleymane Oulare était parti, Branko Strupar en fut de même plus tard. Jos Heyligen fut déboulonné après une défaite au Standard et une autre à domicile face à Charleroi. Genk était encore bien classé mais cela ne suffisait pas tant la pression était grande. Si une chose compte avant tout, c'est la bonne étoile. Une carrière réussie, c'est d'abord 95 % de chance. Et je suis généreux quand j'accorde 5 % au talent. Non, la chance, c'est tout. Elle vous permet de ne pas être blessé ou malade, de marquer un but impossible. Je prie tous les soirs afin de garder la santé. Il faut être au bon endroit au bon moment. Tout le monde parle, à raison, de Luigi Pieroni. Il a eu de la veine en se retrouvant, par hasard, à Mouscron où le nouveau coach adore les footballeurs athlétiques. Si les Hurlus n'avaient pas relevé le défi, et cru son agent, Luigi Pieroni perdrait probablement son temps en D3, avec le même potentiel. Et on n'aurait jamais cité son nom à la télévision. Sans le coup de pouce du destin, on ne fait pas son trou dans cette jungle. Pour un but raté, on jette souvent des joueurs à la poubelle, comme des kleenex, après les avoir encensés. C'est ce que j'appelle le côté saloperie du football. C'est un monde irrationnel. Un changement de coach peut mettre fin à la carrière d'un footballeur. Ce dernier convient à un entraîneur mais pas à un autre qui fait venir d'autres joueurs. Qui se soucie alors d'un joueur éliminé pour rien et qui a basé sa vie sur le football ? Pas un chat. Personne n'est à l'abri de telles évolutions et les conséquences ne sont pas nécessairement le résultat d'une baisse du talent. A la mode un jour, démodé le lendemain. Pourquoi ? Il n'y a pas de réponse. Les clubs zappent, passent à autre chose. Le c£ur a laissé la place au business. carbonnades flamandes ? La cuisine belge est délicieuse et j'apprécie les carbonnades flamandes, les croquettes, les asperges, le gratin... dauphinois, le filet pur et les chicons. Il y a de quoi se lécher les doigts tous les jours en Belgique. Les restos chinois d'ici se sont européanisés et j'ai découvert d'autres spécialités moins appétissantes à Tianjin où j'ai passé des tests en mai 2003 avant que n'éclate l'épidémie de pneumonie atypique. Les cuisiniers jettent tout ce qui vit dans leurs poêles : serpents, fourmis, araignée, etc. Le SRAS est probablement passé de l'animal à l'homme via la fouine que les toques chinoises servent à leurs clients. Non, je préfère les carbonnades flamandes. Cela dit, la Chine est fabuleuse et est rapidement devenue un géant économique. Le rouge et le blanc, ce sont les couleurs de Mons et de Mouscron que je respecte. Mais qui dit Bianconeri pense à la Vieille Dame, la Juventus. Je reste supporter de ce club mythique que je n'aurais jamais dû quitter. C'était ma première expérience à l'étranger. J'avais 19 ans et je ne parlais que le croate. Ce fut un choc. Giovanni Trapattoni entraînait le club et Sergio Brio était son adjoint. Un autre monde par rapport à Rijeka. Les stars de la Juve étaient nombreuses : Roberto Baggio, Andreas Möller, Julio César, Jürgen Kohler, Gianluca Vialli et Alessandro Del Piero. Je n'aurais pas dû quitter aussi vite la Juventus pour le Portugal. Ce fut la plus grosse erreur de ma carrière. Dieu seul sait quelle carrière j'aurais en étant plus patient. On m'aimait bien à la Juventus mais je voulais jouer tout de suite et je me suis retrouvé à Belenenses puis à Boavista. Le Portugal est un pays superbe mais le Calcio, c'est le Calcio : incomparable. Vous me dites que Vincent Van Gogh est un immense peintre hollandais qui a vécu dans la région montoise. Je l'ignorais car je ne connais pas Vincent Van Gogh. Jonathan Blondel n'est qu'au début de son £uvre. A lui de saisir sa chance. C'est un excellent joueur mais, pour le moment, j'estime que Nastja Ceh est plus fort que Jonathan Blondel en tant que numéro 10 de Bruges. J'ai eu le bonheur de disputer deux finales de Coupe de Belgique. En 2000, j'ai aidé Genk à battre le Standard (4-1) en marquant un but. Deux ans plus tard, j'étais revenu à Mouscron qui fut vaincu au dernier stade de l'épreuve par Bruges (3-1). Jouer au Stade Roi Baudouin, c'est un honneur, cela marque. Le Tondreau, j'aime bien aussi, c'est chez nous. Il aura de plus en plus de charme comme le Canonnier ou le Fenixstadion de Genk. Ce sont des enceintes chaleureuses où l'on devine tous les efforts des clubs pour offrir un bon outil de travail aux joueurs. Personne n'aime rester longtemps sur le petit banc. Je n'ai pas peur de la difficulté même quand il faut remplacer les Mpenza, Branko Strupar, Souleymane Oulare, Nenad Jestrovic, Cédric Roussel. Je reviens toujours plus fort après un arrêt et quand je joue, je marque régulièrement. Bruges a réalisé une merveilleuse affaire en recrutant Bosko Balaban. Il n'a pas encore fêté ses débuts en raison d'une blessure mais il ne tardera pas à conquérir le public brugeois. Je ne peux évidemment pas encore le comparer à Davor Suker qui a séduit le monde, brillé en Espagne, en Angleterre, lors de la Coupe du Monde 98. Davor fait déjà partie de la légende, Bosko pas encore. Les souvenirs, cela vieillit un joueur. Quand on songe plus au passé qu'au futur, c'est que le feu sacré s'éteint. J'ai encore un an de contrat et j'espère encore jouer trois ou quatre saisons. Puis, quand le corps dira stop, je tournerai la page tout en restant dans le monde du football. A Rijeka, ma femme aura son magasin de vêtements pour bébés et enfants. J'espère intégrer un jour le staff sportif du NK Rijeka en tant que conseiller sportif. Pas question de devenir coach, c'est un métier de fous. Mais j'ai acquis de l'expérience à l'étranger, je connais du monde, je pratique plusieurs langues, je peux conseiller les jeunes ou cerner le potentiel d'une recrue : ce sont des atouts importants. Pierre Bilic" Une carrière réussie, c'est D'ABORD UNE QUESTION DE CHANCE "