Les tempes virent doucement au gris. Frédéric Tilmant atteindra, en mai prochain, un âge canonique pour un footballeur : 35 ans. Depuis le début de cette saison, on l'a vu plus souvent sur le banc et dans les matches de la Réserve que sur la pelouse avec l'équipe Première. Fini, le Fred ? Il refuse d'y penser. L'envie et l'ambition sont intactes comme au premier jour.
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Les tempes virent doucement au gris. Frédéric Tilmant atteindra, en mai prochain, un âge canonique pour un footballeur : 35 ans. Depuis le début de cette saison, on l'a vu plus souvent sur le banc et dans les matches de la Réserve que sur la pelouse avec l'équipe Première. Fini, le Fred ? Il refuse d'y penser. L'envie et l'ambition sont intactes comme au premier jour. Frédéric Tilmant : Joker ! Rester ? Pourquoi pas ? Partir ? C'est possible. Je n'en sais rien. Et je ne connais d'ailleurs pas les intentions de la direction. Une chose est sûre : je ne me sens plus chez moi au Tivoli. C'est tout nouveau. Je ne parlais pas comme ça il y a six mois. Mais j'en ai tellement bavé depuis le début de la saison que j'ai l'impression que le ressort s'est démoli progressivement. J'ai dû mordre sur ma chique, j'ai fait de gros efforts, mais pour quel résultat ? Mon temps de jeu est plus que limité. Sans doute parce que le système d'Ariel Jacobs n'est pas fait pour moi. Il m'estime incapable d'être performant sur les flancs, et quand je me retrouve seul en pointe, c'est très difficile. Contre Bruges, je ne voyais arriver que de longs ballons, et sur chacune de ces balles, j'étais pris en étau entre Marek Spilar et Philippe Clement. Mission impossible. Il n'empêche que j'ai été le seul à payer après ce match que toute notre équipe avait raté : la semaine suivante, je n'étais plus titulaire. Au premier tour, j'avais à peine joué lors des sept premiers matches. Il a fallu la blessure de Michaël Murcy et la suspension de Manaseh Ishiaku pour que le coach me donne ma chance. J'ai alors marqué trois buts en trois matches, et ainsi montré que je n'étais pas fini. Mais ma première petite baisse de régime m'a été fatale. Elle était pourtant explicable : quand on est en manque de compétition à près de 35 ans, on ne peut pas aligner d'un claquement de doigts une dizaine de bons matches. Tout cela a miné mon mental. Et explique mon scepticisme actuel. Depuis plusieurs années, je disais continuellement que ma priorité était de rester à la RAAL. Mais les données du problème ont changé au cours des derniers mois. En plus, je ne sens pas bien l'avenir de ce club. J'espère me tromper mais, non, je ne le sens pas du tout. Toutes ces rumeurs de fusion et de déménagement ne me laissent pas un bon pressentiment. J'aimais beaucoup la façon de voir le foot de Daniel Leclercq. Il exigeait que chaque joueur se surpasse, ne laissait rien au hasard, était pointilleux comme personne, voulait que tout soit toujours clair et net, n'acceptait pas la triche. Mais je ne garde pas un grand souvenir de lui sur un plan purement humain. Il était très difficile à vivre. En plus, il se laissait certainement influencer par Jean-Claude Verbist, qui ne croyait pas en moi. Alors, je choisis Marc Grosjean. C'est quand même avec lui que j'ai participé à la folle aventure de la montée en D1. Jouer à ce niveau avec ce club qui signifie tant pour moi m'a procuré une joie incroyable. Ce qui ne veut pas dire que je ne garde que de bons souvenirs de Grosjean. Il me considérait comme le joker parfait dès que nous nous sommes retrouvés en première division. Il estimait que j'étais redoutable quand il s'agissait de débloquer une situation compromise en fin de match. Il voyait que j'avais la hargne dès qu'il m'installait sur le banc. Moi, je n'acceptais pas son raisonnement. Je tolère aujourd'hui d'être remplaçant, mais pas à l'époque de Grosjean. Je trouvais que je valais mieux que cela. J'étais le capitaine de l'équipe de D2, mais un étage plus haut, j'ai dû m'effacer pour Luis Washington et Eddy Bembuana-Kévé. Grosjean savait que ces deux joueurs auraient perdu leur calme s'il leur avait demandé de se transformer en jokers de luxe. J'en ai fait les frais. Tilmots. Ça fait plaisir d'être comparé à une figure emblématique comme Marc Wilmots. Ce surnom, je le dois à Fiorenzo Serchia, qui avait lancé dans le vestiaire : -Et comment va Tilmots ? Il disait que j'avais la même attitude et la même combativité que Wilmots. Benfica- La Louvière. Oui, plutôt le match retour. Parce que, là, au moins, j'ai joué un quart d'heure. A l'aller, j'étais resté sur le banc pendant toute la première mi-temps. Et je m'étais échauffé pour rien pendant toute la deuxième... Ces trois matches resteront à la fois d'excellents souvenirs et de cruelles déceptions personnelles. Normal. J'ai participé à toute l'ascension de ce club : la D3, la D2, la montée puis la stabilisation en D1. Mais j'ai été privé des plus grands moments de son histoire : la victoire en Coupe de Belgique (je revenais à peine de ma grave blessure au genou) et les débuts européens (je n'étais pas titulaire à cette période-là). Ça fait très mal. Je suis persuadé que La Louvière n'est pas près de revivre des joies pareilles. Ce club a tout simplement atteint son sommet. On parle parfois de colonne de gauche : ce n'est pas impossible, mais n'imaginez quand même pas les Loups dans le Top 5. Pour que la RAAL retrouve la scène européenne, il faudrait miser sur une nouvelle victoire en Coupe de Belgique. Mais c'est tellement aléatoire. Il faut voir la réalité en face : il était écrit quelque part que la Coupe 2002-2003 était pour nous. Souvenez-vous du match à Genk : Silvio Proto commet un penalty à 1-0 pour l'adversaire et est exclu. Wesley Sonck rate son envoi. Genk a plusieurs occasions pour faire 2-0 mais la malchance, la maladresse et Jan Van Steenberghe font le nécessaire. Nous égalisons dans les arrêts de jeu, puis nous finissons par passer. Contre le Standard, il y a l'énorme boulette de Fabian Carini. A Lommel, nous revenons à 3-2 dans les dernières secondes du match aller, puis nous jouons le retour contre des Juniors à cause des problèmes financiers de ce club. Ensuite, il y a cette finale où tout le monde voyait St-Trond s'imposer, et nous profitons à fond de notre statut d' underdog. Vraiment, nous avons tout eu pour remporter le trophée. Attention, je ne dis pas que nous l'avons volé, mais j'imagine mal une nouvelle série d'éléments aussi favorables. Guy Dardenne. Il restera à jamais une figure emblématique de ce club. Et il a été le seul international belge de La Louvière. Quand j'étais adolescent, mon obsession était d'atteindre son niveau. Je l'ai dépassé cette saison au nombre de buts marqués en D1 avec les Loups, mais il reste un modèle. J'espère seulement que, moi non plus, on ne m'oubliera pas. Que, dans 20 ans, on parlera encore de Fred Tilmant comme on continue à évoquer Guy Dardenne aujourd'hui. Je suis en tout cas sûr et fier d'une chose : les gens me considèrent toujours comme un gars tout à fait normal, au milieu d'une majorité de footballeurs professionnels qui se prennent au sérieux. Je suis conscient que, quelque part, je dénote dans ce milieu. Gueugnon. Sans hésiter. C'est du 80-20 ! J'ai découvert la D1 avec Courtrai, mais j'ai vraiment pénétré dans le professionnalisme avec Gueugnon, cinq ans plus tard : les mises au vert, les grands hôtels, les déplacements en avion, etc. En plus, je vivais en pleine campagne : c'était magnifique. Chouchou du public. Le public, c'est la région. Je suis fier d'avoir une relation privilégiée avec Filippo Gaone, mais avoir l'estime de tout le stade est encore plus valorisant. Ces gens sont conscients que j'ai atteint avec La Louvière les objectifs que je m'étais fixés. Ils ont tous les deux les mêmes caractéristiques : un grand talent, une superbe pointe de vitesse, une très belle technique en mouvement. Mais je prends Vervalle parce qu'il gère mieux son don. Il y a beaucoup moins de nonchalance chez lui que chez Odemwingie, qui ne se rend pas compte de l'immensité de son talent. C'est un surdoué et il profite un peu de la situation dans certains matches. Il pense parfois que tout va aller tout seul. S'il est bien entouré et motivé, il peut devenir un tout, tout grand. La tête de Tilmant et le corps de Murcy ! Si j'avais eu ses qualités, je n'aurais pas fait ma carrière à La Louvière. Il est plus grand que moi, plus rapide, et il a une bonne technique alors que la mienne est simplement moyenne. Ma carrière, je l'ai basée sur mon mental. Il faudra que Murcy ait la même tête que moi s'il veut aller loin. Quant à l'expérience, il n'y a pas de miracle : elle ne peut venir qu'avec les années. J'ai appris à ne plus me compliquer inutilement la tâche. Je joue simple. Avant de recevoir le ballon, je sais à qui je vais le céder. Tous les anciens ont cet avantage. Nous voyons plus clair. A domicile parce que c'est toujours plus gai de jouer devant ses supporters. Mais il est clair que notre bilan at home est largement insuffisant. Il y a une explication : nous sommes incapables de faire le jeu. Nous éprouvons les pires difficultés face aux équipes qui pratiquent le même jeu que nous : si elles sont bien organisées et laissent venir, c'est très mauvais pour nous. On en a encore eu une belle illustration récemment contre le Lierse. Avant cela, nous avions raté nos matches contre Mons et le Germinal Beerschot notamment. Par contre, nous avons scintillé contre le Standard, Genk et Bruges (en Coupe). Ces grands faisaient le jeu et nous avons su en profiter. Même contre Anderlecht, nous avons été très bons malgré les chiffres de la défaite (1-4). A 0-1, Ishiaku place une reprise de la tête sur le cadre. Puis je rate un penalty. Nous aurions pu prendre quelque chose ce soir-là. Nous avions d'ailleurs essayé de faire le jeu, ce qui n'avait pas plu à Ariel Jacobs. Peut-être le côté prestigieux de l'affiche nous avait-il fait oublier notre rigueur. Commencer le match. Ne pas être dans l'équipe de départ quand on a travaillé sérieusement pendant une semaine complète, c'est toujours une grosse déception. Je préfère me donner à fond pendant une heure, puis sortir. La solidarité des camionneurs. J'ai travaillé longtemps comme livreur pour Filippo Gaone et j'ai apprécié les relations entre confrères. C'est très différent en foot, où on tire facilement la couverture à soi. C'est beaucoup plus égoïste. Quand on est en milieu de tableau, on peut encore s'en sortir sans être solidaires, mais si on lutte pour le maintien, il y a tout intérêt à se serrer les coudes, sous peine de courir à la catastrophe. En D1. Je n'imagine pas ce club dans une autre division. Et les derbies, c'est toujours quelque chose... pour les supporters et quelques rares joueurs. Sur le terrain, la lutte pour la suprématie régionale n'existe plus vraiment. C'est normal, avec le grand nombre d'étrangers qu'il y a dans chaque équipe. Il n'y plus d'identification des joueurs à leurs couleurs. Prenez Maâmar Mamouni, par exemple : pour lui, jouer contre Mons, Bruges ou Beveren, c'est du pareil au même. Quand j'étais à Geugnon, on parlait des semaines à l'avance des derbies contre Louhans-Cuiseaux. Mais moi, en tant que Belge, je ne me sentais pas vraiment concerné. Les supporters restent friands de ces affrontements, mais l'arrivée massive de joueurs n'ayant rien à voir avec la région les interpelle. Nos plus anciens fans parlent encore du match d'inauguration du Tivoli, au début des années 70 : il y avait 21.000 spectateurs contre Charleroi. Dans les deux camps, il n'y avait pour ainsi dire que des gars du coin. J'ai assisté à un derby entre La Louvière et Binche qui s'est joué devant 12.500 personnes. En D3 ! Là aussi, c'étaient des gens de la région qui se disputaient la suprématie régionale. La fancard, le prix des places et notre stade pourri expliquent la diminution des assistances chez nous, mais le problème d'identification entre supporters et joueurs est un paramètre au moins aussi prépondérant. Tout dépend du style de 4-3-3. Cette saison, nous jouons plus en 4-5-1 et je n'aime pas. Ariel Jacobs nous a bien expliqué en début de saison qu'il avait opté pour ce système en fonction des joueurs qu'il avait à sa disposition. Nous laissons venir et nous partons en contre, avec de longs ballons dans les espaces. Pour pratiquer ce jeu, il faut des attaquants rapides : je ne l'ai jamais été et ce n'est pas à 35 ans que je vais le devenir... Je suis nostalgique du 5-3-2 que nous pratiquions autrefois avec Jacobs. Proto au but ; Bryssinck, Siquet, Olivieri, Turaci et Aliaj derrière ; Rogerio, Karagiannis et Rivenet au milieu ; Buelinckx et moi devant. Nous avions réussi un deuxième tour d'enfer et je m'éclatais 100 fois plus qu'aujourd'hui. Pierre Danvoye" JE NE SENS PAS l'avenir de ce club "