Cela fait un bon petit bout de temps que Bertrand Crasson promène sa silhouette dans tous les stades de D1. Depuis le 21 avril 1990, exactement, quand il monta au jeu avec Anderlecht, à la place de Charly Musonda, au Beerschot.
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Cela fait un bon petit bout de temps que Bertrand Crasson promène sa silhouette dans tous les stades de D1. Depuis le 21 avril 1990, exactement, quand il monta au jeu avec Anderlecht, à la place de Charly Musonda, au Beerschot. Il ne restait que deux petites minutes au chrono de l'homme en noir, les deux seules du néophyte cette saison-là : 120 secondes pour se montrer. Un an plus tard, les deux petits tours de chrono s'étaient transformés en 28 matches. Sa cote était montée en flèche et garda sa valeur malgré quelques bas toujours effacés avec le sourire et le travail. Crasson se distingue par une personnalité atypique. Il apprécie les arts, lit les grands auteurs, connaît des citations, comme celle d'André Malraux dont il se souvint au cours de cet entretien : " La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ". Bertrand rasson : Berre, c'est familier, sympa, c'est Bruxelles, ma ville, mes origines, ce que j'aime, tout en un prénom. J'ai déjà entendu Bébert et Johan Boskamp m'appelait parfois Bertje. Mais, c'est Berre qui colle le mieux à ma personnalité. Pierre Leroy, le délégué de l'équipe Première d'Anderlecht, fut le premier à me surnommer ainsi. Mais, le top du top, c'est quand on dit le Berre. La zwanze, évidemment. J'ai entendu parler du plaisir ( plezierke) que les Lierrois peuvent s'offrir mais je n'ai pas encore pu vérifier la valeur de cet adage régional. Jusqu'à présent, le plaisir, je l'ai éprouvé à Bruxelles. J'adore me promener à la Bourse, à la Grand-Place, dans les Marolles, etc. Je m'intéresse à la culture, à l'histoire, à la gastronomie bruxelloise. Quel formidable creuset. A leur manière, les kets sont aussi chaleureux et exubérants que les Marseillais. L'intello est un ouvrier de l'esprit. J'ai été victime d'un malentendu après avoir dit que Beveren avait une équipe d'ouvriers. Je revenais d'Italie où cette expression est un compliment. Je l'ai littéralement traduite. En Belgique, on n'a pas compris que je voulais mettre en exergue l'organisation et le travail de qualité des joueurs de Beveren. Je n'aurais pas dû me justifier. Cette phrase restera accrochée à mes basques jusqu'à la fin de ma carrière. Mais elle fait désormais partie du folklore, heureusement, et les amateurs de football savent, même s'ils me chambrent encore, que je n'ai jamais eu l'intention de critiquer les ouvriers. Libero même si ce terme est obsolète dans le football actuel. Je ne garde que de bons souvenirs des matches joués à ce poste. Je m'y suis retrouvé à l'occasion en équipe nationale et sous la direction de Johan Boskamp à Anderlecht. On me poussait vers la droite et ce fut même définitif après mon retour de Naples à Anderlecht. Le libero ou l'arrière central doit être rapide, bien placé. Et la taille y est aussi un atout. Je suis bon dans le trafic aérien mais on estime depuis quelques années déjà que le libero doit être une tour. N'étant pas assez grand aux yeux de mes coaches, j'ai finalement passé le plus gros de mon temps au back droit. Ce sont deux amis, je les classe à égalité même après la photo-finish. Rien du tout..., je ne choisis pas car ces deux grands joueurs sont simples, généreux, fidèles en amitié. Ils habitent près de chez moi, Enzo à Lillois, Pär à Waterloo. Il a été un des meilleurs joueurs de l'histoire du football belge et demeure le plus connu et le plus célèbre des nôtres à l'échelle mondiale. Certains feraient bien de s'en souvenir. J'ai été horrifié en voyant comment Charleroi avait traité Enzo Scifo. Sclessin. Le voyage au Standard a toujours été très spécial pour moi. J'y ai droit à un accueil personnalisé. Cela me stimule. Au niveau sportif, Sclessin a plutôt été un paradis pour moi car j'y ai souvent signé de bons résultats. C'est un stade qui convient à ce public fantastique. Sclessin pourrait redevenir pour de bon un enfer. Il serait temps, cela passe par les résultats de l'équipe. Pas la moindre hésitation : Naples. Je ne garde que de bons souvenirs de mon séjour dans ce club même si cela s'est terminé de manière chaotique. C'était exceptionnel tant sur le plan sportif qu'humain. Soleil, Calcio, Italie : le bonheur. J'ai découvert le football comme je ne le connaîtrai plus jamais. Peu de Belges ont vécu cette passion dans de telles conditions. Et... peu la connaîtront à l'avenir. Roger Vanden Stock. Il m'a connu alors que j'étais haut comme quatre pommes, m'a vu grandir à Anderlecht, m'y a fait revenir. Il est d'une grande honnêteté intellectuelle. Je n'ai que du respect pour lui. Je dois beaucoup à toute la famille Vanden Stock. Elle a eu confiance en moi et son soutien m'a permis de devenir ce que je suis, de gagner ma vie grâce au foot. J'ai quasiment passé un tiers de mon existence près d'eux. Cela ne s'oublie pas. Luciano D'Onofrio m'a prodigué de bons conseils et m'a permis de faire des choix de vie, de vivre à l'étranger, d'avancer, de compléter ma carte de visite, de connaître du monde : c'est important. J'opte pour le Hollandais. Polleke De Mesmaeker a parfois été le cauchemar de Georges Grün, jamais le mien. Marc Overmars, c'était une autre paire de manches. Tout le monde se souvient, évidemment, de Belgique-Pays-Bas (0-0) du 13 juin 1998, au Stade de France. J'ai été remplacé après 22 minutes de jeu par Eric Deflandre. Ce fut tout sauf un moment agréable. Qui a tout pris dans la tronche ? Bibiche, pardon le Berre. Or, il y avait des explications. Nous nous étions entraînés durant des semaines à jouer à quatre derrière. Georges Leekens chamboula tout deux jours avant la rencontre. La Belgique passa au 5-3-2. Du coup, je me suis retrouvé seul sur la droite avec Arthur Neuman et surtout Marc Overmars devant moi. J'étais assis entre deux chaises. Si j'avançais vers Neuman, Overmars détalait à droite. Je n'étais pas couvert par l'axe central de la défense. La Belgique s'en sortit sur un nul blanc miraculeux. Cette aventure m'a coûté cher. Cela arrive mais je m'en suis remis, cela m'a peut-être été bénéfique car je me suis prouvé que j'étais fort mentalement. Si ma carrière ne se résume qu'à un mauvais match, c'est pas mal. Eric Deflandre. C'est un bon copain qui fut longtemps mon concurrent tout comme Régis Genaux d'ailleurs. J'ai souvent partagé la chambre avec Eric. J'ai toujours apprécié sa loyauté. On n'accorde pas assez d'importance à sa très belle carte de visite. Après avoir construit patiemment les bases de sa carrière, Eric s'est imposé à Lyon. Il a tout gagné en France, dont deux titres nationaux, joue en Ligue des Champions. Certains ne parlent de lui que lorsqu'il ne joue pas deux matches. Ils ne connaissaient rien à rien, ne savent pas que le turnover est une constante dans les grands championnats étrangers. Les joueurs sont ménagés. Les coaches tiennent compte de leur état de fatigue. Personne ne prend part à tous les matches au programme d'une saison. Face à la France, n'a-t-il pas été un des meilleurs Diables Rouges ? Eric Deflandre pourra être fier de lui quand il raccrochera ses godasses. J'apprécie aussi Régis Genaux que j'ai revenu récemment. Il avait du caractère à revendre mais a été stoppé par ses nombreuses blessures. Mercedes, c'est ma voiture actuelle. Elle vient du garage dirigé par mon frère. Je suis très fier de la réussite d'Olivier qui est l'administrateur délégué de Mercedes Europe à Bruxelles où travaillent 160 personnes. Cela dit j'ai toujours eu un faible pour les Jaguar et son style very british. J'en ai possédé trois. J'ai eu un accident avec la troisième. Le microbe Jaguar s'emparera peut-être à nouveau de moi un jour. Jean Dockx. Il a beaucoup compté pour moi. Avec sa bonté et sa connaissance du football, il a été un ami, un confident, un deuxième père. Son décès a constitué la plus grande désillusion de ma vie. Plus rien se sera jamais comme avant. Jean Dockx a laissé un vide qui ne sera jamais comblé à Anderlecht. C'était vraiment un homme fabuleux qui se doublait d'un grand entraîneur. Les Mauves ont rarement aussi bien joué que lors du dépannage par le duo Jean Dockx-Franky Vercauteren. Je n'oublie pas Franky Vercauteren qui est un entraîneur ami, très proche des joueurs, mais je dois faire un choix. Pour une fois, je vais me cirer les pompes : Bertrand Crasson dans Sport-FootMagazine. Je prend beaucoup de plaisir littéraire à écrire mon billet. Je pourrais le consacrer uniquement aux choses du foot comme tant d'autres le font. Ce ne serait alors qu'un avis parmi d'autres. Je préfère m'attarder aux choses de la vie qu'affrontent aussi les sportifs. Nous ne vivons pas dans un monde clos. Le football est une passion et un métier mais il y a des valeurs encore plus importantes dans la vie : l'amitié, la santé, l'honnêteté, etc. Il faut aussi en parler, je crois. Cela dit, j'adore une citation d'André Malraux : -La vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie. Il n'y a pas de comparaison possible : Emilio Ferrera. Cela peut paraître bizarre alors qu'Emilio Ferrera cherchera un club à la fin de la saison et qu'Hugo Broos a prolongé son contrat à Anderlecht. Je suppose que mon ancien club est content de ce qu'il a fait. Je respecte Hugo Broos pour ce qu'il a réalisé dans le cadre du championnat de D1. Je le dis sans ranc£ur même si je n'irai jamais en vacances avec lui. Sans Hugo Broos, je serais encore à Anderlecht. Pas question de faire son procès mais, sentimentalement, je retiens qu'il a viré des gars adorant leurs couleurs : Filip De Wilde et moi hier, Olivier Doll demain. J'ai digéré tout cela. Je regrette d'avoir attendu 15 ans avant d'avoir connu Emilio Ferrera. C'est un visionnaire, un coach d'avant-garde qui voit le football autrement. Sa préparation des matches est unique, riche, attrayante. Il lit les événements d'un match comme personne, voit tout de suite les défauts et les qualités de la tactique adverse et de ses propres troupes. Les jaloux le disent arrogant : c'est faux. Il faut le voir dans son travail au quotidien : c'est unique. L'ancien manager mauve est et reste un grand Monsieur. Je suis admiratif face à tout ce qu'il a réalisé pour son club. Son grand défaut est d'avoir dépassé la limite d'âge. Michel Verschueren reste indispensable. Gaston Vets, le président du Lierse, est un homme charmant. Lierre, ce n'est pas Bruxelles. Gaston Vets est forcément très près de ses joueurs. Il a ses soucis aussi car tous les clubs doivent boucler leur budget. Va pour le Pays de Galles. J'ai marqué un but pour l'équipe nationale en mars 1997 à Cardiff ou nous avons gagné 1-2. A la 24e minute, j'ai dribblé Ryan Giggs, excusez du peu, avant de tirer de loin. La balle surmonta le gardien avant d'entrer dans la cage via les bois. Au PSV, j'ai marqué de la tête en Ligue des Champions. Vincent Kompany. Quel talent. C'est une belle histoire qui prouve que les jeunes peuvent s'épanouir en Belgique. Sa puissance, son anticipation, sa vitesse et sa relance font merveille. Il n'a pas besoin de piston ou de soutien : sa classe parle assez. C'est le meilleur à sa place. A 17 ans, c'est normal que Zinedine Zidane l'ait déposé sur le deuxième but bleu lors de Belgique-France. Mais où était l'axe central sur cette phase et lors du premier but ? A Anderlecht, il a besoin d'Hannu Tihinen à côté de lui. Le Finlandais est uniquement défensif, comble les espaces quand Vincent met le nez à la fenêtre. Ils sont complémentaires alors que ce n'est pas le cas avec Glen De Bloeck qui joue un peu comme Vincent Kompany. En équipe nationale, je tenterais un duo défensif Vincent Kompany-Daniel Van Buyten. On ne peut évidemment pas ignorer ce dernier. C'est un grand arrière central. Timmy Simons n'a pas l'attitude et les réactions d'un arrière. C'est un médian. Le coach est là pour choisir. Face à la France, plus que la différence de technique ou de physique, c'est le manque de personnalité des Diables Rouges qui m'a frappé. Pierre Bilic" Je regrette d'avoir ATTENDU 15 ANS avant d'avoir connu EMILIO FERRERA "