Manager d'Anderlecht depuis cette année, après l'avoir été au RWDM et au Lierse, Herman Van Holsbeeck a dû régler de nombreux dossiers ces dernières semaines : du renouvellement du contrat d'Hugo Broos au départ d'Ivica Mornar, en passant par les contacts avec Mbo Mpenza et bien d'autres choses encore, il a eu un emploi du temps très chargé. A travers le jeu du Joker Interdit auquel il s'est prêté, il dévoile la vision du Sporting, son propre passé et son point de vue dans certains domaines qui concernent le football belge tout entier.
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Manager d'Anderlecht depuis cette année, après l'avoir été au RWDM et au Lierse, Herman Van Holsbeeck a dû régler de nombreux dossiers ces dernières semaines : du renouvellement du contrat d'Hugo Broos au départ d'Ivica Mornar, en passant par les contacts avec Mbo Mpenza et bien d'autres choses encore, il a eu un emploi du temps très chargé. A travers le jeu du Joker Interdit auquel il s'est prêté, il dévoile la vision du Sporting, son propre passé et son point de vue dans certains domaines qui concernent le football belge tout entier. A 14 ou à 16 : à 18, cela me semble trop. Mais il faut trouver une compensation acceptable pour ceux qui n'auront pas la chance de faire partie des 14 ou 16 élus. J'ai l'avantage d'avoir travaillé, avant Anderlecht, dans des clubs moins huppés et je comprends donc mieux les problèmes de ces clubs-là. Aussi longtemps qu'on ne définira pas clairement la manière dont on diminuera le nombre d'équipes en D1, ils n'accepteront jamais. Doit-on se baser sur le classement final d'une seule saison ? C'est dangereux, car personne n'est à l'abri d'un accident : l'Antwerp et Lokeren connaissent des difficultés cette saison. Il serait préférable d'établir un classement sur trois ou cinq saisons, et commencer l'élagage en 2007 ou 2009. Diverses études ont aussi été réalisées sur base de critères géographiques ou de densité de population. Mais peut-on éliminer des clubs qui parviennent à réaliser le maximum avec un budget minimum ? Je songe à Westerlo û que je considère comme un modèle de gestion û ou à La Louvière. C'est un problème très délicat, car pour beaucoup de clubs, une descente en D2 équivaut à la mort à plus ou moins long terme. Chaque proposition a pour but de générer plus d'argent. Le choix peut dépendre, entre autres, des droits de télévision. Un domaine dans lequel la Belgique figure parmi les parents pauvres. Une alliance avec la télévision néerlandaise NOS, dans le cadre d'une Bénéligue, permettrait-elle d'augmenter les recettes ? C'est à étudier. Des playoffs ? Pour un club comme Anderlecht, il serait plus avantageux d'accueillir à deux reprises le Standard, Bruges et Genk, plutôt que d'autres équipes. Pour la recette, mais aussi pour l'intérêt de la compétition. Chaque année, le fossé entre les clubs du top et les autres s'élargit. Pour le bien du football belge, il ne serait pas souhaitable qu'Anderlecht termine chaque année avec 15 ou 20 points d'avance. Certes, on voit régulièrement un outsider se glisser parmi les favoris, mais ces clubs-là ne tiennent pas la distance sur le long terme. Quel est par exemple le problème d'un club comme le Lierse, qui n'a pas la chance de compter 20.000 abonnés et un sponsoring conséquent ? Il établit un budget sur une estimation de 40 points récoltés par l'équipe et, à la surprise générale, celle-ci en récolte 70. Avec les primes de victoires qui en découlent. Donc, dès que ce genre de club connaît un peu de succès, il hypothèque son avenir. Le Lierse a été obligé de vendre pour rééquilibrer son budget, et lorsque l'obligation est là, on vend souvent mal. Michel Verschueren ? C'est la question à deux euros cinquante, celle-là ? J'ai toujours entretenu de très bonnes relations avec Jean-Marie Philips. Sur le plan juridique, il est très fort. Et je crois sincèrement qu'en son âme et conscience, il a toujours essayé de défendre le football belge du mieux qu'il a pu. Le problème, à la Ligue, c'est que chacun cherche à défendre ses intérêts plutôt que l'intérêt général. Lors de chaque réunion, on fait un pas en avant, puis deux en arrière. Je peux comprendre que beaucoup de clubs acceptent mal le fait que Jean-Marie Philips cumule les fonctions de directeur et de président de la Ligue. Et je crois qu'il vaudrait mieux pour lui abandonner l'une de ces fonctions. Si l'on choisit d'élire un nouveau président à la Ligue, Michel Verschueren serait évidemment le candidat d'Anderlecht. Il a réussi une carrière exceptionnelle et aurait certainement le profil voulu pour ce poste. Mais je peux comprendre, aussi, les réticences des 13 qui craignent qu'il oriente directement toutes les décisions en faveur des grands clubs. En outre, se pose la question : une paire Verschueren-Philips pourrait-elle fonctionner ? Championnat. C'est toujours la priorité pour Anderlecht, ne serait-ce que parce qu'il donne accès à la Ligue des Champions. Comment redynamiser la Coupe de Belgique ? Encore une fois, il faudrait se mettre autour de la table afin de trouver une formule acceptable par tous. En Angleterre ou en France, la coupe trouve son charme dans les exploits des petits clubs qui réalisent un parcours extraordinaire. En Belgique, le tirage est dirigé, les clubs de D1 entrent en lice plus tard et, parfois, achètent l'avantage du terrain. Pourrait-on éviter cela ? Moi, je veux bien aller jouer à Arlon ou à Denderhoutem, mais au-delà des infrastructures, il y a tous les problèmes de sécurité à résoudre. Ce n'est pas aussi simple. Il est devenu très rare qu'un club de D2 ou de D3 aille très loin. Et lorsque c'est le cas, ses exploits ne passionnent guère les foules. On préfère des affiches. Lorsque la finale oppose Westerlo à Lommel, avec tout le respect que je dois à ces clubs, peut-on parler d'apothéose ? Je me souviens des finales de jadis, entre Anderlecht et le Standard, ou encore d'une apothéose mémorable entre Anderlecht et Bruges, qui s'était clôturée sur le score de 4-3. On en avait parlé pendant des semaines. Je n'ai plus vécu cela ces dernières années. Coupe de l'UEFA ? Ligue des Champions, cela va de soi. Pour ceux qui y participent, c'est le jackpot. Durant mes six premiers mois d'initiation à la vie d'Anderlecht, j'ai eu la chance de pouvoir fréquenter l'université du football, car c'est ainsi qu'il convient de baptiser la Ligue des Champions. Son succès ne résulte pas d'un miracle, il est le fruit d'un travail effectué de façon ultra professionnelle dans tous les domaines : organisation, marketing, sécurité, etc. C'est à méditer par tous ceux qui gèrent le football belge. Je vois, chez nous, des jeunes managers qui essayent de faire changer les choses, mais ils éprouvent des difficultés à faire entendre leur voix dans un milieu très fermé, où chacun veille sur ses prérogatives. La Coupe de l'UEFA pâtit un peu de l'aura dont jouit la Ligue des Champions, mais cette épreuve pourrait redevenir intéressante pour ceux qui y participent dès la saison 2004-2005, avec la formule des poules qui va être instaurée. Anderlecht ne remportera jamais la Ligue des Champions ? A priori, non. Mais, si l'on applique à tous les pays les critères de la licence européenne, ce pourrait être û à terme û une très bonne chose pour la Belgique. Car, chez nous, les critères sont déjà très sévères. Et, ailleurs, on ne pourra plus faire n'importe quoi. Essayer de maintenir le sportif et le financier en équilibre, c'est un exercice auquel beaucoup de dirigeants ne sont pas habitués. On le voit déjà en Italie. Stade Constant Vanden Stock. C'est le stade du Sporting. C'est là que bat le c£ur du club. Et c'est pour cela aussi que j'estime que le futur centre de formation doit être érigé sur le territoire de la commune d'Anderlecht, et pas ailleurs. Cependant, le football connaît une évolution très rapide. Le stade Constant Vanden Stock était, voici 15 ou 20 ans, l'un des plus beaux d'Europe. Aujourd'hui, il apparaît déjà un peu dépassé dans certains domaines. Qu'en sera-t-il dans 15 ou 20 ans ? De plus en plus, les nouveaux stades û comme celui qu'est en train de construire le Bayern Munich û sont bâtis en périphérie de la ville, près d'un n£ud autoroutier, où les emplacements de parking sont légion. Pour l'instant, un déménagement du Sporting n'est pas à l'ordre du jour, mais plus tard, il faudra peut-être ré-envisager la situation. En tant que manager d'Anderlecht : Neerpede. Ce que le Sporting souhaite réaliser, c'est construire des infrastructures qui permettraient au club d'avoir les jeunes joueurs sous contrôle 24 heures sur 24. Ce qui n'est pas le cas lorsqu'ils fréquentent un sports-études, par exemple. Mais l'idéal, pour le football belge, serait d'avoir aussi un centre de formation de la fédération, pour les internationaux. Vincent Kompany. La nouvelle politique d'Anderlecht est de privilégier d'abord les jeunes du cru. Et Vincent Kompany est le symbole de cette nouvelle politique. Pourquoi doit-on toujours nourrir un complexe d'infériorité en Belgique, et penser que ce qui se fait à l'étranger est meilleur ? Vincent Kompany a du talent à revendre, une maturité déjà très grande pour son âge, est trilingue et est de cette race de footballeurs pour laquelle les gens se déplacent encore au stade. Le rêve d'Anderlecht est de pouvoir former une paire Dindane-Mpenza. Si l'on veut devenir réellement compétitif en Ligue des Champions, ce ne serait pas du luxe. Le problème est de savoir si ce serait compatible avec les moyens financiers du club. Pour le championnat de Belgique, on s'est très bien débrouillé avec les attaquants dont on disposait. La blessure de Nenad Jestrovic et le départ d'Ivica Mornar n'ont même pas perturbé notre marche en avant. Mais, en Ligue des Champions, on était un peu court. Surtout en déplacement. Au Parc Astrid, on a pu faire illusion avec notre 7 sur 9, mais on a perdu nos trois matches à l'extérieur. Anderlecht est intéressé par Mbo Mpenza. Et sa venue n'est pas nécessairement conditionnée au départ d'Aruna Dindane. Si l'on reçoit, par exemple, une très belle offre pour Ki-Hyeon Seol, la transaction pourrait se réaliser également. Wesley Sonck. Pour le talent, d'abord. Pour l'âge, ensuite. Le sociétaire de l'Ajax Amsterdam a 24 ans, le Croate en a 30. Wesley Sonck constituerait un investissement plus rentable sur le long terme. Il conviendrait, je pense, parfaitement à Anderlecht. En outre, c'est un garçon originaire du Pajottenland, une région proche de Bruxelles. Ivica Mornar a rendu de grands services au Sporting au cours du premier tour de championnat, mais le club ne pouvait pas s'aligner sur ses exigences. A Portsmouth, un club de Premier League qui lutte contre la relégation, il gagne quasiment le double de chez nous. Ce sont deux styles très différents : l'un apparaît puissant, l'autre est plutôt un petit gabarit. Kevin Vandenbergh, un peu comme son père autrefois, a l'instinct du buteur. Luigi Pieroni marque facilement aussi. Je n'ai pas encore eu l'occasion de le voir à l'£uvre personnellement, mais il m'avait déjà été conseillé il y a deux ans, lorsqu'il évoluait à Liège. L'attaquant de Genk a l'avantage de jouer déjà plusieurs saisons en D1, au contraire du buteur de Mouscron. Et il a trois ans de moins. La réussite actuelle de Luigi Pieroni demande confirmation sur le long terme. Alors, avantage à Kevin Vandenbergh, mais uniquement pour cela car... ils me plaisent tous les deux. Encore une question à deux euros cinquante ? Je connais mieux Emilio Ferrera, avec lequel j'ai travaillé au Lierse. Il a énormément de qualités en tant qu'entraîneur. Mon avis sur Trond Sollied, que je ne connais que de l'extérieur, serait subjectif. De toute façon, Hugo Broos vient de resigner. Gaston Vets. La grande différence entre Johan Vermeersch et Gaston Vets, c'est que le second m'a confié des responsabilités et donné la possibilité d'évoluer dans mon métier. Johan Vermeersch est un grand dirigeant, et il m'a beaucoup appris, mais il éprouve de grosses difficultés à déléguer. Qu'on était d'accord ou pas avec lui, il fallait toujours répondre : - Oui, amen !Feyenoord. J'avais conclu un partenariat très intéressant avec le club de Rotterdam, durant ma période molenbeekoise. J'avais compris, à l'époque, que c'était la seule manière de survivre pour le RWDM. Lorsque chaque année on est trop court d'un million d'euros dans le budget, il faut combler le trou. On peut vendre Wesley Sonck, ou Steve Laeremans, mais il arrive un moment où le filon s'épuise. Feyenoord nous a cédé Paul Kpaka et Ibrahim Kargbo gratuitement. Nous avons pu les revendre avec bénéfice. Mais, dans le cas d'un tel partenariat, il faut connaître sa place et savoir que son rôle se limite à la formation. Beveren. J'avoue que j'ai un faible pour la Côte d'Ivoire. J'ai eu l'occasion de m'y rendre à plusieurs reprises, notamment pour y dénicher Arouna Kone et Adolphe Tohoua. Ce pays regorge de talents. Beveren apporte d'ailleurs un plus au championnat de Belgique, au niveau technique. Certes, il est préférable de jouer avec ses propres jeunes. Evoluer avec dix Ivoiriens et un Letton, c'est sans doute excessif, mais jouer uniquement avec des joueurs régionaux, comme Bilbao, ce l'est aussi. Daniel Devos" Un déménagement n'est PAS à L'ORDRE DU JOUR, mais il faudra peut-être ENVISAGER LA SITUATION "" Le rêve d'Anderlecht est de former UNE PAIRE DINDANE-MPENZA "