On sait qu'Abbas Bayat peut avoir deux visages. Il y a l'homme qui explose quand il se sent trompé par un arbitre, un journaliste ou un dirigeant de club adverse. Il y a, aussi, l'homme discret qui se retranche dans l'ombre et noie le poisson quand il est confronté à une question délicate. Notre jeu avait pour but de mettre le président de Charleroi en difficulté. Il s'en sort bien mais a clairement souffert sur quelques choix cornéliens.
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On sait qu'Abbas Bayat peut avoir deux visages. Il y a l'homme qui explose quand il se sent trompé par un arbitre, un journaliste ou un dirigeant de club adverse. Il y a, aussi, l'homme discret qui se retranche dans l'ombre et noie le poisson quand il est confronté à une question délicate. Notre jeu avait pour but de mettre le président de Charleroi en difficulté. Il s'en sort bien mais a clairement souffert sur quelques choix cornéliens. Abbas Bayat : La tempête... sous contrôle. Le calme est, par définition, l'absence de dynamisme. Et je ne m'imagine pas travailler dans un club morne. Que ce soit dans mes affaires ou dans le foot, j'ai besoin d'excitation. Et c'est plus valorisant de réussir quand la situation de départ était catastrophique. Les plus grands clubs européens comme le Real, l'Inter ou Manchester United traversent souvent des tempêtes, mais ils parviennent chaque fois à s'en sortir à leur avantage. Evidemment, c'est plus facile de sortir la tête de l'eau quand on a beaucoup d'argent. Depuis que je suis à Charleroi, l'incertitude financière est permanente et très gênante. Par moments, ce n'est plus une simple tempête, mais un très gros orage, voire un ouragan. La ville avec û surtout û les gens qui y habitent. J'ai une très grande sympathie pour nos supporters. Leur club existe depuis un siècle mais n'a toujours rien gagné. Malgré cela, ils viennent toujours au stade en croyant à des jours meilleurs. Je sais parfaitement ce qu'ils ressentent. Je suis supporter de Manchester United depuis le crash aérien qui a décimé l'équipe à Munich, en 1958. Par la suite, il est même descendu en D2 et n'est stable dans le succès que depuis l'arrivée d'Alex Ferguson. Pendant près de 25 ans, ce club a vécu en dents de scie . (Ndlr : Man U a tout de même gagné la C1 en 1968, 4-1 contre Benfica). Il Je suivais ce club de très près et j'avais de la peine. Mais j'espérais qu'il allait se remettre à gagner. A Charleroi, j'ai plusieurs fois croisé des gens en pleurs après une défaite. Pas seulement des gosses, mais des supporters de 40 ou 50 ans. Des scènes pareilles me touchent énormément. La RTBF. J'ai eu un différent avec les patrons de Canal +, quand j'étais dans la commission TV à la fédération. Ils me voyaient comme l'homme qui voulait créer une chaîne propre à la Ligue Professionnelle. J'étais un ennemi. Pour me punir, ils ont mis fin à leur sponsoring à Charleroi : plus de panneaux, plus rien. J'ai aussi eu des discussions agitées avec les gens de la RTBF. Et je reste sur mes positions : les chaînes ne donnent pas assez d'argent aux clubs. Il n'empêche que l'enveloppe s'est déjà bien épaissie depuis que j'ai fait campagne. La première difficulté, pour moi, a été de convaincre les autres dirigeants de clubs qu'il fallait exiger plus d'argent des télés. Je me suis retrouvé face à un problème typiquement belge : le manque de confiance en soi. Ces dirigeants n'osaient pas demander une augmentation des droits. J'ai dû leur faire comprendre que, s'ils n'essayaient pas, ils n'auraient sûrement aucune chance de toucher plus de droits. Regardez ce qui s'est passé avec le sponsoring d'Interbrew : j'ai insisté pour qu'on demande plus, et le montant du contrat a été triplé. Alors que personne ne voulait y croire au départ. Jean-Marie Philips ? Jean-Marie Philips. J'ai eu beaucoup de problèmes avec Michel Verschueren. Je respecte le travail qu'il a fourni à Anderlecht. Pour le reste, je continue à le considérer comme un homme fermé et arrogant. Je m'en suis vite rendu compte aux réunions de la Ligue Pro. Je peux d'ailleurs vous dire que, là-bas, les méthodes de travail ne sont pas très sérieuses. Mais bon, je n'ai pas envie d'entrer dans les détails. Il n'existe aucune solidarité entre les clubs. Même ceux qui ont créé le G5 sont incapables de se mettre sur la même longueur d'onde : ça vous situe l'ampleur du problème. Et je n'oublierai jamais ce que j'ai entendu lors de ma première visite à la Ligue Pro : on ne pouvait pas approcher Fortis ou Dexia pour un sponsoring collectif parce que ces banques soutenaient déjà Anderlecht et Bruges. Où va-t-on si on raisonne comme ça, si on veut continuer à protéger les plus grands, envers et contre tout ? Johny Ver Eecke. J'ai fait récuser Paul Allaerts et j'espère que c'est pour la vie, qu'il n'arbitrera plus jamais Charleroi. Je lui reproche son comportement général, sa façon d'arbitrer, son arrogance et son manque de professionnalisme. Après un match où il avait été particulièrement mauvais, j'ai essayé de l'approcher. Il a été très impoli et m'a répondu comme on parle à un chien. Il a alors écrit dans son rapport : -Je pense que Monsieur Bayat voulait me frapper. A la fédération, on lui a demandé de s'expliquer. Il a dit qu'il avait vu de l'agressivité dans mes yeux ! Il faudrait que les arbitres en général parlent plus aux joueurs et n'aient pas peur de leur adresser un sourire complice à l'occasion, au lieu de jouer aux petits dictateurs. Qu'ils laissent jouer, aussi. Si un arbitre débarque dans mon bureau et commence à siffler toutes les deux minutes, comment voulez-vous que je fasse du bon travail ? La fédération doit aussi se remettre en question. Après le match de début de saison à Gand, où nous avions eu trois exclus, j'ai adressé une plainte officielle à la fédération. Tout ce qu'on a réussi à me répondre, c'était : -Selon nous, il a bien arbitré. J'aurais au moins voulu qu'on se rencontre pour discuter de ce qui s'était passé ce soir-là, mais c'était apparemment impossible. Le dialogue est inexistant. La question est faussée parce qu'ils n'ont pas les mêmes armes. Je prends Grégory Dufer parce qu'il réussit dans la durée, mais il avait, au départ, beaucoup plus d'atouts que Daryuosh Yazdani. Il est chez lui, c'est un vrai Carolo. Alors que Yazdani débarquait de l'étranger. On sous-estime les difficultés que doivent affronter les joueurs venus d'ailleurs. Regardez tous les Belges qui échouent dans d'autres pays. Aujourd'hui, Yazdani revient chez nous et je suis persuadé qu'il va s'imposer parce que ce n'est plus un gamin et qu'il connaît déjà le club ainsi que la région. Aucune préférence. De toute façon, les deux sont liés. Si le Sporting fait faillite, mon entreprise risque d'aller très mal. Elle sera elle aussi menacée de disparition parce que les banquiers qui prêtent à Sunnyland ne me considéreront plus comme un patron crédible si j'ai une faillite sur le dos dans le football. Robert Waseige parce que c'est l'homme dont nous avions besoin cette saison. Le contrat que je lui ai offert ne veut certainement pas dire que je n'ai plus confiance en Dante Brogno mais, quand la situation de l'équipe est aussi inconfortable, il faut absolument transférer de l'expérience. La manière dans la vie de tous les jours mais les résultats dans le foot. En tant qu'homme, on ne peut pas chercher à réussir dans la vie à n'importe quel prix. Il faut respecter des règles d'humanité. En foot, par contre, seuls les points comptent. Qu'on joue bien ou mal, il faut gagner. De préférence en proposant du beau jeu, mais tant pis si ce n'est pas le cas. Très difficile ! Je choisis Jean-Claude Van Cauwenberghe pour son importance actuelle dans la vie du club. Mais j'ai un énorme respect pour Jean Pol Spaute. C'est seulement aujourd'hui que je me rends compte à quel point il a eu du mérite de maintenir le Sporting à flots pendant autant d'années. Je n'en étais pas conscient quand je suis arrivé. A ce moment-là, je n'ai pas voulu de son aide parce que je tenais à couper tous les ponts avec l'ancienne direction. Je comprenais qu'on ne m'avait pas donné tous les chiffres lors de la reprise du club, les informations dont je disposais n'étaient pas correctes ou fiables. C'est pour cela que j'avais décidé de faire table rase. Entre-temps, le dialogue a repris. Jean Pol Spaute me conseille à l'occasion et j'espère que cela continuera. J'ai compris qu'il était mécontent et triste de la situation actuelle du Sporting. Malheureusement, il n'a pas toutes les clés en mains pour m'aider concrètement : les finances, les problèmes d'infrastructures, l'intervention de la politique, ce n'est pas de son ressort. FEB. Cet organisme est beaucoup... plus pro que la Ligue Pro. Là-bas, au moins, je vois des gens sérieux et pas des personnes qui ne siègent que pour soigner leur petit prestige. (Il soupire). Difficile... Vous êtes un peu méchant, quand même ! Saadi Kadhafi, je n'ai aucun sentiment vis-à-vis de lui, puisque je ne le connais pas du tout. Je n'ai jamais cru à cette histoire et c'est pour cela que je n'ai pas fait de commentaires à l'époque. Je voulais avoir des preuves avant de m'exprimer sur le sujet, et ces preuves, je ne les ai jamais reçues. Je connais mieux Jean-Jacques Cloquet, évidemment. Avec lui, j'ai cru, au début, qu'il serait possible de travailler. Mais je me suis vite rendu compte que nos objectifs n'étaient pas les mêmes. C'était un peu un remake de ce que j'avais connu avec Enzo Scifo et Lucien Gallinella : avec eux aussi, j'avais cru que je pourrais collaborer sainement et sur le long terme. Ronald Foguenne ? (Très sec). Ronald Foguenne. Lui, c'est un gars valable. L'agent de joueurs Heiderscheid, c'est comme une maladie qui entre dans votre corps et dont vous n'arrivez pas à vous défaire. Je connais bien les deux pays puisque j'y ai vécu une bonne partie de ma vie. Et je choisis sans hésiter les Etats-Unis. Un pays beaucoup plus dynamique que l'Angleterre. J'ai connu le sale côté des Anglais, quand je vivais là-bas dans les années 50 et 60. J'ai rencontré toutes les injustices de l'impérialisme, du colonialisme. L'Angleterre contrôlait complètement l'Iran et son pétrole. J'ai été franchement content d'aller à l'université en Amérique et pas en Grande-Bretagne. Victor Ikpeba, sans l'ombre d'une hésitation. Parce qu'il a une mentalité typiquement africaine. Les footballeurs de ce continent ne pensent pas qu'à eux. Ils sont à des années lumière des priorités occidentales : le plaisir instantané et la satisfaction personnelle. Quand un joueur africain perce en Europe, ce sont souvent 10, 20 ou 30 personnes qui en profitent dans son pays d'origine. Tous les Africains du noyau de Charleroi entretiennent leur famille. Badou Kéré est un exemple frappant : à 22 ans, il a déjà charge de famille, il a construit une maison pour sa mère au Burkina. Sans le foot, il n'y serait jamais parvenu, il serait peut-être encore dans la rue. Rien que pour tout cela, la fédération belge a très bien fait de ne pas limiter le nombre d'étrangers dans notre championnat. Zèbre, évidemment. Je considère les Spirous comme des concurrents. Les moyens (privés et publics) qui vont chez eux ne savent plus venir chez nous. Il y a clairement une compétition entre les deux clubs pour obtenir ces aides. Pour attirer du public aussi. Les Spirous ont un avantage : il est plus facile de créer de l'ambiance dans une salle et de bien traiter les invités. Au Spiroudôme, il fait toujours 18 degrés. Au Mambourg, s'il gèle à -10, il fait -10 dans les tribunes... Par contre, nous avons aussi certains avantages par rapport aux Spirous : à part les passionnés de basket, qui connaît cette équipe ? Le Sporting, tout le monde connaît ! J'ai un petit bureau à Paris, mais je me sens beaucoup mieux à Bruxelles. C'est beaucoup moins frénétique ici que là-bas. Et je trouve les gens beaucoup moins polis en France. Dès que vous entrez dans Paris, vous êtes presque sûr de vous enguirlander avec tout le monde : des chauffeurs de taxis, des piétons qui se baladent au milieu de la route, etc. C'est une ville stressante, et en plus, il faut des heures pour la traverser. Vraiment, Bruxelles me convient très bien. Même si c'était dans mon pays et qu'il y a eu beaucoup plus de victimes qu'à New York, ce tremblement de terre m'a moins frappé que les deux avions fous. Parce que c'était une simple catastrophe naturelle. On sait que la nature n'est pas toujours l'amie de l'homme et il faut se préparer à des drames pareils. Le bilan est terrible, mais on ne peut accuser personne. Dès qu'il est question de terrorisme, par contre, il y a un coupable. Le pire aspect du terrorisme, c'est que des humains tuent des humains. Lequel des frères Ferrera ? Enzo Scifo, alors. Quand je repense à notre aventure commune, je regrette surtout qu'il ait combiné des responsabilités sportives et administratives. Il aurait sans doute eu plus de chances de réussir comme entraîneur s'il n'avait pas été, en même temps, dirigeant du club. Notre collaboration s'est achevée plus vite que prévu, mais je conserve un grand respect pour lui. De Manu Ferrera, je retiens l'image d'un entraîneur impulsif qui ne pensait peut-être pas tout à fait ce qu'il disait. J'ai fait remarquer, un jour, que l'équipe n'avait pas bien joué. Il l'a entendu et, au lieu de venir s'expliquer avec moi, il a explosé dans les journaux. Il a déclaré qu'il me restait deux possibilités : lui accorder ma confiance totale ou le virer. Comme je ne pouvais pas lui donner toute ma confiance, ma marge de man£uvre était réduite. Depuis son départ, le Sporting n'a plus jamais été aussi bien classé. Nous avions très bien commencé la saison avec lui, c'est un fait. Mais je rappelle qu'au moment où je l'ai limogé, l'équipe jouait moins bien de semaine en semaine. S'il n'y avait pas eu un tout grand Dante Brogno lors des premiers matches du championnat, nous n'aurions jamais atteint un classement pareil. Je n'ai jamais pensé que mon club aurait mieux évolué si Ferrera était resté. De toute façon, je ne reconsidère jamais mes décisions. Le passé est le passé. On peut y penser, mais si ce passé devient une obsession, il ruine le futur. Pierre Danvoye" J'espère que PAUL ALLAERTS EST RÉCUSÉ à VIE "