Que reste-t-il du meilleur buteur de la saison 1999-2000 ? Un attaquant qui a dû se contenter d'un seul petit but au premier tour du championnat en cours. Où reste l'ex-Diable qui passa à deux doigts de l'EURO 2000 ? Très loin de l'équipe nationale. Dépité, démoralisé, Toni Brogno ? Détrompez-vous : il en faudrait plus pour abattre ce vendeur d'optimisme.

Sporting ou Olympic ?

Toni Brogno : Sporting. C'est le club de mon enfance, de mon c£ur. J'allais voir les Zèbres quand j'étais tout gosse. Je les ai applaudis en D1, mais aussi précédemment en D2. Le Sporting a toujours été le club phare de la région de Charleroi. Pour n'importe quel gamin du coin qui tape dans un ballon et a envie de faire une carrière de footballeur, le rêve est de porter un jour le maillot de l'équipe Première du Sporting. J'ai eu cette chance. Je ne m'y suis pas imposé, mais j'avais des circonstances atténuantes : j'étais encore très jeune et je combinais le foot avec mon boulot à l'usine. J'ai aussi été sérieusement malade au même moment. Il n'empêche que je garde un grand souvenir de cette année au Mambourg. C'est là-bas que j'ai fait mes débuts en D1 et j'ai même découvert la Coupe d'Europe avec les Zèbres. Je n'abandonne pas l'espoir de retourner un jour dans ce club.

De mes deux saisons à l'Olympic, je garde aussi des souvenirs extraordinaires, avec notamment un titre de champion de D3 acquis les doigts dans le nez. C'est à la Neuville que j'ai fait une des rencontres les plus intéressantes de ma carrière : celle d'André Colasse. J'ai retrouvé à l'Olympic la même chaleur humaine, la même fraternité qu'au Sporting. Je n'oublie pas, non plus, que ce sont les Dogues qui m'ont permis, en me relançant après ma saison compliquée au Sporting, de signer à Westerlo où j'allais devenir un vrai titulaire de D1. A propos, vous ne vous êtes jamais fait la réflexion que les couleurs de l'Olympic et du Sporting sont identiques ? Noir et blanc. C'est exceptionnel pour deux clubs phares dans la même ville.

Comédien ou victime des arbitres ?

Je dirais comédien à mes débuts et victime des arbitres aujourd'hui. Les deux sont liés. Lors de mes premières saisons en D1, j'ai obtenu pas mal de penalties cadeaux. Comédien, oui, mais avec des circonstances atténuantes. Je m'explique. Westerlo pratiquait un jeu hyper offensif et, dans chaque match, j'héritais d'une dizaine de bons ballons dans le rectangle. Sur ces dix phases, j'étais peut-être bousculé ou accroché cinq fois. Et j'avais la particularité de tomber facilement. D'abord, l'arbitre hésitait : faute ou pas faute ? A la fin, il nous donnait un penalty, même s'il n'était pas certain qu'on m'avait poussé ou accroché. Il compensait pour toutes les phases précédentes sur lesquelles il avait hésité, en quelque sorte. La compensation dans l'arbitrage a toujours existé et existera toujours.

Mais cette faculté à m'écrouler dans le rectangle pour un rien m'a valu une réputation dont je vais avoir du mal à me défaire. Aujourd'hui, il est fréquent qu'on me fasse tomber mais que le referee ne bronche pas. Parfois, c'est pourtant frappant : je suis en duel épaule contre épaule avec un gars qui fait 30 kilos de plus que moi, il donne le petit coup qui me déséquilibre, je me retrouve par terre, mais je ne reçois rien. C'est frustrant.

" Benoît Thans m'a marqué comme personne d'autre "

Jos Heyligen ou André Colasse ?

Jos Heyligen. Ma vraie chance en D1, c'est lui qui me l'a offerte. C'est fou, tout ce qu'il a pu m'apprendre à tous les niveaux. J'ai débarqué dans un club flamand sans parler un mot de néerlandais, on m'a prédit le pire, on m'a dit que j'allais en baver pour m'acclimater. Mais, mon adaptation, Heyligen en a fait une affaire personnelle. Grâce à lui, je ne me suis jamais senti étranger dans ce club. En plus de cela, il adore le foot, le beau jeu, le beau geste, il est constamment à la recherche de la perfection. De lui, je retiens que le football est d'abord un jeu d'une simplicité enfantine.

André Colasse a une personnalité tout à fait différente de celle de Heyligen. Lui, c'est le battant, le gars que le mot défaite rend malade. Comme moi. Colasse, on l'aime ou on le déteste. Il n'y a pas de juste milieu avec lui. Entre lui et moi, le courant est directement passé, mais il y a d'autres joueurs qui n'ont jamais su s'entendre avec lui. Ça bloquait automatiquement avec ceux qui n'en faisaient qu'à leur tête, qui faisaient des remarques ou cherchaient à se mettre en avant.

Jean-Claude Olio, président de l'Olympic, ou Pascal Urano, président de Sedan ?

Jean-Claude Olio. Un boss d'une correction exemplaire. Il n'avait qu'un objectif : bien mener la barque de l'Olympic. Il se tapait les plus gros efforts pour que son club garde la tête hors de l'eau, alors que c'était terriblement compliqué. Tous les joueurs qui sont passés par là devraient lui tirer un grand coup de chapeau. Ce n'était pas évident de se battre dans l'ombre d'un voisin aussi puissant et populaire que le Sporting. Olio a relevé le défi pendant de longues années. Il ne parvenait pas toujours à nous verser notre salaire à la fin du mois mais il parvenait à entretenir notre motivation et notre concentration en trouvant les mots justes.

Pascal Urano est en quelque sorte taillé dans le même bois. A Sedan, il a construit un stade et un centre de formation en ne comptant pour ainsi dire que sur lui-même. On l'a très peu aidé. Malheureusement pour lui, il continue à tirer la langue aujourd'hui. Son stade, fort comparable à celui de Genk, est terminé, et son complexe de formation est là, mais Sedan souffre pour tenter de sortir du guêpier de la D2.

Benoît Thans ou Matthieu Verschuere ?

Matthieu Verschuere, que j'ai découvert à Sedan, est un ami comme j'en ai peu, mais je place encore Benoît Thans au-dessus. Ce que j'ai vécu avec lui à Westerlo, je ne l'avais jamais connu avant et ça ne m'est plus jamais arrivé depuis lors. J'arrivais comme un anonyme de l'Olympic et je l'ai regardé comme un gosse observe une de ses idoles. Il avait joué au Standard, à l'étranger, il avait un sacré parcours de D1 derrière lui. Mais il m'a directement pris sous son aile. Thans adore s'amuser en dehors des terrains et ça se reflétait dans son jeu. Quand il choisissait de me donner la balle, je savais qu'elle arriverait au bon endroit... onze fois sur dix. C'était un régal de jouer avec un médian pareil. Par la suite, je n'ai plus jamais connu une telle complicité avec un coéquipier.

Jean-Claude Van Cauwenberghe ou Jacques Van Gompel ?

Oh la bonne colle... Deux personnalités qui comptent beaucoup pour moi. Et pour toute ma famille, d'ailleurs. Une partie du contrat de Dante est payée par la Ville, et mon autre frère, David, est carrément employé par les autorités communales, comme électricien. J'apprécie aussi que Van Cau et le bourgmestre se démènent depuis des années pour que le sport prenne le dessus sur pas mal d'autres postes du budget communal. Les résultats prouvent qu'ils ont tout à fait raison de persévérer, qu'ils ne doivent surtout pas changer de cap. Il y a évidemment une différence fondamentale entre ces deux hommes : Van Cau est un vrai Zèbre alors que Van Gompel a toujours été Dogue. Je prends Van Cau parce qu'il m'a fait l'honneur de préfacer le livre consacré à Dante et moi ( Frères de Foot). Mais Van Gompel n'est vraiment pas loin...

" Je préférerais que Ceulemans soit sur la pelouse plutôt que sur le banc "

Rapid Bucarest û Charleroi ou

Luxembourg û Belgique ?

Mes débuts avec les Zèbres ou avec les Diables ? Je prends Bucarest. J'ai débuté en Coupe d'Europe avant de monter sur un terrain en D1 : je suis peut-être un cas unique dans le foot belge. Neba Malbasa était blessé et Georges Leekens devait le remplacer pour aller en Roumanie. Il est venu voir la Réserve à Farciennes et j'ai marqué quatre buts ce soir-là. Après la rencontre, il m'a dit d'emmener mon passeport au stade, le lendemain. Quand je l'ai remis au secrétariat, j'ai cru que le ciel me tombait sur la tête : Pierre-Yves Hendrickx venait de se rendre compte que je n'avais pas été inscrit sur la liste remise à l'UEFA en début de saison. Réglementairement, je n'avais donc aucune chance. Le Sporting a demandé une dérogation. Quand nous avons pris l'avion, le lundi, on attendait toujours la réponse de l'UEFA. Elle n'est tombée que le mardi. Leekens m'a téléphoné dans ma chambre : -OK Toni, c'est accepté, tu seras sur le banc. Mon c£ur s'est emballé. Le lendemain, je tremblais en m'échauffant. Dante était capitaine. Au moment où il est allé trouver l'arbitre pour demander un changement, il ne savait pas qui allait entrer. Quand il a vu que c'était moi, il a aussi fait une tête pas possible. Il était bouche bée. Aussi ému que moi.

Maman ou Papa ?

Là, non, désolé, je ne choisirai pas ! Impossible. Tous les deux, ils m'ont apporté des qualités qui m'ont permis de m'imposer dans ce métier. Mon père m'a donné l'amour du ballon rond. Il a lui-même joué jusqu'en D3, avec Marchienne. Mais il n'avait personne, derrière lui, pour serrer la vis. Alors, il est pas mal sorti et ce mode de vie l'a peut-être privé d'une carrière intéressante. Il l'a toujours regretté. Il a veillé à ce que ses fils ne soient pas victimes du même laxisme parental. Il était même très sévère. Je n'oublierai jamais mes trois mois sans football, quand j'étais Scolaire. J'avais ramené un mauvais bulletin et la sanction a été immédiate. J'étais privé des matches, mais aussi des entraînements. Et figurez-vous que, le dimanche matin, il m'obligeait à aller voir mes coéquipiers. Pour enfoncer un peu plus encore le couteau dans la plaie. J'étais gêné devant mes copains qui ne comprenaient pas que je sois puni pour quelques mauvaises notes à l'école. L'entraîneur a essayé de faire fléchir mon père : sans succès. Mais j'ai réussi mon année (il rit) : il avait donc visé juste. Ma mère était moins dure. Elle m'apportait plutôt le calme et le réconfort quand ça marchait moins bien.

Jan Ceulemans joueur ou Jan Ceulemans entraîneur ?

Joueur. Je préférerais qu'il soit encore sur le terrain parce que c'est plus facile d'apporter quelque chose de concret comme footballeur qu'en tant que coach. Je me faisais une image bien concrète de lui quand il jouait : c'était le travailleur, très sobre et très calme, qui se trouvait toujours au bon endroit ; un homme qui parlait peu mais savait ce qu'il voulait. Aujourd'hui, je retrouve exactement le même personnage.

La morphologie de Toni Brogno ou la morphologie de Jan Koller ?

La mienne. Déjà parce que j'y suis habitué (il rit)... Aussi parce que j'aurais le vertige si j'étais aussi grand que Koller... et parce que je serais obligé de me mettre à genoux pour embrasser ma femme. Plus sérieusement, je préfère les petits attaquants au style chaloupé que les armoires à glace. Avec la morphologie de Koller, je marquerais plus souvent de la tête, d'accord. Mais le foot doit d'abord se jouer avec les pieds, non ?

" Leekens est comme Colasse : on l'adore ou on le déteste "

Georges Leekens ou Robert Waseige ?

Georges Leekens parce qu'il m'a lancé en D1 et m'a, plus tard, donné ma première chance en équipe nationale. Le tout premier qui m'a fait confiance au plus haut niveau belge, c'est donc lui. Quand on voit son parcours d'entraîneur, on ne peut qu'avoir du respect : c'est un tout grand Monsieur de notre foot. Comme Colasse, on l'adore ou on le déteste. Il a en tout cas le mérite de rester toujours fidèle à sa ligne de conduite, quels que soient les résultats ou les critiques. Même quand ça ne marche pas, il conserve ses idées de départ. On l'a vu lors de son année au Sporting. L'équipe ne décollait pas, tout le monde était déçu, mais il a maintenu sa méthode et a ensuite assumé l'échec. Il n'a jamais cherché à cacher qu'il était le principal responsable de ce mauvais cru de l'histoire du club.

Robert Waseige m'a aussi marqué. On pourrait croire que j'ai conservé de la rancune à cause de mon éviction du noyau des Diables juste avant l'EURO 2000. Il n'y a rien de plus faux. Je maintiens toujours que je méritais de participer à ce tournoi, mais je ne suis plus fâché sur Waseige depuis bien longtemps. Je lui reconnaissais de grandes qualités à l'époque et je n'ai pas changé d'avis. Il n'y a pas plus fort que lui pour motiver un groupe, par exemple. Et il faut le faire pour réussir une Coupe du Monde pareille dans un climat aussi détestable. J'apprécie également son art de s'attaquer à des défis infernaux. Celui de revenir au Sporting en pleine saison, notamment. Plutôt que de rester sagement dans son fauteuil, il a choisi de retrouver le terrain, quitte à avoir de très gros soucis jusqu'à la fin du championnat.

Dante ou Toni ?

Dante. Je suis encore très loin d'avoir prouvé autant que lui. Pendant des années, il a été le porte-drapeau d'un club qui allait de problèmes en problèmes. Le Sporting, c'est la moitié de sa vie. Et sa réussite ne doit rien à personne. Quand il est arrivé de Marchienne, beaucoup l'ont classé : il allait vite retourner en P1. Il s'est directement imposé. Et, durant ses dernières saisons de joueur, il a tenu le Sporting à lui seul. Tous les adversaires savaient qu'il était le seul à pouvoir débloquer le match, mais on ne parvenait pas à l'en empêcher. Tout le monde connaissait son crochet, mais il arrivait quand même à le placer. Et sa constance me fait rêver. On était sûr qu'il marquerait, chaque année, sa ration de buts.

Le Toni Brogno de 1999-2000 ou le Toni Brogno actuel ?

Celui de 1999-2000, évidemment. On ne parle pas de la même chose. Pour le moment, je suis à peine à 50 % du niveau que j'avais cette saison-là. Ne me demandez pas pourquoi ; je n'en sais rien. Physiquement, tout est en ordre. Mais je n'ai pas les sensations. Je suis conscient que je peux û et que je dois û apporter beaucoup plus à Westerlo. Un but au premier tour, c'est très, très, très peu pour un ex-meilleur buteur. Je travaille. En regardant devant moi, pas derrière. Ce n'est pas mon style de dire que ça marchait cent fois mieux il y a quatre ans parce que j'étais mieux entouré ou alimenté. Je ne veux pas non plus faire remarquer que le système de jeu n'est plus le même. Des excuses pareilles ne tiennent pas la route. Je dois être assez fort pour m'adapter à la réalité actuelle, point à la ligne. Crier que je mérite de jouer plus souvent ? Là aussi, très peu pour moi. Si j'étais très bon, l'entraîneur m'alignerait chaque semaine. Si je ne commence pas les matches, c'est que je suis insuffisant à l'entraînement. Mais je ne laisse pas tomber les bras. Je mange mon pain noir, des jours meilleurs reviendront. Je ne cherche surtout pas à quitter ce club. Ce serait la solution de facilité.

Une attaque Dante-Toni ou une attaque Emile-Mbo ?

Les Mpenza ont fait leurs preuves ensemble. Moi, j'aurais tant voulu faire la même chose avec mon frère. Je suis sûr que nous aurions prouvé notre complémentarité. J'aurais mis Dante sur le flanc droit, pas au centre-avant. Avec lui, j'aurais à coup sûr reçu plusieurs bons centres lors de chaque match. Dante à droite, Thans à gauche : vous imaginez le régal pour l'attaquant de pointe ? Oui, vraiment, je prends le duo des Brogno !

Pierre Danvoye

" Grand comme Jan Koller ? Non merci, J'AURAIS LE VERTIGE "

Que reste-t-il du meilleur buteur de la saison 1999-2000 ? Un attaquant qui a dû se contenter d'un seul petit but au premier tour du championnat en cours. Où reste l'ex-Diable qui passa à deux doigts de l'EURO 2000 ? Très loin de l'équipe nationale. Dépité, démoralisé, Toni Brogno ? Détrompez-vous : il en faudrait plus pour abattre ce vendeur d'optimisme. Toni Brogno : Sporting. C'est le club de mon enfance, de mon c£ur. J'allais voir les Zèbres quand j'étais tout gosse. Je les ai applaudis en D1, mais aussi précédemment en D2. Le Sporting a toujours été le club phare de la région de Charleroi. Pour n'importe quel gamin du coin qui tape dans un ballon et a envie de faire une carrière de footballeur, le rêve est de porter un jour le maillot de l'équipe Première du Sporting. J'ai eu cette chance. Je ne m'y suis pas imposé, mais j'avais des circonstances atténuantes : j'étais encore très jeune et je combinais le foot avec mon boulot à l'usine. J'ai aussi été sérieusement malade au même moment. Il n'empêche que je garde un grand souvenir de cette année au Mambourg. C'est là-bas que j'ai fait mes débuts en D1 et j'ai même découvert la Coupe d'Europe avec les Zèbres. Je n'abandonne pas l'espoir de retourner un jour dans ce club. De mes deux saisons à l'Olympic, je garde aussi des souvenirs extraordinaires, avec notamment un titre de champion de D3 acquis les doigts dans le nez. C'est à la Neuville que j'ai fait une des rencontres les plus intéressantes de ma carrière : celle d'André Colasse. J'ai retrouvé à l'Olympic la même chaleur humaine, la même fraternité qu'au Sporting. Je n'oublie pas, non plus, que ce sont les Dogues qui m'ont permis, en me relançant après ma saison compliquée au Sporting, de signer à Westerlo où j'allais devenir un vrai titulaire de D1. A propos, vous ne vous êtes jamais fait la réflexion que les couleurs de l'Olympic et du Sporting sont identiques ? Noir et blanc. C'est exceptionnel pour deux clubs phares dans la même ville. Je dirais comédien à mes débuts et victime des arbitres aujourd'hui. Les deux sont liés. Lors de mes premières saisons en D1, j'ai obtenu pas mal de penalties cadeaux. Comédien, oui, mais avec des circonstances atténuantes. Je m'explique. Westerlo pratiquait un jeu hyper offensif et, dans chaque match, j'héritais d'une dizaine de bons ballons dans le rectangle. Sur ces dix phases, j'étais peut-être bousculé ou accroché cinq fois. Et j'avais la particularité de tomber facilement. D'abord, l'arbitre hésitait : faute ou pas faute ? A la fin, il nous donnait un penalty, même s'il n'était pas certain qu'on m'avait poussé ou accroché. Il compensait pour toutes les phases précédentes sur lesquelles il avait hésité, en quelque sorte. La compensation dans l'arbitrage a toujours existé et existera toujours. Mais cette faculté à m'écrouler dans le rectangle pour un rien m'a valu une réputation dont je vais avoir du mal à me défaire. Aujourd'hui, il est fréquent qu'on me fasse tomber mais que le referee ne bronche pas. Parfois, c'est pourtant frappant : je suis en duel épaule contre épaule avec un gars qui fait 30 kilos de plus que moi, il donne le petit coup qui me déséquilibre, je me retrouve par terre, mais je ne reçois rien. C'est frustrant. Jos Heyligen. Ma vraie chance en D1, c'est lui qui me l'a offerte. C'est fou, tout ce qu'il a pu m'apprendre à tous les niveaux. J'ai débarqué dans un club flamand sans parler un mot de néerlandais, on m'a prédit le pire, on m'a dit que j'allais en baver pour m'acclimater. Mais, mon adaptation, Heyligen en a fait une affaire personnelle. Grâce à lui, je ne me suis jamais senti étranger dans ce club. En plus de cela, il adore le foot, le beau jeu, le beau geste, il est constamment à la recherche de la perfection. De lui, je retiens que le football est d'abord un jeu d'une simplicité enfantine. André Colasse a une personnalité tout à fait différente de celle de Heyligen. Lui, c'est le battant, le gars que le mot défaite rend malade. Comme moi. Colasse, on l'aime ou on le déteste. Il n'y a pas de juste milieu avec lui. Entre lui et moi, le courant est directement passé, mais il y a d'autres joueurs qui n'ont jamais su s'entendre avec lui. Ça bloquait automatiquement avec ceux qui n'en faisaient qu'à leur tête, qui faisaient des remarques ou cherchaient à se mettre en avant. Jean-Claude Olio. Un boss d'une correction exemplaire. Il n'avait qu'un objectif : bien mener la barque de l'Olympic. Il se tapait les plus gros efforts pour que son club garde la tête hors de l'eau, alors que c'était terriblement compliqué. Tous les joueurs qui sont passés par là devraient lui tirer un grand coup de chapeau. Ce n'était pas évident de se battre dans l'ombre d'un voisin aussi puissant et populaire que le Sporting. Olio a relevé le défi pendant de longues années. Il ne parvenait pas toujours à nous verser notre salaire à la fin du mois mais il parvenait à entretenir notre motivation et notre concentration en trouvant les mots justes. Pascal Urano est en quelque sorte taillé dans le même bois. A Sedan, il a construit un stade et un centre de formation en ne comptant pour ainsi dire que sur lui-même. On l'a très peu aidé. Malheureusement pour lui, il continue à tirer la langue aujourd'hui. Son stade, fort comparable à celui de Genk, est terminé, et son complexe de formation est là, mais Sedan souffre pour tenter de sortir du guêpier de la D2. Matthieu Verschuere, que j'ai découvert à Sedan, est un ami comme j'en ai peu, mais je place encore Benoît Thans au-dessus. Ce que j'ai vécu avec lui à Westerlo, je ne l'avais jamais connu avant et ça ne m'est plus jamais arrivé depuis lors. J'arrivais comme un anonyme de l'Olympic et je l'ai regardé comme un gosse observe une de ses idoles. Il avait joué au Standard, à l'étranger, il avait un sacré parcours de D1 derrière lui. Mais il m'a directement pris sous son aile. Thans adore s'amuser en dehors des terrains et ça se reflétait dans son jeu. Quand il choisissait de me donner la balle, je savais qu'elle arriverait au bon endroit... onze fois sur dix. C'était un régal de jouer avec un médian pareil. Par la suite, je n'ai plus jamais connu une telle complicité avec un coéquipier. Oh la bonne colle... Deux personnalités qui comptent beaucoup pour moi. Et pour toute ma famille, d'ailleurs. Une partie du contrat de Dante est payée par la Ville, et mon autre frère, David, est carrément employé par les autorités communales, comme électricien. J'apprécie aussi que Van Cau et le bourgmestre se démènent depuis des années pour que le sport prenne le dessus sur pas mal d'autres postes du budget communal. Les résultats prouvent qu'ils ont tout à fait raison de persévérer, qu'ils ne doivent surtout pas changer de cap. Il y a évidemment une différence fondamentale entre ces deux hommes : Van Cau est un vrai Zèbre alors que Van Gompel a toujours été Dogue. Je prends Van Cau parce qu'il m'a fait l'honneur de préfacer le livre consacré à Dante et moi ( Frères de Foot). Mais Van Gompel n'est vraiment pas loin... Luxembourg û Belgique ? Mes débuts avec les Zèbres ou avec les Diables ? Je prends Bucarest. J'ai débuté en Coupe d'Europe avant de monter sur un terrain en D1 : je suis peut-être un cas unique dans le foot belge. Neba Malbasa était blessé et Georges Leekens devait le remplacer pour aller en Roumanie. Il est venu voir la Réserve à Farciennes et j'ai marqué quatre buts ce soir-là. Après la rencontre, il m'a dit d'emmener mon passeport au stade, le lendemain. Quand je l'ai remis au secrétariat, j'ai cru que le ciel me tombait sur la tête : Pierre-Yves Hendrickx venait de se rendre compte que je n'avais pas été inscrit sur la liste remise à l'UEFA en début de saison. Réglementairement, je n'avais donc aucune chance. Le Sporting a demandé une dérogation. Quand nous avons pris l'avion, le lundi, on attendait toujours la réponse de l'UEFA. Elle n'est tombée que le mardi. Leekens m'a téléphoné dans ma chambre : -OK Toni, c'est accepté, tu seras sur le banc. Mon c£ur s'est emballé. Le lendemain, je tremblais en m'échauffant. Dante était capitaine. Au moment où il est allé trouver l'arbitre pour demander un changement, il ne savait pas qui allait entrer. Quand il a vu que c'était moi, il a aussi fait une tête pas possible. Il était bouche bée. Aussi ému que moi. Là, non, désolé, je ne choisirai pas ! Impossible. Tous les deux, ils m'ont apporté des qualités qui m'ont permis de m'imposer dans ce métier. Mon père m'a donné l'amour du ballon rond. Il a lui-même joué jusqu'en D3, avec Marchienne. Mais il n'avait personne, derrière lui, pour serrer la vis. Alors, il est pas mal sorti et ce mode de vie l'a peut-être privé d'une carrière intéressante. Il l'a toujours regretté. Il a veillé à ce que ses fils ne soient pas victimes du même laxisme parental. Il était même très sévère. Je n'oublierai jamais mes trois mois sans football, quand j'étais Scolaire. J'avais ramené un mauvais bulletin et la sanction a été immédiate. J'étais privé des matches, mais aussi des entraînements. Et figurez-vous que, le dimanche matin, il m'obligeait à aller voir mes coéquipiers. Pour enfoncer un peu plus encore le couteau dans la plaie. J'étais gêné devant mes copains qui ne comprenaient pas que je sois puni pour quelques mauvaises notes à l'école. L'entraîneur a essayé de faire fléchir mon père : sans succès. Mais j'ai réussi mon année (il rit) : il avait donc visé juste. Ma mère était moins dure. Elle m'apportait plutôt le calme et le réconfort quand ça marchait moins bien. Joueur. Je préférerais qu'il soit encore sur le terrain parce que c'est plus facile d'apporter quelque chose de concret comme footballeur qu'en tant que coach. Je me faisais une image bien concrète de lui quand il jouait : c'était le travailleur, très sobre et très calme, qui se trouvait toujours au bon endroit ; un homme qui parlait peu mais savait ce qu'il voulait. Aujourd'hui, je retrouve exactement le même personnage. La mienne. Déjà parce que j'y suis habitué (il rit)... Aussi parce que j'aurais le vertige si j'étais aussi grand que Koller... et parce que je serais obligé de me mettre à genoux pour embrasser ma femme. Plus sérieusement, je préfère les petits attaquants au style chaloupé que les armoires à glace. Avec la morphologie de Koller, je marquerais plus souvent de la tête, d'accord. Mais le foot doit d'abord se jouer avec les pieds, non ? Georges Leekens parce qu'il m'a lancé en D1 et m'a, plus tard, donné ma première chance en équipe nationale. Le tout premier qui m'a fait confiance au plus haut niveau belge, c'est donc lui. Quand on voit son parcours d'entraîneur, on ne peut qu'avoir du respect : c'est un tout grand Monsieur de notre foot. Comme Colasse, on l'adore ou on le déteste. Il a en tout cas le mérite de rester toujours fidèle à sa ligne de conduite, quels que soient les résultats ou les critiques. Même quand ça ne marche pas, il conserve ses idées de départ. On l'a vu lors de son année au Sporting. L'équipe ne décollait pas, tout le monde était déçu, mais il a maintenu sa méthode et a ensuite assumé l'échec. Il n'a jamais cherché à cacher qu'il était le principal responsable de ce mauvais cru de l'histoire du club. Robert Waseige m'a aussi marqué. On pourrait croire que j'ai conservé de la rancune à cause de mon éviction du noyau des Diables juste avant l'EURO 2000. Il n'y a rien de plus faux. Je maintiens toujours que je méritais de participer à ce tournoi, mais je ne suis plus fâché sur Waseige depuis bien longtemps. Je lui reconnaissais de grandes qualités à l'époque et je n'ai pas changé d'avis. Il n'y a pas plus fort que lui pour motiver un groupe, par exemple. Et il faut le faire pour réussir une Coupe du Monde pareille dans un climat aussi détestable. J'apprécie également son art de s'attaquer à des défis infernaux. Celui de revenir au Sporting en pleine saison, notamment. Plutôt que de rester sagement dans son fauteuil, il a choisi de retrouver le terrain, quitte à avoir de très gros soucis jusqu'à la fin du championnat. Dante. Je suis encore très loin d'avoir prouvé autant que lui. Pendant des années, il a été le porte-drapeau d'un club qui allait de problèmes en problèmes. Le Sporting, c'est la moitié de sa vie. Et sa réussite ne doit rien à personne. Quand il est arrivé de Marchienne, beaucoup l'ont classé : il allait vite retourner en P1. Il s'est directement imposé. Et, durant ses dernières saisons de joueur, il a tenu le Sporting à lui seul. Tous les adversaires savaient qu'il était le seul à pouvoir débloquer le match, mais on ne parvenait pas à l'en empêcher. Tout le monde connaissait son crochet, mais il arrivait quand même à le placer. Et sa constance me fait rêver. On était sûr qu'il marquerait, chaque année, sa ration de buts. Celui de 1999-2000, évidemment. On ne parle pas de la même chose. Pour le moment, je suis à peine à 50 % du niveau que j'avais cette saison-là. Ne me demandez pas pourquoi ; je n'en sais rien. Physiquement, tout est en ordre. Mais je n'ai pas les sensations. Je suis conscient que je peux û et que je dois û apporter beaucoup plus à Westerlo. Un but au premier tour, c'est très, très, très peu pour un ex-meilleur buteur. Je travaille. En regardant devant moi, pas derrière. Ce n'est pas mon style de dire que ça marchait cent fois mieux il y a quatre ans parce que j'étais mieux entouré ou alimenté. Je ne veux pas non plus faire remarquer que le système de jeu n'est plus le même. Des excuses pareilles ne tiennent pas la route. Je dois être assez fort pour m'adapter à la réalité actuelle, point à la ligne. Crier que je mérite de jouer plus souvent ? Là aussi, très peu pour moi. Si j'étais très bon, l'entraîneur m'alignerait chaque semaine. Si je ne commence pas les matches, c'est que je suis insuffisant à l'entraînement. Mais je ne laisse pas tomber les bras. Je mange mon pain noir, des jours meilleurs reviendront. Je ne cherche surtout pas à quitter ce club. Ce serait la solution de facilité. Les Mpenza ont fait leurs preuves ensemble. Moi, j'aurais tant voulu faire la même chose avec mon frère. Je suis sûr que nous aurions prouvé notre complémentarité. J'aurais mis Dante sur le flanc droit, pas au centre-avant. Avec lui, j'aurais à coup sûr reçu plusieurs bons centres lors de chaque match. Dante à droite, Thans à gauche : vous imaginez le régal pour l'attaquant de pointe ? Oui, vraiment, je prends le duo des Brogno ! Pierre Danvoye" Grand comme Jan Koller ? Non merci, J'AURAIS LE VERTIGE "