On ne change pas un programme qui gagne. Il y a un an, c'est sous le ciel turc que les Loups avaient jeté les bases d'une deuxième moitié de semaine mémorable. Le maintien fut assuré très tôt et il y eut, surtout, cette fabuleuse campagne de Coupe de Belgique. Ils ont donc remis le cap sur le même pays. Leur capitaine, Thierry Siquet (35 ans), a interrompu la préparation de ses valises pour relever le défi de l'interview qui tue.
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On ne change pas un programme qui gagne. Il y a un an, c'est sous le ciel turc que les Loups avaient jeté les bases d'une deuxième moitié de semaine mémorable. Le maintien fut assuré très tôt et il y eut, surtout, cette fabuleuse campagne de Coupe de Belgique. Ils ont donc remis le cap sur le même pays. Leur capitaine, Thierry Siquet (35 ans), a interrompu la préparation de ses valises pour relever le défi de l'interview qui tue. Thierry Siquet : Défenseur central. C'est à ce poste que j'ai évolué durant la plus grande partie de ma carrière. Je n'ai finalement connu que deux expériences dans l'entrejeu : quelques matches avec le Cercle de Bruges, puis six mois avec Daniel Leclercq à La Louvière. Aujourd'hui, je ne sais toujours pas pourquoi il avait décidé de me faire avancer dans le jeu. Il n'était apparemment pas convaincu d'une chose dont je suis tout à fait sûr : il faut d'autres qualités pour jouer comme médian défensif, et ces qualités, je ne les possède pas. Un demi défensif doit avoir la faculté d'être toujours au bon endroit, de se trouver à gauche quand le ballon part à gauche, d'être à droite quand la balle va de ce côté. C'est un des postes les plus ingrats du football moderne parce qu'il impose de travailler comme un fou pour soulager les autres joueurs. Il arrive au médian défensif de courir comme un dératé pendant pas mal de temps, sans toucher un seul ballon pour autant. Le caractère, évidemment. C'est sur cette qualité-là que j'ai basé toute ma carrière. J'ai aussi un peu de talent, c'est sûr. Si ce n'était pas le cas, je ne serais pas en première division depuis 17 ans. Et je n'aurais pas eu la confiance d'autant d'entraîneurs, dont certains très renommés : Michel Pavic, Urbain Braems, Georg Kessler, Georges Leekens, Henk Houwaart, Herman Helleputte, Marc Grosjean, Daniel Leclercq, Ariel Jacobs. Mais entre le talent de Thierry Siquet et celui de joueurs comme Thierry Henry, Ronaldo ou Zinedine Zidane, il y a une différence (il rit). Il y a énormément de défenseurs plus doués que moi. Comparez-moi à un Vincent Kompany : je ne tiens évidemment plus la route. Lui, il a le talent. Mais bon, peu de défenseurs centraux sont capables d'entreprendre û et surtout de réussir û ce qu'il fait. Les joueurs qui évoluent à ce poste misent généralement sur le physique et la rigueur. C'est mon cas. Si j'essaye de faire la même chose que Kompany, mes lacunes apparaîtront vite au grand jour. Ariel Jacobs... de peu. Toute la Belgique a découvert un entraîneur au talent insoupçonné. Il est arrivé en D1 sur la pointe des pieds, et aujourd'hui, il est respecté dans tout le pays. Je ne pensais pas qu'un coach pourrait encore me faire progresser à 33 ans. Jacobs y est parvenu. Avec lui, il n'y a jamais d'éclats de voix. Je ne l'ai pas entendu une seule fois enguirlander un joueur devant ses coéquipiers. Quand il a quelque chose à vous reprocher, il vous prend à part et il reste très calme. Marc Grosjean m'a aussi laissé un grand souvenir. Il a fait La Louvière. Si ce club est aujourd'hui en D1, c'est d'abord grâce à lui. La montée, c'était son mérite avant d'être celui de n'importe quelle autre personne. Je suis persuadé qu'il va sauver l'Antwerp. Même s'il n'a pas choisi la facilité en signant dans ce club pour une première expérience en Flandre. Moi, j'ai joué dans deux équipes flamandes où tout était toujours très calme : le Cercle et Ekeren. L'Antwerp, c'est autre chose comme pression. Charleroi. Quand j'étais au Cercle, je m'étais dit que, si je devais revenir en Wallonie, j'aurais une préférence pour le Sporting. Ce club m'a toujours attiré, je ne sais pas vraiment pourquoi. Sans doute parce qu'il fait partie du patrimoine du foot belge. Ce n'est pas le cas de Mons, un jeunot en D1. Au deuxième tour, je prévois moins de problèmes pour Charleroi que pour Mons. Les Zèbres n'ont pas eu beaucoup de chance durant la première partie de la saison : pas mal de matches ont simplement duré quelques minutes de trop et il y avait des insuffisances offensives, mais tout le reste tenait la route. A Mons, le problème me semble beaucoup plus profond. Là-bas, on a commencé le championnat en étant toujours sur le petit nuage de la saison dernière, comme si plus rien de fâcheux ne pouvait arriver. La Louvière-St-Trond, sans hésiter. Et, de toute façon, sans ce match, il n'y aurait pas eu le choc avec Benfica. Gagner une Coupe de Belgique dans un Heysel bien garni, c'est le rêve de n'importe quel joueur ou entraîneur. Quand on joue dans un club moyen, c'est encore beaucoup plus beau. Avant cela, j'avais perdu deux finales : avec le Standard contre Anderlecht et avec le Cercle contre le Club. J'ai eu un privilège que je garderai éternellement : être le tout premier joueur de La Louvière à soulever le trophée. C'est ça, l'avantage d'être capitaine... De Benfica, je retiens que nous sommes passés tout près d'un exploit. Vindjeu, c'est la m... (Il réfléchit longuement). Non, vraiment, c'est impossible. Ils sont complètement indissociables. La saison dernière, nous formions presque toujours le trio central défensif. Notre entente était parfaite. Je dois vraiment choisir ? C'est un scandale ! Allez, je dis Olivieri. C'est d'abord un choix sentimental. En plus d'être un grand joueur, c'est aussi un grand Monsieur. S'il avait été capable de jouer à une autre place que celle de couvreur, il aurait fait une carrière encore bien plus belle. Arts, lui, c'est peut-être le plus grand talent méconnu de Belgique. Il est peut-être passé tout près d'une carrière fabuleuse. Il a eu la malchance de ne pas pouvoir changer d'équipe à l'époque où les clubs étaient encore les maîtres du jeu des transferts. Deux publics restreints, des moyennes de 3.500 personnes avec des pointes à 5.000 pour les gros matches. Je prends les supporters du Cercle. Lors du tournoi en salle que nous avons joué tout récemment à Gand, nous avons affronté le Cercle et ils ont scandé mon nom. Ils ne m'ont pas oublié alors que je ne suis plus chez eux depuis sept ans. Entendre son nom comme ça dans un tournoi indoor qui compte pour des queues de cerises, ça fait quelque chose... Aïe aïe aïe, les deux chouchous de ma fille aînée ! Deux guerriers, chacun dans leur style. Karagiannis est plus extraverti, plus gueulard, il se bat sans arrêt pour tout et pour tout le monde. Nous nous entendions très bien et, quand La Louvière l'a écarté de l'équipe pour ne pas devoir lui offrir une prolongation de contrat, je suis monté au créneau pour lui : j'ai publiquement demandé des explications à la direction. Avec Haydock aussi, le courant passait très bien. J'ai même plus de points communs avec lui qu'avec Karagiannis. Je le choisis pour cette seule raison. Ma préférence est plus sentimentale que sportive. Sur un plan purement football, je trouve que Karagiannis a un peu plus de qualités. La faute nécessaire. Si on me cherche, je réplique, mais il est rarissime que j'entre en conflit avec un adversaire. Je connais d'ailleurs très peu de joueurs qui cherchent misère dans le dos des arbitres. La faute nécessaire, par contre, c'est un paramètre du jeu dont je suis obligé de tenir compte. S'il faut tackler sèchement pour sauver mon équipe, je n'hésite pas. Mais j'ai pris relativement peu de cartes rouges dans ma carrière. Il m'est arrivé d'être exclu trois fois en cinq semaines avec La Louvière, mais les trois fois, je n'ai pris qu'un match de suspension. Les gens de la fédération ont sûrement estimé que les arbitres concernés s'étaient obstinés à commettre des erreurs de jugement qui m'avaient pénalisé ! Après Bosman. Mais, pour moi, cet arrêt n'a pas changé grand-chose. Il m'a seulement permis de gagner un peu mieux ma vie. Je n'ai jamais joué à l'étranger (alors qu'on m'a proposé d'y gagner de deux à quatre fois plus qu'en Belgique) parce que ça ne m'intéressait pas, et je n'ai jamais été en fin de contrat. C'est pour cela que l'arrêt Bosman n'a pas vraiment changé mon destin. Suite à cette décision de justice, il y a eu quelques belles années pour la majorité des footballeurs, mais depuis deux ou trois ans, la roue tourne dans l'autre sens, avec tous ces joueurs qui se retrouvent sans club. Le Tivoli. Parfois, il y a de l'ambiance chez nous. D'accord, c'est rare, mais c'est déjà arrivé. Je pense aux matches du tour final, avec 10.000 personnes pour nous porter vers la victoire, et aux rencontres de Coupe contre le Standard et Bruges. Quand il fait beau, on peut avoir envie de venir à La Louvière pour assister à un match : le soleil est là, on a le moral, on s'installe sur un bloc de béton et on évite de penser au manque de confort. Quand il fait mauvais, par contre, il faut être fameusement courageux. Je suis persuadé qu'avec des installations convenables, nous attirerions en moyenne de 1.000 à 1.500 supporters supplémentaires. Thans. C'est un vrai leader naturel. Il a quelque chose en lui qui fait que tout le monde le suit sans poser de questions. Il ne doit même pas parler beaucoup pour qu'on ait envie de se ranger à ses idées. Camus ressemble plus à Karagiannis : un bagarreur, un homme de caractère qui parle énormément. Pfffttt... C'est un scandale. Quelle bête question ! Les deux ont des qualités et des défauts. Des points communs aussi. Par exemple, ils sont difficiles à cerner. Mais bon, je suppose qu'ils pensent la même chose des joueurs (il rit). Ils ont aussi le mérite d'avoir bien fait progresser La Louvière. La principale différence entre ces deux hommes, c'est leur relation avec les joueurs. Verbist était beaucoup plus souvent présent dans le vestiaire, plus proche de nous. C'est pour cela que je le choisis. Louf est plus distant, nous le voyons rarement. C'est d'ailleurs le principal reproche que nous lui faisons. Autre différence : autant Verbist est fonceur, autant Louf est posé et réfléchi. Dindane pour son côté imprévisible. Il est un peu moins rapide qu'Emile, mais il compense par ses dribbles. Il est capable de faire n'importe quoi avec un ballon. Emile est un rien plus physique. Mine de rien, c'est une armoire à glace. Au niveau de l'efficacité, ils se valent. Aruna rate plus d'occasions, mais il offre plus de buts à ses équipiers. Une chose est sûre : en mixant les qualités de ces deux joueurs, on aurait un des meilleurs attaquants du monde. Capitaine parce que je le suis... et parce que je n'ai jamais été un buteur. Mais ça doit être bien agréable d'être l'homme qui marque régulièrement pour son club. Oh p... Silvio Proto. Parce que je le côtoie tous les jours et évidemment parce qu'il est tout bon. Il réussit actuellement sa meilleure saison. Il a compris qu'il avait fait une grosse bêtise en cassant son contrat. Mais bon, il ne faut pas se voiler la face : ce n'était pas lui qui avait décidé de quitter La Louvière. Il était trop jeune pour prendre une décision pareille. Il avait surtout été mal conseillé, mal entouré. Depuis quelques mois, il a encore énormément progressé : en confiance, en sûreté, en un peu tout. S'il continue sur cette lancée-là, il se retrouvera d'office en équipe nationale. On sera obligé de le reprendre. Il y a d'autres bons gardiens en Belgique, mais ils ont dix ans de plus que Proto. Bodart ? Un tout grand aussi, que j'ai eu le bonheur de côtoyer au Standard. Un monument de Sclessin. Dans 50 ans, on citera encore son nom là-bas. C'est tout dire. En plus, il a fait un parcours intéressant à l'étranger, il a été international et il réussit aujourd'hui sa reconversion comme entraîneur. Leekens. Je l'ai connu au Cercle et je l'ai retrouvé quand j'ai côtoyé la crème du football belge pour la seule fois de ma vie : j'ai participé à un stage d'une semaine avec les Diables Rouges. Leekens, on l'adore ou on le déteste. Avec moi, le courant passait très bien. Il est dur avec les autres, mais avec lui-même aussi. Son sens poussé de la discipline ne plaît pas à tout le monde. Il a en tout cas suffisamment prouvé qu'il était capable de faire des résultats. C'est à nouveau le cas aujourd'hui à Mouscron. Pourquoi a-t-il échoué à Charleroi ? Sans doute parce que ce club n'a pas été capable de s'adapter à lui. Kessler était très bon aussi. Je l'ai eu comme coach en tout début de carrière, au Standard. Gaone. Un homme entier qui ne pense qu'au bien de son club. Accessible, aussi. Son seul tort, c'est de parfois déraper dans ses déclarations. Il n'arrive pas toujours à faire passer ses messages en douceur. Il est trop impulsif pour cela. Je suppose qu'il est plus réfléchi dans ses affaires que dans le football, sans quoi ses employés devraient s'inquiéter (il rit). De Jean Wauters, que j'ai eu comme président au Standard, je retiens surtout un moment marquant. En demi-finales de la Coupe de Belgique, nous avions perdu le match aller contre Liège, à domicile (0-1). En nous rendant à Rocourt pour le retour, notre bus s'est subitement arrêté. Wauters est monté à bord et nous a fait un discours qui nous a sciés. Il nous a très peu parlé de football mais a abordé ses souvenirs de prisonnier de guerre, son amour de la vie, l'affection qu'il portait au club. Nous étions émus aux larmes, on aurait entendu une mouche voler. Ses paroles nous ont terriblement marqués, nous avons gagné 1-2 et nous nous sommes ainsi qualifiés pour la finale. Tilmant, parce que je ne garde pas que de bons souvenirs de Czernia. C'est dans un contact avec lui que je me suis méchamment abîmé le genou au Standard, en début de carrière. Un contact plus que rugueux, et sur cette action, c'est surtout lui qui avait joué dur. Mon parcours aurait pu s'arrêter ce jour-là. Il s'est excusé, il n'avait évidemment pas cherché à me blesser, mais il a fallu du temps pour que la pilule passe. Je l'ai retrouvé plus tard à Ekeren. J'ai souvent joué avec lui et contre lui. J'ai énormément de respect pour ce qu'il a fait sur les terrains, mais nous n'avions guère d'affinités. Avec Fred, c'est autre chose. C'est le clubman par excellence. Il est à La Louvière depuis le début et y restera jusqu'à la fin. Il est pour ainsi dire né là et y mourra. Un mec bien, tout simplement. Pierre Danvoye" TILMANT est né à LA LOUVIèRE et il y mourra "