Une seule fois, le c£ur d'Ibrahim Kargbo a vraiment balancé : lorsque nous avons demandé au défenseur sierra leonais de choisir entre les deux Sporting : celui de Charleroi, dont il défend les intérêts depuis 2002 et l'autre, celui d'Anderlecht, où il aurait pu aboutir un an plus tôt s'il l'avait réellement voulu. Cruel dilemme quand on sait que les Bruxellois brillent d'un vif éclat en championnat tandis que les Carolos détiennent la peu glorieuse lanterne rouge.
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Une seule fois, le c£ur d'Ibrahim Kargbo a vraiment balancé : lorsque nous avons demandé au défenseur sierra leonais de choisir entre les deux Sporting : celui de Charleroi, dont il défend les intérêts depuis 2002 et l'autre, celui d'Anderlecht, où il aurait pu aboutir un an plus tôt s'il l'avait réellement voulu. Cruel dilemme quand on sait que les Bruxellois brillent d'un vif éclat en championnat tandis que les Carolos détiennent la peu glorieuse lanterne rouge. Mais pour le reste, Ibou a toujours répondu du tac au tac, sans biaiser. Comme sur le terrain, en quelque sorte. Ibrahim Kargbo : La Sierra Leone, évidemment, dont je suis originaire. Son nom lui a été donné par un explorateur portugais, Pedro de Sentra, en 1462. Il signifie la Montagne du Lion. Contrairement à d'autres nations lusophones comme l'Angola, les îles du Cap-Vert, le Mozambique, la Guinée-Bissau et Sao Tomé et Principe, la langue officielle, chez nous, est l'anglais. Mais dans la vie de tous les jours, bon nombre d'autres idiomes sont utilisés comme le Foulah, le Franca, le Krio Lingua, le Lokko, le Malinké, le Soussou, le Mende et le Temme. Je suis très attaché à la terre de mes ancêtres. A raison, car elle est magnifique. Il est dommage que la Sierra Leone ait surtout fait la une de l'actualité, ces dernières années, en raison de la guerre civile qui y a fait rage. Aujourd'hui, heureusement, la situation est moins tendue qu'en 2000. La preuve : après avoir dû livrer nos matches internationaux hors frontières pendant tout un temps, ceux-ci se disputent à nouveau dans le stade Siaka Stevens à Brookfields, l'un des quartiers de la capitale, Freetown. Freetown, pour des raisons sentimentales bien compréhensibles puisque c'est là que j'ai passé ma jeunesse. Mais le chef-lieu du Gabon, qui signifie étymologiquement la même chose, ne manque pas d'attrait non plus. Quoique Libreville, sur le plan sportif, me laisse un mauvais souvenir, puisqu'à l'occasion d'un match de qualification pour la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2004, j'ai perdu là-bas avec les Leone Stars, l'équipe nationale de mon pays, face à la sélection nationale coachée à l'époque par Michel De Wolf. Cette défaite-là aura malheureusement pesé de tout son poids dans la balance au sein d'une poule qui regroupait, en outre, la Guinée Equatoriale et le Maroc. Ce sont les Maghrébins, qui ont enlevé la palme en l'emportant 1 à 0 face à nous en mai dernier à Casablanca. C'était une rencontre un peu particulière pour Mustapha Sama et moi, en ce sens que dans la tribune se trouvait Khalid Karama, le coach adjoint de Charleroi, venu encourager ses compatriotes. J'avais parié que nous lui ferions un joli pied de nez mais il m'a fallu déchanter. Ce sont les deux prénoms musulmans les plus en vogue chez nous. Mais je présume que vous me demandez de choisir entre Mohamed Kallon, la vedette nationale qui évolue à l'Inter Milan et mon coéquipier chez les Zèbres, Mustapha Sama. Je réponds mon ami Mus sans hésiter, car c'est un compagnon de très longue date au sein des diverses formations représentatives de Sierra Leone. C'est d'ailleurs au nom de notre bonne entente que j'avais glissé son nom aux dirigeants de Charleroi lorsque j'appris qu'ils étaient en quête d'une solution de rechange pour Reza Mahdavi. Je pense que, jusqu'à présent, personne ne s'est plaint au Mambourg de ce bon tuyau car mon compatriote et ami s'est toujours montré à la hauteur de sa tâche. Toutefois, si nous avions pu bénéficier dans le même temps des services de Mohamed Kallon, jamais nous ne lutterions pour notre maintien actuellement. Car Momo, c'est un joueur extraordinaire, sans quoi il ne serait chez les Nerazzurri. Bien que ce qualificatif ne soit pas réellement d'application pour l'instant, entendu qu'il est hors-jeu suite à un contrôle positif à la nandrolone. Il a toujours clamé son innocence et je le crois. Je ne vois vraiment pas pourquoi un gars de sa trempe, qui a toujours survolé tout son monde en catégories d'âge grâce à un physique et une habileté inouïes, aurait dû avoir recours à des stimulants. C'est un mystère. Le fric. Car, qu'on le veuille ou non, c'est lui, et lui seul, qui permet de s'élever dans la hiérarchie sociale. Aujourd'hui, grâce au petit bas de laine que je me suis constitué depuis mes débuts dans le monde du football professionnel, je suis d'ores et déjà à même, à 21 ans à peine, de mener une vie paisible sur le continent qui m'a vu naître. En revanche, sans argent, j'aurais sans doute dû m'accommoder aujourd'hui de vivre au jour le jour et d'effectuer l'un ou l'autre petit boulot pour nouer quotidiennement les deux bouts. Je préfère donc le fric avec l'Afrique que l'Afrique sans le fric. Nelson Mandela, qui est indéniablement la figure la plus emblématique de l'Afrique, même si l'honneur rejaillit aussi sur le continent via le secrétaire général de l'ONU. Il n'empêche qu'au jeu des comparaisons, le premier l'emporte sans contestation possible. Je conseillerais à tout le monde de lire son autobiographie, intitulée ALong Walk to Freedom. C'est à la fois édifiant et un pur chef-d'£uvre. Mike Tyson, car c'est un surnom que je dois à mon père. Lui-même s'était essayé à la boxe dans son jeune temps. Non sans succès d'ailleurs, puisqu'il remporta plusieurs titres nationaux en catégories d'âge. Il aurait aimé que je marche sur ses traces et c'est effectivement sur un ring que j'ai fait mes débuts sportifs. Papa, dont le sobriquet était Big Boss, fut d'ailleurs mon premier entraîneur. Mais après qu'il m'eut cassé une dent, j'ai préféré changer d'orientation (il rit). C'est pourquoi j'ai opté pour le football. George Weah. Roger Milla ne manque bien sûr pas de références non plus, entendu qu'il a quand même été désigné Footballeur Africain du Vingtième Siècle. Mais son aura s'est essentiellement limitée à l'Afrique, même s'il a également épaté la galerie grâce à des exploits avec le Cameroun lors du Mondiale 90 et à la World Cup 94. Le Libérien George Weah, lui, a fait encore mieux, à mes yeux, en devenant carrément une star planétaire. L'Histoire retiendra qu'il fut le premier Africain à s'imposer dans une compétition aussi prestigieuse que le Calcio. C'est lui, sans conteste, qui a montré la voie à suivre à d'autres, comme Mohamed Kallon, précisément, ou encore son partenaire à l'Inter, Obafemi Martins. Son influence a donc été beaucoup plus vaste que celle de Roger Milla. Paul Kpaka, qui aura été mon complice pendant pas mal d'années : en sélections de jeunes de la Sierra Leone d'abord, puis à Degerfors et Osters en Suède, Feyenoord aux Pays-Bas et le RWDM en Belgique avant que nos routes ne se séparent puisqu'il fut transféré au GBA alors que moi-même j'ai pris la destination de Charleroi. Je l'ai toujours considéré à la fois comme un précieux ami ainsi qu'un excellent footballeur. Je maintiens toujours que si Molenbeek ne s'était pas séparé de lui au moment de son retour en D1 en 2001, jamais il n'aurait connu les affres que l'on sait. Paul Kpaka aura fait le bonheur du club du Kiel et je ne doute pas qu'il sera promis à un avenir tout aussi brillant à Genk à présent que sa déchirure aux ligaments croisés du genou appartient au passé. Pendant sa convalescence, un autre Africain s'est pleinement affirmé en la personne d'Aruna Dindane. Au nom de ses prestations probantes avec Anderlecht, lors du deuxième tour la saison passée, l'attaquant ivoirien s'est vu remettre à juste titre le Soulier d'Ebène. A présent, il devrait en toute logique se chausser d'or avant de se voir décerner en fin de saison le titre de Footballeur Pro de l'Année chez vous. Personne ne mérite davantage ces distinctions que lui, en tout cas. Coupe du Monde, car c'est la vitrine universelle où j'espère pouvoir me montrer un jour. Mais je mesure que l'entreprise sera difficile car la Sierra Leone n'est qu'une toute petite puissance en Afrique par rapport aux monstres sacrés que sont le Cameroun, le Sénégal et les représentants du Maghreb comme l'Egypte et le Maroc. Même si la CAN agace pas mal de monde en raison de ses implications au niveau des pros qui évoluent en Europe, je reste partisan de son organisation tous les deux ans. De la sorte, des pays en manque d'infrastructures ont la possibilité de se doter plus rapidement de stades conformes. A l'image de ce qui s'est passé au Burkina Faso en 1998 et au Mali en 2002. Depuis lors, ces nations ont vu leur cote grimper à la bourse des valeurs africaines. C'est normal car un bon outil de travail dope inévitablement la qualité du produit. Osters, où j'ai séjourné plus longtemps et où j'ai travaillé sous la coupe d'un entraîneur qui m'a beaucoup appris, même si son nom ne vous dira rien : Damar Nilsson. Un formidable formateur. Feyenoord, même si je n'y ai passé que quelques mois avant d'être prêté au RWDM. Sans cet accord de coopération entre les deux clubs, je me demande parfois où j'en serais aujourd'hui. C'est à Molenbeek que j'ai accédé à une certaine notoriété. Freddy Smets, à qui je dois mon éclosion au stade Edmond Machtens. Il m'a toujours abreuvé de bons conseils, à une exception près peut-être : lorsqu'il m'a convaincu de jurer fidélité aux Coalisés au lieu de tenter ma chance à Anderlecht. Avec le recul, ce ne fut peut-être pas la bonne option. Mais je me retrouverai dans un grand club un jour, c'est certain. Après tout, je viens à peine de franchir le cap de la vingtaine. Et mon âge est réel (il rit). Un choix cornélien. Le premier m'a lancé dans le grand bain et a dépouillé mon jeu de son aspect " prises de risques ". Avec le second, en revanche, j'ai disputé ma meilleure saison au plus haut niveau en 2001-02. A l'analyse, je pencherais plutôt de justesse pour le coach actuel du Lierse. Abbas Bayat, qui n'hésite pas à se mouiller mais aussi et surtout à se montrer alors que le président du RWDM tenait de l'homme invisible à la fin de son mandat à la rue Malis. Même si j'ai perdu beaucoup d'argent à cause de sa gestion calamiteuse, je n'ai pas pour autant la dent dure contre lui. Le passé est le passé. Seul m'importe le présent et le futur. Le FC Brussels, qui en est l'émanation et qui évolue dans les mêmes installations, au stade Edmond Machtens. Quand l'opportunité se présente, je n'hésite d'ailleurs jamais à me rendre là-bas. J'ai assisté à plusieurs matches la saison passée et cette année, j'ai répondu présent à trois reprises. Les Brussels Boys m'ont fait la fête dernièrement quand je me suis assis auprès d'eux. Je constate avec beaucoup de plaisir qu'en dépit des menaces de ne pas suivre le nouveau club, ils sont toujours là aujourd'hui, et même de plus en plus nombreux. Pour eux et pour tous ceux que le foot ne laisse pas indifférent à Molenbeek, je souhaite ardemment la montée du FC Brussels. Au train où vont les choses, c'est d'ailleurs plutôt bien parti. Je suis Zèbre lorsque je me produis avec le Sporting et Lion quand je joue avec la sélection nationale, en vertu de son appellation de Leone Stars. Mais je ne cache pas que j'aimerais qu'à l'instar des Lions, les Zèbres fassent preuve de plus de mordant. La plupart de mes coéquipiers sont beaucoup trop velléitaires et gentils sur le terrain. Dans notre situation, il faut montrer les dents. Pour se sauver, le club a besoin non pas de Lions mais de Zèbres Indomptables. Pit-bull car le mot dogue donne manifestement de l'urticaire à pas mal de Sportingmen comme j'ai déjà pu m'en rendre compte souvent. Mais j'ai quand même un petit défaut : je suis un pit-bull qui habite non loin de La Neuville (il rit). Lamine Conteh. Avec Mohamed Kallon, c'est le plus grand joueur que la Sierra Leone ait jamais produit. Dommage qu'il était aussi insaisissable dans la vie de tous les jours que sur le terrain. Un exemple qui en dit long à ce sujet : au Beerschot, où il joua jadis, en 1994-95, il fut renvoyé après un an seulement parce qu'il s'était amusé à rouler à mobylette dans son appartement. Après des échecs en Allemagne, au SV Meppen, et au Portugal, à Boavista, il a abouti au Qatar. Mais le Golfe Persique ne lui plaît guère et il a hâte de retrouver sa famille qui a à nouveau élu domicile à Anvers entre-temps. S'il revient en Belgique, j'en aviserai les responsables de Charleroi, comme je l'avais fait en ce qui concerne Mustafa Sama. Car avec sa classe insolente, Lamine Conteh est capable d'apporter énormément à un club comme le Sporting. Et il n'a jamais que 27 ans. Même si le nom fait référence aux couleurs des Zèbres, je ne bois pas de whisky. Je suis musulman et je respecte la foi à la lettre. Le mage, puisqu'il en va du sobriquet de Robert Waseige. J'ai beau ne pas encore travailler depuis longtemps sous ses ordres, je me rends compte déjà qu'il possède une dimension comme nul autre. Je pense d'ailleurs que l'appréciation est réciproque. A peine arrivé, il m'a confié qu'il m'avait toujours tenu en haute estime. Il s'est fait fort de me faire retrouver mon niveau d'antan. J'espère que ses prédictions se vérifieront. Quant aux sorciers, aux marabouts et à tous ces autres êtres dotés soi-disant de pouvoirs surnaturels, je ne crois pas en eux, tout simplement. Je sais que certains rites sont parfois d'application en Afrique avant un match. Mais chez nous, en Sierra Leone, libre à chacun d'y adhérer ou non. Et très peu y sont réceptifs. Je n'ai pas vraiment de préférence. Mais si je dois réellement opérer un choix, je dirai défenseur. Franco Baresi. C'est le plus grand. Il répondait toujours à l'attente. Ce n'est pas le cas de son héritier qui me semble plus fiable en sélection qu'à l'AC Milan. En tant que défenseur, ma préférence va au championnat d'Italie, la chasse gardée des arrières. Mais comme attaquant, je conçois aisément que l'on puisse préférer la compétition espagnole, nettement plus ouverte. Parfois l'un, parfois l'autre, au gré de mes envies. Pour le moment, je suis dans ma phase colorée. Afro-beat. Je n'ai pas besoin d'aphrodisiaques. Pas encore, du moins (il rit). Supersub à Anderlecht. Car je sais qu'il ne me faudrait pas beaucoup de temps avant de devenir titulaire au Parc Astrid. Quand je vois un garçon comme Hannu Tihinen à l'£uvre, je me dis que je n'ai pas grand-chose à lui envier. Je reste et patiente une année de plus avant de m'envoler vers d'autres horizons. J'ai horreur des comédiens mais rien ne m'horripile plus que le racisme. Ce qui me dépasse aussi, ce sont tous ces imbéciles qui sifflent les joueurs de couleur chez l'adversaire alors qu'il y a des éléments de même origine chez eux. Jean-Claude Van Cauwenberghe. Je n'aime pas trop Jean-Claude Van Damme. Dans le genre, je préfère Bruce Lee ou Jackie Chan. Mais ça, c'est une autre histoire... Bruno Govers" Mike Tyson est un SURNOM QUE JE DOIS à MON PèRE "