Restent donc 40 %...

Philippe Troussier: Nous devons nous demander si les joueurs japonais peuvent faire la différence. Les meilleurs Nippons évoluant à l'étranger ne sont que les 27e et 28e éléments de mon noyau: Nakata (Parme) ne joue pas, Nishizawa (Bolton) non plus... Sur le plan individuel, ils ne tiennent pas la comparaison avec le top mondial. Le Japon peut battre l'Italie mais aucun Japonais ne peut jouer à la Juventus. Nous devons donc miser sur l'esprit d'équipe et l'avantage du terrain. 80% de nos joueurs évoluent au Japon. Nous pouvons donc travailler 150 jours par an ensemble et non 48 heures avant chaque match. Même si nous ne sommes que 50e au classement FIFA, le résultat du match contre la Belgique sera celui d'une opération commando.
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Philippe Troussier: Nous devons nous demander si les joueurs japonais peuvent faire la différence. Les meilleurs Nippons évoluant à l'étranger ne sont que les 27e et 28e éléments de mon noyau: Nakata (Parme) ne joue pas, Nishizawa (Bolton) non plus... Sur le plan individuel, ils ne tiennent pas la comparaison avec le top mondial. Le Japon peut battre l'Italie mais aucun Japonais ne peut jouer à la Juventus. Nous devons donc miser sur l'esprit d'équipe et l'avantage du terrain. 80% de nos joueurs évoluent au Japon. Nous pouvons donc travailler 150 jours par an ensemble et non 48 heures avant chaque match. Même si nous ne sommes que 50e au classement FIFA, le résultat du match contre la Belgique sera celui d'une opération commando. Dans les 20 ans qui viennent, le Japon devrait se classer parmi les 20 meilleures formations du monde. Ce ne sera pas dû au fait que Beckenbauer, Wenger ou Vogts viennent entraîner mais au fait que des joueurs puissent signer à l'AC Milan, au PSG ou au Bayern après la Coupe du Monde. Le problème du Japon, ce n'est pas le coaching mais le vécu. Lorsque je travaillais en Afrique, un seul joueur évoluait hors du continent. Aujourd'hui, les meilleures équipes africaines sont composées exclusivement d'étrangers. Ce n'est donc pas une question d'entraînement ou de méthode, plutôt de culture du football.En retard. Le Japon et la Chine se sont affrontés à 625 reprises mais le Japon n'a jamais joué qu'une fois ou deux contre l'Allemagne. Le décalage horaire et la longueur du déplacement nous empêchent de le faire. Et vous comprenez que les Japonais rechignent à allumer leur téléviseur à quatre heures du matin pour voir un match européen. De plus, ici, le football ne se joue pas sur les parkings, ne se transpire pas dans les banlieues. ll faut avoir huit ans pour s'inscrire, louer un terrain, acheter son maillot. Bref, on ne peut pas jouer à toute heure du jour et de la nuit. Il y a 50 ans d'écart entre l'Allemagne, professionnelle depuis la fin de la guerre, et le Japon. Le déficit culturel est énorme. Tous les Européens ont une âme d'entraîneur ou de joueur. On refait le match dans les cafés. Ici, après la rencontre, on rentre chez soi comme après un film ou une pièce de théâtre et on n'en parle plus. Il n'y a pas d'héritage. Sur les corners, à l'entraînement, les joueurs me demandent pourquoi je donne des coups d'épaule. Je leur explique que, face à la Belgique, ils recevront des coups de coude et on leur sautera dessus. Je dois leur faire comprendre que cela arrive, même si c'est interdit..."On dépend de l'Europe"C'est un continent qui progressera au moment où l'Europe s'y intéressera. On peut dire que le football africain a progressé parce qu'on y a investi de l'argent, on a fait des efforts politiques et on a aménagé des terrains. Mais n'est-ce pas surtout dû à ces Africains qui ont débarqué en Europe à 14 ans, ont été nourris, soignés et bien entraînés? L'évolution du football asiatique passe par l'affirmation des individus. Si vous regardez l'entraînement du Japon ou de la Thaïlande, vous verrez que les joueurs asiatiques sont plus sérieux, plus disciplinés. On pourrait penser que cela favorise leur éclosion mais ils sont trop modestes, trop complexés. Ils n'ont pas conscience de leur potentiel et c'est un handicap. On les envoie en Réserves ou on leur donne 50 euros pour un match amical? Pas de problème. Ceux qui reviennent de l'étranger ont plus de personnalité.Le Japon aime les footballeurs, pas le football. C'est dû à l'absence de fondations et à la façon dont la presse approche le football. Pour elle, seuls quatre hommes comptent: Troussier, Nakata, Ono et Nakamuna. Nous sommes des rock stars. Je suis Johnny Halliday, pas Aimé Jacquet ou Roger Lemerre. C'est ça, le football japonais. Le public vient voir Beckham ou Zidane, pas Angleterre-Nigeria. On veut des vedettes, on ne discute pas du match. Ici, 80% des supporters sont des filles. Le foot japonais est un foot de mode. Après la Coupe du Monde, l'intérêt va retomber à 15 ou 20%, comme ce fut le cas aux Etats-Unis. Ce n'est pas mauvais car ceux qui viendront seront véritablement intéressés et pourront en parler. Bref, la Coupe du Monde, on en parle comme d'un concert de Madonna, un événement pour lequel on va inviter des copains, boire une bière et manger des cacahuètes devant la télé. C'est un événement ponctuel car, après, Beckham retournera en Angleterre.J'ai déjà écrit trois livres -des best-sellers de l'année ici-, je fais chaque jour la une des cinq tabloïds qui tirent à huit millions d'exemplaires, j'ai des contrats avec Adidas et Fuji et, si j'acceptais tout, je serais milliardaire mais je devrais passer chaque jour à la télévision. Vous comprenez donc qu'il m'est difficile de mener une vie normale. Je ne peux pratiquement pas aller au restaurant. Je suis constamment suivi par une vingtaine de journalistes. Il y en a même qui ont loué un appartement en face du mien pour m'espionner. Evidemment, je suis très bien payé, mieux que dans un club européen."Je suis toujours candidat"Je suis d'abord candidat à ma propre succession. Ou je reste coach d'équipes nationales et je deviens un Bora Milutinovic qui se dit très heureux parce que ses enfants parlent cinq langues et qu'il est devenu philosophe. Ou je me fais des cheveux blancs dans un club et je vieillis un peu plus tous les trois jours comme mon ami Arsène Wenger... Je n'ai pas encore fait mon choix. Si je devais choisir un pays pour y entraîner un club, j'opterais pour l'Angleterre. La France ne m'intéresse pas. Avec ma façon de travailler, je n'y tiendrais pas deux semaines. Je préfère encore la D3 anglaise. En Angleterre, un joueur qui est vu saoûl dans un bar à huit heures du matin a des problèmes avec la presse. Les Français, eux, n'écrivent rien mais les joueurs se plaignent de leur entraîneur auprès des journalistes et le coach est critiqué...A me voir gesticuler à l'entraînement, vous devez parfois me prendre pour un béret vert mais je ne veux pas qu'on me considère comme un militaire. Les joueurs sont bien payés et l'environnement est exigeant. Je dois donc les manipuler. Quand nous sommes battus 5-0, j'ai envie de leur dire qu'ils sont des ânes, qu'ils n'y connaissent rien et que je ne peux rien faire avec eux. Mais je dois leur dire qu'ils sont super et que, la prochaine fois, ils gagneront. Il faut parfois être acteur, leur dire que nous pouvons battre la Belgique et la Russie, que nous allons nous qualifier pour le prochain tour. Car en théorie, il n'y a même pas besoin de jouer: la Belgique est plus forte que nous. Vos joueurs évoluent à l'étranger, disputent la Ligue des Champions, prennent des coups de coude sur le corners... Nous sommes petits. Mais je veux que mes joueurs prennent confiance. Je joue sur leurs réactions, par sur leurs actions. Je leur dis que je les aime bien, qu'ils sont bons. Même s'ils ne jouent pas. Je ne m'occupe pas de leurs états d'âme. Ceux qui ne sont pas sélectionnés ne jouent pas, c'est tout. En France, on ne peut plus commander, on doit dialoguer...Mettez Capello au PSG, il restera une semaine. Van Gaal à Marseille... trois semaines, Cuper à Nantes... huit jours. Aucun entraîneur de haut niveau ne tiendrait le coup en France. On dira qu'ils ne sont pas psychologues, qu'ils ne parlent pas la langue. Lorsque je vois comment on a traité Clemente... C'est de l'archaïsme. Il avait pourtant mis le doigt sur la plaie. Les petites pédales venaient lui demander pourquoi ils ne jouaient pas et il répondait: -Parce que t'es nul. La star du PSG qui va jouer à la Juventus devient la cinquième roue de la charette et la ferme parce qu'il n'a rien à dire à l'entraîneur. Pourquoi la France est-elle devenue championne du monde, alors? Parce que les mecs ont tout appris à l'étranger. Et quand ils sont revenus en équipe nationale, ils étaient de vrais mecs. Il est vrai qu'après 30 ans, nos centres de formation portent aussi leurs fruits mais nous avons surtout réussi parce que Desailly a appris en Italie ce qu'était un corner et parce qu'Anelka a compris en Angleterre ce que voulait dire ramper. C'est donc grâce aux étrangers que nous sommes devenus champions du monde. D'ailleurs, voyez les quatre demi-finaliste de la dernière Coupe du Monde: Hollande, France, Brésil, Croatie. Tous ont des joueurs qui évoluent à l'étranger. C'est pourquoi l'Allemagne et l'Angleterre échouent. Sans généraliser: les Allemands, les Espagnols, les Anglais et les Italiens ne sont pas des joueurs qui s'exportent. Donc, ils échouent en quarts de finale. L'Angleterre fait venir des entraîneurs étrangers mais les coaches français ne sont pas forcément meilleurs que les anglais. Simplement, cela crée une ouverture. Leur approche stimule peut-être les joueurs anglais qui en ont marre des traditions. Moi, je donne l'image d'un entraîneur exotique et je dois continuer sur cette voie mais en Europe.Pour la dynamique et la confiance du groupe, il est très important d'obtenir un bon résultat. Malgré tout, ce n'est pas cela qui va nous propulser au deuxième tour. Nous devons donc essayer de gagner en tenant compte de tous les résultats du groupe H. On peut se qualifier avec trois points et être éliminés avec six. Notre objectif n'est donc pas de gagner mais de nous qualifier. Seulement, si nous nous qualifions avec trois points, les Japonais vont hurler que c'est trop peu. Et si nous sommes éliminés avec six, ils seront contents... Je vais leur expliquer que gagner ou perdre contre la Belgique ne signifiera pas que nous sommes qualifiés ou éliminés, qu'il faudra faire les comptes à la fin. Raoul De Groote,, envoyé spécial au Japon,"Ils ne savent pas qu'ils vont recevoir des coups des Diables Rouges!""Le Japon peut battre l'Italie mais aucun Japonais ne peut jouer à la Juve"