Il n'allait pas oublier ce match de sitôt. Londres fêtait le 1er mai mais au Old Den, le noyau dur de Millwall avait canalisé sa rage contre John Fashanu, le solide avant du modeste Lincoln City, qui avait mis sa défense à rude épreuve pendant nonante minutes. Des policiers avaient dû l'escorter jusqu'au bus des joueurs. Les supporters lui avaient jeté à la figure des dizaines de gobelets remplis... d'urine, tout en l'insultant. " Nigger, black bastard, we'll kill you... "
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Il n'allait pas oublier ce match de sitôt. Londres fêtait le 1er mai mais au Old Den, le noyau dur de Millwall avait canalisé sa rage contre John Fashanu, le solide avant du modeste Lincoln City, qui avait mis sa défense à rude épreuve pendant nonante minutes. Des policiers avaient dû l'escorter jusqu'au bus des joueurs. Les supporters lui avaient jeté à la figure des dizaines de gobelets remplis... d'urine, tout en l'insultant. " Nigger, black bastard, we'll kill you... " Il ne s'était pas laissé impressionner. Jamais. " J'ai vu la haine sur leurs visages mais six mois plus tard, je signais un contrat à Millwall et je devenais le chouchou de The Old Den ", a raconté Fashanu à FourFourTwo. " On me respectait parce que je jouais comme la plupart d'entre eux vivaient. Durement, vite, sans compromis, toujours droit devant. C'est là qu'on m'a donné mon premier surnom : Fash The Bash. Chouette. " Il a aussi apprécié The British Bulldog, comme il l'a reconnu à l'issue de sa carrière. C'est que son style de jeu était basé sur l'agressivité. Il était donc comme un poisson dans l'eau dans le vestiaire du Wimbledon Football Club. Après deux saisons à Millwall, il avait rejoint Wimbledon, l'été 1988. Le club avait été promu trois fois en quatre saisons et effectuait ses débuts au plus haut niveau. The Crazy Gang, une bande de footballeurs rudimentaires qui provoquaient et fauchaient leurs adversaires, ne convoitait pas le trophée du beau jeu. Une bande violente. Dennis Wise, Wally Downes et Vinnie Jones, avec Fash tout en haut de la hiérarchie. Fashanu était un dictateur dans le vestiaire. Il intimidait et bousculait ses coéquipiers et, sur le terrain, il laissait libre cours à sa passion des sports de combat, comme Lawrie Sanchez, joueur de Wimbledon de 84 à 94, en a fait l'expérience. " Nous ne nous appréciions pas et après une énième discussion, nous avons réglé le problème entre hommes. J'ai essayé de lui porter un coup à l'arrière des genoux, comme Antonio Inoki contre Mohamed Ali, mais il n'a même pas bougé. Il a frappé. Je lui ai donné un coup de poing au plexus, avec une force qui aurait démoli un cheval. Mais il est resté debout. Le combat s'est achevé sans vainqueur car Terry Burton nous a séparés ", a rappelé la ceinture noire, en souriant. C'est Sanchez qui a offert au Crazy Gang sa seule Cup en 1988, à Wembley. Liverpool-Wimbledon 0-1. Mais ce fut surtout un combat de nonante minutes. " Nous nous mettions en tête que nous étions des soldats. Et chaque samedi, à trois heures exactement, la guerre commençait. " Gary Mabbutt, capitaine de Tottenham Hotspur, a dû être évacué, avec une fracture de la pommette et de l'orbite. Il a failli perdre son oeil. À cause d'un coup de coude de Fash. " Pourquoi en faire un drame... Personne n'est mort ? " Un dur. Même envers sa mère adoptive, qui avait tenté de lui offrir de l'amour, et son frère aîné Justin, devenu en 1981, à 17 ans, le premier footballeur noir transféré pour un million de livres. En 1990, Justin, qui s'était entre autre produit pour Norwich City et Nottingham, a fait son coming-out. La réaction de John dans The Voice, un magazine afro-carabéen, a été éloquente : " Mon frère homo est un paria. " Justin a été rejeté par sa famille et le monde du football. Il a dû se contenter de petits contrats aux tréfonds du football anglais, jusqu'à son suicide en 1998. Après un ultime coup de fil à son frère. " J'ai entendu une respiration. J'étais presque sûr que c'était mon frère mais j'ai pensé : ah, le revoilà. Et j'ai raccroché. Le lendemain, on a trouvé Justin dans le garage. Pendu. J'aurais dû faire quelque chose. "