Même si Sclessin a ressemblé, une fois de plus, cet été à un aéroport où des cohortes de partants ont croisé la file de nouveaux arrivants, il y a une tendance qui se confirme: le Standard fait de plus en plus ses achats en Belgique. Il y a probablement une réalité économique derrière tout cela. Le talent étranger devient de plus en plus onéreux. Anderlecht procède souvent de la sorte et cela facilite le travail d'intégration. Avec pas mal de réussite à la clef : Jan Koller, Tomasz Radzinski, Ivica Mornar, Olivier Doll, Marc Hendrikx, Nenad Jestrovic, Yves Vanderhaeghe, et consorts, ont d'abord fourbi leurs armes dans d'autres clubs belges...
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Même si Sclessin a ressemblé, une fois de plus, cet été à un aéroport où des cohortes de partants ont croisé la file de nouveaux arrivants, il y a une tendance qui se confirme: le Standard fait de plus en plus ses achats en Belgique. Il y a probablement une réalité économique derrière tout cela. Le talent étranger devient de plus en plus onéreux. Anderlecht procède souvent de la sorte et cela facilite le travail d'intégration. Avec pas mal de réussite à la clef : Jan Koller, Tomasz Radzinski, Ivica Mornar, Olivier Doll, Marc Hendrikx, Nenad Jestrovic, Yves Vanderhaeghe, et consorts, ont d'abord fourbi leurs armes dans d'autres clubs belges... Luciano D'Onofrio a adopté la même politique, acheté trois joueurs au Lierse ( Eric Van Meir, Gonzague Vandooren et Jurgen Cavens), comme il en avait acquis deux autrefois à Charleroi ( Daniel Van Buyten et Laurent Wuillot). Ces réussites-là font réfléchir comme celles d' Ivica Dragutinovic et de Ole-Martin Aarst venus de La Gantoise. La saison passée, Sclessin fit venir une étoile croate qui mit du temps avant de trouver ses marques dans le jeu liégeois: Robert Prosinecki. Il y eut des problèmes de dialogue et de réglages tactiques entre ce médian et un groupe ne pratiquant pas le même football que lui. Michel Preud'homme rêvait d'un autre jeu mais fit le cocktail avec les ingrédients qu'il avait sous la main. Le but était de décrocher une place en Coupe d'Europe. Dès que ce fut fait, Preud'homme dévoila pour cette saison les axes d'une vision de jeu qui ne cadrait guère avec le potentiel de Robert Prosinecki. L'éternel souci du Standard revenait à la surface: trouver un inspirateur, un meneur. C'est un poste maudit sur les rives de la Meuse. Depuis la grande époque d' Arie Haan, plus personne ne s'est totalement imposé à cette place. On se souviendra de l'échec cuisant de Vladimir Petrovic, du manque de régularité de Frans Van Rooy, peu mobile et qui avait besoin d'un aspirateur à ses côtés: Thierry Pister. Depuis lors, c'est bel et bien le silence dans cette aire de jeu. Besoin de lui pour passer du 4-4-2 au 4-3-3Johan Walem a d'autres atouts que Frans Van Rooy, Vladimir Petrovic ou Robert Prosinecki. Le gars d'Ecaussinnes ne revendique pas le rôle de patron. Il n'est pas fait dans ce moule mais Preud'homme avait besoin de lui pour passer du 4-4-2 d'Ivic à son 4-3-3. Il n'a pas brusqué les choses et tout s'est tout de suite bien passé avec Johan Walem. Débarqué en droite ligne d'Udine, il donna l'impression d'avoir toujours porté la vareuse du Standard. "Et c'est ce qui est important pour un groupe comme le nôtre", explique Laurent Wuillot. "Certains pensent que Johan n'est pas un élément axial, ce qui n'est pas mon cas, ou qu'il se sent mieux légèrement à gauche. C'était également le cas de Frans Van Rooy, si je me souviens bien et personne ne le lui a jamais reproché. Le vestiaire a parfois eu des airs de tour de Babel. Ce n'est plus le cas et ce groupe a un caractère bien belge. Nous nous comprenons, alors que ce ne fut pas toujours le cas dans le passé. Prosinecki était un génie et il avait une technique hors pair. Mais il a pris l'habitude de penser pour l'équipe. Johan Walem fait penser l'équipe, ce qui est tout de même assez différent". "C'est une question de génération et d'objectifs déjà atteints ou à décrocher", continue Wuillot. "Avec sa carte de visite, Robert a tout atteint. Johan Walem a encore l'avenir devant lui. Il vient ici avec l'intention de décrocher sa place pour de bon en équipe nationale. Il ne recule pas pour mieux sauter: le Standard vaut bien Udine et le fait que nous jouons en Coupe d'Europe est important pour lui. Johan garde moins la balle dans les pieds que Prosinecki. Il connaît bien le jeu belge alors que ce n'était pas le cas de Robert. Même si ce derby voulait bien faire, il y avait un déficit de connaissance. Il est difficile de comparer deux joueurs mais le style de Johan est plus direct. Il est positif et ne fait jamais la moue. Il trouve sans cesse le bon mot ou la solution tactique en cas de problème. C'est un joueur au top de ses moyens".Quel bon usage du ballon!Quand Prosinecki débarqua au Standard, il relevait de blessure, n'avait plus joué de grands matches depuis près d'un an, militait dans un petit club en Croatie où le niveau ne cesse de chuter, fut parachuté au Standard après la campagne de préparation et ne résorba pas son retard de condition. Walem arrive en droite ligne du Calcio, a pris part à de grands matches du plus éprouvant de tous les championnats. Tout cela sans évoquer les chocs européens et la Coupe d'Italie. Autrement dit, les chances de réussite de Robert Prosinecki étaient moins élevées au départ que celles de Johan Walem de nos jours. "Quand on revient dans son pays, on a nettement moins de préoccupations immédiates qu'un footballeur étranger", affirme Wuillot. "Johan a ses bases à Ecaussinnes et sa famille l'aide bien sûr à se réinstaller en Belgique. Robert a dû dénicher un appartement, faire venir les siens et ce sont bien sûr des sujets de préoccupation. Le prestige de Johan est évident dans tout le groupe. Il aurait pu rester en Italie. Mais c'est avec nous qu'il a envie de travailler. A Skopje, on a bien vu tout ce qu'il pouvait nous apporter. Ce déplacement européen ne fut pas aussi facile que le score l'indique. Nous avons parfois vécu des moments délicats face à une équipe ayant des atouts techniques. Johan est à l'aise dans les débats de ce type. On sait qu'il fera tout de suite un bon usage de la balle. Il ne roule pas des mécaniques et je ne crois pas que ce soit nécessaire. Johan parle juste. Pas trop, mais ce qu'il faut et cela passe. Il a assez de personnalité. Le Standard a suffisamment de poids mental et de gars qui savent de quoi ils parlent. Derrière, Eric Van Meir occupe aussi un poste important et son métier nous est utile. A deux, Johan et Eric forment des piliers importants. Moi, j'ai un peu l'impression qu'ils jouent au Standard depuis la nuit des temps. Or, ils ne sont là que depuis quelques semaines. C'est la preuve que ce sont de bons transferts".Différence physiqueTactiquement, Johan Walem ne joue pas de la même façon que Robert Prosinecki. Le grand changement d'occupation du terrain permet ainsi à Ivica Dragutinovic d'occuper une position plus avancée. L'ancien Buffalo est pratiquement posté en ailier de débordement chargé de percer les lignes adverses, d'aller jusqu'au bout de son effort ou de ravitailler le finisseur de service. Dragutinovic s'entendait aussi bien avec Prosinecki que désormais avec Walem. "J'étais gagnant à tous les coups car il faut resituer chaque joueur dans le bon débat", souligne Ivica Dragutinovic. "Même s'il y a eu pas mal de départs, le Standard a passé un cap la saison passée. Ce club a franchi le mur du son en retrouvant la Coupe d'Europe. Il y avait six ans que le Standard attendait ce moment. C'est dire si on avait des complexes, des problèmes, des handicaps, des frustrations et pas mal de signes indiens à briser. Sans Robert Prosinecki, je ne sais pas si nous y serions arrivés. Son prestige nous a fait du bien dans un contexte très précis. Il fallait installer le Standard, couler des bases et c'est ce qui a été accompli. Robert Prosinecki a accompli son boulot et le Standard a retrouvé l'Europe. Cela a été fait avec ses qualités et Robert n'était évidemment pas un élément défensif. C'était pas son truc mais on ne lui demandait pas de défendre mais de nous donner ses idées offensives. C'est ce qu'il a faut même si tout ne fut pas sans cesse parfait". "Robert avait besoin de deux éléments défensifs autour de lui et c'était possible dans 4-4-2 de la saison passée", analyse Ivica Dragutinovic. "Mais le coach a évolué vers un 4-3-3 pour ce championnat et il était évident que Robert Prosinecki n'était plus de taille sur le plan physique pour occuper une place en vue dans cette organisation, Walem oui. Robert Prosinecki aborde la dernière ligne droite de sa carrière. Il peut rendre service à d'autres dans un contexte tactique qui lui convient. D'après moi, le coach a vu clair en choisissant les joueurs cadrant bien avec toutes ses idées tactiques. Le 4-3-3 est un système totalement différent et je le trouve intéressant. Robert me connaissait comme sa poche et j'ai souvent brillé grâce à lui. J'éprouve la même joie de jouer aux côtés de Johan Walem. Pour moi, il est le penseur, le meneur de jeu du Standard. Un géomètre comme à Udine. Johan Walem comprend tout, gère le jeu court à merveille mais sort souvent de bonnes balles en profondeur. Puis, il y a tout son apport sur les balles arrêtées. Johan Walem ne doit pas crier sur un terrain. Tout se fait naturellement car il a tout simplement la grande classe. Je suis persuadé que le Standard a réalisé le meilleur transfert de la saison en allant le chercher à Udine". L'ancien médian anderlechtois a également séduit par sa gentillesse au quotidien, même sa modestie et sa timidité. "La greffe s'est faite tout de suite", signale Wuillot. "Nous avons tous remarqué qu'il était fait pour le Standard. Or, porter le maillot du Standard n'est pas chose facile. Beaucoup ont échoué mais ce ne sera pas le cas de Johan".Dia 1Pierre Bilic