1 En achetant la brasserie canadienne Labatt en 1995, Interbrew est devenu propriétaire des Toronto Blue Jays, un club de base-ball de Major League Baseball américaine. Que vous a appris cette expérience ?

Les Blue Jays nous ont fait perdre des dizaines de millions de dollars chaque année. Nous voulions l'assainir. Nous avons commencé par réduire l'énorme masse salariale. Du coup, le club a été moins performant, les rentrées issues de la billetterie, du sponsoring et du merchandising ont chuté et nous avons dû tailler encore un peu plus dans les frais. La leçon ? Quand on dirige un club professionnel, il ne faut pas partir du principe qu'on va réaliser le break-even. Il faut s'appuyer sur ses ambitions sportives, établir sa gestion sur leur base et en accepter les conséquences.
...

Les Blue Jays nous ont fait perdre des dizaines de millions de dollars chaque année. Nous voulions l'assainir. Nous avons commencé par réduire l'énorme masse salariale. Du coup, le club a été moins performant, les rentrées issues de la billetterie, du sponsoring et du merchandising ont chuté et nous avons dû tailler encore un peu plus dans les frais. La leçon ? Quand on dirige un club professionnel, il ne faut pas partir du principe qu'on va réaliser le break-even. Il faut s'appuyer sur ses ambitions sportives, établir sa gestion sur leur base et en accepter les conséquences. Si Anderlecht veut être européen chaque saison et champion de Belgique tous les deux ans en moyenne, il doit oser investir dans une bonne équipe, même si ça implique des charges salariales et des frais d'encadrement élevés. La Belgique a un problème d'échelle. Une journée en D1A attire maximum 165.000 personnes et ce chiffre ne va pas augmenter de manière spectaculaire. Le sponsoring souffre du fait que peu de grandes sociétés ont conservé leur siège décisionnel en Belgique. Les droits TV ont augmenté mais il ne faut pas attendre une croissance énorme. Anderlecht veut engendrer de nouvelles rentrées par ses transferts sortants. Avant, les gros transferts étaient plutôt occasionnels. Maintenant, les clubs belges tentent d'élaborer un modèle de financement. Le club doit évidemment accepter les conséquences de ce choix : une masse salariale plus élevée et davantage de risques. Il faut être prêt à investir dans la formation des jeunes comme dans l'achat de talents sous-estimés. Nous pouvons attirer plus de supporters et de sponsors en leur offrant plus de confort mais il n'est pas nécessaire d'avoir des stades beaucoup plus grands. Anderlecht peut, certes, avoir l'utilité de nouvelles installations, mais établir un modèle d'entreprise sur une capacité supérieure, avec des plus-values marginales par siège supplémentaire, serait une bonne décision. Un nouveau stade implique toujours une nette augmentation des frais fixes, qui n'est pas nécessairement compensée par les revenus supplémentaires. On risque alors de devoir vendre des joueurs, faisant ainsi fuir les supporters. On est alors dans une spirale négative. Gand voulait un stade moderne de 20.000 personnes. Mais quand on a, comme nous, un stade confortable de plus de 25.000 places, les rentrées supplémentaires obtenues grâce à un nouveau stade ne modifient rien de fondamental. Je considère l'intérêt des investisseurs étrangers comme une marque de respect pour le championnat de Belgique. Nous obtenons un bon niveau, les jeunes joueurs progressent et nos meilleurs clubs ont atteint un bon niveau en Europe ces dernières années. Il n'est pas plus mal qu'il y ait du mouvement. Un entourage compétitif affûte tout le monde. De nouveaux investisseurs vont accroître la vigilance des clubs belges. Nous devons uniquement veiller à ce qu'il y ait un minimum de fair-play financier.PATRICK CLAERHOUT (TRENDS/TENDANCES)" On ne doit pas partir du principe qu'on va réaliser le break-even. " - Jo Van Biesbroeck