Où sont vos racines ?

Jo Joseph-Augustin : Je suis né dans une banlieue de Paris mais mes parents sont originaires de la Martinique. Nous y retournons régulièrement. Lilian Thuram et Thierry Henry ont également leurs racines là-bas, d'ailleurs.
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Jo Joseph-Augustin : Je suis né dans une banlieue de Paris mais mes parents sont originaires de la Martinique. Nous y retournons régulièrement. Lilian Thuram et Thierry Henry ont également leurs racines là-bas, d'ailleurs. Il y a des parallèles. La nourriture et la musique se ressemblent mais la mentalité est fort différente. Je suis beaucoup plus direct. Disons que c'est le style français, alors qu'ils préfèrent une ambiance plus détendue. Ils pensent plus à faire la fête. Je ne pense pas que ce soit lié à la couleur de la peau. Chaque personne issue d'un pays différent a un autre bagage culturel. Au début, Anvers et ses nombreuses cultures me paraissaient très conviviales. Je m'y sentais comme à Paris. Puis nous avons joué au Germinal Beerschot. L'ambiance était vraiment hostile et les slogans lancés à nos Africains n'étaient pas jolis à entendre. A la longue, on s'y habitue ; c'est terrible car on ne devrait jamais s'habituer à des choses pareilles. J'ai grandi dans un quartier parisien de ce genre et je peux vous l'assurer : cette agitation n'a rien à voir avec des sentiments racistes. Elle naît du mécontentement et de la situation misérable de nombreuses familles qui y habitent. Je trouve que la France a réagi positivement à ces bagarres. On ne peut excuser sa réaction. Un homme de ce statut doit être un exemple. En fait, j'ai déjà oublié cet incident. Zidane reste un Monsieur. J'ai souvent été provoqué sur le terrain mais j'ai appris à conserver mon calme et à rire de ces remarques. Les racistes sont des perdants : ils vivent avec des £illères. Mon album de famille. J'essaie de lire de temps en temps, surtout des biographies, comme celles de Lilian Thuram et de Martin Luther King. Je regarde beaucoup la télévision et j'écoute de la musique. Des chansons exotiques de Martinique mais aussi du rap français et même du jazz. Depuis quelques mois s'y ajoutent des leçons d'anglais. Cela dépend de celui qui m'appelle : je les ai personnalisées. Quand c'est Sanny, mon amie, j'entends une chanson de rap français. Mon fils est né avec des problèmes cardiaques. On l'a opéré à six jours, sans succès. En effet, son décès a été un coup très dur. Sanny et moi avons beaucoup dialogué et nous avons décidé que la vie continuait. Ce coup m'a conféré la force de me battre. Nous avons un regard différent sur la vie depuis lors. Après avoir traversé pareille épreuve, vous savourez encore plus chaque instant de bonheur. Mes amis m'ont beaucoup aidé mais maintenant encore, ce thème reste tabou. Nous l'évitons. Je suis chrétien pratiquant et je continue à croire en Dieu, oui. Cette perte a été terrible mais il a déjà apporté beaucoup de bonheur dans ma vie. En novembre, Sanny et moi attendons la naissance d'une petite fille. MATTHIAS STOCKMANS