A 20 jours du printemps, mars a réservé une sacrée salve de neige au nouveau coach de l'équipe nationale. René Vandereycken se serait évidemment bien passé de ce feu d'artifices d'applaudissements blancs afin d'examiner la tenue de ses troupes.
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A 20 jours du printemps, mars a réservé une sacrée salve de neige au nouveau coach de l'équipe nationale. René Vandereycken se serait évidemment bien passé de ce feu d'artifices d'applaudissements blancs afin d'examiner la tenue de ses troupes. A cette époque de l'année, une soirée au Grand-Duché de Luxembourg se passe plus souvent au coin du feu que dans un stade. Avec le recul, n'aurait-il pas été plus sage, mais plus onéreux, de prendre la direction d'un pays ensoleillé ? Si le football belge veut redresser la tête, l'heure est à l'investissement, que ce soit dans le staff qui prendra place autour du coach fédéral ou dans le planning de l'équipe nationale. On ne fait pas fortune en gardant son portefeuille sous un traversin. Les voyages forment la jeunesse mais cela coûte cher. Et alors ? Les leçons auraient été plus nombreuses, plus profondes sous des cieux plus favorables qu'au terme de cette rencontre qui restera pourtant gravée, à jamais, dans l'histoire du football belge. Pas pour le brio des Diables Rouges ou la qualité de leurs buts. Pour la première fois depuis le 1er mai 1904, date des débuts des Diables Rouges sur la scène internationale (Belgique-France : 3-3), un match de l'équipe nationale a été interrompu en raison des conditions météorologiques. La grande histoire rappelle qu'une autre rencontre des Diables Rouges fut interrompue pour d'autres raisons. Le 2 septembre 1920, lors de la finale des Jeux Olympiques, à Anvers, l'équipe tchécoslovaque contesta la validité du deuxième but belge, signé par Henri Larnoe du Beerschot (30e minute), et quitta définitivement le terrain à la 39e minute. Après 65 minutes de jeu, à Luxembourg, il devint impossible, même dangereux, de jouer plus longtemps. Alors, ce séjour chez nos amis grand-ducaux vaudra-t-il surtout pour le séminaire de quatre jours d'un nouveau groupe ? Probablement. 48 heures avant le match, Onder Turaci apporta une réponse négative à l'Union Belge : il préférait se consacrer à la Turquie. L'ancien Standardman y vit sur une autre planète, s'est imposé à Fenerbahçe et jouit de l'estime de Fatih Terim, le fantasque entraîneur national turc dont la démission a été refusée le 31 janvier. Il n'a probablement pas oublié le sort qu' Aimé Anthuenis lui réserva naguère en propulsant Antony Vanden Borre en équipe nationale. L'Anderlechtois n'avait joué que quelques minutes en D1 alors qu'Onder, titulaire en équipe nationale Espoirs, occupait la pole position pour décrocher le poste d'arrière droit parmi les Diables Rouges. Ce fut un solide camouflet. Turaci n'avait pas confiance et redoutait d'être une fois de plus la cinquième roue de la charrette. De plus, il y avait la possibilité de défendre un jour le prestige sportif du pays de ses parents. Vandereycken n'en fit pas tout un plat et la décision d'Onder ne troubla en rien la vie du groupe. En ce qui concerne les absences, celles de Vincent Kompany (opéré à l'épaule) et de Daniel Van Buyten (blessé) étaient plus gênantes. Ce sont quand même des certitudes en défense. Au stade Josy Barthel, la Belgique déploya d'abord son équipe en 3-5-2. Une tendance se dégageait pour l'avenir : quand ce sera nécessaire, le coach fédéral prendra ses précautions. Thomas Vermaelen a réussi des débuts intéressants. " Je le suis attentivement et, à l'Ajax, il ne cesse de progresser ", avance Vandereycken. " Mardi, il m'avait parlé de sa nervosité avant ses débuts parmi les Diables. C'est tout à fait normal, évidemment. Mais dès que le coup d'envoi fut donné, Thomas a joué calmement : c'est le signe de sa classe. Tout paraît si simple et naturel avec lui. La qualité de sa performance ne m'a pas du tout étonné ". Pourtant, tout ne fut pas rose en défense. Si Philippe Léonard fut très à l'aise balle au pied, on ne peut pas en dire autant de Philippe Clement. Le Luxembourg força même rapidement trois corners. Silvio Proto a dû être très attentif sur l'un ou l'autre ballon chaud. Y avait-il un problème d'automatismes dans le trio central défensif ? Le coach belge n'était pas du tout de cet avis : " Ils ont eu tort de se positionner trop près l'un de l'autre. Dans cette conception, il faut écarter les positionnements. Ce qui s'est progressivement fait " Il suffit d'imaginer ce que ce triangle défensif central pourrait donner avec Vermaelen-Van Buyten-Kompany. La ligne médiane fut placée sous le commandement du capitaine Timmy Simons. S'il fut crédité d'un bon match, ce secteur ne brilla pas par une grosse présence technique. Les idées n'y furent pas géniales. Les balles furent souvent mal calibrées dans l'axe et ont donné naissance à trop de hors-jeu. L'équipe pencha fameusement à gauche. Mbo Mpenza a semblé égaré dans cette position d'officier de liaison des attaquants. Il était perdu entre les avants et l'obligation de reprendre sa place au centre du terrain avec un £il sur le flanc droit des Diables Rouges, Gill Swerts, qui cherchait du soutien. Mbo est quand même plus un attaquant qu'un médian. Il a besoin d'espace. L'absence de Thomas Buffel dans cette zone s'est faite sentir. Le Belge d'Ecosse est resté sur le banc et n'est pas monté au jeu car il souffrait du genou : Vandereycken a préféré ne pas prendre le moindre petit risque avec ce feu follet. Bart Goor a tenté de varier le jeu mais se sent probablement plus à l'aise près de la ligne extérieure. " Swerts a été mis sous pression mais s'est repris au fil de la première mi-temps ", égrène Vandereycken. " Au niveau de la ligne médiane, j'ai demandé à Mpenza et Goor de trouver le plus souvent possible Luigi Pieroni et Kevin Vandenbergh. Cela ne s'est pas toujours fait. Luigi s'est parfois retrouvé en position hors-jeu. Il était animé par un gros désir de bien faire et a cherché sans cesse la profondeur. Un attaquant ne doit pas toujours décrocher dans le jeu. Il a rempli sa mission, tout comme Kevin qui a marqué le premier et fut à deux doigts de doubler son capital avant le repos ". Ce duo offensif est intéressant et complémentaire en attendant le retour en forme d' Emile. Il reste à espérer que Kevin retrouvera ses galons de titulaire à Genk car son séjour sur le banc des Limbourgeois est incompréhensible. Cette sélection apportera de l'eau à son moulin et compliquera encore un peu plus ses relations avec Hugo Broos. Pieroni a eu la joie de marquer son premier but en équipe nationale. Le gars d'Auxerre avait fini par implorer tous les saints du ciel de lui donner un coup de pouce. Est-ce le déclic ? Il faut l'espérer. Dans ses grandes man£uvres, René Vandereycken fit monter cinq joueurs après le repos : Stein Huysegems, Wesley Sonck, Geert De Vlieger, Gaby Mudingayi, Vanden Borre. La neige compliqua leur tâche mais leur apport fut très net dans un contexte tactique différent, proche d'un 4-4-2. A droite, Vanden Borre fut actif, décisif, saignant. En quelques minutes, il a imposé sa présence. Swerts n'a pas encore cette facilité et devra patienter longtemps dans la roue de Vanden Borre. L'Anderlechtois ne devrait pas tarder à être une certitude. Sonck avait beaucoup d'essence dans son réservoir. En vingt minutes de jeu, dans un rôle de médian offensif, il a multiplié les relais et les bonnes passes en profondeur. L'arbitre autrichien, Thomas Einwaller, arrêta les frais à la 65e minute. " En deuxième mi-temps, notre jeu fut plus riche, varié et direct ", souligne Vandereycken. " C'est un peu paradoxal mais, sur un terrain difficile, la Belgique a mieux joué durant ce laps de temps qu'en première mi-temps. Plus il y avait de neige, mieux nous jouions. Le Luxembourg a présenté une équipe bien organisée. Leurs joueurs étaient frais en première mi-temps. Je suppose que la fatigue et notre changement tactique leur ont posé des problèmes après la pause ". Il n'en reste pas moins regrettable de ne pas avoir assisté à un vrai match. Vandereycken avait encore la possibilité de remplacer un joueur. Il aurait été intéressant de voir Karel Geraerts dans un rôle de médian adorant mettre le nez à la fenêtre. Vandereycken a entamé son règne par un succès. En ces temps de disette et de crise du football belge, c'est toujours une bonne nouvelle. Le nouveau coach fédéral s'est montré ouvert au dialogue avec la presse. Il est très à l'aide dans son costume de boss des Diables Rouges. Alors que les affaires se répandent comme le virus du chikungunya à la Réunion, de jeunes gars nous offrent un antidote pour lutter contre la fièvre jaune et autres moustiques corrompus. Vermaelen était évidemment le plus entouré de la nouvelle garde jeune belge à Luxembourg et Simons lui a offert le petit drapeau que les capitaines s'échangent en début de match. Beau geste de reconnaissance d'un talent déjà plus que naissant. " Je me suis contenté d'accomplir mon boulot ", a-t-il dit. " Pour mes débuts, j'ai été reçu à bras ouverts par tout le groupe. Cela m'a permis de jouer sereinement. A l'Ajax, je suis arrière central gauche. Il n'y a pas eu de problème d'adaptation en équipe nationale. J'ai essayé de jouer comme je le fais à Amsterdam. En Hollande, un arrière construit. Je me suis évertué à rester bien concentré, ce qui n'est jamais facile sur un terrain aussi difficile. En deuxième mi-temps, on ne voyait presque plus rien. Il devenait de plus en plus difficile de jouer. J'espère que ce sera le départ d'une longue carrière en équipe nationale. Cela dépend de moi. Il s'agit d'être constant maintenant. Je ne peux pas me contenter de ce seul bon match. On me reconnaîtra aussi en rue en Belgique, comme c'est le cas en Hollande. Mais il y a bien plus important : réussir ma carrière. " A deux pas de lui, Gaby Mundigayi regrettait le mauvais tour joué par la neige. Il n'aura dansé que 20 minutes sur la piste du stade Josy Barthel. Ce n'était pas énorme mais pour lui c'était une récompense, un signe de reconnaissance des progrès réalisés à la Lazio. Rome ne s'est pas fait en un jour non plus. René Vandereycken le sait bien. PIERRE BILIC