Les similitudes ne manquent point entre eux: Moumouni Dagano (20 ans) et Lamine Traoré (19 ans) sont originaires tous deux du Burkina Faso. Ils présentent également les mêmes qualités athlétiques: 186 centimètres sous la toise et 82 kilos pour le premier, contre 184 et 76 pour son compère. Mais là s'arrêtent les comparaisons.
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Les similitudes ne manquent point entre eux: Moumouni Dagano (20 ans) et Lamine Traoré (19 ans) sont originaires tous deux du Burkina Faso. Ils présentent également les mêmes qualités athlétiques: 186 centimètres sous la toise et 82 kilos pour le premier, contre 184 et 76 pour son compère. Mais là s'arrêtent les comparaisons.Moumou, buteur patenté du RC Genk aujourd'hui après avoir fourbi ses armes à l'Etoile Filante de Ouagadougou d'abord puis au GBA, attend toujours la consécration suprême en équipe nationale, tandis que Lam, lui, qui est un pion majeur des Etalons, présente la particularité de ne jamais avoir joué en formation de club, dans son pays, et qu'il est loin, aussi, de jouir d'un statut de titulaire, de nos jours, à Anderlecht. Vous connaissiez-vous avant d'aboutir chez nous au cours de l'année 2000?Lamine Traoré: Durant mes années d'adolescence à Toigan, la ville dont je suis originaire, à 21O kilomètres de notre capitale, Ouagadougou, j'avais entendu parler d'un jeune footballeur, qui faisait fureur au Stella Club d'Abidjan: c'était Moumou qui avait fait ses classes en Côte d'Ivoire avant de défendre les couleurs du porte-drapeau du football burkinabé à Ouaga'. Dans la mesure où toutes les activités concernant le ballon rond étaient essentiellement centralisées là-bas, et que je n'avais guère eu l'occasion, jusqu'alors, de quitter ma cité natale, il va de soi que nos routes ne s'étaient jamais croisées. Moumouni Dagano: Au même titre que les parents d'Aruna Dindane, qui étaient, à l'origine, burkinabés eux aussi, mon père et ma mère avaient pris très tôt le chemin de la Côte d'Ivoire, avec l'espoir d'y trouver des conditions de vie meilleures que chez nous. C'est grâce à cet exil que, dès 6 ans, j'avais joué au football au Stella, l'un des grands clubs de la capitale ivoirienne, avec l'ASEC et le Stade. A 17 ans, l'occasion me fut donnée de jouer en équipe Première à l'Etoile Filante de Ouagadougou et je n'ai pas voulu louper l'aubaine de m'illustrer au sein du club-phare de notre pays. Traoré: Je n'ai pas eu cette chance. Jusqu'à l'âge de 16 ans, j'ai dû me contenter de défendre les intérêts de l'équipe représentative de mon lycée, à Toigan. C'est à cette occasion que j'ai été repéré par Planète Champion, une organisation qui regroupait les meilleurs jeunes joueurs burkinabés. J'ai aussitôt été incorporé dans ce groupement, disputant dès lors bon nombre de matches à travers la nation. Et j'ai très vite abouti en sélection, où il y avait une place à prendre au poste de back droit. Aussi, sans avoir jamais porté les couleurs d'un seul club, je n'en comptabilisais pas moins neuf sélections, déjà, au moment où je fus transféré, à l'image de mon compatriote Ousseni Zongo, à Anderlecht. Testés tous les deux à Anderlecht!Contrairement à Moumouni Dagano, qui a suivi un cheminement classique, vous avez atterri au Sporting sans véritable vécu footballistique. Cette absence explique-t-elle pourquoi, par rapport à lui, vous n'avez pas encore percé en Belgique?Traoré: Sans vouloir minimiser les mérites du GBA et du Racing Genk, je crois quand même pouvoir dire que le RSCA se situe un cran au-dessus en matière de niveau de difficulté. A mon échelon, je dois composer avec la concurrence de Glen De Boeck, Olivier Doll, Aleksandar Ilic, voire même de Bertrand Crasson et Manu Pirard si l'on veut bien tenir compte du fait qu'avant d'être reconverti en stoppeur à Bruxelles, j'ai toujours officié comme back droit. Ces noms témoignent de l'ampleur de ma tâche. En outre, j'ai brûlé certaines étapes dans ma carrière, puisque je suis passé sans transition des Cadets en équipe nationale puis dans un club haut de gamme comme le Sporting. Il me paraît logique que je n'en sois pas au même stade que Moumou dont l'écolage a été progressif. Mais il n'empêche que je ne regrette rien. Vous-même, Moumouni Dagano, aviez refusé, jadis, de parapher une affiliation au Parc Astrid, sous prétexte que le niveau y était trop élevé?Dagano: Mon manager, Paul Courant, m'en avait dissuadé. Connaissant bien la maison, pour y avoir travaillé, il s'était rendu compte qu'après plusieurs essais -une demi-douzaine si mes souvenirs sont exacts-, je n'avais toujours pas fait l'unanimité autour de mes qualités. Dès lors, au lieu de me voir végéter en Réserves ou chez les Espoirs, il me persuada de tenter l'aventure dans un entourage moins prestigieux. Et c'est ainsi que j'ai établi mes quartiers au GBA. Sans regret. Ousseni Zongo et vous-même aviez eu la baraka d'être recrutés d'emblée. En revanche, Dagano aura dû multiplier les essais...Dagano: C'est vrai que j'ai effectué pas mal de tests, çà et là, avant de convaincre enfin les responsables du GBA. Jamais, toutefois, je n'ai cédé au découragement. Après avoir été éconduit à La Gantoise, je me souviens avoir dit à un Courant, franchement navré, que le club qui allait me faire confiance ne s'en mordrait pas les doigts. Au GBA, Dagano manquait de réalismeAu départ, pourtant, votre acclimatation fut très laborieuse au GBA.Dagano: J'étais d'emblée partie prenante au sein du onze de base mais j'éprouvais, hélas, toutes les peines du monde à concrétiser les occasions que mes coéquipiers ou moi-même forgeaient. Si j'avais réellement converti toutes les opportunités qui s'étaient offertes à moi, au cours du premier tour surtout, le titre de meilleur réalisateur m'aurait sans conteste échu au lieu d'être réservé à Tomasz Radzinski. Au fil du temps, j'ai gagné en réalisme, heureusement. Le véritable tournant, ce fut sans doute le match des quarts de finale de la Coupe de Belgique, contre Anderlecht, précisément, en janvier passé. Ce soir-là, nous l'avions emporté 3 à 0 et j'avais eu le bonheur d'inscrire deux des trois buts. Du coup, j'étais lancé. Au moment de ces faits, vous-même, Lamine Traoré, n'aviez pas encore disputé la moindre bribe de rencontre avec le Sporting puisque votre baptême du feu n'eut lieu qu'un mois plus tard, à l'occasion de la rencontre de championnat au Sporting de Charleroi.Traoré: Olivier Doll s'était blessé peu avant la mi-temps et, contre toute attente, je fus invité à le relayer. Pour une entrée en matière, j'aurais assurément pu rêver d'un contexte plus idéal. Quelques jours plus tôt, je m'étais blessé au nez à l'entraînement et cette blessure avait nécessité la fixation d'un masque de protection. De surcroît, un tapis de neige recouvrait la pelouse du Mambourg. Inutile de dire que ces conditions étaient spéciales, pour moi. Malgré tout, je pense avoir parfaitement tiré mon épingle du jeu. Il est vrai que l'opposant n'était pas des plus inspirés, puisque nous avions gagné 0-4. Vous semblez chaque fois être appelé à jouer dans des circonstances très particulières. Votre deuxième présence en équipe-fanion du Sporting eut lieu cette saison, à l'occasion d'Anderlecht-Real Madrid...Traoré: Ce n'était aucunement un cadeau, j'en conviens. D'une part, parce que j'avais la périlleuse mission de devoir museler, dans ma zone, l'un des deux avants de pointe madrilènes, Raul ou Guti. De plus, Aimé Anthuenis, s'était prononcé cette fois-là en faveur d'un système de jeu encore guère expérimenté jusque-là: un 5-3-2. Il n'en fallait pas plus pour que j'aborde cette rencontre de manière très crispée. Pendant un quart d'heure, j'ai eu les pires difficultés à trouver mes marques. Bizarrement, c'est à 0-2 que je me suis enfin apaisé. Comme il n'y avait strictement rien à faire face à une phalange pareille, je me suis libéré. Je pense avoir continué sur cette lancée lors du déplacement à l'AS Rome, même si ma responsabilité était quelque peu engagée sur le but égalisateur de Marco Delvecchio. Une incertitude pesante pour TraoréDepuis lors, on ne vous a plus jamais vu en action sur le terrain. Parfois, vous n'étiez pas même repris sur la feuille de match?Traoré: Cette incertitude, c'est peut-être ce qui pèse le plus à Anderlecht. Car après avoir tâté de la Ligue des Champions, comme moi, je m'étais fait automatiquement la réflexion que j'avais marqué des points précieux quant à mon futur immédiat en équipe Première. A la place, je suis forcé de constater qu'au lieu de m'en rapprocher, je m'en suis éloigné. A l'analyse, je remarque que je ne suis pas le seul, d'ailleurs, à avoir fait l'objet d'une telle mesure. Yasin Karaca aussi, qui avait fait des débuts autoritaires, fut rétrogradé sans autre forme de procès. Peut-être est-ce là, de la part du staff technique, une manière de nous faire sentir que nous ne sommes pas encore arrivés. Le coach principal et son adjoint observent le mutisme le plus profond à ce sujet. C'est dommage, car il y a des moments où un joueur souhaiterait savoir à quoi s'en tenir. Je ne cache pas que j'aimerais un peu plus de considération. Je déplore, par exemple, de ne pas encore avoir d'armoire à mon nom dans le vestiaire. Voilà deux ans que je suis repris régulièrement dans l'effectif mais cette réalité-là ne s'est jamais traduite par une révision de mon statut. Pourtant, des casiers sont prévus pour ceux qui s'ajoutent au groupe en cours de saison. Je ne cache pas que j'aurais aimé bénéficier du même traitement que les autres. J'en suis toujours réduit à devoir m'habiller et me rhabiller ailleurs. Dans une certaine mesure, c'est frustrant. Dagano: Après Anderlecht-Real, mon premier souci fut de téléphoner à Lam afin de le féliciter pour son match. A mon grand étonnement, j'étais le premier à le faire. C'est quand même incroyable qu'une personne étrangère au club ait été la première à lui jeter des fleurs. On présume que vous ne manquez pas de soutien au Racing?Dagano: C'est peut-être incroyable à dire, mais je suis le deuxième meilleur buteur de Genk... et la considération était plus grande, pour moi, au GBA. Là-bas, tout le monde se pliait en quatre pour me donner des bons ballons. Ici, mes goals sont trop souvent la résultante d'actions individuelles. Il est heureux que mon physique me permette à la fois de traverser un mur et de trouer les filets adverses, car ce n'est sûrement pas suite à des mouvements rondement menés que j'ai eu l'occasion d'augmenter mon capital-buts. Dans les combinaisons, je suis moins à mon affaire qu'au GBA, c'est sûr. Un garçon comme Marc Degryse me manque. Même si j'espère aboutir un jour à une même entente avec Wesley Sonck. Moumou se complique la vie devant le butN'est-il pas paradoxal que Moumouni Dagano, le danger des défenses en Belgique, n'ait pas rang de titulaire en équipe nationale du Burkina Faso, alors que Lamine Traoré qui n'a pour ainsi dire pas l'occasion de se mettre en valeur à Anderlecht, en est une valeur sûre?Traoré: C'est le contexte. Au back droit, je suis la seule certitude chez les Etalons alors qu'aux avant-postes, Moumou doit faire face à de sérieux concurrents comme Mamadou Zongo, qui évolue à Vitesse Arnhem, Ousmane Sanou, à Willem II ou encore Oumar Barro, à Bröndby. Mais, vu son évolution, il ne fait pas de doute que Moumou sera le leader d'attaque des Etalons lors de la Coupe d'Afrique des Nations au Mali, en début d'année prochaine. Il s'est complètement épanoui en un an. Dès qu'il aura appris à faire preuve de plus de sang-froid devant le gardien adverse, il sera un tout grand, comparable à George Weah. Dagano: Dans des situations homme contre homme face au keeper adverse, j'ai tendance à me compliquer la vie. Pour le moment, j'ai pris l'habitude de marquer les buts les plus difficiles mais à galvauder aussi les occasions les plus aisées. Le Soulier d'Ebène, vous y songez?Traoré: Personnellement, je n'ai pas la moindre chance, en ce sens que je ne joue que de manière épisodique. Mais après avoir fait partie des nominés, la saison passée, je crois que Moumou est parfaitement capable de remporter le trophée cette saison. Surtout s'il continue à carburer de la même manière. Dagano: Je serais déjà heureux de faire partie des cinq élus car la concurrence sera une nouvelle fois très rude avec le Brugeois Nzelo Lembi, l'Anderlechtois Aruna Dindane et les Lokerenois Sambegou Bangoura et Patrick Zoundi. Mais quelle que soit l'issue de ce referendum, une chose est sûre: il débouchera sur un beau vainqueur (il rit). Bruno Govers