Les voeux mettent parfois du temps à s'exaucer. Ceux de Bruno Venanzi ne datent en tout cas pas d'hier. Dès le mitan de l'année 2015, alors qu'il succède à Roland Duchâtelet à la tête de son club de coeur, le nouveau président des Rouches glisse dans son discours une promesse aux allures électorales : " Je veux renforcer et développer l'Académie. Nous n'avons pas été champions avec Witsel et Fellaini par hasard. C'est quand le talent des joueurs est au service d'un club, d'un projet, d'une ambition, et pas uniquement de leur carrière, qu'il se développe. "
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Les voeux mettent parfois du temps à s'exaucer. Ceux de Bruno Venanzi ne datent en tout cas pas d'hier. Dès le mitan de l'année 2015, alors qu'il succède à Roland Duchâtelet à la tête de son club de coeur, le nouveau président des Rouches glisse dans son discours une promesse aux allures électorales : " Je veux renforcer et développer l'Académie. Nous n'avons pas été champions avec Witsel et Fellaini par hasard. C'est quand le talent des joueurs est au service d'un club, d'un projet, d'une ambition, et pas uniquement de leur carrière, qu'il se développe. " Supporter avant d'être président, l'homme fort de Lampiris rêve alors d'imiter les succès des années Lucien D'Onofrio : " Il faut donner leur chance aux jeunes, former des nouveaux Witsel. Les possibilités sont présentes ", dit-il encore. La réalité lui revient très vite en plein visage quand la prometteuse génération 1999 voit ses éléments les plus prometteurs quitter les hauteurs de la Principauté, pour se disperser aux quatre coins de l'Europe : Thibaud Verlinden s'envole pour Stoke City, Adrien Bongiovanni pose ses valises sur le Rocher monégasque, et Zinho Vanheusden opte pour la Lombardie teintée de bleu et noir pour poursuivre sa formation. À l'Académie, l'heure est alors à la remise en question. Cinq ans plus tard, Zinho Vanheusden est le seul du trio de surdoués de 99 à s'être fait un nom. Pendant que Bongiovanni cherche du temps de jeu en D2 néerlandaise et que Verlinden a dû être prêté à Bolton, en D3 anglaise, pour enfin accumuler des minutes l'an dernier, le défenseur central est revenu chez les Rouches et devenu Diable rouge. Étincelant contre Bruges, le capitaine du Standard partage l'affiche avec Michel-Ange Balikwisha, teenager placé dans les pattes de Brandon Mechele par le flair tactique de Philippe Montanier, et Arnaud Bodart, décisif sur une tête de Noa Lang en début de seconde période pour maintenir ses troupes dans le match. Un peu plus effacé qu'à l'accoutumée, Nicolas Raskin complète néanmoins une colonne vertébrale aux joues roses et au sang rouche. Encore plus que Vanheusden, le pitbull de Waremme est un symbole : c'est lui qui, au printemps 2007, avait présenté au gratin liégeois les ciseaux permettant de couper le ruban pour inaugurer l'Académie flambant neuve. Ensemble, ils représentent une jeunesse liégeoise revenue au premier plan au moment où on ne l'attendait plus. Bruno Venanzi part de loin, et les premiers mois chahutés de son équipe fanion, secouée jusqu'à la lanterne rouge, ne lui permettent pas de se concentrer autant qu'il l'aurait espéré sur la destinée de son Académie, tout juste décapitée des plus grands talents de sa meilleure génération. Sur les hauteurs de Liège, l'influence des agents est alors à son paroxysme. Exercée par Dudu Dahan sous le règne de Duchâtelet, qui amène la mise sous contrat et l'intégration au groupe pro des frères Samy et Ryan Mmaee, pourtant loin d'être prêts pour ce niveau de compétition, elle passe ensuite entre les mains de Christophe Henrotay, associé de la première heure de Venanzi, qui met la main, avec l'aide de Daniel Van Buyten, sur certains talents liégeois. " Pour obtenir un bon contrat, il fallait être dans le bon réseau ", racontera plus tard Christophe Dessy, alors directeur désenchanté de la formation rouche. À l'époque, les dents grincent particulièrement fort quand Landry Dimata, jamais utilisé à Sclessin, explose à l'autre bout du pays, sous les ordres d' Yves Vanderhaeghe et le maillot d'Ostende. Avant de prendre le temps de mettre un coup de pied dans la fourmilière, quand il demandera à Pierre Locht de faire un audit interne au bout de l'année 2017, le président agit alors par " coups ", pour tenter de redorer le prestige de l'institution. Il fait une affaire personnelle de la signature d' Evangelos Patoulidis, talent alors installé à Neerpede où tout le monde n'est pas unanime sur sa réussite future, et délie les cordons de la bourse pour mettre sous contrat le virevoltant Anaxis Dinsifwa, envoyé en stage hivernal avec les pros dès le mois de janvier 2017, quand il n'a encore que quinze ans (et aujourd'hui sans contrat). " Il y a sûrement eu une réaction de panique de la direction, et le manque de structure et de stabilité a été exploité par des personnes extérieures au club ", analysait à ce sujet Pierre Locht, aujourd'hui cheville ouvrière du renouveau de la formation liégeoise. Pas de quoi faire faiblir l'espoir de Venanzi. Au Cercle de Wallonie, qui l'invite à prendre la parole au printemps de cette même année 2017, il fixe l'échéance de 2020 pour atteindre de nouveaux objectifs : " 35% des joueurs du noyau pro devront être directement issus de l'Académie, pour 21% aujourd'hui. Et 50% de l'effectif pro devra rassembler des éléments ayant passé deux ans à l'Académie. " Les chiffres sont gourmands, mais l'intention est bien présente. Elle se confirme en coulisses, où Venanzi tente à plusieurs reprises de rapatrier Raskin en bords de Meuse, et est un grand partisan du deal ficelé par Olivier Renard pour obtenir le retour de Vanheusden à Liège. Surtout concentré sur le redressement du noyau A, et la quête d'une première qualification de l'ère Venanzi pour les play-offs 1, Ricardo Sa Pinto ne trouve pas le temps de s'intéresser en profondeur aux talents de l'Académie. À son arrivée, Michel Preud'homme affiche par contre des ambitions qui dépassent le cadre de son vestiaire. La volonté est de restructurer le club en profondeur, et la tâche est confiée à son bras droit, Emilio Ferrera, de s'atteler à une refonte de la formation liégeoise. Méticuleux, le Bruxellois généralise son 4-2-2-2 à tout le football à onze de la jeunesse rouche, mais est congédié du staff professionnel au bout de sa première saison en bords de Meuse, en même temps qu'une partie de ses idées, qui ne restent appliquées que partiellement à Liège. Le regard général du club n'est, malgré tout, pas encore assez tourné vers son centre de formation pour que le public en retrouve déjà les fruits sur la pelouse. Dès son arrivée, Preud'homme jongle avec ses casquettes et se heurte à Olivier Renard quand il veut enregistrer l'arrivée de Lior Refaelov à Sclessin. Le directeur du recrutement s'y oppose, et s'en explique : " Si tu ne fais pas confiance à un jeune qui explose tout à l'entraînement, alors ferme l'Académie et ne prends que des joueurs de 34 ans. " L'ancien gardien de but fait référence à l'éclosion de Moussa Djenepo, déjà entrevue sous Sa Pinto, et qui offrira une coquette somme aux comptes liégeois quelques mois plus tard, quand il prendra la direction de Southampton. L'histoire ne sert pourtant pas de leçon. Au sein d'un mercato d'été 2019 gargantuesque, Michel Preud'homme oublie visiblement un Dimitri Lavalée que le Standard surveillait pourtant de près, au bout d'un prêt prometteur à Maastricht, et fait venir Noë Dussenne pour renforcer le secteur de la défense centrale, avant de s'étonner que Lavalée choisisse, quelques mois plus tard, de prendre la route de l'Allemagne après quelques dépannages réussis sous le maillot rouche. Il faut attendre le pas de côté du tout-puissant coach et directeur sportif pour que le Standard, en mal de ressources financières pour reproduire les folies de l'été précédent, se décide finalement à changer de cap. La nouvelle philosophie part-elle d'un imprévu ? C'est en tout cas le niveau insuffisant et inattendu de Vanja Milinkovic-Savic, géant choisi par MPH pour s'installer à la garde des portes de l'Enfer, qui propulse Arnaud Bodart entre les perches du Standard et sonne le réveil de la jeunesse locale. Pur produit du club, le dernier rempart saisit cette chance non planifiée des deux gants, et devient à la fois une référence du championnat et une inspiration pour ses dirigeants. " On a réussi l'année passée avec Arnaud Bodart, et on va continuer dans cette voie-là, parce que les jeunes arrivent ", annonce ainsi Bruno Venanzi à ses supporters dans la vidéo postée le 18 mai dernier, en plein confinement. " Petit à petit, et ça a pris du temps, on arrive à nouveau à sortir des jeunes de l'Académie. Et ça, c'est vraiment le core business du Standard. Sur les quatre ou cinq dernières années, on a réussi à garder nos jeunes les plus talentueux et à construire de belles équipes. Il faut maintenant que ces bons joueurs puissent arriver dans le noyau A. " Présenté - pas toujours à raison - comme l'homme-clé derrière les éclosions d' Antoine Griezmann et d' Ousmane Dembélé lors de son arrivée en Principauté, Philippe Montanier doit accompagner ce nouveau mouvement de club. Le Français confirme la tendance dès la préparation, menée avec de nombreux jeunes au sein du noyau, et n'attend pas longtemps avant d'en lancer certains dans le grand bain. Timidement utilisé par Preud'homme, Nicolas Raskin devient rapidement le patron du milieu de terrain, tandis que Michel-Ange Balikwisha, Abdoul Tapsoba ou Damjan Pavlovic reçoivent également leur chance sous le maillot liégeois. Le signe d'un renouveau, amorcé malgré une génération qui est loin d'être considérée comme la plus talentueuse de l'Académie. Le meilleur serait-il encore à venir ? Le Standard se prépare en tout cas du mieux possible pour aborder ce virage qui doit relier la route du centre de formation à celle du noyau pro. Tout juste retraité, Réginal Goreux est le visage de la refonte de l'Académie, qui opère sa mue jusqu'à son nom pour se rebaptiser " SL16 Football Campus " au bout du mois de juillet dernier. Dans une salle de presse rebaptisée en l'honneur de Robert-Louis Dreyfus, l'ancien défenseur des Rouches annonce la couleur de ses nouvelles fonctions : " Je suis persuadé que le Standard de 2008 ne serait plus champion aujourd'hui, parce que le football a beaucoup changé. L'aspect physique, notamment, est devenu primordial. On doit se construire une nouvelle identité, en accord avec les valeurs du Standard. La base, c'est la mentalité. Le public du Standard, il te pardonne toujours tes erreurs tant que tu te donnes à fond. " Concrètement, l'ex-international haïtien milite pour que les séances d'entraînement des U21 se déroulent en même temps que celles des pros, pour qu'un jeune puisse être amené à intégrer le groupe des seniors en cours de séance, en cas de nécessité. Il insiste également sur l'importance du développement physique dans la palette du footballeur, en travaillant parfois de manière individualisée avec les jeunes en post-formation pour leur faire comprendre qu'être un professionnel implique aujourd'hui d'être, à la fois mentalement et physiquement, un athlète de haut niveau. Autour de lui, le centre de formation du Standard développe son professionnalisme, affiné sur le plan technologique et scientifique, grâce notamment à une collaboration avec l'université voisine pour analyser les compétences mobilisées par un joueur quand il développe ses capacités tactiques, par exemple. Le club se tourne résolument vers le futur, en ayant bien compris que son pouvoir d'attraction pouvait lui éviter des dépenses conséquentes sur le marché des transferts. Et puis, surtout, lui rapporter gros. Car au pays où les plus-values sur le mercato font la loi bien plus qu'ailleurs sur la réussite des clubs de football, un joueur formé au club, qui explose sous ses couleurs et les fait briller sur le terrain avant de faire reluire leur compte en banque, reste le rêve de tous les bastions footballistiques du pays. Et comme tous les supporters, Bruno Venanzi reste un grand rêveur.