Il y a deux ans, Gilbert Bodart (41 ans) a planté un arbre qui deviendra tôt ou tard, comme le suggèrent ses débuts à Visé et son brio à Ostende, un baobab dans la jungle des entraîneurs.
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Il y a deux ans, Gilbert Bodart (41 ans) a planté un arbre qui deviendra tôt ou tard, comme le suggèrent ses débuts à Visé et son brio à Ostende, un baobab dans la jungle des entraîneurs. Sa carrière de joueur fut aussi belle que le majestueux jardin de sa propriété à Verlaine. Tilleuls, noisetiers, peupliers et sapins, magnifiquement toilettés, attendent déjà l'été. Gilbert Bodart refuse d'abattre un vieux cerisier presque désincarné mais dont la sève nourrit de nouvelles branches. " Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir ", dit-il. Les pelouses sont bien plus belles que celle, navrante, de Bruges que le jardinier aurait oublié de tondre, selon les propos de Gert Verheyen. Est-ce normal avant un match de cette importance ? Ou n'était-ce pas un moyen d'avantager le jeu physique, spécialité brugeoise, par rapport au style plus technique des Liégeois ? Almani Moreira ne manqua pas de souligner ce problème. Mais ce n'était évidemment qu'un détail et le Standard a perdu son dernier match au sommet de la saison pour une collection d'autres raisons qui gondolèrent totalement son jeu. Gilbert Bodart : Ces deux forfaits ont dû compliquer considérablement la tâche de Dominique D'Onofrio. Roberto Bisconti est désormais un des meilleurs médians défensifs de l'élite. Il n'est pas û enfin ! û devenu Diable Rouge pour rien. Il récupère beaucoup de ballons chauds et approvisionne tout le monde, surtout Almani Moreira. Sans lui, le petit artiste portugais est passé à côté de son sujet et ne fut épisodiquement présent qu'en seconde mi-temps. La défense ne disposait plus de son brise-lames habituel et s'est cherchée, surtout dans son axe central. Ivica Dragutinovic est un leader qui réveille sans cesse ses équipiers. Ces deux absences ont eu un impact mais ne suffisent tout de même pas à expliquer la première mi-temps placée sous le signe de l'absence de tonus, de volonté, de hargne et de présence dans les duels en ce qui concerne les Liégeois. Ils devaient savoir que Bruges leur imposerait une bataille dans les airs et des duels individuels très athlétiques. Au lieu de bomber le torse et d'être présents, ils se sont effacés, surtout après le but brugeois qui avait, pour moi, un petit goût de hors-jeu, car au moment de la passe décisive de Philippe Clement, il n'y avait plus personne entre Rune Lange et la ligne de but. Bruges jouait sur le velours tandis que le Standard était tétanisé, assommé, ne gagnait pas de duels, se cherchait. On ne gagne pas un match en ne s'engageant pas. Bruges était infiniment plus agressif et récupérait chaque fois ce qu'on appelle la deuxième balle après un duel. Le Standard est tombé dans le piège tendu par Bruges. Trond Sollied voulait que les Liégeois oublient leur ligne médiane, procèdent par de longs ballons axiaux : c'est exactement ce qu'ils ont fait avant la pause. Ces balles de 60 mètres représentaient autant de cadeaux pour la défense flandrienne. Emile Mpenza n'a pas hérité, de la part de sa ligne médiane, d'une bonne passe en profondeur et au ras du sol. Le milieu de terrain ne combinait pas. Or, je rappelle que c'est en jouant au football que le Standard avait écrasé Anderlecht à Bruxelles et Bruges à Sclessin. Bruges déteste affronter des équipes techniques. Bordeaux l'a prouvé en l'éliminant en Coupe de l'UEFA. Quand Bruges n'impose pas un débat physique, son groupe souffre. Le Standard l'a oublié. De plus, Jonathan Blondel s'est profilé à son avantage dans la ligne médiane et a gagné, nettement, la bataille de la construction par rapport à Almani Moreira. Il y avait beaucoup de choses à mettre au point au repos car Bruges était confortablement installé dans un fauteuil et a achevé la première mi-temps sans cartes jaunes, ce qui prouve que le Standard ne l'a jamais mis sous pression. Oui, et c'était normal. Bruges pouvait attendre, spéculer sur un contre, mais n'allait certainement pas baisser sa garde. Dès lors, il était logique que le Standard, obligé de gagner, mette enfin le nez à la fenêtre. Je ne comprends pas qu'on ne se réveille qu'au repos d'une telle affiche. Mais ne fut-ce pas déjà le cas une semaine plus tôt face à Heusden-Zolder ? Je rappelle qu'il a fallu attendre la 39e minute de jeu à Bruges avant qu'Emile Mpenza ne tente une reprise aérienne du plat du pied, trop faible pour inquiéter Dany Verlinden. Le Standard a mis le pied et colonisé petit à petit le centre de la pelouse. C'était enfin un match d'hommes. Il y a eu des coups francs dangereux, une occasion pour Alexandros Kaklamanos, une autre pour Juan Ramon Curbelo. Dany Verlinden, qui a été à deux doigts de couper Juan Ramon Curbelo en deux, a eu plus de travail que son vis-à-vis liégeois. Compte tenu de ces occasions, le Standard méritait le nul et l'aurait obtenu s'il avait entamé le match comme il l'a terminé. Les Rouches peuvent nourrir des regrets mais Bruges, pourtant moins doué globalement sur le plan technique, a imposé sa loi par sa force mentale, son expérience, son travail et son arsenal athlétique. Ces arguments font aussi partie du football. Mais, cela dit, ce n'est évidemment pas à Bruges que le Standard a égaré son billet pour la Ligue des Champions. Au virage de la trêve hivernale, Bruges comptait une douzaine de points de retard. Les Liégeois ont gaspillé stupidement un paquet d'unités en réalisant un chapelet de matches nuls. Ils ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes et pourraient regretter longtemps d'avoir ainsi raté la montre en or. C'était le moment ou jamais de se qualifier pour la Ligue des Champions. Cela leur aurait donné un coup d'accélérateur dans leur désir, légitime, de retrouver leur aura et d'approfondir leur vision du jeu. Au lieu de cela, le Standard devra repartir à zéro la saison prochaine car si la Coupe de l'UEFA est un beau prix, ce n'est pas la Ligue des Champions. Les Brugeois ont réalisé leur objectif mais, malgré tout, leur jeu est trop stéréotypé avec de forts accents physiques. C'est un choix mais si on compare les lignes respectives, Bruges a moins de talent que le Standard. Bengt Saeternes et Rune Lange ne valent pas le duo Emile Mpenza-Alexandros Kaklamanos. Mais les deux Nordiques compensent leur infériorité technique par une grosse masse de travail. A Bruges, Andrés Mendoza reste sur le banc alors qu'il dispose d'un talent fou : cela prouve que ce groupe cherche d'abord à obtenir une supériorité athlétique et a opté pour le power football. Ce sera à Jonathan Blondel d'enrichir ce jeu et il peut devenir le nouveau Marc Degryse. L'ancien Mouscronnois doit réussir sans quoi le jeu brugeois sera de moins en moins frivole. Par ailleurs, la ligne arrière du Standard est plus complète que celle de Bruges. Timmy Simons a signé de bonnes interventions mais je suis persuadé que c'est un grand médian défensif, pas un super arrière central. Surtout pas si la ligne défensive joue à plat. Timmy Simons ne couvre pas bien et n'est pas aussi rapide qu'on le dit. Il ne joue pas assez à l'élastique, ne décroche pas au bon moment pour couvrir. Il serait le libero indiqué dans une version avec deux stoppers. En équipe nationale, face à la Turquie, on a désigné Olivier Deschacht du doigt mais où était Timmy Simons sur les premier et troisième buts adverses ? Il ne couvrait personne et n'a pas coupé la trajectoire du buteur turc. C'est un médian, pas un patron de défense. Avec son noyau, le Standard aurait dû mener la vie dure à Anderlecht et pas terminer sa saison en bataillant avec Bruges. Au bout du compte, c'est Bruges qui est deuxième. Pour le Standard, c'est une déception et un échec vu les potentialités du noyau. Le football, c'est aussi la volonté : dans le chef du Standard, elle n'était pas suffisamment forte à Bruges. La différence est évidente sans pour autant dire que c'est une D1 à deux vitesses. S'il y a eu une supériorité, elle a émané d'Anderlecht. Hugo Broos a livré du bon boulot, inscrit son groupe dans la régularité, réussi de bonnes choses en Ligue des Champions, lancé des jeunes comme Vincent Kompany et Anthony Vanden Borre. Par contre, je comprends moins le débat autour du poste de gardien de but. Tristan Peersman a de l'avenir mais Daniel Zitka est de loin le meilleur keeper de la D1. Le Tchèque a tout : présence, classe, vitesse, jeu au pied, sorties aériennes et au sol. Il retrouvera vite sa place de titulaire la saison prochaine. Même si la machine a éternué à l'une ou l'autre reprise, notamment lors de la cinglante défaite à domicile face au Standard, il n'y a jamais eu photo entre Anderlecht et les autres. Les trois grands ont émergé mais cela ne signifie pas que les autres n'ont pas réalisé de choses très intéressantes. J'ai souvent été épaté par Beveren qui a apporté des touches fraîches, artistiques, offensives, intéressantes à la D1, même si les joueurs craquent souvent physiquement et nerveusement en fin de match. On verra ce que cela donnera en finale de la Coupe de Belgique. A mon avis, Beveren pourrait aussi étonner en Coupe de l'UEFA. J'ai été favorablement impressionné par Westerlo qui joue bien au football sans se poser de questions. Je reconnais tout à fait la griffe de Jan Ceulemans. Mouscron a épaté et ne m'a quasiment jamais déçu malgré une fin de saison moins spitante. Georges Leekens a bien travaillé, une fois de plus, et Luigi Pieroni est la grande révélation offensive de la saison. Je l'avais connu en D2 la saison passée. Puis, je l'ai retrouvé en matches amicaux cette saison avec Ostende. Sa progression est fabuleuse. La D2 est un magnifique réservoir de bons joueurs. C'est le cas à Ostende où milite notamment le meilleur gaucher de Belgique : Mehdi Makhloufi. Non, il n'y en a pas un comme lui en D1. En bas de classement, Mons s'en sort en grande partie grâce à un joueur : Wamberto. Si Marc Grosjean avait pu compter sur lui, il n'aurait pas été défenestré. Heusden-Zolder m'a agréablement surpris. C'était une équipe moyenne en D2. Peter Balette prône un bon football. C'est important car si cette équipe chute en D2, elle le fera avec un acquis positif. Elle aura appris quelque chose, ce qui n'est pas le cas des équipes qui bétonnent et descendent quand même. Charleroi fait tout et n'importe quoi cette saison, bouffe sans cesse ses coaches, brille puis est médiocre. Ce groupe commet parfois des erreurs qu'on ne voit même pas en Provinciales. Pierre Bilic" TIMMY SIMONS est un grand médian défensif, PAS UN SUPER ARRIèRE CENTRAL "" Saeternes et Lange NE VALENT PAS LE DUO MPENZA- KAKLAMANOS "