Deux avocats belges ont assumé un rôle historique dans l'histoire du football : Maîtres Jean-Louis Dupont et Luc Misson. Suite au célèbre arrêt Bosman, rendu le 15 décembre 1995, à Luxembourg par la Cour européenne de justice, et qui a étayé leur thèse, les joueurs en fin de contrat sont libres.
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Deux avocats belges ont assumé un rôle historique dans l'histoire du football : Maîtres Jean-Louis Dupont et Luc Misson. Suite au célèbre arrêt Bosman, rendu le 15 décembre 1995, à Luxembourg par la Cour européenne de justice, et qui a étayé leur thèse, les joueurs en fin de contrat sont libres. Depuis, le football professionnel a beaucoup changé et vit à l'heure de la mondialisation. Les intérêts des clubs et des joueurs sont de plus en plus importants, surtout financièrement. Le football professionnel est devenu un secteur économique à part entière avec des obligations plus pointues qu'avant en ce qui concerne les dossiers juridiques, financiers, sportifs, médicaux, fiscaux, pénaux, droits de télévision et d'images, procès de sportifs accusés de dopage, etc. Les clubs et les joueurs et leurs agents consultent de plus en plus souvent juristes et avocats car des carrières et des investissements sont en jeu. Les avocats sont visiblement plus nombreux autour des joueurs et des clubs de football. Si Cédric Roussel joue désormais à Genk, il le doit à Jean-Louis Dupont. Ce dernier débloqua la situation en évoquant le principe de la " juste cause sportive ". Roussel avait acquis un nouveau statut en Belgique et Wolverhampton, avec lequel il était toujours sous contrat, fut clair : il devait revenir mais ne jouerait pas pour le club dans l'attente d'un rachat très onéreux. Les Wolves bloquaient abusivement Roussel dans sa progression sportive, une faille que Jean-Louis Dupont exploita avec brio. Derrière le succès de l'homme de lois se cachait cependant un sombre conflit de managers : Daniel Striani, agent FIFA, avait récupéré le joueur, toujours sous contrat chez l'autre agent Roger Henrotay, avant de s'adresser à Maître Jean-Louis Dupont pour le dossier juridique. Beau procès en perspective entre Daniel Striani et Roger Henrotay... Cette montée en puissance des avocats entraînera-t-elle une diminution du nombre des agents de joueurs, de toute façon trop nombreux en Belgique ? Se marchent-ils sur les pieds ? Sont-ils en situation de concurrence ou de complémentarité. Une grosse quarantaine d'agents, belges ou étrangers, reconnus par la FIFA, travaillent en Belgique. D'autres, comme Pietro Allatta, à Mons, le font sans licence ce qui est formellement interdit par la fédération mondiale et peut entraîner, en cas de plainte, des amendes à l'égard du club. Le règlement de la FIFA prévoit, en effet, qu'un joueur ne peut être conseillé, au moment de la signature d'un contrat, que par un agent qualifié, un parent proche ou un avocat. D'aucuns souhaitent une mise à plat de ces problèmes, d'autres n'en voient pas du tout la nécessité en estimant que chacun, agent ou avocat, doit assumer son rôle avec à la clef l'émergence des meilleurs juristes et managers de joueurs. Jean-Louis Dupont : L'affaire Bosman a été un point de rupture. Pas parce que le droit et les avocats sont apparus à ce moment-là dans le sport. Pour la première fois, l'absolue primauté de l'ordre juridique étatique a été affirmé de manière transnationale sur ce que certains considéraient comme l'ordre juridique sportif. Avant cela, les avocats étaient déjà présents depuis longtemps dans les clubs et aux côtés des joueurs. Quand Johan Cruijff est arrivé à Barcelone, il s'y est présenté avec ses conseillers juridiques qui se penchèrent sur un contrat faisant 35 pages. On n'a pas inventé la roue lors de l'affaire Bosman. Les clubs sont des entreprises et ont toujours eu des conseils ou des avocats parmi leurs collaborateurs. C'est indispensable afin d'examiner des tas de dossiers propres à la vie d'un club. Il était cependant moins habituel de voir des avocats aux côtés des joueurs. Cela s'est généralisé même si l'avocat conserve, à mon sens, un rôle curatif et non pas de prévention. Quand il faut opérer en urgence, moins pour un rôle de surveillance générale de la carrière d'un joueur. La prévention entre en ligne de compte pour un nombre limité de joueurs dont la valeur économique, le plus souvent liée à la valeur sportive, le justifie. Ces joueurs ont des agents qui ont des conseils à demeure ou extérieurs qui gèrent l'ensemble des problèmes de contrat. En Angleterre des sociétés, comme celle qui défend les intérêts de Wayne Rooney, sont cotées en Bourse et travaillent au quotidien avec des avocats. Quand un joueur a pu remettre de l'ordre dans un dossier grâce à l'apport d'un avocat, il aura par la suite plus rapidement le réflexe de demander à ce conseiller de faire de la prévention : l'assister lors de la négociation juridique de son contrat. A part quelques exceptions en Italie, les avocats ne sont pas équipés pour savoir quel est le prix d'un joueur sur le marché à un moment donné. Ce n'est pas leur rôle. Mais vérifier si le contrat de travail a été rédigé en bonne et due forme bien. Après l'arrêt Bosman, il y a eu une multitude de gens se prétendant managers de joueurs. Les vrais agents ont commencé à marquer leurs différences en entourant mieux leurs clients. Je ne suis pas choqué quand un avocat s'adresse directement au directeur ou au président d'un club au nom d'un footballeur. Certains joueurs ont été échaudés par un agent ou un club et ils veulent éviter se revivre cela. Dès lors, ils demandent souvent à leur avocat d'y voir clair. Le but n'est pas de remplacer un agent mais, souvent, d'éviter à un client de tomber dans des micmacs qui n'ont pas lieu d'être. Il s'agit souvent d'un éclaircissement d'une situation donnée. C'est une illusion d'optique d'estimer que l'avocat est très présent dans le monde du sport. Au contraire, les juristes y sont moins présents que dans l'énorme majorité des autres secteurs de la vie économique. Mais le football, par exemple, constitue une énorme caisse de résonance. Leurs interventions sont parfois, ou souvent, médiatisées. De plus, mais cela change, l'avocat a longtemps été considéré comme l'empêcheur de tourner en rond. Les problèmes qui n'étaient pas apparents sont désormais traités. Les relations sont plus complexes. Le volume économique augmente. La société en général est plus compliquée et les gens consultent plus les avocats qu'avant : il en va de même pour les sportifs professionnels. A l'heure actuelle, il y a des centaines de joueurs au chômage et les salaires baissent partout. Il est faux de dire que c'est une conséquence de l'affaire Bosman. Le jeu social entre l'employeur et l'employé, le joueur, est en train de se mettre en place dans le monde du football. On assistera encore à pas mal d'évolutions. L'erreur de certains clubs est d'avoir arrêté leur formation, tout en offrant de gros contrats à long terme à trop de joueurs : ce sont les clubs, personne d'autre, qui ont fait exploser les masses salariales. La formation a été relancée ailleurs avec une production, sans précédent, de footballeurs professionnels de qualité. Non. Ce sont l'offre et la demande sur le marché des transferts û et pas l'arrêt Bosman û qui ont généré une diminution des salaires. Dans le monde, il y a deux usines à rêve : Hollywood et la Ligue des Champions. Ces deux usines vendent dans le monde entier. Tout grand acteur européen rêve de s'impose à Hollywood. Les stars du football ont une priorité : la Ligue des Champions. Les clubs sont de grands studios réservés au football professionnel et la différence avec le sport de masse, de loisirs, ou même semi-professionnel est désormais de plus en plus nette. Cela n'entraîne pas de déficit d'identité des grands clubs. Chaque entité a ses traditions. Le Barça ne pourrait pas fonctionner sans quelques joueurs catalans. Le Real n'a pas besoin de vedettes castillanes car sa zone de recrutement, c'est au minimum l'Espagne. A Marseille, les spectateurs s'identifient et se reconnaissent en Daniel Van Buyten. La mondialisation du football coïncide avec la globalisation du monde des affaires et la suppression de la clause des nationalités. Le joueur est plus libre mais il ne faut pas confondre liberté et sécurité. La liberté est même le parfait contraire de la sécurité. Libre, c'est assumer sa vie et on peut se faire avoir si on ne se gère pas avec sérieux et prudence. Avant, le cadre était tellement rigide qu'il y avait moins d'excès en bien ou en mal. Moins de joueurs réussissaient des parcours comparables à ceux d'aujourd'hui. Pour s'assumer dans le contexte actuel, le sportif professionnel doit être conseillé avant de signer un contrat, de prendre des décisions importantes : un avocat est alors très utile pour éviter d'éventuels problèmes ultérieurs. Pierre Bilic" L'avocat conserve, à mon sens, un rôle curatif et non pas de prévention "