MA VILLE

" Bien avant la crise des migrants qui a éclaté ici, j'avais déjà grandi au milieu des réfugiés. Il est logique que de nombreux réfugiés optent pour la Finlande, un pays particulièrement sûr qui ne compte que 5,5 millions d'habitants. J'habitais à Turku, la troisième ville du pays située tout au sud, avec mes parents et ma soeur. On possédait une maison dans un quartier résidentiel. Les écoles de notre quartier étaient fréquentées à 50 % par des enfants finlandais et à 50 % par des enfants d'autres pays, qui parlaient cependant tous le finnois. Cette multiculturalité nous a permis d'organiser des matches de football mémorables. Les enfants d'émigrés témoignent d'une mentalité de vainqueur exceptionnelle.
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" Bien avant la crise des migrants qui a éclaté ici, j'avais déjà grandi au milieu des réfugiés. Il est logique que de nombreux réfugiés optent pour la Finlande, un pays particulièrement sûr qui ne compte que 5,5 millions d'habitants. J'habitais à Turku, la troisième ville du pays située tout au sud, avec mes parents et ma soeur. On possédait une maison dans un quartier résidentiel. Les écoles de notre quartier étaient fréquentées à 50 % par des enfants finlandais et à 50 % par des enfants d'autres pays, qui parlaient cependant tous le finnois. Cette multiculturalité nous a permis d'organiser des matches de football mémorables. Les enfants d'émigrés témoignent d'une mentalité de vainqueur exceptionnelle. En Finlande aussi, certaines personnes n'apprécient pas trop cet afflux de réfugiés - elles trouvaient parfois que le quartier où on habitait n'était pas très fréquentable - mais personnellement, je trouvais cet échange fantastique. Les réfugiés et nous, on s'aidait mutuellement et c'était un enrichissement pour notre culture. Je pense que la plupart des Finlandais partagent mon point de vue : nous sommes des gens sociables. Nous sommes aussi un peuple un peu complexé. En sport, ça peut être un handicap. On nous reproche d'être trop gentil et pas assez arrogant. " " Nous, les Finlandais, ne mangeons pas de pain blanc. Lorsque des compatriotes viennent me rendre visite, je leur demande de remplir leur valise de pain de seigle. Mon congélateur en est plein (il rit). On y tartine un produit typiquement finlandais : le maksamakkara, de la saucisse de foie. " " Pendant huit ans, jusqu'à mes 14 ans, j'ai joué au hockey sur glace, dans le club du TPS Turku, le même que celui où j'ai joué au foot. Le hockey sur glace est le sport n°1 en Finlande. On fait partie du Top 5 mondial. En Finlande, le TPS Turku fait partie des trois meilleurs clubs du pays. Les matches de l'équipe Première se disputent souvent dans une patinoire comble. Il y a jusqu'à 12.000 personnes dans l'arène. Mais, pour autant, l'ambiance est rarement folle. Le tempérament calme des Finlandais prend le dessus. C'est très différent, ici à Genk, où les fans deviennent parfois fous. " " Lorsque j'étais enfant, je parcourais parfois 1.200 kilomètres en voiture avec la famille pour me rendre tout au nord, près du cercle polaire. On louait une petite cabane et on partait en randonnée dans la nature, chaussés de skis. Ça me manque beaucoup. Beaucoup de Finlandais du sud n'aiment pas trop l'extrême-nord, car il fait souvent jusqu'à -20°C, mais moi, j'adore. Ma technique de ski était très bonne, j'étais capable d'avancer très rapidement, mais je préférais prendre mon temps et profiter de la nature. Il arrivait aussi qu'on croise un renne. Un moment de pur émerveillement. La viande de renne est d'ailleurs succulente, soit dit en passant. " (il rit) " Lorsque les Finlandais doivent choisir leur héros en matière de football, un nom surgit instantanément : JariLitmanen. Même lorsqu'il jouait avec l'équipe nationale à 38 ans, il était encore le meilleur sur le terrain. Parfois, il réalisait des gestes incroyables. Il lisait le jeu de manière exceptionnelle et sa touche de balle était phénoménale. Je regrette de n'avoir jamais eu l'occasion de jouer avec lui. " " Lorsque j'ai commandé un café pour la première fois à Genk, j'ai été très surpris de constater qu'un verre de bière ne coûtait pas plus cher qu'un verre d'eau. Lorsqu'on observe les gens à la terrasse d'un bistrot, tout le monde, ou presque, a un verre de bière à la main. Pas en Finlande : chez nous, la bière et le vin sont horriblement chers. Les gens ne consomment de l'alcool que lorsqu'ils fêtent un événement. Mais pas quand on va manger un bout avec des copains. À la maison, pour accompagner le repas du soir, on boit un verre d'eau ou de lait. Par contre, lorsque les Finlandais boivent, ils y vont à fond : jusqu'à ce qu'ils ne tiennent plus debout. " KRISTOF DE RYCK