Deux boules de cuir et boxe, boxe. En 1954, le jeune Cassius Clay est loin d'imaginer que sa vie ne sera pas du tout comparable à celle de ses copains de Louisville, dans l'Etat du Kentucky où il a vu le jour le 17 janvier 1942. A 12 ans, il se rend au commissariat de police de son quartier pour déclarer le vol de sa bicyclette. L'agent qui note sa déposition, Joe Martin, s'occupe d'un petit club de boxe. Il conseille à Cassius de croiser les gants, pour le plaisir, avec les ados de sa salle. Et cette graine de champion devient vite une célébrité sportive. Le bougre gagne tous les tournois et le directeur de son établissement lance un jour : " Cassius Clay est la chance de célébrité de cette école ". C'est prémonitoire mais l'enseignant est loin d'imaginer que cet élève puncheur marquera l'histoire du noble art et des Etats-Unis.
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Deux boules de cuir et boxe, boxe. En 1954, le jeune Cassius Clay est loin d'imaginer que sa vie ne sera pas du tout comparable à celle de ses copains de Louisville, dans l'Etat du Kentucky où il a vu le jour le 17 janvier 1942. A 12 ans, il se rend au commissariat de police de son quartier pour déclarer le vol de sa bicyclette. L'agent qui note sa déposition, Joe Martin, s'occupe d'un petit club de boxe. Il conseille à Cassius de croiser les gants, pour le plaisir, avec les ados de sa salle. Et cette graine de champion devient vite une célébrité sportive. Le bougre gagne tous les tournois et le directeur de son établissement lance un jour : " Cassius Clay est la chance de célébrité de cette école ". C'est prémonitoire mais l'enseignant est loin d'imaginer que cet élève puncheur marquera l'histoire du noble art et des Etats-Unis. C'est à coups de poings que les Noirs s'élèvent dans la société. En 1908, Jack Johnson est le premier boxeur couleur ébène sacré maître mondial de la catégorie reine contre Tommy Burns à Brisbane en Australie. Aux yeux des racistes, c'est un désastre. Johnson défend plusieurs fois son titre, notamment contre Jim Jeffries, le 4 juillet 1910, jour de l'Independance Day, à Reno dans le Nevada. Pour les Noirs, c'est un triomphe : ils existent, ils gagnent, ils avancent. En 1937, venu de La Fayette, en Alabama, l'immense Joe Louis est le deuxième maître du monde noir en poids lourds. L'Amérique blanche s'identifie même à ce champion qui se joue de l'Allemand Max Schmelling, adulé par les Nazis qui règnent sur l'Allemagne. Clay est leur digne successeur et son combat pour la véritable émancipation du peuple noir devient un des fils rouges de sa carrière et de sa vie. En 1959, il approche le manager Angelo Dundee, de passage à Louisville, et lui dit : " Je vais gagner la médaille d'or aux Jeux Olympiques de Rome l'an prochain ". Douze mois plus tard, en finale des poids mi-lourds, il réduit le Polonais Zbiegnew Pietrykowski au silence. Dundee n'en croit pas ses yeux : le jeune gars de Louisville a tenu parole avant de jeter sa médaille dans le fleuve Ohio car on avait refusé de le servir dans un restaurant à cause de sa couleur de peau. Premier combat professionnel en 1960. Il épate, brille, esquive comme personne ne l'a jamais fait, s'appuie sur un jeu de jambes sidérant, feinte à merveille, danse sur le ring et autour de ses adversaires surpris par sa vitesse et ses mains le long du corps. On n'a jamais vu cela. Son manager n'a plus rien à dire, c'est son poulain qui parle avant son premier combat pour le titre mondial des lourds en 1964 : " Sonny Liston est vilain et je suis beau, donc je dois gagner contre le Gros Ours ". Clay remet des couches à l'approche de ce combat, insulte son adversaire, crie sa haine des Blancs, prône la religion musulmane, etc. Liston ne quitte pas son coin à l'appel du septième round. La boxe change d'époque. Le vaincu obtient une belle. Cela ne sert à rien : le crack est sur sa planète. Il est inatteignable et le répète : " I'm the greatest ". Il se convertit ensuite à la religion islamique, adopte la cause des Black Muslims et change son nom : il devient d'abord Cassius X (en hommage au leader Malcolm X) puis Muhammad Ali. Cette icône se mue en ambassadeur de la communauté noire américaine, est reçue par des leaders politiques étrangers. Entre les cordes, il balaye tout le monde. En 1966, il refuse de rejoindre l'armée américaine au Vietnam. Ali devient objecteur de conscience. Le 20 juin 1967, il perd sa licence de boxeur, son titre mondial et est condamné à cinq ans de prison qu'il évitera suite à un appel. Le plus grand attend jusqu'en 1970 avant de reprendre les gants avec à la clef des matches contre Jerry Quarry, Joe Frazier, Jimmy Ellis, Ken Norton,Joe Bugner, Jean-Pierre Coopman, etc. En 1974, Don King, immense promoteur de boxe, organise un combat Ali- George Foreman, titre mondial des poids lourds en jeu, à Kinshasa, Zaïre. Le président Joseph Mobutu Sese Seko applaudit : quelle propagande pour son régime. Ali n'est pas favori mais travaille et mise sur un long combat car son adversaire ne supporte pas bien la fatigue. La foule est pour lui et chante : " Ali bouma yé, Ali, tue-le "). La messe est dite au 8e round : Ali triomphe en signant probablement sa plus grande victoire tactique. Après des hauts et des bas (perte de son dernier titre à 36 ans contre Leon Spinks), il dispute son ultime combat le 11 décembre 1981 contre Trevor Berbick qui prend sa mesure à Nassau. La Faculté constate un an plus tard qu'Ali est atteint par la maladie de Parkinson. Ses fonctions motrices déclinent mais il résiste. Ali est reçu à la Maison Blanche par les présidents Gérald Ford et George Bush. En 1985, il participe à la négociation pour la libération de citoyens américains kidnappés au Liban. Puis, il y a cette scène extraordinairement émouvante en 1996 : Ali souffre mais dépasse les souffrances de sa maladie et allume la flamme olympique à Atlanta. Inoubliable : Jack Johnson et Joe Louis auraient été très fiers du Greatest.par pierre bilic