gardien

Quand je pense au passé, je songe à mon frère Toussaint qui défendait les filets du Standard lors du premier titre en 1957-1958. Je l'ai remplacé la saison suivante : ce fut un drame familial. La cassure dura des années. En 1963, j'ai été le premier gardien et joueur wallon à remporter le Soulier d'Or. Je m'entendais bien avec ma doublure, Frans Dignef. Nous n'avions pas d'entraîneur des portiers. Le T1 s'occupait de nous. En fin d'entraînement, on avait droit à des séances de centres, de tirs, de penalties, etc. Si j'avais eu un coach spécifique avec qui partager les spécificités de mon job, tout aurait été encore plus beau. Je suis parti au Daring en 1969. Quatrième gardien, Christian Piot était sérieux et talentueux. Cela lui permis d'effacer deux adversaires olé-olé : Daniel Mathy et Lucien Bertrand. J'ai souvent été le seul Standardman face à l'armada mauve en équipe nationale. Cela ne m...

Quand je pense au passé, je songe à mon frère Toussaint qui défendait les filets du Standard lors du premier titre en 1957-1958. Je l'ai remplacé la saison suivante : ce fut un drame familial. La cassure dura des années. En 1963, j'ai été le premier gardien et joueur wallon à remporter le Soulier d'Or. Je m'entendais bien avec ma doublure, Frans Dignef. Nous n'avions pas d'entraîneur des portiers. Le T1 s'occupait de nous. En fin d'entraînement, on avait droit à des séances de centres, de tirs, de penalties, etc. Si j'avais eu un coach spécifique avec qui partager les spécificités de mon job, tout aurait été encore plus beau. Je suis parti au Daring en 1969. Quatrième gardien, Christian Piot était sérieux et talentueux. Cela lui permis d'effacer deux adversaires olé-olé : Daniel Mathy et Lucien Bertrand. J'ai souvent été le seul Standardman face à l'armada mauve en équipe nationale. Cela ne m'impressionnait pas. J'ai acquis leur respect. Le Standard a la plus belle lignée de grands keepers. En 1958, notre défense se retourna 21 fois (0,70 but par match). Les chiffres furent bons en 1961 (0,83), en 1963 (0,70) et surtout en 1968-1969 avec 18 buts contre (0,60). Nos grandes équipes ont toujours été bien organisées derrière et adeptes du contre. La philosophie actuelle est un retour aux sources. J'ai connu trois générations de défenseurs : celle de la première Coupe d'Europe, la ligne Maginot du début des années 60 et, enfin, le Mur de Sclessin mis au point par Michel Pavic : Jacky Beurlet, Nicolas Dewalque, Léon Jeck et Jean Thissen. C'est probablement la meilleure ligne arrière belge de tous les temps. Anderlecht, ce n'était pas mal non plus. Je me souviens du regretté Laurent Verbiest. Il était plus fort que Vincent Kompany et s'il n'avait pas trouvé la mort dans un accident de la route en 1966, on aurait moins parlé de Franz Beckenbauer. Lorenzo dribblait dans son rectangle et ne perdait jamais la balle. En équipe nationale, je plongeais dans ses pieds quand il prenait trop de risques. J'ai connu pas mal de vagues de médians au Standard. Dans le lot, j'en dégage trois : Denis Houf, Louis Pilot et Wilfried Van Moer. Le premier a été le maître à jouer du Standard avec qui il fut trois fois champion (1959, 1961, 1963). Houf, c'était le super talent. Pilot a été un des plus grands brise-lames du foot belge. Il faisait le nettoyage comme personne devant la défense. Il mâchait en quelque sorte le travail des arrières. Et quand il coupait un adversaire en deux, il prenait de ses nouvelles avec le sourire : -Excusez-moi, Monsieur Van Himst . Paul s'en souvient certainement. A côté, il y avait le plus grand : Van Moer, Kitchie, ce qui signifie petit en hongrois, la langue de celui qui le rebaptisa : Antal Nagy. Van Moer savait tout faire : défendre, distribuer, attaquer, marquer. Moi, je le comparais au grand Alfredo Di Stefano du Real Madrid qui s'occupait aussi de tout. Je n'ai joué qu'un an avec Wilfried, en 1968-1969, mais cela m'a suffi pour mesurer sa classe. Comment ne pas parler de Roger Claessen, né pour jouer au Standard ? Sa présence dans le rectangle adverse était synonyme de danger permanent. C'était l'homme du dernier geste, de la détente aérienne, de la reprise acrobatique, des bicyclettes. Plus spectaculaire que lui dans les 16 mètres, cela n'existait pas. C'était son domaine. Mais, durant les années 60, Roger a brûlé la vie par les deux bouts. Ses entraîneurs, dont Michel Pavic, ont passé pas mal de nuits à le surveiller, à aller le rechercher dans des bistrots avant de grands matches. Sans ces excès, sa carrière aurait été phénoménale. Il n'y avait rien à faire car c'était son destin de JamesDean du Standard. Je retiens aussi Léon Semmeling, Erwin Kostedde, Jean-Paul Colonval et le plus doué techniquement : Milan Galic. Balle au pied, c'était un régal. En pleine accélération, il était capable de s'arrêter net tandis que son opposant s'écartait de lui. Venu du Partizan Belgrade, Galic était un attaquant de classe mondiale. A ndré Riou a marqué les années 50 en professionnalisant le Standard qui, sous sa direction, était technique avec à la clef un titre et une Coupe de Belgique. De 1958 à 1961, le ton changea et c'est le Hongrois Geza Kalocsay qui a donné le style furia au Standard. Il intensifia la préparation physique. Je vois encore un camionnette arrivant à Sclessin : Kalocsay avait commandé des poids et haltères. Nous n'avions jamais travaillé avec du tel matériel. Le Standard avait désormais des arguments athlétiques. En 1964, après Jean Prouff et Gusti Jordan, Pavic débarqua en provenance de l'Etoile Rouge Belgrade. Nous lui avons rapidement attribué un sobriquet qui lui allait bien : le Professeur. Pavic est le coach qui, du temps de ma carrière de joueur à Sclessin, m'a laissé de loin le meilleur souvenir. Il connaissait son métier sur le bout des doigts et a requinqué l'équipe du Standard de la cave au grenier. Quand il a remis les clefs à René Hauss, en 1968, tout était bien en place.