Johan Boskamp : " Lors de mon arrivée à Anderlecht en remplacement de Luka Peruzovic, à l'automne 1993, Jean n'était pas aux anges. Si, en tant qu'entraîneur adjoint des Mauve et Blanc, sa voix avait déjà pu peser de tout son poids dans la désignation d'un nouveau coach (comme il en irait par la suite), il n'aurait pas plaidé ardemment ma cause auprès des dirigeants. Mais, en ce temps-là, le président Constant Vanden Stock prenait seul les décisions et, à ses yeux, je faisais l'affaire. Il était même fier d'avoir pu enrôler le Molenbeekois de c£ur que j'avais toujours été. Le grand décideur du Sporting estimait que c'était sans doute toujours ça de pris sur son voisin et rival de toujours, le RWDM...
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Johan Boskamp : " Lors de mon arrivée à Anderlecht en remplacement de Luka Peruzovic, à l'automne 1993, Jean n'était pas aux anges. Si, en tant qu'entraîneur adjoint des Mauve et Blanc, sa voix avait déjà pu peser de tout son poids dans la désignation d'un nouveau coach (comme il en irait par la suite), il n'aurait pas plaidé ardemment ma cause auprès des dirigeants. Mais, en ce temps-là, le président Constant Vanden Stock prenait seul les décisions et, à ses yeux, je faisais l'affaire. Il était même fier d'avoir pu enrôler le Molenbeekois de c£ur que j'avais toujours été. Le grand décideur du Sporting estimait que c'était sans doute toujours ça de pris sur son voisin et rival de toujours, le RWDM... Pour Jean, au départ, j'étais manifestement toujours l'ennemi. Ou plutôt de ambetante Hollander û le Hollandais embêtant û qu'il avait eu régulièrement dans les pattes au moment où nous étions tous deux encore joueurs, lui à Anderlecht et moi au RWDM. Nos duels n'étaient peut-être pas aussi engagés que ceux que j'ai livrés plus tard avec un autre Anderlechtois, Juan Lozano, mais ils ne manquaient quand même pas de piment. Et les noms d'oiseaux volaient entre nous. Chaque fois qu'il me traitait de zeikerd û chicaneur û lors d'un derby, je répliquais en lui disant Jeannette. On se chambrait comme on pouvait (il rit). Après trois semaines de vécu en commun au Parc Astrid, je lui ai demandé ce qu'il pensait de moi. Il me dit : -C 'est bonTout compte fait, je m'étais trompé sur ton compte. A partir de ce moment-là, lui et moi sommes devenus cul et chemise. On s'est découvert des tas d'affinités et, au fil des semaines, nos contacts ne se sont plus limités qu'au seul terrain. Quelques mois à peine après mon arrivée, nous sommes partis à la Coupe du Monde 1994, aux Etats-Unis. Mais avant de rallier Daytona, nous avions fait un crochet par le Brésil et la République Dominicaine, histoire de combiner foot et bon temps. C'est à Jean que je dois d'être revenu au Sporting quelques semaines à peine après l'avoir quitté en 1995. Herbert Neumann n'avait tenu que 51 jours à la tête de l'équipe Première et Raymond Goethals avait échoué dans sa mission de dépannage. Du coup, il fallait trouver quelqu'un susceptible de remettre l'équipe sur les rails. Je donnais des clinics en Thaïlande quand Jean m'a appelé : - Tu dois revenir le plus vite possible, on a besoin de toi ici. Quand je lui répondis que je n'en avais nullement envie, il me répliqua : - Jan, si tu refuses, tu n'es plus mon ami et je ne te parle plus. 24 heures plus tard, j'étais de retour au Sporting où je suis resté jusqu'en 1997 ". " Par la suite, si nos chemins se sont séparés, Jean et moi avons continué à faire des tas de choses ensemble : aller au foot, au cinéma. On n'avait pas de secrets l'un pour l'autre. Je n'ai jamais été aussi proche de quelqu'un que de lui. Sauf avec ma femme, évidemment. Mais si j'ai pu prendre congé de Jenny, minée par un mal incurable, je regrette de ne pas avoir eu l'occasion de saluer Jean une dernière fois. J'étais à la plage, à Dubaï, quand Pierre Leroy m'a annoncé la nouvelle. Je n'ai pu me libérer pour me rendre à ses obsèques, en raison de mes obligations dans les Emirats, mais sa mort m'a marqué, mentalement et physiquement. En un mois, j'ai fondu de 8 kilos. Quand on sait le mal que j'ai à perdre du poids, c'est dire si la disparition de Jean a eu un impact sur moi. Au total, nous avons dû voyager une dizaine de fois ensemble, avec ou sans nos épouses, Jenny et Nicole. Il est vrai qu'elles ne s'amusaient pas follement avec nous puisque l'essentiel de nos conversations avait trait au football. La dernière fois qu'on s'est vu, c'était lors des vacances de Noël en 2001. J'étais alors actif à Al Wasl, à Dubaï, et j'avais proposé à Jean de venir y compléter un staff qui comptait déjà d'autres amis de longue date comme Piet Demol, Nico De Bree et François Dejonghe. Jean avait demandé quelques jours de réflexion pour soupeser le pour et le contre. Je ne l'avais jamais connu aussi indécis. Auparavant, à deux reprises, je lui avais déjà demandé de me seconder. Mais tant aux FAR Rabat, au beau milieu des années 90 qu'à Tenerife, quelques années plus tard, il n'avait pas voulu m'accompagner et finalement j'avais décliné l'offre, moi aussi. Il se sentait trop lié et concerné par le Sporting. Mais ce coup-ci, je le sentais prêt à faire le pas. Sa mort, trois semaines après notre rencontre, en a malheureusement décidé autrement. Après Jenny, emportée par un cancer un peu plus tôt, c'est une deuxième personne très chère que j'ai perdue, avec lui, en un laps de temps très court. Aujourd'hui, trois ans après, je songe toujours à eux journellement. Personne n'a autant influé sur ma vie que ces deux-là ". Bruno Govers" Personne n'a autant influé sur ma vie que MA FEMME ET LUI "