Mardi prochain 2 décembre, France Football décernera son annuel Ballon d'Or. Le trophée existe depuis 1956 et, jusqu'en 1976 très précisément, je peux vous en débiter les lauréats dans l'ordre, sans confondre vitesse et précipitation. Ensuite, c'est une autre histoire de mémoire, mes trous se mêlent à mes hésitations, les souvenirs de l'enfance sont les mieux incrustés, les souvenirs d'ensuite ont moins d'importance...
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Mardi prochain 2 décembre, France Football décernera son annuel Ballon d'Or. Le trophée existe depuis 1956 et, jusqu'en 1976 très précisément, je peux vous en débiter les lauréats dans l'ordre, sans confondre vitesse et précipitation. Ensuite, c'est une autre histoire de mémoire, mes trous se mêlent à mes hésitations, les souvenirs de l'enfance sont les mieux incrustés, les souvenirs d'ensuite ont moins d'importance... Paradoxe : les distinctions individuelles en sports collectifs sont par nature outrageantes pour la noblesse du collectif, il n'empêche qu'elles nous excitent tous ! En sport ou ailleurs, on ne peut pas aimer une prestation d'ensemble sans flasher sur tel ou tel protagoniste, on ne peut pas flasher sur un protagoniste sans le comparer à d'autres, et on ne peut pas comparer sans s'aventurer à hiérarchiser : d'où les Oscars, les Palmes, les Césars, les Tops 50 et tutti trophées ! D'où ce Ballon d'Or, dont le principe a beaucoup bougé ces quinze dernières années : attribué jadis au meilleur footballeur européen d'un championnat européen, il récompense désormais le meilleur du monde où qu'il évolue ; et, alors que chaque juré/journaliste (un par pays) fournissait jadis une liste de 5 footballeurs de son choix, il doit dé-sormais choisir son quintette dans une liste imposée de nominés (par la rédaction du bi-hebdo), réduite à 30 depuis 2008. Des modifications mondialisantes qui ont découlé de la concurrence survenue : car, depuis 17 ans, le Ballon d'Or n'est plus seul sur le marché du prestige footeux individuel ! Chaque année, il est concurrencé par l'élection du Joueur mondial FIFA, laquelle ne livrera son verdict que le 12 janvier 2009. Ici, ce sont capitaines et sélectionneurs des teams nationaux du monde qui choisissent 3 joueurs dans une liste imposée de 23 nominés (par la Commission football de la FIFA). Ceci en précisant que les deux palmarès doublonnent fréquemment, comme quoi les journaleux divergent moins qu'on le croit d'avec la profession : depuis 1991, 11 lauréats (dont les 3 derniers) ont émergé des deux tableaux... A présent, je me mouille en vous refilant mon prono, le même pour les deux Top 5. Mon prono, pas mon choix : car bibi, et pour l'ensemble de leur £uvre, aurait choisi Ryan Giggs comme Ballon d'Or et Paul Scholes comme Joueur FIFA, ou l'inverse,... mais ils ne figurent même pas parmi tous ces nominés qui sont trop souvent des comètes ! En 1, Cristiano Ronaldo : j'y paumerai mon latin si ça lui échappe alors qu'il a planté tant de buts, gagné la Champions League et la Premier League ! Il est bien plus fort que Lionel Messi (en 2) qui marque moins de buts que lui, et n'en amène pas plus même s'il slalome mieux ! Kakà sera en 3, sur la lancée de son écrasante victoire de 2007, et parce qu'il profitera d'une dissémination des votes espagnols : les vainqueurs de l'Euro sont en effet nombreux parmi les nominés, ce qui desservira Xavi en 4 et Iker Casillas en 5. C'est mon prono, et je jure n'avoir pas consulté les cotes d'Unibet... Interrogation plus générale : pourquoi aujourd'hui ce principe des nominés, qu'apporte ce tri préalable sinon des contestations ? Car plus le choix de départ est restreint, plus l'arbitraire menace ! Pourquoi untel et pas tel autre, les étonnements sont nombreux ! Ainsi l'Espagne n'encaisse-t-elle pas du tout l'absence d' Andrès Iniesta de la liste du Ballon d'Or, tout en s'étonnant un peu de celle de David Silva aussi bon à l'Euro que tous ses potes nominés,... tout en ricanant sur la présence de Karim Benzema qui n'y a rien montré ! A noter aussi que par ce système, de façon générale, les défenseurs sont plus que jamais négligés, comme si le foot existait sans eux ! La FIFA ne propose qu'un seul vrai joueur défensif sur sa liste des 23 : John Terry. Et France Football en couche seulement quatre sur sa liste des 30 : Nemanja Vidic, Pepe, Sergio Ramos et Marcos Senna devenu par ce biais, l'emblème 2008 de tous les cerveaux footeux récupérateurs. Hier au contraire, le libre choix laissé aux votants amenait du piment et des découvertes, sans nullement empêcher le vainqueur d'émerger. Ainsi, pour l'anecdote, sachez qu'au Ballon d'Or de 1982 (raflé par l'inévitable Paolo Rossi), notre Michel Dubois national - qui n'en était pas à son coup d'essai dans le genre - opta pour refiler son 5e vote à Eric Gerets : c'était chauvin mais pas aseptisé... et d'autant plus sympa que le barbu de Rekem reçut un second petit point de la part du juré écossais ! Alors qu'aujourd'hui, les jurés ne peuvent plus qu'aimer les stars pré-formatées... par bernard jeunejean