Transféré récemment du Racing Club de Lens à Anderlecht, Luigi Pieroni aurait aimé offrir la qualification à ses nouvelles couleurs face aux Girondins Bordeaux... Il les connaît bien pour les avoir affrontés à de multiples reprises avec Auxerre d'abord, puis Nantes et, enfin, les Sang et Or. Sa participation en Coupe de l'UEFA contre le FC Copenhague, en début de saison, en a décidé autrement et c'est en qualité de supporter qu'il a assisté en Belgique, devant son écran, à l'exploit de ses partenaires.
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Transféré récemment du Racing Club de Lens à Anderlecht, Luigi Pieroni aurait aimé offrir la qualification à ses nouvelles couleurs face aux Girondins Bordeaux... Il les connaît bien pour les avoir affrontés à de multiples reprises avec Auxerre d'abord, puis Nantes et, enfin, les Sang et Or. Sa participation en Coupe de l'UEFA contre le FC Copenhague, en début de saison, en a décidé autrement et c'est en qualité de supporter qu'il a assisté en Belgique, devant son écran, à l'exploit de ses partenaires. Luigi Pieroni : Sur l'ensemble des deux matches, la qualification du Sporting ne souffre pas la moindre discussion. A l'analyse, Bordeaux a peut-être monopolisé davantage le ballon, mais nous en avons fait meilleur usage, au plan de la percussion notamment. Les Girondins se sont contentés d'une domination des plus stériles, tant au Parc Astrid qu'au stade Chaban-Delmas. Leur but, tant à l'aller qu'au retour, consistait manifestement à nous fatiguer avant de faire la différence, dans le dernier quart d'heure, par l'injection de sang neuf. Cette manière d'opérer s'était déjà retournée contre eux dans nos installations et, à Lescure, il n'en est pas allé autrement. Laurent Blanc a sans conteste péché par présomption en laissant chaque fois ses caïds sur le banc, avec l'espoir qu'ils plient la rencontre in extremis. En définitive, c'est tout le contraire qui s'est produit. L'Europe et la France sont deux compétitions différentes. Un double face-à-face sur la scène continentale s'apparente à une classique cycliste. La victoire d'un outsider se vérifie souvent. Un championnat national ressemble plus à une course par étapes. Dans ce cas de figure, c'est le plus costaud qui émerge. A cet égard, j'ai l'impression qu'Anderlecht ne pourrait pas concurrencer, sur la longueur, des formations comme Lyon, Bordeaux ou Marseille qui sont plus riches en profondeur. Sur un one shot, le RSCA est évidemment capable d'un exploit. Il l'a prouvé en battant l'OL en Ligue des Champions dans un passé récent. La Belgique a un championnat prévisible. Les meilleurs n'y perdent qu'un minimum de points par rapport aux autres, surtout contre les sans grade, et, au décompte final, la différence s'établit par les résultats des joutes au sommet. En France, ce n'est pas du tout pareil. Chaque semaine y apporte son lot de surprises et il n'est pas rare qu'un ténor y trébuche chez un mal loti. Hormis Lyon, qui s'est inscrit dans la durée, en tête de liste, aucune autre formation n'est parvenue à assurer sa pérennité à ce niveau. Au contraire, on remarque souvent qu'une phalange conquérante perd soudain de sa superbe un an. La preuve par le FC Nantes, véritable monument du football, qui a fait la culbute l'été passé. Ou Lens, souverain naguère, et qui file du mauvais coton au cours de la présente campagne. Sans parler des déboires du PSG. Pourtant, tous ces clubs ont leurs vedettes. Il n'a pas tout à fait tort. La compétition française est des plus hermétiques. Le désir de ne pas perdre y prend le pas sur l'envie de gagner. Pourtant, ce ne sont pas les joueurs de talent qui manquent, même si les stars hexagonales évoluent dans des championnats comme la Premier League, le Calcio ou la Bundesliga. En quatre ans sur les pelouses françaises, j'ai enrichi mon bagage, surtout dans le domaine technique. A mon arrivée à Auxerre, en 2004, j'éprouvais encore des difficultés à bien maîtriser le ballon. Lors des fameux toros, je m'y collais toujours. Il n'était pas rare que je pourchasse le cuir pendant dix minutes avant de céder ma place. Après un peu plus de trois ans là-bas, ça allait déjà nettement mieux. Je n'étais plus la victime désignée car j'avais appris à apprivoiser la balle. C'est vrai. Avant, quand on m'alertait, mon souci était de contrôler le cuir avant de le remiser. En France, j'ai dû apprendre à opérer plus vite, pour la bonne et simple raison que les défenseurs y sont plus incisifs. En cas d'amortie, ils interviennent avant le deuxième contact pour vous déposséder du ballon. Imaginons, par exemple, que je réceptionne le cuir sur la poitrine pour le jouer ensuite au sol. Sur le court trajet entre le haut et le bas du corps, un arrière en profitera pour glisser son pied, son genou ou sa cuisse. Dans de telles conditions, il importe d'agir au plus vite et c'est la raison pour laquelle j'ai appris à jouer en une touche. Au départ, il y avait du déchet. Mais, à la longue, mes services en déviations se sont faits de plus en plus précis. Il est vrai que la technique s'entretient constamment chez nos voisins du sud. Dans tous les clubs français où je suis passé, j'ai dû répéter tous les jours des fondamentaux. Taper la balle contre un mur, pied droit, pied gauche, durant un bon quart d'heure, c'est un exercice qui faisait partie de l'échauffement journalier. Par moments, on se serait cru chez les Minimes ou les Cadets. Mais c'est fou ce qu'on peut s'améliorer en répétant les bases. J'en suis redevable non seulement aux exercices au mur ou aux séquences à deux à deux avec un partenaire mais aussi et surtout au tennis-ballon. Ce jeu faisait partie des institutions à Auxerre avec Guy Roux. La veille d'un match et le jour J même, le groupe se dérouillait toujours les jambes en s'adonnant à cette activité ludique. On le faisait à trois contre trois. Pour un peu corser la difficulté, les droitiers étaient postés à gauche et vice-versa. Ici aussi, j'ai fréquemment fait partie des perdants à mes débuts. Mais après quelques mois, il n'y paraissait plus. Ce que j'ai appris là-bas aussi, c'est à me familiariser avec la plupart des systèmes en vigueur. Jusque-là, je n'avais connu, au plus haut niveau, que le 4-4-2 mouscronnois avec Mbo Mpenza à mes côtés en pointe. A l'AJA, le schéma, au tout début, se déclinait plutôt en 4-4-1-1 avec Benjani ou moi dans la position la plus avancée et Salomon Kalou en soutien. Par la suite, sous les ordres de Jacques Santini d'abord, j'ai connu à nouveau le 4-4-2, avec Peguy Luyindula pour m'épauler. Jean Fernandez était plutôt favorable au 4-3-3 ou au 4-5-1. Dans ce cas, j'officiais seul en pointe. Les chiffres ne veulent pas dire grand-chose. Le plus important, c'est l'animation du système. Une chose m'a tout particulièrement frappé à Bordeaux : pas moins de quatre Sportingmen se trouvaient dans les 16 mètres adverses sur la phase du but inscrit par Thomas Chatelle. Cette densité offensive, je l'avais déjà relevée au Brussels et face à Mouscron. Si Anderlecht persévère sur cette voie, c'est sûr qu'il va encore claquer pas mal de buts d'ici la fin de la saison. Personnellement, je n'ai pas à me plaindre, dans la mesure où je suis servi comme un roi, tant dans les échanges au sol que dans le trafic aérien. Ce qui me réjouit tout particulièrement, c'est la qualité des centres. A droite, je suis paré avec Chatelle et Marcin Wasilewski. Et, du côté gauche, il n'en va pas autrement avec Mbark Boussoufa et Jelle Van Damme. La remarque vaut peut-être pour les deux premiers mais moi, je ne savais plus de quoi il retournait en Belgique. Durant tout ce temps, je n'ai pas vu d'images de la Jupiler League. Seule la lecture quotidienne de L'Equipe me maintenait au courant de l'actualité belge. Il y avait aussi les matches des Diables Rouges, mais il s'agit d'un autre débat. A mes yeux, cette imbrication harmonieuse à Anderlecht, n'est nullement liée à mon ancien vécu dans le championnat mais à la qualité des joueurs qui m'entourent. Plus un effectif est performant, plus l'individu sera performant aussi. Et c'est ce qui se vérifie pour tous ceux qui viennent de débarquer au Sporting. Je suis très agréablement surpris depuis mon arrivée. On m'avait dressé le portrait d'une équipe en crise, bâclant son football et, un mois plus tard à peine, je joue dans une phalange qui pratique le plus beau jeu du pays. Bien sûr. Tant qu'il reste davantage de points à prendre que l'écart qui nous sépare du leader, le coup est jouable. Le Sporting était à 13 unités du Club Bruges après son nul à Lokeren. Un mois plus tard, il a raboté une partie de son retard et il reste trois mois de compétition. Tout peut aller très vite. De fait, cette saison pourrie à un moment donné pourrait fort bien se terminer dans la joie. En Coupe, il y a également un bon coup à jouer, contre Dender d'abord, puis devant le Germinal Beerschot. Sans compter qu'on n'est pas éliminé non plus face au Bayern Munich. Sur deux matches, je le répète, on ne doit jurer de rien. Il y a quelques années, les Allemands avaient d'ailleurs été contraints au partage, en Ligue des Champions, au Parc Astrid : 1-1. Et à l'occasion du match retour, ils avaient été tout heureux de l'emporter 1 à 0. Mon seul regret, c'est de ne pas pouvoir jouer face à Daniel Van Buyten. C'est quand même dingue : je suis privé de Coupe de l'UEFA pour avoir joué déjà dans cette épreuve, contre le FC Copenhague, avec Lens cette saison. Par contre, Gillet, qui a joué l'Intertoto, dont la Coupe de l'UEFA est la suite logique, peut être aligné... On est passé par Sclessin, sans toucher au but. C'est regrettable pour nous mais davantage encore pour le club parce qu'une identité régionale suscite des sympathies. Je ne sais trop ce qui s'est passé dans le chef de mes trois partenaires liégeois mais j'ai été approché à trois reprises par la direction des Rouches, sans jamais trouver de terrain d'entente. La première fois, c'était à l'époque où je défendais les couleurs du FC Liégeois. Le Standard était désireux de m'engager durant l'été 2003 mais ne voulait m'offrir qu'un contrat d'un an assorti d'une option pour une année. Un an, c'était un peu juste pour se montrer et j'ai préféré me lier à Mouscron où on me proposait deux ans. La direction liégeoise est revenue à la charge en août passé. J'ai effectué un nouveau tour de table, avec Pierre François notamment. Mais je n'ai guère apprécié la manière. On y part un peu trop vite du principe, à mon goût, que pour un Liégeois pur jus, c'est un honneur de porter le maillot du Standard. L'honneur ne nourrit pas son homme. J'ai refusé l'offre et quitté les lieux. Je connais mieux les bureaux que la pelouse de Sclessin ( il rit). Enfin, la veille de ma signature à Anderlecht, le Standard s'est manifesté une dernière fois par l'entremise du manager Paul Stefani. D'après lui, le club voulait tâter le terrain. A deux jours de la clôture des transferts, c'était quand même fort de café. Du coup, ma décision était prise : ce serait Anderlecht et rien d'autre. Et je ne suis pas mécontent de mon choix. A l'époque, c'était l'ennemi juré. Avec le temps, quand on est soi-même dans le foot professionnel, on se rend compte de la véritable dimension des Mauves. Le Standard, c'est peut-être une grande équipe mais Anderlecht, c'est un grand club. Ici, la direction est fière de dire qu'elle a mis les petits plats dans les grands pour engager Chatelle, un Bruxellois bon teint. A Sclessin, le langage est différent. Là-bas, on te dit : -Voilà ce qu'on te propose, c'est à prendre ou à laisser. Moi, j'ai laissé ( il rit). Les autres aussi, je présume. Chez les Diables, personne ne peut dire qu'il fait figure d'incontournable devant. Et sûrement pas moi qui ai été réduit à la portion congrue ces derniers mois. Logique, dans la mesure où mes expériences à Nantes et Lens ont tourné en eau de boudin. Je comprends que je ne faisais pas figure de priorité pour René Vandereycken dans ces circonstances. A présent, la situation pourrait changer. Mon but, c'est de flamber à Anderlecht, histoire que le club lève en fin de saison l'option qu'il a sur moi. Si j'y arrive, je serai peut-être lancé pour trois ans. Dans cet intervalle, ce serait bien de faire son trou chez les Diables. Mais pour y parvenir, il faudra que je me montre à Anderlecht. C'est la condition sine qua non pour que je m'inscrive également dans la durée en sélection. par bruno govers- photos: reporters