Le championnat d'Autriche a repris dès hier. Avec une nouvelle tête: Didier Dheedene, l'ancien Anderlechtois, qui est passé cet été de Munich 1860 à l'Austria Vienne. Sous les 40 degrés de la capitale de ce pays aux multiples richesses historiques, il nous détaille les tenants et aboutissants de ce changement d'orientation.
...

Le championnat d'Autriche a repris dès hier. Avec une nouvelle tête: Didier Dheedene, l'ancien Anderlechtois, qui est passé cet été de Munich 1860 à l'Austria Vienne. Sous les 40 degrés de la capitale de ce pays aux multiples richesses historiques, il nous détaille les tenants et aboutissants de ce changement d'orientation.Didier Dheedene: J'étais en vacances en Malaisie lorsque mon manager m'a appelé pour me dire que je pouvais aller à l'Austria. Comme ce club avait déjà repris l'entraînement depuis deux semaines, les dirigeants ont souhaité que je rentre plus tôt et je n'ai donc pris que dix jours de congé. Je dois dire que ce fut assez dur: je ne m'étais guère reposé, j'avais souffert d'une petite blessure et je devais déjà reprendre... Mais maintenant, je suis bien. Je suis une valeur sûre. Cela s'est vu dès les matches amicaux puisqu'on m'a fait jouer quelques fois alors que je n'étais pas tout à fait prêt. L'entraîneur était très content. Il me voulait absolument au poste d'arrière gauche. C'est bon pour ma confiance. Avez-vous voulu quitter Munich ou vous y a-t-on obligé?Il y a deux mois, j'ai vu dans les journaux que je pouvais partir. Le noyau était trop imposant et je n'étais pas heureux non plus là-bas. Avant le Nouvel An, j'avais beaucoup joué. Mais j'ai ensuite été opéré à la cheville. Par la suite, j'ai encore disputé quelques matches mais, au cours des cinq dernières rencontres, je ne suis même pas monté au jeu. Je n'étais pas content et je l'ai dit à mon manager. J'étais prêt à discuter avec un autre club, à condition de ne rien y perdre financièrement. Dans le cas contraire, j'aurais préféré rester. L'Austria répondait à ces conditions. Je ne connais pas grand-chose du championnat d'Autriche mais le fait de conserver mon salaire était important car c'est surtout pour des raisons financières que j'avais quitté Anderlecht. Je voulais aussi vivre une expérience à l'étranger car j'en avais marre de la Belgique: les car-jackings, les home-jackings,... A Anvers, il est plus facile d'acheter de la drogue qu'une maison et on ne fait rien pour que cela change: il est dangereux de se promener en rue. Maintenant, je suis prêté pour un an et, si on est content de moi, je pourrai peut-être signer pour trois saisons, soit la durée de mon contrat à Munich. Car si je me sens bien ici, je ne retournerai pas là-bas. Et je pense que j'ai le niveau pour jouer dans ce championnat."J'avais le niveau de la Bundesliga"On peut en discuter pendant des heures mais je pense avoir prouvé avec Anderlecht en Ligue des Champions de quoi j'étais capable. Et c'est quand même la compétition la plus importante qui soit. Mais quand l'entraîneur n'est pas derrière vous, vous avez beau dire ce que vous voulez... Le drame de Munich 1860, c'est qu'il évoluait plus souvent en 3-5-2 qu'en 4-4-2. Peter Pacult, l'entraîneur qui avait succédé à Werner Lorant en cours de saison, disait que je ne pouvais pas évoluer dans une défense à trois. Il n'a jamais changé d'avis et c'est dommage car je suis certain de pouvoir tenir toute une saison en championnat d'Allemagne. J'ai joué contre Schalke 04 et j'ai été désigné homme du match contre Leverkusen, cela veut quand même dire quelque chose. Mais quand l'entraîneur ne croit pas en vous, vous ne pouvez rien faire. Je n'ai aucun problème à évoluer en marquage et je peux aussi jouer au libero, comme médian gauche ou comme médian défensif. Mais le club vous avait acquis en tant qu'arrière gauche parce que Lorant voulait changer de système et passer du 3-5-2 au 4-4-2.Mais il ne l'a jamais fait et je sais pourquoi: certains joueurs ne pouvaient tout simplement pas évoluer dans un 4-4-2. Hässler, par exemple, est un médian offensif qui ne songe qu'à attaquer. Il fallait donc un médian défensif qui courre pour lui et nous n'en avions pas. Et Zelic est un véritable libero qui ne peut pas jouer dans une défense à quatre. Nous avions certains joueurs de 4-4-2 et d'autres de 3-5-2. Finalement, l'entraîneur a donc choisi de conserver son ancien système et j'ai été le dindon de la farce. En fait, ils se sont trompés en m'achetant mais je ne me plains pas: finalement, plutôt qu'une année de perdue, ce fut une saison enrichissante. Je regrette simplement que Pacult n'ait pas cru davantage en moi alors que j'avais prouvé que j'avais le niveau. Et maintenant, j'entends dire qu'il regrette mon départ.Vous dites que ce ne fut pas une année perdue mais vous en attendiez quand même davantage.Au début, j'ai disputé tous les matches, mais contre Stuttgart, après avoir marqué, j'ai été victime d'un tackle sauvage sur la cheville. Comme il ne restait que cinq minutes à jouer, j'ai terminé la rencontre mais on s'est ensuite aperçu qu'un morceau d'os était cassé et qu'il fallait m'opérer, ce qui m'a fait louper trois ou quatre matches avant le Nouvel An. Mais je ne suis pas du genre à laisser tomber les bras et c'est pourquoi, même si je n'ai pas beaucoup joué pendant six mois, je suis content de relever un nouveau défi. Je sais évidemment que, comme le championnat de Belgique, celui d'Autriche ne vaut pas la Bundesliga. Mais j'ai envie de jouer."A Munich, on ne faisait que s'entraîner et dormir"Le matin d'un match contre Newcastle, nous nous sommes entraînés pendant une heure et demie puis nous avons fait un petit match de 15 minutes et des sprints. Je n'étais pas habitué à cela et j'ai donc dit que je manquais de fraîcheur en match et que les entraînements ne me convenaient pas. Mais mes phrases ont été retirées de leur contexte. Lorant est très dur physiquement et je devais m'y habituer. A Anderlecht, la veille du match, nous ne faisions presque rien. A Munich, nous nous entraînions même le jour du match. Par la suite, un journaliste francophone a écrit un article dont le titre était quelque chose comme Lorant impose un régime militaire à ses hommes. Les journalistes allemands ont repris cette phrase comme si c'était moi qui l'avais prononcée. Il est vrai que nous étions partis en stage en Autriche pendant cinq jours sans voir un seul ballon: nous ne faisions que courir. Avant votre départ, vous aviez pourtant affirmé ne pas craindre les entraînements physiques après avoir travaillé sous les ordres d'Anthuenis.Comparé à Lorant, Anthuenis est un ange. Ses entraînements me convenaient parfaitement, c'était l'idéal. Mais avec Lorant, on ne faisait que s'entraîner et dormir. En revenant de l'entraînement, je devais faire une sieste d'une heure ou deux. Quand nous avions deux entraînements, j'étais K.O. Je rentrais à la maison, j'avalais quelque chose et je dormais jusqu'au lendemain matin. Heureusement, je vivais seul, je ne devais pas m'occuper de ma famille comme d'autres joueurs. C'est pourquoi nous avions tellement de blessés. Je me rappelle qu'un mercredi, seuls neuf joueurs des 30 du noyau étaient présents à l'entraînement. Cela veut tout dire.Cela a-t-il changé avec l'arrivée de Pacult?Bof... A la fin, il était le même que Lorant. Mais je ne veux pas critiquer les entraîneurs. Ils ont leur vision des choses et il faut la respecter. Seulement, j'ai mon idée aussi: pour moi, à l'entraînement, on doit pouvoir s'amuser et pas uniquement travailler comme des robots.Or, c'était le cas à Munich...Cela n'engage que moi mais j'estime qu'il y avait trop peu de changements et, à la longue, cela engendrait des frictions. Quand on fait toujours la même chose, il est difficile de se motiver. De plus, quand on est fatigué, on s'énerve plus vite. J'ai dû m'adapter à une tout autre mentalité. J'ai beaucoup de respect pour les Allemands car ils sont très disciplinés. Ils vous font confiance mais ils sont aussi très froids, très calculateurs. Ils n'ont pas le sens de l'humour et ne savent pas relâcher la pression après un match. Dans le bus, tout était calme: pas de musique, pas de bière... Or, j'ai besoin de m'éclater. En Autriche, c'est différent: on peut téléphoner dans le bus, boire, jouer aux cartes, rire... Les entraînements sont aussi beaucoup plus relax. Mais je n'ai pas le droit de juger les Allemands. C'est peut-être grâce à leur état d'esprit qu'ils ont disputé la finale de la Coupe du Monde. Je suis pourtant convaincu qu'il y aurait moyen d'y arriver autrement car j'ai vécu cela à Anderlecht.Schachner, l'entraîneur de l'Austria, est-il un adepte du 4-4-2?Oui. C'était d'ailleurs une des conditions que j'avais imposées à mon manager. Je ne voulais pas d'incertitude. Schachner a toujours évolué en 4-4-2."Je suis discipliné mais paresseux"Etre champion. Tout autre résultat serait décevant.Ne craignez-vous pas de vous enterrer?Je n'en sais rien. Si nous sommes champions et que nous disputons la Ligue des Champions, c'est bon. J'ai obtenu mon transfert d'Anderlecht à Munich et, quoi qu'il arrive, j'ai encore trois ans de contrat. Je ne pense pas qu'à l'argent mais cela joue un rôle important. Je n'ai rien perdu sur le plan financier et je n'ai plus besoin d'un transfert en France ou en Angleterre. Je ne veux pas changer trop souvent de club. J'ai 30 ans mais j'ai encore beaucoup d'ambitions: être champion, jouer en équipe nationale... Ce n'est pas parce que je suis à l'aise sur le plan financier que je n'ai plus d'objectifs. L'argent, c'est bien quand on songe qu'à 35 ans, on pourra se permettre de ne plus travailler. Mais quand je joue, je ne pense pas à cela, j'essaye juste de gagner. Mon caractère constitue mon plus grand atout. Je sais quand je peux faire la fête et quand je dois me concentrer. Je suis discipliné mais paresseux. Actuellement, je vis à l'hôtel mais à Munich, je devais lessiver, repasser, faire la cuisine. Il arrivait parfois que je me retrouve sans caleçon et que je doive lessiver en catastrophe (il rit).L'Austria vous permettra-t-il de retrouver l'équipe nationale?L'équipe nationale, c'est toujours quelque chose de particulier. J'avais toujours rêvé de disputer une Coupe du Monde mais les circonstances en ont décidé autrement. J'aurai 32 ans à l'EURO 2004: je ne veux pas me mettre de pression mais j'aimerais y participer.Et l'arrivée d'Anthuenis au poste de sélectionneur fédéral n'est pas une mauvaise chose pour vous.Anthuenis est un type correct: si je ne suis pas bon, il ne me sélectionnera pas. Mais il est évidemment toujours chouette d'avoir travaillé avec lui à Anderlecht et de l'avoir entendu dire que j'étais un des trois joueurs les plus rentables de son équipe.Vous aurez moins de problèmes avec lui qu'avec Waseige.Je regrette qu'il ne m'ait jamais appelé pour voir s'il était vrai que j'avais critiqué l'un ou l'autre de ses entraînements. Un journaliste avait reflété l'opinion de quelques joueurs sans les citer, mais quand Waseige l'a appelé, il a donné mon nom. Le sélectionneur n'a pas jugé utile de vérifier auprès de moi et cela m'a peut-être coûté mon rêve. Je ne dis pas que je méritais de figurer dans la liste des 23 mais au moins dans celle des 30.Comment vivrez-vous après le football?Je veux jouer le plus longtemps possible puis...Reprendrez-vous une ferme au Canada?Non. J'achèterai plutôt quelque chose sur la côte espagnole car la météo là-bas me plaît énormément. J'aimerais avoir une maison en Espagne et une autre ici. J'ai encore d'autres rêves: j'aime les sports extrêmes mais je ne peux pas en pratiquer pour le moment car c'est trop dangereux. J'ai arrêté le benji mais j'aimerais faire de la chute libre, de la plongée sous-marine, piloter un hélicoptère... Bref, sentir que je vis. Raoul De Groote, envoyé spécial à Vienne"J'en avais marre de la Belgique: les cars-jackings, les home-jackings, etc. A Anvers, il est plus facile d'acheter de la drogue qu'une maison"