C'est Ivo Rodrigues, le Portugais de 23 ans du Royal Antwerp FC, qui a inscrit le plus beau but de la saison dernière. Il le considère comme " le plus beau trophée de ma vie. " On en a même parlé au Portugal. C'est typique, sourit-il. " Quand on joue là-bas, les gens ne vous regardent pas mais dès que vous partez, ils vous jugent selon votre valeur. Le respect ne vient qu'ensuite. "
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C'est Ivo Rodrigues, le Portugais de 23 ans du Royal Antwerp FC, qui a inscrit le plus beau but de la saison dernière. Il le considère comme " le plus beau trophée de ma vie. " On en a même parlé au Portugal. C'est typique, sourit-il. " Quand on joue là-bas, les gens ne vous regardent pas mais dès que vous partez, ils vous jugent selon votre valeur. Le respect ne vient qu'ensuite. " Il y a un an, nous nous étions déjà rencontrés pour un premier bilan. Il l'avait reconnu : il devait s'habituer à l'approche physique de la Belgique, ainsi qu'au pays, à une nouvelle ville, à une autre forme de vie sociale. Il comptait vivre en professionnel accompli. Au Portugal, il était encore jeune et les tentations ne manquaient pas : il allait au restaurant, les boutiques étaient ouvertes plus tard... Rien de tout ça ici. Quelques semaines plus tard, il s'était blessé. Quand il est revenu, à domicile contre Waasland-Beveren, l'Antwerp était déjà en chute libre. L'équipe qui pouvait encore prétendre aux PO1 avant le Nouvel-An et était encore quatrième fin janvier ne gagnait presque plus. Rodrigues : " Tout s'est accéléré. En l'espace d'un mois, nous avons reculé à la huitième place. Nous n'avions pas beaucoup de techniciens, plutôt des guerriers, forts dans les duels. À la longue, ça nous a usés. Nous avons été très bons jusqu'à la trêve, plus par la suite. Quant aux PO2, ça ne ressemble à rien. " N'a-t-il pas pâti des maux de croissance du club, qui a bâti et rénové en même temps ? Nous nous étions retrouvés à Wommelgem, un soir, dans la petite salle réservée au matériel. Ça devait paraître très amateur à un joueur formé à Porto ? Rodrigues : " Non, j'y étais préparé. Je connaissais le passé récent de l'Antwerp. On m'avait dit que tout allait changer, que je ne devais pas me tracasser, que tout rentrerait dans l'ordre. Le club a tenu parole. Et puis, vous savez, un footballeur n'a pas toujours besoin des meilleures conditions. Sortir de sa zone de confort ne fait pas de tort. De nos jours, les enfants ont déjà un iPhone à cinq ans. J'ai eu une enfance différente. Mon père était chauffeur. Tout ce que j'avais, c'est un ballon pour jouer en rue. " L'Antwerp, un an plus tard. Plus dans une salle obscure mais au Diamond Bar. Rodrigues s'est intégré, il a passé son premier hiver. Le contrat de location conclu avec Porto s'est mué en un contrat définitif de trois ans au Great Old. Le couple a déménagé. Il a quitté Deurne pour le coeur de la ville, près du fleuve. Ivo sait ce qu'il veut. Il mène une existence de professionnel sans trop de tentations. " La principale différence avec le Portugal, c'est qu'ici, je vis, je travaille et je joue en dehors de ma zone de confort, avec une vie sociale nettement plus restreinte. Avec l'âge, je suis conscient de devoir faire mes preuves maintenant. Dans dix ans, ma carrière sera sans doute derrière moi. Je ne peux plus me permettre de reporter à la semaine prochaine, à la saison prochaine ou au club suivant. C'est maintenant que je dois prester. Ici. Jouer me procure du plaisir mais je passe l'essentiel du temps à trimer, à suer. Le plaisir, c'est un dribble, un but. Soit cinq minutes pendant un match. Les 85 autres minutes sont du trabalho. Du labeur ! " Faut-il du temps à un jeune footballeur doué pour le comprendre ? Rodrigues opine. Avant le début de la saison, il s'est fixé quelques objectifs, qu'il est en train de réaliser. " J'avais l'impression de bien m'entraîner mais je ne jouais pas et je me suis demandé pourquoi. " L'entraîneur lui avait déjà donné une réponse en mars : il n'avait pas de statistiques. Il y travaille. " Plus de buts, plus d'assists. Ces données sont importantes dans le football moderne. Nous en parlons constamment. Moi, l'entraîneur. Constamment, pendant l'été, en saison. Un footballeur offensif doit marquer s'il veut être repris. " En riant, il ajoute que Ronaldo et Messi lui ont compliqué la vie. " Avant, seul le numéro neuf était jugé sur sa productivité mais ces deux-là marquent tellement que désormais, les autres doivent faire de même. " Il s'est donc intégré, aussi. Ce qu'il a trouvé " chouette. Beaucoup plus que de jouer. " Il est plus complet et plus costaud qu'il y a un an, il prend de meilleures décisions. Rodrigues : " Je comprends mieux mon propre jeu. Je me trouve très fort techniquement et tactiquement, quoique je le dise moi-même, mais je manquais de puissance la saison passée. J'y ai travaillé. " Autre fait important, il est resté dans la même équipe. Rodrigues : " Changer de club saison après saison n'était pas bien. Porto m'a loué à trois reprises à des clubs différents. C'est donc la première fois que je reste plus longtemps dans un club et c'est le meilleur moyen de progresser. Nous ne développons plus le football physique de la saison passée. Nous jouons mieux. Nous restons puissants mais nous avons beaucoup de qualités. Je pense que nous allons progresser au fil de la compétition, cette fois. Certains d'entre nous n'ont pas beaucoup joué l'exercice précédent et la moitié du noyau est nouvelle. En début de saison, notre football était donc moins fluide que maintenant. Nous avons trouvé le moyen d'allier jeu et résultats. Nous formons une équipe consistante aux yeux de notre entraîneur, y compris sur le plan tactique. Il ne veut pas que nous encaissions des buts et il travaille beaucoup la défense. Il dit toujours : - De toute façon, nous marquons à chaque match. Donc, si nous préservons nos filets, nous gagnons.Le physique, la tactique, tout est soigneusement préparé. Certains entraîneurs travaillent énormément l'aspect offensif, pas le nôtre. Selon lui, les buts dépendent de la créativité des attaquants. Nous devons tendre vers l'objectivité, comme il dit. Le sens du but. La conclusion. L'efficacité. Il ne faut pas se perdre en dribbles. Il insiste beaucoup là-dessus. Nous ne sommes ni le Barça ni le Real, tout ne coule pas de source mais avec le temps, nous allons nous bonifier. C'est aussi une question d'assurance. Beaucoup de coéquipiers manquent encore de confiance, de physique. Une fois ce processus achevé, nous serons très bons, y compris contre les grandes équipes. " Le premier tour lui a appris qu'il n'y avait plus une grande différence entre les ténors et les autres. " Ici, les grands clubs ne sont pas très forts, selon moi. Ce n'est pas comme au Portugal. Quand j'étais en déplacement avec ma petite équipe, nous ne touchions pas un ballon. C'est plus équilibré ici. Les grands clubs ont sans doute encore plus de talent, globalement, mais sans que la différence nous empêche de les vaincre. Il faut penser qu'on possède les qualités requises. Même si ce n'est pas tout à fait exact, il est important de le penser. Le groupe a le sentiment d'être suffisamment armé pour décrocher la deuxième ou la troisième place. Pour le reste... J'ai vu les plans de rénovation du stade. L'Antwerp va vraiment devenir un grand club. Et je veux grandir avec lui. "