Si tu étais gamin aujourd'hui, serais-tu fan de Paul Pogba ?

PAUL POGBA : Oui, je pense. Je serais fan.

Qu'est-ce qui te plairait chez lui ?

POGBA : Je vais me saucer de fou, là. (Il rit en se tournant vers un ami présent.) Il est pareil sur le terrain et en dehors, il prend du plaisir. Il est lui-même, il kiffe toujours et ne se la raconte pas. Si j'étais un jeune, il me donnerait envie de réaliser mes rêves. Il te fait réaliser que tu peux réussir.

Tu aimes le joueur que tu es devenu ?

POGBA : Bien sûr. Je suis fier de mon parcours. On se dit toujours qu'on peut faire plus, qu'on peut pousser pour être encore meilleur mais il ne faut pas être trop dur avec sa personne. Il y a des choses qui arrivent aussi avec le temps, qui vont s'améliorer. Tu ne peux pas avoir tout, tout de suite.

Mais es-tu celui que tu voulais devenir ?

POGBA : Ma carrière n'est pas finie, je ne peux pas dire ça maintenant. Il reste du boulot. J'espère encore progresser et m'améliorer, gagner un maximum de titres. Pour l'instant, je ne suis pas là où je veux être.

" Je ne vis pas pour ce que les gens pensent de moi "

Tu emploies enfin le " je ". Depuis le début, c'était " on " ou " tu ". C'est mieux avec le " je ". À ton avis, qu'est-ce qu'on pense de toi ?

POGBA : Ce n'est pas à mon avis. C'est la vérité. Des personnes pensent que je suis arrogant, peut-être, que je ne prends pas les choses au sérieux, que je suis trop dans les réseaux, que je ne me concentre pas que sur mon foot mais sur les sponsors. Et d'autres pensent que Paul est cool, bien, qu'il travaille, qu'il prend du plaisir, qu'il est souriant, qu'il ne change pas, qu'il dit ce qu'il pense et qu'il fait ce qu'il veut faire. Beaucoup de gens sont fiers de ce que je fais et de ce que je représente. Quand ils me voient en personne, les gens sont surpris et se disent que je suis vraiment gentil. De l'extérieur, ils n'ont pas cette image et pensent que je suis une star, arrogant, que je vais les regarder de haut. C'est marrant. En fait, je suis juste moi. Ceux qui ne me connaissent pas regardent les apparences.

Je veux prendre les rênes de l'équipe mais il faut que je sois dans les meilleures conditions. " - Paul Pogba

Tu as envie que ceux qui ont une mauvaise opinion de toi changent d'avis ?

POGBA : Je ne vis pas pour les gens, pour ce qu'ils pensent, pour qu'ils disent que je suis gentil, bien, le meilleur, parfait. Chacun a son opinion. Et je respecte ça. Je joue au foot, je fais ce que j'aime. Mes proches me soutiennent. Ils ont plus d'importance. On ne peut pas aimer tout le monde et être aimé de tout le monde. Ce serait la perfection et rien n'est parfait dans ce monde. Je ne serais pas touché si une personne me dit : " Je ne t'aime pas. " Tu as le droit. Tu n'es pas obligé de m'aimer.

" On veut toujours mettre les choses sur moi "

Quand on t'a en face, qu'il y a une rencontre et un échange, tu donnes envie de t'aimer. Alors que, sur un terrain, tu peux être franchement agaçant.

POGBA : Tant mieux. Je préfère qu'on m'aime pour ce que je suis. Sur le terrain, t'as le droit de ne pas aimer comment je joue, saute ou tire. En dehors, c'est autre chose. L'homme est plus important.

Si on te dit que tu es un mystère, en tant qu'homme, en tant que joueur, sur le niveau que tu as et que tu peux atteindre, sur ton poste aussi, tu en penses quoi ?

POGBA : Tout est un mystère. J'ai vingt-cinq ans. J'ai fait quatre ans à la Juventus, je jouais et on gagnait. À Manchester, on a aussi gagné des titres, j'ai des meilleures stats mais je suis plus critiqué. Donc, c'est selon l'équipe. Quand elle ne va pas, le joueur ne va pas mais on met tout sur lui. Quand elle va bien, le joueur aussi. Je ne stagne pas, je pense que je progresse et je peux encore progresser. On me regarde tellement. On veut toujours mettre les choses sur moi. Le football, ce n'est pas qu'un joueur et tout ne dépend pas de lui.

Tu es passé du statut de future superstar à celui de déception. C'est injuste ?

POGBA : Je ne vois pas ce que les gens disent sur moi. Seul le terrain montre...

Il y avait tellement d'attentes...

POGBA : Mais en fait c'est ça, il faut dire quelles étaient les attentes.

" On me juge sur quoi ? "

On a pu penser que tu pouvais devenir le meilleur milieu de terrain du monde et le patron de l'équipe de France.

POGBA : O.K. D'accord. (Déterminé.) Je ne veux jamais dire que je suis le meilleur, O.K. ? Patron de l'équipe de France... Faut me dire : qui est le patron de l'équipe de France ? Qui sont les patrons de l'équipe de France ?

Il y a un manque à ce niveau-là...

POGBA : Il y a un manque.

Et c'est à toi d'y aller.

POGBA : O.K., c'est à moi d'y aller. Je peux jouer à droite, à gauche, en sentinelle. Je me sens à l'aise mais ce n'est pas comme si j'étais toujours dans les meilleures conditions. C'est comme si on me disait : " Je veux que tu sois patron " mais qu'on ne me donne pas les clés, ou " Je te donne cette maison mais tu n'as pas les clés ". Il y a des choses qui ne dépendent pas de moi, c'est aussi l'équipe. Et puis, si je ne suis pas décisif, on va dire que je n'ai pas fait un bon match.

Le jugement est plus dur pour toi que pour les autres ? On fait une fixette sur toi ?

POGBA : On ne me juge pas comme un milieu de terrain. Je suis un 8. Je marque des buts. D'autres à mon poste n'en marquent pas, ne sont pas décisifs mais je suis moins bon qu'eux. Donc, moi, on me juge sur quoi ? Sur mon poste ? Sur mes passes décisives ? Sur le jeu ? Les dribbles ? Sur quoi ? On va dire : " Paul il peut tout faire. " D'accord.

" J'écoute les médias ou mon coach ? "

Mais tu peux tout faire ?

POGBA : Je peux tout faire. O.K., Paul il peut tout faire. Mais si aujourd'hui le coach me dit " Tu restes milieu défensif ", je vais faire quoi ? J'écoute les médias ou mon coach ? Je ne contrôle pas tout. Paul, il doit être plus décisif... Je fais des choses que des milieux ne font pas mais eux ne sont pas jugés comme ça, juste sur récupérer des ballons et faire le milieu. Déjà, on me compare avec des 10, des attaquants...

Justement, est-ce que tu ne serais pas un milieu frustré ?

POGBA : Je suis un 8 et je dois être jugé comme tel. Si je peux faire plus, je fais plus et tant mieux pour l'équipe. Mais ce n'est pas le joueur qui décide, il y a l'entraîneur, un système, plein de choses. Tout ce que j'entends...Ce n'est pas moi qui fais l'équipe et il y a des choses que je ne peux pas faire.

Ça te touche, ce que tu entends ?

POGBA : Non. Parce que je joue pour l'équipe. Mais, à un moment, il faut savoir. Paul doit être patron, oui, les gens en dehors le pensent, moi aussi. Je suis un des plus anciens avec Deschamps. Je veux être patron de l'équipe de France. Mais ce n'est pas que moi. Je veux prendre les rênes de l'équipe mais il faut que je sois aussi dans les meilleures conditions. Je ne dis pas que je veux qu'on change tout pour moi, ce n'est pas ça. Si je dois jouer arrière droit, je le ferai à fond.

" Avec moi, on va toujours dire que ce n'est pas assez "

Tu penses être un casse-tête pour tes entraîneurs ?

POGBA : Je ne sais pas. Il faut voir avec eux. Il y a l'équipe, le coach doit faire des choix. S'il pense qu'il doit me mettre sur le banc parce que je n'ai pas été bon ou qu'il préfère changer de système, c'est son choix. Cette année, j'ai été sur le banc. Pourquoi ? J'ai été blessé. Puis j'ai eu un virus. Contre Newcastle, on m'a sorti, j'avais un virus et je ne pouvais pas respirer. Personne ne savait, seulement l'intérieur, moi, le doc, et je ne suis pas parti pleurer dans les médias pour dire que je n'étais pas bien.

Paul Pogba : " Je dois progresser et être meilleur. ", ADIDAS
Paul Pogba : " Je dois progresser et être meilleur. " © ADIDAS

Il y avait quand même un problème avec Mourinho...

POGBA : Je ne suis pas le coach. Il faut voir avec lui. Il a fait ses choix.

Mais tu as eu des discussions avec lui ?

POGBA : Pas forcément. Il m'a sorti, comme ça. Comme je dis, je fais mon boulot, il fait le sien.

Qu'est-ce qui te manque pour devenir Ballon d'Or ?

POGBA : Il y a du boulot, il faut être beaucoup plus constant, meilleur. Aujourd'hui, je ne peux pas parler de Ballon d'Or ou de quoi que ce soit, bien sûr que non.

Donc tu penses que tu dois être meilleur ?

POGBA : Je dois progresser et être meilleur. Prenons l'exemple du maestro Iniesta. C'est un leader pour son équipe mais il ne va pas être jugé sur ses buts. J'ai mis neuf buts la saison passée (toutes compétitions confondues avec MU) et là six. On va dire quoi ? Qu'il a fait une bonne saison, Paul ? Non, on va toujours dire que ce n'est pas assez. Mais, à la base, ce n'est pas mon rôle de marquer. N'Golo Kanté, on le juge sur ses buts, sur ses passes décisives ? Non. Mais il a été élu meilleur joueur français de l'étranger et meilleur joueur de Premier League l'an dernier. Parce qu'il fait son boulot et qu'il est le meilleur au monde dans son rôle. Il a été jugé sur ça, sur son influence, sa récupération du ballon, son rôle. Tout le monde doit être jugé comme ça.

" J'aime être différent des autres "

Toi tu ne l'es pas ?

POGBA : Non. Mais c'est comme ça et je le prends bien. Je me dis : " Ah, on ne me juge pas comme les autres. Vas-y, c'est pas grave, c'est un challenge. "

Mais tu n'es pas comme les autres.

POGBA : Ouais. C'est un avantage et un désavantage. Mais on doit me juger comme les autres. Pat (Évra) m'a parlé et m'a dit : " Toi, c'est comme ça. " Je ne veux pas faire comme tout le monde. J'essaye de faire quelque chose d'autre. C'est pas grave, on me juge. J'essaye de répondre sur le terrain.

Tu aimes être différent ? Tu as besoin de te différencier ?

POGBA : Oui, je suis comme ça. Ça (il se montre), c'est moi.

Tu veux attirer l'attention ?

POGBA : Non. En fait, je suis moi. Aujourd'hui, les habits que je mets, tu ne pourras pas les mettre, ça ne va pas t'aller. (Rires.) Tu vois, ça c'est mon style, c'est juste moi, c'est Paul.

Donc, tu aimes qu'on fasse attention à toi ?

POGBA : Ce n'est pas que j'aime ça et je n'ai jamais fait ça pour qu'on m'aime. J'aime être différent des autres. Mais pas pour qu'on se dise : " Ah, lui, il veut être différent. " Si on a la même paire de chaussures, je ne voudrais pas la même couleur que toi. Je veux ma couleur. Et toi, tu prends la tienne. Je n'aime pas avoir les mêmes choses que les autres.

" On ne peut pas me dire comment je dois jouer "

Tu as conscience que ton langage corporel sur le terrain, parfois, te dessert ?

POGBA : Peut-être. Mais j'ai toujours été comme ça. Ce que j'ai gagné, je l'ai gagné en étant comme ça. Je suis comme ça. C'est mon style de jeu. Tu ne vas pas critiquer un Messi quand il marche sur le terrain.

Donc tu es comme ça, il faut qu'on l'intègre ?

POGBA : (Il poursuit.) Il met trois buts et tu vas dire : " Ah, mais il marche sur le terrain " ? Non. (L'air remonté.) On ne peut pas me dire comment je dois jouer. Si j'en suis là aujourd'hui, c'est comme je suis. Personne ne m'a dit comment je dois être. C'est mon football, c'est tout. Que les gens aiment ou pas ! J'ai besoin de ça pour qu'on m'aime ? J'ai besoin de ça pour que les gens me jugent autrement ? Ou qu'ils parlent mieux de moi ?

Non, mais peut-être que tu susciterais moins d'agacement. On se dit que tu peux tout casser mais ton attitude peut agacer.

POGBA : Il peut tout casser... O.K. Maintenant, je te pose une question. Toi, t'es coach de Paul, tu me mets où et tu me dis quoi ? Tu veux quoi de moi ?

À gauche dans un milieu à trois et je te dis de faire ce qu'il faut dans le replacement mais dete projeter car, derrière toi, ça tient la baraque.

POGBA : D'accord. Pourquoi ? Parce que tu penses que c'est là où je suis le meilleur et que je peux tout casser. Donc, tu veux me mettre dans les meilleures conditions. Je suis plus in?uent comme ça et je me sens le mieux comme ça, c'est ce que je t'aurais dit. Mais si ce n'est pas le cas, on fait comment ?

On change de système et on te sort de l'équipe.

POGBA : On me sort de l'équipe... Ça veut dire que c'est un problème, que si on me met comme ça dans ce milieu à trois, que c'est pour moi, qu'on fait une équipe en fonction de moi. Donc si ça ne marche pas, la responsabilité est sur moi. Et tu trouves ça juste ? Imagine, je suis dans un bon jour mais on ne gagne pas. Les critiques vont être sur qui ? Sur moi ! Et si on n'a pas le ballon on fait comment ? Parce que je suis in?uent si on a le ballon. C'est injuste, ce n'est pas normal. On n'est pas normal de toute façon.

" Les critiques ne vont pas me changer "

Quand tu dis " on ", c'est qui ?

POGBA : C'est moi. Je ne suis pas normal. Je ne suis pas jugé comme tout le monde donc je ne suis pas normal. Et je prends ça comme un challenge, tu peux le souligner.

Mais tu comprends que le décalage entre tes performances sur le terrain et tes attitudes, ton image, ton apparence, en gros ce que tu dégages en dehors, entraîne des critiques plus virulentes ?

POGBA : C'est marrant. Si je m'habille avec de l'orange ou une couleur qui ?ashe et que je ne suis pas bon, on va dire : " Ah, Paul, il s'occupe pas assez du foot. " O.K. Mais toute ma vie j'ai été comme ça. Toute ma vie ! Même quand je n'étais pas professionnel.

Prenons l'exemple de la série Pogba Mondial sur Canal+. C'est critiqué, ça parle de mise en scène et de mauvais timing parce que tu n'as pas été à ton meilleur niveau cette saison.

POGBA : Donc, pour faire ça, il faut avoir un Ballon d'Or ? Mais, de toute façon, ce n'est pas pour ces gens-là. Il y aura toujours des gens qui penseront : " Ah, il se la raconte ; ah, il en rajoute. " Et chacun a le droit d'avoir son opinion. T'as le droit de me critiquer, de parler. Mais ça ne va pas me changer ! (Il rit.) Ce qui est marrant, c'est qu'ils peuvent critiquer tout ce qu'ils veulent, je ne vais pas les écouter. Ils me critiquent pour quoi ? Pour que je change ? Tu vas me dire quoi ? " Ah, Paul, il doit être plus fort que ça. Paul il est surcoté. Paul, il est pas si fort qu'on le dit. " T'as le droit de penser ça. Mais ça ne va pas me faire changer comment je suis.

Aujourd'hui, je ne peux pas parler de Ballon d'Or. Bien sûr que non. " - Paul Pogba

Mais tu ne te dis pas vas-y...

POGBA : (Il coupe.) Pourquoi ? Si on perd, que je ne suis pas bon et que l'équipe aussi n'est pas bonne, on va plus tirer sur moi que sur d'autres. Ce n'est pas grave. Je déteste perdre et si on perd c'est qu'on n'a pas fait le maximum, moi le premier. Mais si je marque, que je porte mes habits, que je danse, que je suis moi, ils vont dire quoi ? Quand je fais mon truc Canal+ et que je mets mon doublé contre Manchester City... Qui est le milieu de terrain le plus décisif de Manchester ? Est-ce que les gens parlent de ça ? Non, on s'en fout de ça. Je suis venu pour ça, pour apporter, pour gagner des titres, oui. Mais Matic aussi, Herrera aussi. Je ne suis pas tout seul. Ce n'est pas un milieu de terrain à un.

Paul Pogba : " Je veux laisser une empreinte. ", BELGAIMAGE
Paul Pogba : " Je veux laisser une empreinte. " © BELGAIMAGE

" Les caméras ne me changent pas "

Tu étais le joueur le plus cher du monde à l'époque...

POGBA : Oui. Mais être le joueur le plus cher, ça ne veut pas dire que je dois marquer, être attaquant, ou être jugé autrement. Ça n'a rien à voir avec le joueur. Vous allez parler avec Ed Woodward (vice-président exécutif de MU) et le président de la Juve, ce n'est pas moi qui ai pris l'argent. C'est le système, que les gens le veuillent ou non, c'est comme ça. Ça ne sert à rien de chercher des trucs. Les gens vont parler mal de moi. Mais je vais bosser pour moi. Moi ! Si je gagne un trophée, c'est moi qui le gagne. Pourquoi ? Parce que je serais sur le terrain. Je sais que les paroles des médias sont in?uentes. Aux gens, je lance ce message : moi, on ne me juge pas comme les autres milieux. Mais on bosse et on avance.

Le Paul Pogba qu'on voit devant les caméras, c'est le vrai ?

POGBA : Toujours. Les caméras ne me changent pas. Je peux être dans une voiture de 100 000 ? et qu'on dise que je suis fou, arrogant, et dans une voiture de 700 ?, une petite Clio du quartier, je serais toujours content. Je sais d'où je viens. J'ai grandi mais je n'ai pas oublié. Dieu merci, j'ai ce que j'ai aujourd'hui par mon boulot. Mais ça ne me change pas. Ce que les gens pensent ne me change pas. Et puis, je ne les connais pas.

Tu as vingt-cinq ans, tu arrives à te décrire désormais ?

POGBA : Ouais... (Il ré?échit.) Je suis l'homme qui est jugé autrement. C'est ça. Tu pourras le mettre comme titre : Pogba, jugé autrement.

Mais qui es-tu vraiment ? Quel homme se cache derrière les apparences ?

POGBA : Personne d'autre. C'est moi. Tu peux me rencontrer ici ou ailleurs, c'est pareil. Après, c'est à toi de dire celui que tu vois. Je suis moi, pas un autre, et je reste moi. Je m'habille comme ça et avant je m'habillais comme ça. Et si j'ai du style, c'est pas de ma faute ! (Il sourit.) Les gens qui ne me connaissaient pas, désolé, mais j'ai toujours été comme ça. Je n'ai pas changé. Le football a toujours été un amusement, mon amour, je suis amoureux du foot. Grâce à Dieu, c'est devenu mon travail. Mais je le prends toujours avec plaisir et le sourire, même quand je suis concentré.

" Je veux être une légende "

Quelle trace veux-tu laisser ? Tu voulais devenir une légende, tu en es déjà une ?

POGBA : (Il rit.) On veut...

Tu recommences avec le " on ".

POGBA : Je parle de tous les footballeurs. Bien sûr, je veux être une légende. Je veux laisser mon nom. Que les jeunes regardent et disent : " Moi, je voudrais être comme Pogba. " Leur donner cette envie de faire une carrière à la Pogba, voire plus.

Tu as besoin d'amour ?

POGBA : Non, pas particulièrement. En tout cas pas des médias.

La France te manque ?

POGBA : Non. Je viens souvent en France, ça va. J'y ai mes amis. Franchement, j'aime la France. Je suis de Paris.

Paris, c'est chez toi. Le PSG et toi réunis, ça semble écrit.

POGBA : Euh... Je suis à Manchester, j'ai mon contrat ici pour l'instant. Le reste c'est des paroles. Voilà, c'est tout. Je suis concentré sur la Coupe du monde, le reste...

Ce serait le pied de jouer avec Neymar et Mbappé ?

POGBA : C'est toujours bien de jouer avec de grands joueurs. Mais ça ne veut pas dire que je veux partir là-bas.

Avec Mbappé, entre autres, il ya déjà une Coupe du monde à aller chercher.

POGBA : Ce serait top. C'est tout ce que je veux, pour l'équipe, pour la France, pour moi, pour vous les médias.

Vous allez le faire ?

POGBA : Je ne peux pas le dire. On a les capacités pour, mais beaucoup d'équipes les ont aussi.

Mais en tant que patron, dans le vestiaire, tu pourrais le dire : " Ça, on va le faire " à tes partenaires...

POGBA : C'est sûr. Mais la première chose à dire, là, maintenant, c'est que je donne rendez-vous à tout le monde le 15 juillet.

PAUL POGBA

- 25 ans. Né le 15 mars 1993, à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne).

- 1,88 m ; 80 kg.

- Milieu. International A (52 sélections, 9 buts).

PARCOURS

US Roissy-en-Brie (1999-2006), US Torcy (2006-07), Le Havre (2007-2009), Manchester United (ANG, 2009-2012), Juventus Turin (ITA, août 2012-2016) et Manchester United (ANG, depuis juillet 2016).

PALMARÈS

Ligue Europa 2017 ; Championnat d'Italie 2013, 2014, 2015 et 2016 ; Coupe d'Italie 2015 et 2016 ; Coupe de la League d'Angleterre 2017 ; Supercoupe d'Italie 2013 et 2015 ; Championnat du monde des moins de 20 ans 2013.

Si tu étais gamin aujourd'hui, serais-tu fan de Paul Pogba ? PAUL POGBA : Oui, je pense. Je serais fan. Qu'est-ce qui te plairait chez lui ? POGBA : Je vais me saucer de fou, là. (Il rit en se tournant vers un ami présent.) Il est pareil sur le terrain et en dehors, il prend du plaisir. Il est lui-même, il kiffe toujours et ne se la raconte pas. Si j'étais un jeune, il me donnerait envie de réaliser mes rêves. Il te fait réaliser que tu peux réussir. Tu aimes le joueur que tu es devenu ? POGBA : Bien sûr. Je suis fier de mon parcours. On se dit toujours qu'on peut faire plus, qu'on peut pousser pour être encore meilleur mais il ne faut pas être trop dur avec sa personne. Il y a des choses qui arrivent aussi avec le temps, qui vont s'améliorer. Tu ne peux pas avoir tout, tout de suite. Mais es-tu celui que tu voulais devenir ? POGBA : Ma carrière n'est pas finie, je ne peux pas dire ça maintenant. Il reste du boulot. J'espère encore progresser et m'améliorer, gagner un maximum de titres. Pour l'instant, je ne suis pas là où je veux être. Tu emploies enfin le " je ". Depuis le début, c'était " on " ou " tu ". C'est mieux avec le " je ". À ton avis, qu'est-ce qu'on pense de toi ? POGBA : Ce n'est pas à mon avis. C'est la vérité. Des personnes pensent que je suis arrogant, peut-être, que je ne prends pas les choses au sérieux, que je suis trop dans les réseaux, que je ne me concentre pas que sur mon foot mais sur les sponsors. Et d'autres pensent que Paul est cool, bien, qu'il travaille, qu'il prend du plaisir, qu'il est souriant, qu'il ne change pas, qu'il dit ce qu'il pense et qu'il fait ce qu'il veut faire. Beaucoup de gens sont fiers de ce que je fais et de ce que je représente. Quand ils me voient en personne, les gens sont surpris et se disent que je suis vraiment gentil. De l'extérieur, ils n'ont pas cette image et pensent que je suis une star, arrogant, que je vais les regarder de haut. C'est marrant. En fait, je suis juste moi. Ceux qui ne me connaissent pas regardent les apparences. Tu as envie que ceux qui ont une mauvaise opinion de toi changent d'avis ? POGBA : Je ne vis pas pour les gens, pour ce qu'ils pensent, pour qu'ils disent que je suis gentil, bien, le meilleur, parfait. Chacun a son opinion. Et je respecte ça. Je joue au foot, je fais ce que j'aime. Mes proches me soutiennent. Ils ont plus d'importance. On ne peut pas aimer tout le monde et être aimé de tout le monde. Ce serait la perfection et rien n'est parfait dans ce monde. Je ne serais pas touché si une personne me dit : " Je ne t'aime pas. " Tu as le droit. Tu n'es pas obligé de m'aimer. Quand on t'a en face, qu'il y a une rencontre et un échange, tu donnes envie de t'aimer. Alors que, sur un terrain, tu peux être franchement agaçant. POGBA : Tant mieux. Je préfère qu'on m'aime pour ce que je suis. Sur le terrain, t'as le droit de ne pas aimer comment je joue, saute ou tire. En dehors, c'est autre chose. L'homme est plus important. Si on te dit que tu es un mystère, en tant qu'homme, en tant que joueur, sur le niveau que tu as et que tu peux atteindre, sur ton poste aussi, tu en penses quoi ? POGBA : Tout est un mystère. J'ai vingt-cinq ans. J'ai fait quatre ans à la Juventus, je jouais et on gagnait. À Manchester, on a aussi gagné des titres, j'ai des meilleures stats mais je suis plus critiqué. Donc, c'est selon l'équipe. Quand elle ne va pas, le joueur ne va pas mais on met tout sur lui. Quand elle va bien, le joueur aussi. Je ne stagne pas, je pense que je progresse et je peux encore progresser. On me regarde tellement. On veut toujours mettre les choses sur moi. Le football, ce n'est pas qu'un joueur et tout ne dépend pas de lui. Tu es passé du statut de future superstar à celui de déception. C'est injuste ? POGBA : Je ne vois pas ce que les gens disent sur moi. Seul le terrain montre... Il y avait tellement d'attentes... POGBA : Mais en fait c'est ça, il faut dire quelles étaient les attentes. On a pu penser que tu pouvais devenir le meilleur milieu de terrain du monde et le patron de l'équipe de France. POGBA : O.K. D'accord. (Déterminé.) Je ne veux jamais dire que je suis le meilleur, O.K. ? Patron de l'équipe de France... Faut me dire : qui est le patron de l'équipe de France ? Qui sont les patrons de l'équipe de France ? Il y a un manque à ce niveau-là... POGBA : Il y a un manque. Et c'est à toi d'y aller. POGBA : O.K., c'est à moi d'y aller. Je peux jouer à droite, à gauche, en sentinelle. Je me sens à l'aise mais ce n'est pas comme si j'étais toujours dans les meilleures conditions. C'est comme si on me disait : " Je veux que tu sois patron " mais qu'on ne me donne pas les clés, ou " Je te donne cette maison mais tu n'as pas les clés ". Il y a des choses qui ne dépendent pas de moi, c'est aussi l'équipe. Et puis, si je ne suis pas décisif, on va dire que je n'ai pas fait un bon match. Le jugement est plus dur pour toi que pour les autres ? On fait une fixette sur toi ? POGBA : On ne me juge pas comme un milieu de terrain. Je suis un 8. Je marque des buts. D'autres à mon poste n'en marquent pas, ne sont pas décisifs mais je suis moins bon qu'eux. Donc, moi, on me juge sur quoi ? Sur mon poste ? Sur mes passes décisives ? Sur le jeu ? Les dribbles ? Sur quoi ? On va dire : " Paul il peut tout faire. " D'accord. Mais tu peux tout faire ? POGBA : Je peux tout faire. O.K., Paul il peut tout faire. Mais si aujourd'hui le coach me dit " Tu restes milieu défensif ", je vais faire quoi ? J'écoute les médias ou mon coach ? Je ne contrôle pas tout. Paul, il doit être plus décisif... Je fais des choses que des milieux ne font pas mais eux ne sont pas jugés comme ça, juste sur récupérer des ballons et faire le milieu. Déjà, on me compare avec des 10, des attaquants... Justement, est-ce que tu ne serais pas un milieu frustré ? POGBA : Je suis un 8 et je dois être jugé comme tel. Si je peux faire plus, je fais plus et tant mieux pour l'équipe. Mais ce n'est pas le joueur qui décide, il y a l'entraîneur, un système, plein de choses. Tout ce que j'entends...Ce n'est pas moi qui fais l'équipe et il y a des choses que je ne peux pas faire. Ça te touche, ce que tu entends ? POGBA : Non. Parce que je joue pour l'équipe. Mais, à un moment, il faut savoir. Paul doit être patron, oui, les gens en dehors le pensent, moi aussi. Je suis un des plus anciens avec Deschamps. Je veux être patron de l'équipe de France. Mais ce n'est pas que moi. Je veux prendre les rênes de l'équipe mais il faut que je sois aussi dans les meilleures conditions. Je ne dis pas que je veux qu'on change tout pour moi, ce n'est pas ça. Si je dois jouer arrière droit, je le ferai à fond. Tu penses être un casse-tête pour tes entraîneurs ? POGBA : Je ne sais pas. Il faut voir avec eux. Il y a l'équipe, le coach doit faire des choix. S'il pense qu'il doit me mettre sur le banc parce que je n'ai pas été bon ou qu'il préfère changer de système, c'est son choix. Cette année, j'ai été sur le banc. Pourquoi ? J'ai été blessé. Puis j'ai eu un virus. Contre Newcastle, on m'a sorti, j'avais un virus et je ne pouvais pas respirer. Personne ne savait, seulement l'intérieur, moi, le doc, et je ne suis pas parti pleurer dans les médias pour dire que je n'étais pas bien. Il y avait quand même un problème avec Mourinho... POGBA : Je ne suis pas le coach. Il faut voir avec lui. Il a fait ses choix. Mais tu as eu des discussions avec lui ? POGBA : Pas forcément. Il m'a sorti, comme ça. Comme je dis, je fais mon boulot, il fait le sien. Qu'est-ce qui te manque pour devenir Ballon d'Or ? POGBA : Il y a du boulot, il faut être beaucoup plus constant, meilleur. Aujourd'hui, je ne peux pas parler de Ballon d'Or ou de quoi que ce soit, bien sûr que non. Donc tu penses que tu dois être meilleur ? POGBA : Je dois progresser et être meilleur. Prenons l'exemple du maestro Iniesta. C'est un leader pour son équipe mais il ne va pas être jugé sur ses buts. J'ai mis neuf buts la saison passée (toutes compétitions confondues avec MU) et là six. On va dire quoi ? Qu'il a fait une bonne saison, Paul ? Non, on va toujours dire que ce n'est pas assez. Mais, à la base, ce n'est pas mon rôle de marquer. N'Golo Kanté, on le juge sur ses buts, sur ses passes décisives ? Non. Mais il a été élu meilleur joueur français de l'étranger et meilleur joueur de Premier League l'an dernier. Parce qu'il fait son boulot et qu'il est le meilleur au monde dans son rôle. Il a été jugé sur ça, sur son influence, sa récupération du ballon, son rôle. Tout le monde doit être jugé comme ça. Toi tu ne l'es pas ? POGBA : Non. Mais c'est comme ça et je le prends bien. Je me dis : " Ah, on ne me juge pas comme les autres. Vas-y, c'est pas grave, c'est un challenge. " Mais tu n'es pas comme les autres. POGBA : Ouais. C'est un avantage et un désavantage. Mais on doit me juger comme les autres. Pat (Évra) m'a parlé et m'a dit : " Toi, c'est comme ça. " Je ne veux pas faire comme tout le monde. J'essaye de faire quelque chose d'autre. C'est pas grave, on me juge. J'essaye de répondre sur le terrain. Tu aimes être différent ? Tu as besoin de te différencier ? POGBA : Oui, je suis comme ça. Ça (il se montre), c'est moi. Tu veux attirer l'attention ? POGBA : Non. En fait, je suis moi. Aujourd'hui, les habits que je mets, tu ne pourras pas les mettre, ça ne va pas t'aller. (Rires.) Tu vois, ça c'est mon style, c'est juste moi, c'est Paul. Donc, tu aimes qu'on fasse attention à toi ? POGBA : Ce n'est pas que j'aime ça et je n'ai jamais fait ça pour qu'on m'aime. J'aime être différent des autres. Mais pas pour qu'on se dise : " Ah, lui, il veut être différent. " Si on a la même paire de chaussures, je ne voudrais pas la même couleur que toi. Je veux ma couleur. Et toi, tu prends la tienne. Je n'aime pas avoir les mêmes choses que les autres. Tu as conscience que ton langage corporel sur le terrain, parfois, te dessert ? POGBA : Peut-être. Mais j'ai toujours été comme ça. Ce que j'ai gagné, je l'ai gagné en étant comme ça. Je suis comme ça. C'est mon style de jeu. Tu ne vas pas critiquer un Messi quand il marche sur le terrain. Donc tu es comme ça, il faut qu'on l'intègre ? POGBA : (Il poursuit.) Il met trois buts et tu vas dire : " Ah, mais il marche sur le terrain " ? Non. (L'air remonté.) On ne peut pas me dire comment je dois jouer. Si j'en suis là aujourd'hui, c'est comme je suis. Personne ne m'a dit comment je dois être. C'est mon football, c'est tout. Que les gens aiment ou pas ! J'ai besoin de ça pour qu'on m'aime ? J'ai besoin de ça pour que les gens me jugent autrement ? Ou qu'ils parlent mieux de moi ? Non, mais peut-être que tu susciterais moins d'agacement. On se dit que tu peux tout casser mais ton attitude peut agacer.POGBA : Il peut tout casser... O.K. Maintenant, je te pose une question. Toi, t'es coach de Paul, tu me mets où et tu me dis quoi ? Tu veux quoi de moi ? À gauche dans un milieu à trois et je te dis de faire ce qu'il faut dans le replacement mais dete projeter car, derrière toi, ça tient la baraque.POGBA : D'accord. Pourquoi ? Parce que tu penses que c'est là où je suis le meilleur et que je peux tout casser. Donc, tu veux me mettre dans les meilleures conditions. Je suis plus in?uent comme ça et je me sens le mieux comme ça, c'est ce que je t'aurais dit. Mais si ce n'est pas le cas, on fait comment ? On change de système et on te sort de l'équipe.POGBA : On me sort de l'équipe... Ça veut dire que c'est un problème, que si on me met comme ça dans ce milieu à trois, que c'est pour moi, qu'on fait une équipe en fonction de moi. Donc si ça ne marche pas, la responsabilité est sur moi. Et tu trouves ça juste ? Imagine, je suis dans un bon jour mais on ne gagne pas. Les critiques vont être sur qui ? Sur moi ! Et si on n'a pas le ballon on fait comment ? Parce que je suis in?uent si on a le ballon. C'est injuste, ce n'est pas normal. On n'est pas normal de toute façon. Quand tu dis " on ", c'est qui ? POGBA : C'est moi. Je ne suis pas normal. Je ne suis pas jugé comme tout le monde donc je ne suis pas normal. Et je prends ça comme un challenge, tu peux le souligner. Mais tu comprends que le décalage entre tes performances sur le terrain et tes attitudes, ton image, ton apparence, en gros ce que tu dégages en dehors, entraîne des critiques plus virulentes ? POGBA : C'est marrant. Si je m'habille avec de l'orange ou une couleur qui ?ashe et que je ne suis pas bon, on va dire : " Ah, Paul, il s'occupe pas assez du foot. " O.K. Mais toute ma vie j'ai été comme ça. Toute ma vie ! Même quand je n'étais pas professionnel. Prenons l'exemple de la série Pogba Mondial sur Canal+. C'est critiqué, ça parle de mise en scène et de mauvais timing parce que tu n'as pas été à ton meilleur niveau cette saison. POGBA : Donc, pour faire ça, il faut avoir un Ballon d'Or ? Mais, de toute façon, ce n'est pas pour ces gens-là. Il y aura toujours des gens qui penseront : " Ah, il se la raconte ; ah, il en rajoute. " Et chacun a le droit d'avoir son opinion. T'as le droit de me critiquer, de parler. Mais ça ne va pas me changer ! (Il rit.) Ce qui est marrant, c'est qu'ils peuvent critiquer tout ce qu'ils veulent, je ne vais pas les écouter. Ils me critiquent pour quoi ? Pour que je change ? Tu vas me dire quoi ? " Ah, Paul, il doit être plus fort que ça. Paul il est surcoté. Paul, il est pas si fort qu'on le dit. " T'as le droit de penser ça. Mais ça ne va pas me faire changer comment je suis. Mais tu ne te dis pas vas-y... POGBA : (Il coupe.) Pourquoi ? Si on perd, que je ne suis pas bon et que l'équipe aussi n'est pas bonne, on va plus tirer sur moi que sur d'autres. Ce n'est pas grave. Je déteste perdre et si on perd c'est qu'on n'a pas fait le maximum, moi le premier. Mais si je marque, que je porte mes habits, que je danse, que je suis moi, ils vont dire quoi ? Quand je fais mon truc Canal+ et que je mets mon doublé contre Manchester City... Qui est le milieu de terrain le plus décisif de Manchester ? Est-ce que les gens parlent de ça ? Non, on s'en fout de ça. Je suis venu pour ça, pour apporter, pour gagner des titres, oui. Mais Matic aussi, Herrera aussi. Je ne suis pas tout seul. Ce n'est pas un milieu de terrain à un. Tu étais le joueur le plus cher du monde à l'époque...POGBA : Oui. Mais être le joueur le plus cher, ça ne veut pas dire que je dois marquer, être attaquant, ou être jugé autrement. Ça n'a rien à voir avec le joueur. Vous allez parler avec Ed Woodward (vice-président exécutif de MU) et le président de la Juve, ce n'est pas moi qui ai pris l'argent. C'est le système, que les gens le veuillent ou non, c'est comme ça. Ça ne sert à rien de chercher des trucs. Les gens vont parler mal de moi. Mais je vais bosser pour moi. Moi ! Si je gagne un trophée, c'est moi qui le gagne. Pourquoi ? Parce que je serais sur le terrain. Je sais que les paroles des médias sont in?uentes. Aux gens, je lance ce message : moi, on ne me juge pas comme les autres milieux. Mais on bosse et on avance. Le Paul Pogba qu'on voit devant les caméras, c'est le vrai ? POGBA : Toujours. Les caméras ne me changent pas. Je peux être dans une voiture de 100 000 ? et qu'on dise que je suis fou, arrogant, et dans une voiture de 700 ?, une petite Clio du quartier, je serais toujours content. Je sais d'où je viens. J'ai grandi mais je n'ai pas oublié. Dieu merci, j'ai ce que j'ai aujourd'hui par mon boulot. Mais ça ne me change pas. Ce que les gens pensent ne me change pas. Et puis, je ne les connais pas. Tu as vingt-cinq ans, tu arrives à te décrire désormais ? POGBA : Ouais... (Il ré?échit.) Je suis l'homme qui est jugé autrement. C'est ça. Tu pourras le mettre comme titre : Pogba, jugé autrement. Mais qui es-tu vraiment ? Quel homme se cache derrière les apparences ? POGBA : Personne d'autre. C'est moi. Tu peux me rencontrer ici ou ailleurs, c'est pareil. Après, c'est à toi de dire celui que tu vois. Je suis moi, pas un autre, et je reste moi. Je m'habille comme ça et avant je m'habillais comme ça. Et si j'ai du style, c'est pas de ma faute ! (Il sourit.) Les gens qui ne me connaissaient pas, désolé, mais j'ai toujours été comme ça. Je n'ai pas changé. Le football a toujours été un amusement, mon amour, je suis amoureux du foot. Grâce à Dieu, c'est devenu mon travail. Mais je le prends toujours avec plaisir et le sourire, même quand je suis concentré. Quelle trace veux-tu laisser ? Tu voulais devenir une légende, tu en es déjà une ? POGBA : (Il rit.) On veut... Tu recommences avec le " on ".POGBA : Je parle de tous les footballeurs. Bien sûr, je veux être une légende. Je veux laisser mon nom. Que les jeunes regardent et disent : " Moi, je voudrais être comme Pogba. " Leur donner cette envie de faire une carrière à la Pogba, voire plus. Tu as besoin d'amour ? POGBA : Non, pas particulièrement. En tout cas pas des médias. La France te manque ? POGBA : Non. Je viens souvent en France, ça va. J'y ai mes amis. Franchement, j'aime la France. Je suis de Paris. Paris, c'est chez toi. Le PSG et toi réunis, ça semble écrit.POGBA : Euh... Je suis à Manchester, j'ai mon contrat ici pour l'instant. Le reste c'est des paroles. Voilà, c'est tout. Je suis concentré sur la Coupe du monde, le reste... Ce serait le pied de jouer avec Neymar et Mbappé ? POGBA : C'est toujours bien de jouer avec de grands joueurs. Mais ça ne veut pas dire que je veux partir là-bas. Avec Mbappé, entre autres, il ya déjà une Coupe du monde à aller chercher.POGBA : Ce serait top. C'est tout ce que je veux, pour l'équipe, pour la France, pour moi, pour vous les médias. Vous allez le faire ? POGBA : Je ne peux pas le dire. On a les capacités pour, mais beaucoup d'équipes les ont aussi. Mais en tant que patron, dans le vestiaire, tu pourrais le dire : " Ça, on va le faire " à tes partenaires...POGBA : C'est sûr. Mais la première chose à dire, là, maintenant, c'est que je donne rendez-vous à tout le monde le 15 juillet.