Krasniòw, petit hameau dans les environs de Cracovie, au sud de la Pologne. C'est ici que sont implantées les racines de PauloDybala. Il y a 70 ans, un dénommé Boleslaw décide de quitter un pays ravagé par le second conflit mondial. Direction l'Argentine à la recherche d'une existence meilleure, sans adresse, sans contact. L'immigration pure et dure. Il s'installe à Laguna Larga, bourg de 8000 âmes à quelques encablures de Cordoba et y fait sa vie.
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Krasniòw, petit hameau dans les environs de Cracovie, au sud de la Pologne. C'est ici que sont implantées les racines de PauloDybala. Il y a 70 ans, un dénommé Boleslaw décide de quitter un pays ravagé par le second conflit mondial. Direction l'Argentine à la recherche d'une existence meilleure, sans adresse, sans contact. L'immigration pure et dure. Il s'installe à Laguna Larga, bourg de 8000 âmes à quelques encablures de Cordoba et y fait sa vie. Son premier rejeton, Adolfo, devient l'une des stars du club local. On le surnomme " ElChancho " c'est-à-dire " le cochon " pour la dureté de ses interventions. Un ailier droit recyclé défenseur central et qui aurait pu faire une bien meilleure carrière s'il avait mieux su se mettre en avant selon les témoignages du coin. Qu'importe, il tentera de se rattraper avec ses trois fils. Gustavo échoue, Mariano y arrive presque, reste le petit dernier, Paulo, qui ne quitte plus le ballon depuis qu'il en a fait sa connaissance dès son plus jeune âge. Dans un documentaire du Polonais MateuszSwiecick, l'intéressé n'hésite pas à affirmer : " Je pense que c'est surtout grâce à la persévérance de mon père et non la mienne que j'ai pu réaliser notre rêve commun. " A l'âge de 8 ans, un essai pourtant concluant aux Newell's Old Boys ne convainc pas le paternel qui préfère diriger son fiston vers l'Instituto de Cordoba. Là, dix minutes suffisent et l'accord est signé. Sous le regard bienveillant mais surtout exigeant d'Adolfo, Paulo s'illustre à la moyenne de deux buts par match. " Mais cela ne suffisait pas pour papa qui s'énervait à cause des erreurs que je faisais ", dit Paulo. " Il voulait que j'apprenne et progresse le plus rapidement possible. " Un lien fort brisé par une tragédie. Dybala a 15 ans et voit son père emporté par une tumeur au pancréas : " Aujourd'hui encore, il m'arrive de rêver de lui et de me réveiller en pleurs ", confie-t-il. Le soutien de sa mère et de ses deux frères pour l'encourager à poursuivre est fondamental car la tentation de tout plaquer est très forte. Finalement, il se cloître dans les infrastructures qui hébergent les joueurs du centre de formation et devient " El Pibe de la pension ". Un isolement qui paye et qui lui permet de succéder aux champions du monde 78 OsvaldoArdiles et MarioKempes. A l'âge de 17 ans et demi, le coach DarioFranco le titularise lors de la première journée du championnat de seconde division argentine contre Huracan : " Je suis resté en silence pendant tout le voyage en bus, même dans le vestiaire je n'ai pas parlé. Un à un, les anciens m'ont glissé un mot d'encouragement. Ce sont des choses qu'on n'oublie pas. Le premier ballon que je touche se transforme en passe décisive pour mon coéquipier. Nous l'emportons 2-0 ", racontait-il au magazine GuerinSportivo. Dès le match suivant, face à l'Adosivi, il fait trembler les filets et devient le plus jeune buteur de l'histoire du club en effaçant justement Kempes des tablettes. Dybala ne sort plus du onze de départ et conduit ses coéquipiers jusqu'à la 3e place de la saison régulière, marquant 17 buts. La défaite en barrages contre San Lorenzo est difficile à avaler, à tel point qu'il ne peut retenir ses larmes. Néanmoins, cela ne fait aucun doute, l'énième perle argentine est bien née. Les cadors nationaux s'y intéressent mais la pampa est le terrain de chasse d'une personne en particulier. Si MaurizioZamparini est bourré de défauts (notamment sa facilité à lourder les entraîneurs), il possède cependant une énorme qualité : un flair incroyable concernant les Sud-Américains au fort potentiel. En réalité, le joueur est sur les tablettes de Palerme depuis un bon moment et l'intention est d'anticiper les concurrents aux plus gros moyens, qui risquent d'être mis au parfum par leurs scouts, comme l'Inter. Ainsi, le club sicilien n'hésite pas à sortir le chéquier et débourse pas moins de 12 millions d'euros pour un môme qui n'a qu'une saison en D2 argentine sur son CV. Dybala devient alors le plus gros transfert de l'histoire de Palerme, à seulement 18 ans. Son arrivée en Europe durant l'été 2012 est facilitée par l'obtention du passeport polonais, tandis que les démarches pour son équivalent italien sont effectuées. En effet, comme la grande majorité de ses compatriotes, Paulo possède un ancêtre dans la Botte : il s'agit de sa grand-mère maternelle originaire de Naples. Les chiffres de la transaction attirent le regard des médias. Il en souffrira indéniablement. Le contexte n'est pas non plus idéal, Zamparini est plus imprévisible que jamais et change quatre fois d'entraîneur. Difficile de trouver ses repères. Tantôt titularisé par Gian Piero Gasperini, tantôt ignoré par GiuseppeSannino et en concurrence avec un certain FabrizioMiccoli, véritable légende locale. Heureusement, la très nombreuse colonie argentine (neuf autres éléments en tout) lui fait passer le mal du pays. En deux mois, Dybala ne dispute que trois bouts de matches et inscrit ses premières réalisations face à la Sampdoria, un doublé synonyme de victoire. Nous sommes en novembre, on pense au fameux déclic, il ne fera mouche qu'une autre fois, contre la Lazio. 3 buts en 27 apparitions et seulement 11 titularisations, tandis que Palerme a coulé vers une inexorable relégation. Cela fait beaucoup pour les frêles épaules de celui qui a été rebaptisé " U picciriddu ", soit " le gamin " en dialecte sicilien. On est bien loin de " LaJoya " le sobriquet avec lequel il avait débarqué et qui signifie " le bijou ". A l'étage inférieur, on se dit que tout sera plus facile pour lui, et les paroles de GennaroGattuso, son nouvel entraîneur, vont dans ce sens : " Il a quelque chose en plus, il a trois pages d'avance sur le manuel du football par rapport aux autres. " Mais les séances d'entraînement sont une chose, les matches une autre. Dans le bourbier de la Serie B, l'Argentin peine à s'imposer. Très vite, GiuseppeIachini prend place sur le banc de touche et n'hésite pas à lui préférer KyleLafferty, un Nord-Irlandais qui ne possède pas le dixième de son talent mais peut vanter un fightingspirit plus utile à ce niveau. Les matches s'enchaînent, les buts se font attendre. Constamment remplacé, incapable de faire la différence, il doit attendre mars pour frapper à nouveau et mettre fin à une année de disette. Les derniers mois de la saison permettent de redorer le bilan (5 buts en 28 rencontres) et l'objectif collectif est atteint avec une remontée immédiate, mais une question se pose toujours plus fréquemment : valait-il tout cet argent ? Durant cette période de doutes, Dybala peut compter sur un soutien de poids, Zamparini se comporte comme un second père et croit fort en lui. Mieux, il invite ses différents techniciens à continuer de miser dessus. " J'ai eu du mal à m'adapter, c'est vrai, mais je devais juste comprendre ce nouveau football. Cela faisait partie d'un processus de progression. Je n'ai jamais regretté mon choix, même pas quand on est descendu en Serie B. Au contraire, c'était une expérience importante qui m'a permis de jeter les bases pour la suite ", expliquait-il. Tout vient à point à qui sait attendre. La cellule de recrutement de Palerme avait bien vu juste. La première partie de saison 2014-15 subit l'ouragan Dybala, en duo avec son compatriote FrancoVazquez, il enchaîne les prestations de haut vol pour atteindre le score de 10 buts et 6 passes décisives en un demi-championnat. Iachini a décidé de l'aligner seul en pointe, et malgré son petit gabarit et son jeune âge, LaJoya se fait respecter : " C'est un mix entre PaoloRossi et VincenzoMontella, il se convainc petit à petit de jouer avant-centre, mais je travaille sur lui comme attaquant de soutien voire numéro dix. Son futur est dans un top club ", déclarait l'entraîneur à la casquette. Prophétique même si, à ce moment-là, son avenir est déjà tout tracé. La phase retour moins impressionnante (il atteint au final le score de 13 buts) n'empêche pas le jeu des enchères : Milan, l'Inter et la Juve sont sur le coup et c'est cette dernière qui emporte finalement le morceau moyennant un chèque de 40 millions, bonus compris. Comme pour JavierPastore, vendu 43 millions au PSG quatre ans plus tôt, Zamparini a encore réussi son coup et peut laisser partir son fils prodige le coeur léger et les poches pleines. A Turin, Dybala repart de zéro et réenfile l'habit de joueur onéreux. Dans sa glorieuse histoire, la VieilleDame n'a payé que trois autres joueurs plus cher : GianluigiBuffon, LilianThuram et PavelNedved. Un acte de confiance qu'il va falloir assumer. La saison démarre idéalement avec la victoire en Supercoupe d'Italie contre la Lazio et le but du 2-0. Trompeur, la reprise du championnat est catastrophique, le pire départ que la Juve ait jamais connu. Le quadruple tenant du titre est à la traîne, les critiques fusent et le fantôme de CarlosTevez plane au-dessus du centre d'entraînement de Vinovo. En choisissant le club turinois, Dybala s'est exposé aux comparaisons avec son compatriote. Mentalement, il va craquer, c'est certain. Or, c'est l'inverse qui se produit. Après quelques doutes initiaux, MassimilianoAllegri décide de l'aligner régulièrement malgré une concurrence redoutable composée de MarioMandzukic, AlvaroMorata, SimoneZaza et JuanGuillermoCuadrado : " Je n'ai jamais douté de sa valeur, il est jeune, vient de Palerme, il fallait le protéger ", se justifie le technicien bianconero lors d'une conférence de presse d'avant-match. L'intronisation faite, du haut de ses 22 ans, Paulo prend les choses en main et ramène la Juventus sur le devant de la scène en endossant un costume encore plus important qu'à Palerme. Orpheline du trio ArturoVidal-Carlos Tevez- AndreaPirlo parti au mercato d'été, la VecchiaSignora a trouvé en ce petit bonhomme charismatique un nouveau leader. En Sicile, il se concentrait surtout sur la finition et laissait les rennes du jeu à Franco Vazquez. Dans le Piémont, il se charge des deux tâches. On le voit redescendre jusqu'au rond central pour proposer une solution, s'emparer du ballon, effacer un ou deux adversaires avec maestria et conclure par une transmission propre. Quelques secondes plus tard, le voilà à l'entrée de la surface pour recueillir un centre en retrait d'un enchaînement contrôle/frappe limpide. Une liberté de déplacement, une rapidité d'exécution et un jeu de jambes qui ne sont pas sans rappeler un certain LionelMessi. Le nom est écrit et la comparaison est faite. Six mois avec le maillot blanc et noir ont suffi pour en faire un des possibles successeurs du quintuple ballon d'or, peut-être le plus sérieux. LaPulga elle-même n'a pas hésité à l'adouber publiquement : " Il est un des nôtres, convoque-le ", aurait-il suggéré à son sélectionneur TataMartino. Ainsi, le 14 octobre dernier, Dybala a fait ses grands débuts avec l'Albiceleste après avoir refusé les avances de la Pologne et de l'Italie. Tout est allé si vite pour lui, trop vite ? Non. Il garde la tête sur les épaules et fait preuve d'une maturité précoce dérivant des aléas de la vie. L'assurance ne manque pas derrière ce regard transperçant, à ne pas confondre avec de la prétention : " Messi est inimitable, je veux être Dybala et basta. Cela n'empêche que je travaille tous les jours pour essayer d'atteindre son niveau ", disait-il dernièrement aux micros de Juve Channel, tandis que son entraîneur ne jure que par sa marge de progression importante : " Il me martèle à l'entraînement, nous faisons des séances spéciales, il centre et je ne tire que du droit. " Le gauche a pour le moment l'exclusivité, 12 buts et 8 passes décisives après 21 journées. Les 40 millions d'euros sont déjà de l'histoire ancienne, Tevez aussi, Pirlo également vu son habileté sur coups de pieds arrêtés. Lors du match contre la Roma, un émissaire du Barca était présent dans les tribunes. Il a pu admirer l'énième réalisation du gamin de Laguna Larga, qui, comme à chaque fois, a levé les yeux vers le ciel. Là-haut, son père Alfonso veille sur lui. Son rêve s'est réalisé. Non seulement son fils est devenu footballeur professionnel, mais il a tout pour devenir le plus grand de sa génération. PAR VALENTIN PAULUZZI - PHOTOS BELGAIMAGEIl a refusé les avances de la Pologne et de l'Italie pour faire ses débuts avec l'Argentine le 14 octobre dernier. Il a effacé Mario Kempes des tablettes comme plus jeune buteur de l'Instituto de Cordoba.