Dans l'histoire du football belge, ils ne sont que treize à avoir un jour monnayé leur talent contre plus d'argent que Dodi Lukebakio. Transférée pour vingt millions d'euros cet été de Watford vers le Hertha Berlin après une saison unanimement réussie à Düsseldorf, déjà en Bundesliga, l'ancienne patte gauche la plus prometteuse de Neerpede à déjà bien bourlingué à seulement 22 ans. Pur produit du football bruxellois (Asse-Zellik, FC Brussels, Anderlecht), Dodi Lukebakio est surtout devenu malgré lui un collectionneur de cachets et une caricature du foot business. La faute à un écolage mouvementé passé à sillonner l'Europe. Six clubs en quatre saisons et autant de désillusions ou presque. On l'a dit tour à tour trop immature à Anderlecht, traumatisé par Toulouse - où une erreur administrative l'empêchera de toucher de la gonfle pendant six mois - trop fort pour Charleroi, impréparé à Watford, mal tombé à Düsseldorf et Berlin, mais la vérité, c'est que Dodi Lukebakio a toujours fait front. Interview face caméra avec un gars qui ne lâche rien. Surtout pas le ballon. Et encore moins son smoothie pomme-banane post-entraînement.

Cette saison, je suis le meilleur buteur du club, le joueur le plus décisif aussi. Pour moi, ce sont des choses qui comptent. " Dodi Lukebakio

Dodi, comment se passe ton confinement jusqu'ici ? Sachant qu'à l'heure où l'on se parle, la Bundesliga envisage toujours de reprendre ses droits dès le début du mois de mai ?

DODI LUKEBAKIO : Contrairement à la Belgique ou la France, nous n'avons pas réellement été confinés. Mais c'est vrai que ça a considérablement bousculé nos habitudes. Moi, j'ai d'abord beaucoup joué au ping-pong, puis je me suis mangé les trois saisons de " Designated Survivor " avec Kiefer Sutherland, l'acteur de " 24 h Chrono ". Bon, après, c'est la Bundesliga. Rien n'a été très longtemps laissé au hasard. On a reçu un home trainer à la maison et on avait des programmes d'entraînement assez stricts.

Dodi Lukebakio, en direct de sa cuisine berlinoise., GETTY
Dodi Lukebakio, en direct de sa cuisine berlinoise. © GETTY

" Je ressens ce besoin de venir en aide aux autres "

Le 14 mars dernier, vous étiez sur le point de vous rendre à Hoffenheim au moment où la Bundesliga a finalement pris la sage décision de suspendre le championnat. Ça a été un soulagement pour toi en tant que sportif ?

LUKEBAKIO : On était dans le bus, vers l'aéroport de Berlin pour décoller direction Hoffenheim quand on a reçu l'info que le match était annulé. Ça a été vu comme une libération par le groupe parce qu'on se rendait compte que ce n'était peut-être pas raisonnable. Un match, ce sont des multiples rencontres. Depuis plusieurs jours déjà, au sein même du vestiaire, c'était étrange. On n'osait pas trop se serrer la main, on se craignait un peu tous et jouer un match dans ce contexte aurait été étrange, évidemment.

Est-ce que paradoxalement, quand on a connu, comme toi, six clubs en moins de quatre ans, il n'y a pas un moment où on est aussi content de pouvoir se poser un peu ?

LUKEBAKIO : Si, clairement, ça m'a fait du bien. Bien sûr, ce qui nous arrive est épouvantable et ce n'est une bonne chose pour personne, mais très égoïstement, ça m'a permis de souffler. De me poser un peu. De me rendre compte du monde de fou dans lequel on vit. Un monde dans lequel on ne s'arrête jamais, où tout se déroule à du deux cent à l'heure. Cet été, j'ai enchaîné ma fin de saison en Bundesliga avec l'EURO U21, mon mariage, la reprise en Angleterre, mon transfert à Berlin. Donc oui, c'est clair que pour moi, depuis mes débuts pros, ça a pas mal bougé. Anderlecht, Toulouse, Charleroi, Watford, Düsseldorf et aujourd'hui Berlin. Je n'ai pas eu beaucoup le temps de m'arrêter.

Tu as répondu favorablement à l'appel aux dons lancé par le CHU Saint-Pierre, l'hôpital qui t'a vu naître, pour l'achat de respirateurs en versant 50.000 euros. C'était un geste important pour toi ?

LUKEBAKIO : Beaucoup de gens ont une image déplorable des footballeurs. En tant que chrétien, ça me touche tout particulièrement et je ressens ce besoin-là de venir en aide aux autres. Surtout que j'en ai les moyens. Bien sûr, tout le monde n'en est pas capable, mais pour nous, footballeurs, c'est un moindre mal. Personnellement, je me sens évidemment privilégié dans la situation actuelle. C'est aussi pour ça qu'il me semblait normal d'accepter de reverser une partie de mon salaire au club. Ceci pour permettre au Hertha de continuer de pouvoir payer normalement ses employés au train de vie moins élevé.

Du Belge en Bundesliga : Lukebakio au duel avec Axel Witsel., GETTY
Du Belge en Bundesliga : Lukebakio au duel avec Axel Witsel. © GETTY

" Travailler et attendre que la chance tourne "

Tu sors d'une saison enrichissante sur le plan perso (22 matches, six buts, six passes décisives), mais collectivement beaucoup plus compliquée, avec la treizième place du Hertha en Bundesliga. Qu'est-ce que tu en tires comme leçon ?

LUKEBAKIO : Clairement, ça n'a pas été facile, cette année. Heureusement pour moi, on va dire que je commence à être habitué à vivre des saisons où ça bouge pas mal. Des changements d'entraîneurs, des résultats en dents de scie, c'est déjà ce que j'avais vécu à Düsseldorf l'an dernier.... Dans ce sens-là, il n'y a rien de nouveau pour moi. Ce que je retiens de tout ça, c'est que je suis encore parvenu à rester positif dans l'adversité. Travailler, rien d'autre, et attendre que la chance tourne. Cette saison, je suis le meilleur buteur du club, le joueur le plus décisif aussi. Pour moi, ce sont des choses qui comptent. L'an dernier, j'étais déjà parvenu à me mettre en évidence dans une équipe qui ne jouait pas toujours un jeu très attractif. Ici, je trouve que ce sont plus les résultats qui n'étaient pas toujours en adéquation avec nos intentions de jeu.

Comment le groupe a vécu le départ surprise de Jürgen Klinsmann cet hiver ? Intronisé le 27 novembre dernier comme coach principal, l'ancienne légende du foot allemand annonçait son départ surprise du club le 11 février dernier sur les réseaux sociaux. Pointant le manque " d'unité, de cohésion et de concentration " dans le club. Qu'est-ce qui n'a pas marché ?

LUKEBAKIO : Ça n'a pas été une période facile pour nous tous au Hertha, c'est vrai. Personne ne s'attendait à voir Klinsmann partir, évidemment. On ne l'a pas forcément bien vécu, mais en même temps, qu'est-ce que nous pouvions y faire ? On est des joueurs pros, on subit parfois les événements. Personnellement, je n'ai pas posé trop de questions. Je ne sais pas exactement ce qui a motivé son départ et le peu que j'en sais, ce sont des infos confidentielles que je ne peux pas dévoiler ici.

" Le Hertha veut s'installer dans le top avec un style offensif "

Ce qui a d'autant plus surpris, c'est que ce départ a fait suite à un mercato hivernal hyper ambitieux du Hertha. Le plus dépensier de Bundesliga avec les arrivées de Krzysztof Piatek et Lucas Tousart (prêté dans la foulée à Lyon) pour 24 millions chacun, en plus des moins connus Santiago Ascacibar et Matheus Cuna, transférés respectivement pour 18 et dix millions d'euros...

LUKEBAKIO : Cela prouve qu'il y a désormais le potentiel pour faire quelque chose de bien ici. Le club cherche à progresser et a décidé de s'en donner les moyens. L'été dernier, j'avais moi-même été le transfert le plus cher de l'histoire du club. Ça, forcément, ce sont des arguments importants. Dans les années à venir, le Hertha veut s'installer dans le top du football allemand avec un style de jeu offensif. C'est cette mentalité-là, ce projet-là, qui m'avaient personnellement convaincu de venir ici.

Un projet audacieux qui était en balance avec un autre, tout aussi engageant, du côté de Lille. Où le LOSC s'était mis en tête de faire de toi le nouveau Nicolas Pépé, parti pour 80 millions d'euros du côté d'Arsenal au coeur du dernier mercato. Qu'est-ce qui a fait la différence pour toi entre l'offre française et celle des Allemands ?

LUKEBAKIO : Ça a été une décision hyper compliquée à prendre. Il y a deux choses qui ont fait la différence. Le championnat allemand d'une part, que je connaissais déjà et qui m'avait bien plu. J'avais envie de surfer sur cette continuité-là. Et puis, il y avait la ville de Berlin aussi qui me plaisait bien et que j'avais envie de découvrir. Enfin, je connaissais le projet ambitieux du Hertha. Je savais donc aussi que c'était un club où je risquais d'être peut-être plus mis en concurrence. Mais, ça, ça ne m'a jamais fait peur.

Tu n'as pas eu de conversations avec Dedryck Boyata avant de signer ?

LUKEBAKIO : Non, je ne le connaissais même pas, figure toi. De réputation bien sûr, mais pas personnellement. On a rattrapé le temps perdu depuis (rires). Il m'a accueilli ici comme un grand frère. Il était seulement arrivé depuis quinze jours quand j'ai signé, mais il donnait l'impression d'être là depuis dix ans. Ça a été une super rencontre pour moi parce qu'il a tout fait pour que je me sente directement à l'aise.

" À moi de prouver que j'ai les qualités pour m'imposer "

L'objectif maintenant pour toi, c'est de rejoindre Dedryck dans les valeurs sûres des Diables de Roberto Martinez ?

LUKEBAKIO : Évidemment ! L'avantage, c'est que quand Roberto Martinez vient voir Dedryck, il tombe sur moi maintenant (rires). Plus sérieusement, je n'ai pas eu l'occasion de voir le sélectionneur directement, mais bien des gens du staff, ça oui. Ils viennent, on discute, ils apprennent à me connaître. Je prends ça comme un signal qu'ils essayent de m'envoyer. En tout cas, moi, je suis prêt. Dans ma tête, je n'attends que ça. J'ai tellement hâte d'y être. Ce sera un rêve pour moi le jour où cette convocation arrivera.

Tu en parles comme d'une future certitude. De ce point de vue-là, le report de l'EURO pour un joueur comme toi, ça tombe à pic ?

LUKEBAKIO : J'avoue que c'est tout bénéfice. Bien sûr, rien ne dit que j'y serai dans un an, mais ça m'ouvre en tout cas plus de possibilités que si l'EURO avait eu lieu cet été comme prévu. Désormais, ce sera à moi de performer et de prouver que j'ai les qualités pour m'imposer dans ce groupe-là. Clairement, l'EURO 2021 me fait saliver. Je veux en être !

Ta force principale, c'est peut-être d'être gaucher. L'un des seuls à aujourd'hui postuler à une des places offensives chez les Diables...

LUKEBAKIO : Moi, ma meilleure place, c'est à droite. Pour rentrer sur mon pied gauche. C'est là que j'espère faire une grande carrière. Dans ce rôle-là, j'aime bien Riyad Mahrez ou Bernardo Silva. Mais aujourd'hui, il y a droitiers qui font la même chose. Mais mon avantage, c'est que je suis polyvalent. Je peux jouer dans l'axe, je peux jouer à gauche, je peux dépanner devant.

Tu regrettes parfois de ne pas avoir cinq ans de moins et de ne pas être aujourd'hui dans l'Anderlecht de Kompany, entouré de pleins de jeunes ?

LUKEBAKIO : Ce que je regrette à la limite, c'est que le club n'ait pas plus cru en nous à l'époque. Reste que j'ai beaucoup appris de mon passage à Anderlecht. Bien sûr, j'en aurais espéré un peu plus, mais c'est comme ça. Parfois, je me dis que ça aurait été bien de faire monter toute notre génération, mais c'est comme ça. Je suis certain que le projet de Kompany va finir par atteindre ses objectifs.

Dodi Lukebakio : "Je vais bientôt passer un cap.", GETTY
Dodi Lukebakio : "Je vais bientôt passer un cap." © GETTY

" Je n'ai pas à avoir le même pic de maturité que Yari "

Tu déclarais il y a un an vouloir te rendre au Championnat d'Europe Espoirs qui s'est déroulé en juin dernier pour le gagner. Finalement, les Diablotins n'ont pas fait mieux que de la figuration dans un groupe avec l'Italie, l'Espagne et la Pologne. Est-ce que ça reste une grosse déception ?

DODI LUKEBAKIO : Je suis revenu d'Italie avec deux sentiments. La déception d'abord, inévitable, mais une forme de fierté aussi d'y avoir participé. D'avoir représenté la Belgique à ce niveau. Ce qui n'était quand même plus arrivé dans un grand tournoi pour les U21 depuis longtemps. (depuis 2007 avec la génération d'Eden Hazard et Christian Benteke, ndlr). Peut-être que nous ne sommes encore qu'au début de quelque chose. De quelque chose de sympa.

Qu'est-ce qui manque encore à cette génération pour franchir un palier ?

LUKEBAKIO : On ne sait jamais quand ça va venir. Donc je ne vais parler que pour moi, parce qu'on a chacun des points de travail différents. Moi, je sais que je vais bientôt passer un cap. La question, maintenant, c'est de savoir quand.

Qu'est-ce que cela te fait de voir un gars comme Yari Verschaeren être déjà appelé chez les Diables ? Tu te dis que c'est un signal positif, la preuve qu'il y a de la place pour les jeunes avec Martinez ? Ou alors, à l'inverse, tu penses à ce petit jeune qui est en train de te brûler la politesse ?

LUKEBAKIO : Je ne pense pas de cette manière. C'est très bien pour Yari évidemment. Je le connais, c'est un super garçon, avec énormément de talent, je suis très content pour lui. Moi, tout ce que je me dis, c'est qu'on a tous notre trajectoire propre. Avec des pics de maturité qui ne sont pas les mêmes pour les uns et les autres. Ce n'est pas parce qu'un joueur y arrive à 17 ans, que ça doit devenir la norme. Moi, je pense sincèrement que mon tour viendra aussi. À condition de rester positif !

Dans l'histoire du football belge, ils ne sont que treize à avoir un jour monnayé leur talent contre plus d'argent que Dodi Lukebakio. Transférée pour vingt millions d'euros cet été de Watford vers le Hertha Berlin après une saison unanimement réussie à Düsseldorf, déjà en Bundesliga, l'ancienne patte gauche la plus prometteuse de Neerpede à déjà bien bourlingué à seulement 22 ans. Pur produit du football bruxellois (Asse-Zellik, FC Brussels, Anderlecht), Dodi Lukebakio est surtout devenu malgré lui un collectionneur de cachets et une caricature du foot business. La faute à un écolage mouvementé passé à sillonner l'Europe. Six clubs en quatre saisons et autant de désillusions ou presque. On l'a dit tour à tour trop immature à Anderlecht, traumatisé par Toulouse - où une erreur administrative l'empêchera de toucher de la gonfle pendant six mois - trop fort pour Charleroi, impréparé à Watford, mal tombé à Düsseldorf et Berlin, mais la vérité, c'est que Dodi Lukebakio a toujours fait front. Interview face caméra avec un gars qui ne lâche rien. Surtout pas le ballon. Et encore moins son smoothie pomme-banane post-entraînement. Dodi, comment se passe ton confinement jusqu'ici ? Sachant qu'à l'heure où l'on se parle, la Bundesliga envisage toujours de reprendre ses droits dès le début du mois de mai ? DODI LUKEBAKIO : Contrairement à la Belgique ou la France, nous n'avons pas réellement été confinés. Mais c'est vrai que ça a considérablement bousculé nos habitudes. Moi, j'ai d'abord beaucoup joué au ping-pong, puis je me suis mangé les trois saisons de " Designated Survivor " avec Kiefer Sutherland, l'acteur de " 24 h Chrono ". Bon, après, c'est la Bundesliga. Rien n'a été très longtemps laissé au hasard. On a reçu un home trainer à la maison et on avait des programmes d'entraînement assez stricts. Le 14 mars dernier, vous étiez sur le point de vous rendre à Hoffenheim au moment où la Bundesliga a finalement pris la sage décision de suspendre le championnat. Ça a été un soulagement pour toi en tant que sportif ? LUKEBAKIO : On était dans le bus, vers l'aéroport de Berlin pour décoller direction Hoffenheim quand on a reçu l'info que le match était annulé. Ça a été vu comme une libération par le groupe parce qu'on se rendait compte que ce n'était peut-être pas raisonnable. Un match, ce sont des multiples rencontres. Depuis plusieurs jours déjà, au sein même du vestiaire, c'était étrange. On n'osait pas trop se serrer la main, on se craignait un peu tous et jouer un match dans ce contexte aurait été étrange, évidemment. Est-ce que paradoxalement, quand on a connu, comme toi, six clubs en moins de quatre ans, il n'y a pas un moment où on est aussi content de pouvoir se poser un peu ? LUKEBAKIO : Si, clairement, ça m'a fait du bien. Bien sûr, ce qui nous arrive est épouvantable et ce n'est une bonne chose pour personne, mais très égoïstement, ça m'a permis de souffler. De me poser un peu. De me rendre compte du monde de fou dans lequel on vit. Un monde dans lequel on ne s'arrête jamais, où tout se déroule à du deux cent à l'heure. Cet été, j'ai enchaîné ma fin de saison en Bundesliga avec l'EURO U21, mon mariage, la reprise en Angleterre, mon transfert à Berlin. Donc oui, c'est clair que pour moi, depuis mes débuts pros, ça a pas mal bougé. Anderlecht, Toulouse, Charleroi, Watford, Düsseldorf et aujourd'hui Berlin. Je n'ai pas eu beaucoup le temps de m'arrêter. Tu as répondu favorablement à l'appel aux dons lancé par le CHU Saint-Pierre, l'hôpital qui t'a vu naître, pour l'achat de respirateurs en versant 50.000 euros. C'était un geste important pour toi ? LUKEBAKIO : Beaucoup de gens ont une image déplorable des footballeurs. En tant que chrétien, ça me touche tout particulièrement et je ressens ce besoin-là de venir en aide aux autres. Surtout que j'en ai les moyens. Bien sûr, tout le monde n'en est pas capable, mais pour nous, footballeurs, c'est un moindre mal. Personnellement, je me sens évidemment privilégié dans la situation actuelle. C'est aussi pour ça qu'il me semblait normal d'accepter de reverser une partie de mon salaire au club. Ceci pour permettre au Hertha de continuer de pouvoir payer normalement ses employés au train de vie moins élevé. Tu sors d'une saison enrichissante sur le plan perso (22 matches, six buts, six passes décisives), mais collectivement beaucoup plus compliquée, avec la treizième place du Hertha en Bundesliga. Qu'est-ce que tu en tires comme leçon ? LUKEBAKIO : Clairement, ça n'a pas été facile, cette année. Heureusement pour moi, on va dire que je commence à être habitué à vivre des saisons où ça bouge pas mal. Des changements d'entraîneurs, des résultats en dents de scie, c'est déjà ce que j'avais vécu à Düsseldorf l'an dernier.... Dans ce sens-là, il n'y a rien de nouveau pour moi. Ce que je retiens de tout ça, c'est que je suis encore parvenu à rester positif dans l'adversité. Travailler, rien d'autre, et attendre que la chance tourne. Cette saison, je suis le meilleur buteur du club, le joueur le plus décisif aussi. Pour moi, ce sont des choses qui comptent. L'an dernier, j'étais déjà parvenu à me mettre en évidence dans une équipe qui ne jouait pas toujours un jeu très attractif. Ici, je trouve que ce sont plus les résultats qui n'étaient pas toujours en adéquation avec nos intentions de jeu. Comment le groupe a vécu le départ surprise de Jürgen Klinsmann cet hiver ? Intronisé le 27 novembre dernier comme coach principal, l'ancienne légende du foot allemand annonçait son départ surprise du club le 11 février dernier sur les réseaux sociaux. Pointant le manque " d'unité, de cohésion et de concentration " dans le club. Qu'est-ce qui n'a pas marché ? LUKEBAKIO : Ça n'a pas été une période facile pour nous tous au Hertha, c'est vrai. Personne ne s'attendait à voir Klinsmann partir, évidemment. On ne l'a pas forcément bien vécu, mais en même temps, qu'est-ce que nous pouvions y faire ? On est des joueurs pros, on subit parfois les événements. Personnellement, je n'ai pas posé trop de questions. Je ne sais pas exactement ce qui a motivé son départ et le peu que j'en sais, ce sont des infos confidentielles que je ne peux pas dévoiler ici. Ce qui a d'autant plus surpris, c'est que ce départ a fait suite à un mercato hivernal hyper ambitieux du Hertha. Le plus dépensier de Bundesliga avec les arrivées de Krzysztof Piatek et Lucas Tousart (prêté dans la foulée à Lyon) pour 24 millions chacun, en plus des moins connus Santiago Ascacibar et Matheus Cuna, transférés respectivement pour 18 et dix millions d'euros... LUKEBAKIO : Cela prouve qu'il y a désormais le potentiel pour faire quelque chose de bien ici. Le club cherche à progresser et a décidé de s'en donner les moyens. L'été dernier, j'avais moi-même été le transfert le plus cher de l'histoire du club. Ça, forcément, ce sont des arguments importants. Dans les années à venir, le Hertha veut s'installer dans le top du football allemand avec un style de jeu offensif. C'est cette mentalité-là, ce projet-là, qui m'avaient personnellement convaincu de venir ici. Un projet audacieux qui était en balance avec un autre, tout aussi engageant, du côté de Lille. Où le LOSC s'était mis en tête de faire de toi le nouveau Nicolas Pépé, parti pour 80 millions d'euros du côté d'Arsenal au coeur du dernier mercato. Qu'est-ce qui a fait la différence pour toi entre l'offre française et celle des Allemands ? LUKEBAKIO : Ça a été une décision hyper compliquée à prendre. Il y a deux choses qui ont fait la différence. Le championnat allemand d'une part, que je connaissais déjà et qui m'avait bien plu. J'avais envie de surfer sur cette continuité-là. Et puis, il y avait la ville de Berlin aussi qui me plaisait bien et que j'avais envie de découvrir. Enfin, je connaissais le projet ambitieux du Hertha. Je savais donc aussi que c'était un club où je risquais d'être peut-être plus mis en concurrence. Mais, ça, ça ne m'a jamais fait peur. Tu n'as pas eu de conversations avec Dedryck Boyata avant de signer ? LUKEBAKIO : Non, je ne le connaissais même pas, figure toi. De réputation bien sûr, mais pas personnellement. On a rattrapé le temps perdu depuis (rires). Il m'a accueilli ici comme un grand frère. Il était seulement arrivé depuis quinze jours quand j'ai signé, mais il donnait l'impression d'être là depuis dix ans. Ça a été une super rencontre pour moi parce qu'il a tout fait pour que je me sente directement à l'aise. L'objectif maintenant pour toi, c'est de rejoindre Dedryck dans les valeurs sûres des Diables de Roberto Martinez ? LUKEBAKIO : Évidemment ! L'avantage, c'est que quand Roberto Martinez vient voir Dedryck, il tombe sur moi maintenant (rires). Plus sérieusement, je n'ai pas eu l'occasion de voir le sélectionneur directement, mais bien des gens du staff, ça oui. Ils viennent, on discute, ils apprennent à me connaître. Je prends ça comme un signal qu'ils essayent de m'envoyer. En tout cas, moi, je suis prêt. Dans ma tête, je n'attends que ça. J'ai tellement hâte d'y être. Ce sera un rêve pour moi le jour où cette convocation arrivera. Tu en parles comme d'une future certitude. De ce point de vue-là, le report de l'EURO pour un joueur comme toi, ça tombe à pic ? LUKEBAKIO : J'avoue que c'est tout bénéfice. Bien sûr, rien ne dit que j'y serai dans un an, mais ça m'ouvre en tout cas plus de possibilités que si l'EURO avait eu lieu cet été comme prévu. Désormais, ce sera à moi de performer et de prouver que j'ai les qualités pour m'imposer dans ce groupe-là. Clairement, l'EURO 2021 me fait saliver. Je veux en être ! Ta force principale, c'est peut-être d'être gaucher. L'un des seuls à aujourd'hui postuler à une des places offensives chez les Diables... LUKEBAKIO : Moi, ma meilleure place, c'est à droite. Pour rentrer sur mon pied gauche. C'est là que j'espère faire une grande carrière. Dans ce rôle-là, j'aime bien Riyad Mahrez ou Bernardo Silva. Mais aujourd'hui, il y a droitiers qui font la même chose. Mais mon avantage, c'est que je suis polyvalent. Je peux jouer dans l'axe, je peux jouer à gauche, je peux dépanner devant. Tu regrettes parfois de ne pas avoir cinq ans de moins et de ne pas être aujourd'hui dans l'Anderlecht de Kompany, entouré de pleins de jeunes ? LUKEBAKIO : Ce que je regrette à la limite, c'est que le club n'ait pas plus cru en nous à l'époque. Reste que j'ai beaucoup appris de mon passage à Anderlecht. Bien sûr, j'en aurais espéré un peu plus, mais c'est comme ça. Parfois, je me dis que ça aurait été bien de faire monter toute notre génération, mais c'est comme ça. Je suis certain que le projet de Kompany va finir par atteindre ses objectifs.