Uccle, un matin gris et pluvieux. Ryad Merhy est pile à l'heure au rendez-vous. Ne dit-on pas que la ponctualité est la politesse des rois ? Même ceux du ring. A quelques semaines d'un événement grandiose qu'il attend depuis près de cinq ans, le Bruxellois nous accorde une longue interview avec un large sourire, de la confiance et de la tranquillité.

L'homme n'a pas changé et, à vrai dire, on sait déjà qu'il ne changera pas, même en cas de sacre mondial. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, dans une galaxie de la boxe où les initiales des différentes fédérations ont parfois des allures de Scrabble : WBC, une fédération importante, puis beaucoup de secondaires : IBF, WBO, IBO, WBF, UBO et on en passe...

Ryad Merhy, lui, va mettre les gants dans la cour des grands. Le must. Le summum. La WBA, la fédé historique du noble art. Mais, pour espérer caresser le Graal, il y a d'abord la sueur, les efforts, la concentration, la discipline, l'hygiène de vie, les coups, l'écoute, l'analyse et un tas d'autres facteurs qu'il est convaincu d'avoir assimilé, respecté puis dompté. En dix ans, il s'est érigé comme une valeur sûre alors qu'au départ, la boxe ne devait être pour lui qu'un hobby.

" J'avais quatorze ans quand j'ai participé pour la première fois à un cours de boxe. Jusque-là, je ne connaissais rien de ce sport, si ce n'est par le biais du manga Ippo Makunouchi, qui raconte l'histoire d'un jeune lycéen qui se fait régulièrement brutaliser par une bande de voyous, jusqu'au jour où il découvre la boxe ", se souvient-il.

" Ma mère trouvait que j'étais agité et que j'avais besoin de me défouler. J'ai dès lors abouti au Kyrios Vitalis Club, à Woluwé-Saint-Lambert chez Patrick Theys, un peu par hasard. J'habitais Zellik à cette époque et c'était vraiment à l'autre bout de Bruxelles. Mais j'ai tout de suite accroché. J'avais 14 ans et je pesais déjà 75 kilos. Avec le coach, le courant est passé tout de suite et aujourd'hui encore, il fait partie de mon entourage proche.

Il m'a fallu plusieurs années avant que je puisse disputer mon premier combat chez les amateurs mais à ce moment-là encore, je pense que je n'avais toujours pas pris conscience de mon potentiel et de la route qui se dressait devant moi. Jusqu'à ce qu'un événement me fasse ouvrir les yeux. "

Les States, une révélation

Cet événement, c'est un long voyage. A Saint-Barthélemy plus précisément. Là même où repose désormais JohnnyHallyday au coeur des Antilles, non loin de Porto Rico, la République Dominicaine, Cuba et... Miami. Les Etats-Unis, nous y voilà. Le rêve de tout boxeur. La terre de Mohamed Ali notamment, probablement le plus grand de tous les temps, qui a arboré lui aussi, autour de sa taille, la prestigieuse ceinture WBA.

Aux States, il croise Dino Spender, un des entraîneurs du mythique club de celui qui s'appelait autrefois CassiusClay justement, le " 5th Street Gym ". " Durant mon séjour dans les Caraïbes, je suis allé passer trois semaines en Floride et je me suis rendu compte de ce qu'était réellement la boxe. De ce qu'elle représentait et de ce qu'elle inculquait. Ce fut une révélation.

Pendant quelques semaines, je me suis entraîné deux fois par jour, six jours sur sept. C'était un autre monde, dans des conditions très exigeantes mais très professionnelles, et avec des vrais durs. J'ai ouvert des yeux grands comme ça ", raconte Ryad en joignant le geste à la parole.

" De retour à Saint-Bart', j'ai pris la décision de revenir en Belgique et de travailler ardemment pendant quelques mois afin de mettre suffisamment d'argent de côté pour pouvoir retourner aux USA. C'était devenu mon unique objectif, j'étais obnubilé. Je voulais y retourner trois mois. Je savais que c'était une occasion unique pour moi de me lancer dans le grand bain.

C'est à cette occasion que j'ai réellement pris conscience de ma boxe et de mon potentiel, et de ce que je pouvais éventuellement ambitionner, à condition d'être sérieux. En juin 2013, c'est une vraie métamorphose qui s'effectue chez moi. "

Ryad Merhy fait parler de lui chez les amateurs, écarte ses adversaires comme on souffle sur un château de cartes et se taille une réputation. Il s'entoure aussi de gens issus du milieu et qui vont pouvoir le guider sur le chemin du professionnalisme mais aussi et surtout insister sur les vertus de la patience. " On n'a rien sans rien. "

Alain Vanackère, son manager, lui dit dès les premiers jours de collaboration, avant son premier combat professionnel : " On va t'emmener loin. Jusqu'aux Championnats du monde. Mais cela prendra du temps. Au moins quatre ans. " Et le voilà, presque cinq ans plus tard, aux portes de l'exploit.

La WBC International Silver, un tournant

" Je n'ai pas réalisé tout de suite le chemin qu'il faudrait parcourir. Quand tout va bien, on a une tendance naturelle à vouloir aller plus vite que la musique. On gagne un combat et on se dit qu'attendre trois ou quatre mois pour remonter sur le ring, c'est très long... J'avais eu l'occasion de mettre les gants avec de très bons boxeurs, notamment Mairis Briedis, et cela m'avait fait prendre conscience que j'étais à ma place dans ce milieu.

Mais pour mettre tous les atouts de mon côté, je me suis très bien entouré et je m'appuie sur ceux qui sont avec moi au quotidien et que je tiens à remercier pour leur investissement bénévole. Ils ont tous un rôle important à mes yeux : Alain Vanackère, Marc Duvinage, Bilal Ben Sidi, Aurélien Rouvier, Frédéric Aerts, Patrick Theys et Gaël VanDen Bussche.

Disons que le premier grand tournant de ma carrière, c'est quand j'ai remporté la WBC International Silver à Charleroi. Cela reste la plus belle et la plus importante victoire de ma carrière. Elle m'a ouvert les yeux et permis d'y croire pour de bon. Aujourd'hui, je suis prêt à écrire ma propre histoire. "

Durant cette soirée de décembre 2015, dans un Spiroudome qui prend fait et cause pour lui, il démonte le Canadien Sylvera Louis et prolonge son parcours parfait. Aujourd'hui, il présente un bilan de 24 victoires dont 20 par K.-O., et n'a jamais connu la défaite chez les pros.

" J'apprends à chaque match. Et je sens que je progresse au quotidien. C'est assez étonnant de constater que les gens connaissent mal la boxe. Ils pensent souvent, à tort, qu'il suffit de monter sur le ring et de mettre au tapis son adversaire. Disons que c'est un résumé erroné. En réalité, cela demande des semaines de préparation, beaucoup de travail de fond, d'analyse de l'adversaire... On n'affronte pas un gaucher comme on boxe un droitier par exemple.

Mais la vraie difficulté, c'est quand le combat se profile. On passe alors de plus en plus de temps sur le ring avec des sparring-partners. Le corps est fatigué et vous le fait savoir. Mais il faut s'accrocher, continuer, tout en restant à son écoute. En fait, je vais bosser comme un fou jusqu'à une semaine du combat, où je lèverai clairement le pied et me contenterai d'un décrassage au quotidien. Alors je serai prêt. "

Arsen Goulamirian, un colosse

Prêt à défier un colosse, le Franco-Arménien Arsen Goulamirian au Palais des Sports de Marseille. Son palmarès est quasiment équivalent à celui de Ryad Merhy : 22-0. Mais si notre compatriote se la joue modeste depuis le début de sa carrière, son rival annonçait déjà depuis plusieurs mois : " Un jour, je serai Champion du monde. "

Peut-être, peut-être pas. Quoi qu'il en soit, Ryad Merhy va mettre tous les atouts de son côté pour aller au bout de son rêve et, pour ce faire, il va une nouvelle fois traverser l'Atlantique avec une partie de son staff. " Nous irons à proximité de Boston, à Braintree plus précisément, dans la salle de Hector Bermudez. C'est un entraîneur connu et c'est lui qui va se charger de me trouver des sparring-partners afin de peaufiner la préparation.

L'idée est de vraiment pouvoir se concentrer sur le ring et la boxe. Le travail physique sera déjà achevé puisque pendant plusieurs semaines, j'aurai couru une dizaine de kilomètres à raison de trois séances par semaine, plus toute une série d'autres entraînements. Actuellement, j'ai quelques kilos de plus que le poids autorisé mais c'est toujours ainsi et je les perdrai dans les derniers jours avant le combat. "

Pour le Bruxellois, cet affrontement sera d'autant plus particulier que pour la première fois de sa carrière, dans ce qui s'avère être le plus important, il ne boxera pas devant son public. " C'est vrai que j'avais pris l'habitude de combattre à Charleroi et d'avoir une salle entière acquise à ma cause ", sourit-il. " C'était une sensation agréable, je le reconnais. Ici, ce sera différent, mais je suis convaincu que je ne serai pas déconcentré, même si je devais subir des coups de sifflet. Je serai dans ma bulle. "

On le disait, pour Ryad Merhy, une victoire pourrait marquer un tournant radical dans sa carrière. Jusqu'ici, il se débrouille financièrement grâce au soutien de ses sponsors ainsi que de l'ADEPS, qui lui a octroyé le statut de sportif professionnel, mais pour le reste, ses nombreuses victoires ne lui ont pas permis de monnayer son talent comme il l'aurait mérité. La Belgique n'est malheureusement pas une terre de boxe...

" Je ne me plains pas et ne le ferai jamais ", observe le natif d'Abidjan. " Chaque chose vient en son temps. " Pudique, il n'en dira pas davantage. Une victoire et un titre mondial lui ouvriraient par contre de nouvelles portes, aux Etats-Unis notamment. Mais il n'en dira pas un mot. Il doit d'abord s'imposer face à Goulamirian.

" On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve. En fonction de la tournure des événements, il n'est pas impensable que je tente ma chance ensuite dans la catégorie supérieure, à savoir les poids lourds, puisque je suis sur le fil. Ce sera un sujet de réflexion et de discussion qui surviendra plus tard et, bien sûr, pour tout boxeur qui se respecte, cela demeure le summum. "

Coopman, Renard, Miskirtchian...

De très grands boxeurs belges ont tenté le même exploit que Ryad Merhy par le passé mais sans jamais parvenir à ramener la ceinture : Jean-Pierre Coopman, Félix Wouters, Jean-Marc Renard ou encore Alex Miskirtchian plus récemment. C'est assez dire si le challenge qui l'attend est important. Le mot de la fin, nous le laisserons à son manager, Alain Vanackère : " Si Ryad est Champion du monde, cela va changer beaucoup de choses, bien entendu, à la fois pour lui et pour nous.

La Belgique n'a jamais eu de titre mondial d'après-guerre. Il y en a eu deux avant, Gustave Roth et Félix Wouters, mais dans des fédérations européennes qui se voulaient mondiales. S'il gagne, il deviendra le premier boxeur belge champion du monde dans une fédération majeure. Le Championnat du monde des lourds-légers WBA qu'il va disputer, c'est l'équivalent d'une finale de Coupe du monde en football ! Dès lors, il s'ouvrira un intérêt médiatique énorme aux quatre coins du monde et, dans la foulée, nous pourrions organiser des défenses de titre en Belgique et ailleurs. Je ne veux pas aller plus vite que la musique mais le 24 mars pourrait être un grand jour pour la boxe belge. "

Son palmarès

29/06/2013 : Hrvoje Bozinovic (Cro) KO

23/08/2013 : Nikolai Ermenkov (Bul) KO

05/10/2013 : Marko Martinjak (Cro)

23/11/2013 : Jakub Wojcik (Pol)

14/12/2013 : Toni Visic (Cro) KO

11/01/2014 : Patrick Berger (Aut) KO

09/02/2014 : Elvir Behlulovic (Cro) KO

28/03/2014 : Paata Berisashvili (Géo)

31/05/2014 : Abdelhadi Hanine (Bel) KO

03/10/2014 : Cedric Kalonji (Fra) K:

15/11/2014 : Ferenc Zsalek (Hon)

06/12/2014 : Ben Nsafoah (All) KO

25/12/2014 : Shalva Jomardashvili (Géo)

14/03/2015 : Bjoern Blaschke (All) TKO

04/04/2015 : Arturs Kulikauskis (Lett) KO

31/05/2015 : Attila Palko (Hon) TKO

26/09/2015 : Antonio Sousa (Por)

19/12/2015 : Sylvera Louis (Can) KO

21/05/2016 : Williams Ocando (Vén) TKO

15/10/2016 : Giorgi Tevdorashvili (Géo) TKO

01/11/2016 : Tamas Bajzath (Hon) TKO

17/12/2016 : Max Alexander (USA) KO

20/05/2017 : Mitch Williams (USA)

16/12/2017 : Nick Kisner (USA) KO

" Je n'oublie pas la Côte d'Ivoire "

Né d'un père libanais et d'une mère ivoirienne, c'est donc à Abidjan que Ryad Merhy a vu le jour. Il est arrivé en Belgique à l'âge de trois ans et aujourd'hui, sa cellule familiale est ce qu'il a de plus cher : sa soeur Kimberley, son frère Ibrahim et sa maman le suivent quasiment partout. De même que sa compagne, Natasha.

" Je n'ai jamais eu l'occasion de retourner en Côte d'Ivoire depuis ma naissance et je n'en ai donc quasiment aucun souvenir mais malgré cela, je suis fier de mes origines. J'ai eu très peu de temps libre au cours des derniers mois et années mais je pense qu'un jour, je retournerai là où tout a commencé. Et j'espère pouvoir rendre fier le peuple ivoirien autant que le peuple belge. "

Ryad Merhy, c'est en quelque sorte le gendre idéal : accessible, souriant, beau gosse, une tête bien remplie, pas mal d'atouts dans son jeu. Et jusqu'à présent, il a eu la chance, ou le talent, pour échapper aux coups.

" C'est mon style, ma boxe ", dit-il. " Je reconnais que jusqu'à présent, même quand j'ai affronté des durs, j'ai su esquiver, ce qui fait que mon visage n'est pas marqué. Pourvu que ça dure ", lâche en guise de boutade celui qui est aussi, à l'image de Steve Darcis ou de la jeune tenniswoman Kimberley Zimmermann, ambassadeur de " Hope and Spirit ".

" Ma mère stresse énormément pendant mes combats, elle a toujours peur qu'on m'abîme. Heureusement qu'elle n'est pas présente aux entraînements parce que des coups, on en prend beaucoup. Mais cela fait partie du jeu. Je vais faire en sorte de les esquiver le 24 mars prochain pour essayer d'écrire une nouvelle ligne dans le chapitre de la boxe belge. "

A terme, Ryad Merhy espère fonder une famille mais cela passe inévitablement par davantage de stabilité dans sa vie quotidienne. Actuellement, entre les entraînements physiques Bodylife Changing à Uccle, les séances de boxe au Fight-Off de Wavre et le reste, il n'a pas une seconde à lui.

A Marseille, pour la première fois de sa carrière, Ryad Merhy ne boxera pas devant son public., MALKO DIRIS
A Marseille, pour la première fois de sa carrière, Ryad Merhy ne boxera pas devant son public. © MALKO DIRIS
Uccle, un matin gris et pluvieux. Ryad Merhy est pile à l'heure au rendez-vous. Ne dit-on pas que la ponctualité est la politesse des rois ? Même ceux du ring. A quelques semaines d'un événement grandiose qu'il attend depuis près de cinq ans, le Bruxellois nous accorde une longue interview avec un large sourire, de la confiance et de la tranquillité. L'homme n'a pas changé et, à vrai dire, on sait déjà qu'il ne changera pas, même en cas de sacre mondial. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, dans une galaxie de la boxe où les initiales des différentes fédérations ont parfois des allures de Scrabble : WBC, une fédération importante, puis beaucoup de secondaires : IBF, WBO, IBO, WBF, UBO et on en passe... Ryad Merhy, lui, va mettre les gants dans la cour des grands. Le must. Le summum. La WBA, la fédé historique du noble art. Mais, pour espérer caresser le Graal, il y a d'abord la sueur, les efforts, la concentration, la discipline, l'hygiène de vie, les coups, l'écoute, l'analyse et un tas d'autres facteurs qu'il est convaincu d'avoir assimilé, respecté puis dompté. En dix ans, il s'est érigé comme une valeur sûre alors qu'au départ, la boxe ne devait être pour lui qu'un hobby. " J'avais quatorze ans quand j'ai participé pour la première fois à un cours de boxe. Jusque-là, je ne connaissais rien de ce sport, si ce n'est par le biais du manga Ippo Makunouchi, qui raconte l'histoire d'un jeune lycéen qui se fait régulièrement brutaliser par une bande de voyous, jusqu'au jour où il découvre la boxe ", se souvient-il. " Ma mère trouvait que j'étais agité et que j'avais besoin de me défouler. J'ai dès lors abouti au Kyrios Vitalis Club, à Woluwé-Saint-Lambert chez Patrick Theys, un peu par hasard. J'habitais Zellik à cette époque et c'était vraiment à l'autre bout de Bruxelles. Mais j'ai tout de suite accroché. J'avais 14 ans et je pesais déjà 75 kilos. Avec le coach, le courant est passé tout de suite et aujourd'hui encore, il fait partie de mon entourage proche. Il m'a fallu plusieurs années avant que je puisse disputer mon premier combat chez les amateurs mais à ce moment-là encore, je pense que je n'avais toujours pas pris conscience de mon potentiel et de la route qui se dressait devant moi. Jusqu'à ce qu'un événement me fasse ouvrir les yeux. " Cet événement, c'est un long voyage. A Saint-Barthélemy plus précisément. Là même où repose désormais JohnnyHallyday au coeur des Antilles, non loin de Porto Rico, la République Dominicaine, Cuba et... Miami. Les Etats-Unis, nous y voilà. Le rêve de tout boxeur. La terre de Mohamed Ali notamment, probablement le plus grand de tous les temps, qui a arboré lui aussi, autour de sa taille, la prestigieuse ceinture WBA. Aux States, il croise Dino Spender, un des entraîneurs du mythique club de celui qui s'appelait autrefois CassiusClay justement, le " 5th Street Gym ". " Durant mon séjour dans les Caraïbes, je suis allé passer trois semaines en Floride et je me suis rendu compte de ce qu'était réellement la boxe. De ce qu'elle représentait et de ce qu'elle inculquait. Ce fut une révélation. Pendant quelques semaines, je me suis entraîné deux fois par jour, six jours sur sept. C'était un autre monde, dans des conditions très exigeantes mais très professionnelles, et avec des vrais durs. J'ai ouvert des yeux grands comme ça ", raconte Ryad en joignant le geste à la parole. " De retour à Saint-Bart', j'ai pris la décision de revenir en Belgique et de travailler ardemment pendant quelques mois afin de mettre suffisamment d'argent de côté pour pouvoir retourner aux USA. C'était devenu mon unique objectif, j'étais obnubilé. Je voulais y retourner trois mois. Je savais que c'était une occasion unique pour moi de me lancer dans le grand bain. C'est à cette occasion que j'ai réellement pris conscience de ma boxe et de mon potentiel, et de ce que je pouvais éventuellement ambitionner, à condition d'être sérieux. En juin 2013, c'est une vraie métamorphose qui s'effectue chez moi. " Ryad Merhy fait parler de lui chez les amateurs, écarte ses adversaires comme on souffle sur un château de cartes et se taille une réputation. Il s'entoure aussi de gens issus du milieu et qui vont pouvoir le guider sur le chemin du professionnalisme mais aussi et surtout insister sur les vertus de la patience. " On n'a rien sans rien. " Alain Vanackère, son manager, lui dit dès les premiers jours de collaboration, avant son premier combat professionnel : " On va t'emmener loin. Jusqu'aux Championnats du monde. Mais cela prendra du temps. Au moins quatre ans. " Et le voilà, presque cinq ans plus tard, aux portes de l'exploit. " Je n'ai pas réalisé tout de suite le chemin qu'il faudrait parcourir. Quand tout va bien, on a une tendance naturelle à vouloir aller plus vite que la musique. On gagne un combat et on se dit qu'attendre trois ou quatre mois pour remonter sur le ring, c'est très long... J'avais eu l'occasion de mettre les gants avec de très bons boxeurs, notamment Mairis Briedis, et cela m'avait fait prendre conscience que j'étais à ma place dans ce milieu. Mais pour mettre tous les atouts de mon côté, je me suis très bien entouré et je m'appuie sur ceux qui sont avec moi au quotidien et que je tiens à remercier pour leur investissement bénévole. Ils ont tous un rôle important à mes yeux : Alain Vanackère, Marc Duvinage, Bilal Ben Sidi, Aurélien Rouvier, Frédéric Aerts, Patrick Theys et Gaël VanDen Bussche. Disons que le premier grand tournant de ma carrière, c'est quand j'ai remporté la WBC International Silver à Charleroi. Cela reste la plus belle et la plus importante victoire de ma carrière. Elle m'a ouvert les yeux et permis d'y croire pour de bon. Aujourd'hui, je suis prêt à écrire ma propre histoire. " Durant cette soirée de décembre 2015, dans un Spiroudome qui prend fait et cause pour lui, il démonte le Canadien Sylvera Louis et prolonge son parcours parfait. Aujourd'hui, il présente un bilan de 24 victoires dont 20 par K.-O., et n'a jamais connu la défaite chez les pros. " J'apprends à chaque match. Et je sens que je progresse au quotidien. C'est assez étonnant de constater que les gens connaissent mal la boxe. Ils pensent souvent, à tort, qu'il suffit de monter sur le ring et de mettre au tapis son adversaire. Disons que c'est un résumé erroné. En réalité, cela demande des semaines de préparation, beaucoup de travail de fond, d'analyse de l'adversaire... On n'affronte pas un gaucher comme on boxe un droitier par exemple. Mais la vraie difficulté, c'est quand le combat se profile. On passe alors de plus en plus de temps sur le ring avec des sparring-partners. Le corps est fatigué et vous le fait savoir. Mais il faut s'accrocher, continuer, tout en restant à son écoute. En fait, je vais bosser comme un fou jusqu'à une semaine du combat, où je lèverai clairement le pied et me contenterai d'un décrassage au quotidien. Alors je serai prêt. " Prêt à défier un colosse, le Franco-Arménien Arsen Goulamirian au Palais des Sports de Marseille. Son palmarès est quasiment équivalent à celui de Ryad Merhy : 22-0. Mais si notre compatriote se la joue modeste depuis le début de sa carrière, son rival annonçait déjà depuis plusieurs mois : " Un jour, je serai Champion du monde. " Peut-être, peut-être pas. Quoi qu'il en soit, Ryad Merhy va mettre tous les atouts de son côté pour aller au bout de son rêve et, pour ce faire, il va une nouvelle fois traverser l'Atlantique avec une partie de son staff. " Nous irons à proximité de Boston, à Braintree plus précisément, dans la salle de Hector Bermudez. C'est un entraîneur connu et c'est lui qui va se charger de me trouver des sparring-partners afin de peaufiner la préparation. L'idée est de vraiment pouvoir se concentrer sur le ring et la boxe. Le travail physique sera déjà achevé puisque pendant plusieurs semaines, j'aurai couru une dizaine de kilomètres à raison de trois séances par semaine, plus toute une série d'autres entraînements. Actuellement, j'ai quelques kilos de plus que le poids autorisé mais c'est toujours ainsi et je les perdrai dans les derniers jours avant le combat. " Pour le Bruxellois, cet affrontement sera d'autant plus particulier que pour la première fois de sa carrière, dans ce qui s'avère être le plus important, il ne boxera pas devant son public. " C'est vrai que j'avais pris l'habitude de combattre à Charleroi et d'avoir une salle entière acquise à ma cause ", sourit-il. " C'était une sensation agréable, je le reconnais. Ici, ce sera différent, mais je suis convaincu que je ne serai pas déconcentré, même si je devais subir des coups de sifflet. Je serai dans ma bulle. " On le disait, pour Ryad Merhy, une victoire pourrait marquer un tournant radical dans sa carrière. Jusqu'ici, il se débrouille financièrement grâce au soutien de ses sponsors ainsi que de l'ADEPS, qui lui a octroyé le statut de sportif professionnel, mais pour le reste, ses nombreuses victoires ne lui ont pas permis de monnayer son talent comme il l'aurait mérité. La Belgique n'est malheureusement pas une terre de boxe... " Je ne me plains pas et ne le ferai jamais ", observe le natif d'Abidjan. " Chaque chose vient en son temps. " Pudique, il n'en dira pas davantage. Une victoire et un titre mondial lui ouvriraient par contre de nouvelles portes, aux Etats-Unis notamment. Mais il n'en dira pas un mot. Il doit d'abord s'imposer face à Goulamirian. " On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve. En fonction de la tournure des événements, il n'est pas impensable que je tente ma chance ensuite dans la catégorie supérieure, à savoir les poids lourds, puisque je suis sur le fil. Ce sera un sujet de réflexion et de discussion qui surviendra plus tard et, bien sûr, pour tout boxeur qui se respecte, cela demeure le summum. " De très grands boxeurs belges ont tenté le même exploit que Ryad Merhy par le passé mais sans jamais parvenir à ramener la ceinture : Jean-Pierre Coopman, Félix Wouters, Jean-Marc Renard ou encore Alex Miskirtchian plus récemment. C'est assez dire si le challenge qui l'attend est important. Le mot de la fin, nous le laisserons à son manager, Alain Vanackère : " Si Ryad est Champion du monde, cela va changer beaucoup de choses, bien entendu, à la fois pour lui et pour nous. La Belgique n'a jamais eu de titre mondial d'après-guerre. Il y en a eu deux avant, Gustave Roth et Félix Wouters, mais dans des fédérations européennes qui se voulaient mondiales. S'il gagne, il deviendra le premier boxeur belge champion du monde dans une fédération majeure. Le Championnat du monde des lourds-légers WBA qu'il va disputer, c'est l'équivalent d'une finale de Coupe du monde en football ! Dès lors, il s'ouvrira un intérêt médiatique énorme aux quatre coins du monde et, dans la foulée, nous pourrions organiser des défenses de titre en Belgique et ailleurs. Je ne veux pas aller plus vite que la musique mais le 24 mars pourrait être un grand jour pour la boxe belge. "