Il y a de fortes chances qu'Antoine Griezmann mette un terme à l'ère de Cristiano Ronaldo et de Lionel Messi à la prochaine élection du Footballeur de l'Année. L'attaquant, né en France, a gagné ses galons en Espagne. Dans une interview exclusive, il évoque la superbe année écoulée, le succès des Coqs sous la direction de Didier Deschamps et ses objectifs personnels à l'Atlético Madrid. Le 11 décembre, la phalange de Diego Simeone se rend au stade Jan Breydel pour le sixième et dernier match du groupe A de la Ligue des Champions.
...

Il y a de fortes chances qu'Antoine Griezmann mette un terme à l'ère de Cristiano Ronaldo et de Lionel Messi à la prochaine élection du Footballeur de l'Année. L'attaquant, né en France, a gagné ses galons en Espagne. Dans une interview exclusive, il évoque la superbe année écoulée, le succès des Coqs sous la direction de Didier Deschamps et ses objectifs personnels à l'Atlético Madrid. Le 11 décembre, la phalange de Diego Simeone se rend au stade Jan Breydel pour le sixième et dernier match du groupe A de la Ligue des Champions. Tu te sens espagnol, ayant passé la moitié de ta vie dans ce pays ? ANTOINE GRIEZMANN : Oui. Je mange entre 14 h et 14h30, ce que je ne faisais jamais avant. Il m'arrive souvent de m'adresser à ma fille en espagnol, sans le faire exprès. Je vis là-bas depuis 14 ans. C'est en Espagne que j'ai appris ce que je devais faire pour mûrir et devenir un adulte. Dans quelle mesure le titre mondial a-t-il changé ta vie ? GRIEZMANN : Je ne remarque aucun changement. Je ne réalise l'ampleur de notre exploit que quand je rejoins l'équipe nationale et que je vois cette deuxième étoile sur nos maillots. Au quotidien, je ne sors pas beaucoup mais en France, je suis constamment entouré de photographes. La France a vécu une période difficile à l'issue de l'ère Zidane et consorts. Comment êtes-vous parvenus à former une aussi bonne équipe ? GRIEZMANN : Grâce à Didier Deschamps, qui a accompli un travail incroyable. Il a repris des joueurs inconnus qui sont devenus importants pour l'équipe nationale comme pour leurs clubs. Il a surtout formé un ensemble soudé et sain. Pendant notre séjour en Russie, nous nous sommes sentis très bien. On a toujours dit franchement ce qui ne nous plaisait pas. D'où viennent tous ces talents français ? GRIEZMANN : La formation est excellente. Beaucoup de footballeurs dotés d'un certain potentiel ont la possibilité de s'épanouir et de devenir des joueurs de niveau mondial. Tous les clubs français de Ligue 1 possèdent une excellente école. L'équipe nationale française va-t-elle parvenir à dominer le football mondial durant les années à venir ? GRIEZMANN : On a en tout cas une très jeune équipe. Elle avait tout juste 26 ans en moyenne en Russie. Ça veut dire qu'on peut encore évoluer à un niveau élevé lors de la prochaine Coupe du monde. Mais ça dépend évidemment de nous : de notre volonté, de notre engagement, de notre mentalité dans chaque duel. Globalement, on peut espérer connaître encore quelques belles années. Ces dernières années, l'Espagne et l'Allemagne ont misé sur la possession du ballon alors qu'en Russie, la France a joué avec une défense compacte et une transition très rapide. Ton équipe nationale développe-t-elle le football de l'avenir ? GRIEZMANN : Je ne sais pas mais on a pu voir, au Mondial, que les équipes qui défendaient bien avaient aussi la possibilité de gagner. La clef du succès durant ce tournoi consistait à trouver une réponse tactique intelligente et à défendre en groupe. De même qu'en attaquant ensemble. C'est comme ça qu'on gagne des titres. C'est le style de jeu idéal pour toi, un élément offensif très polyvalent ? GRIEZMANN : J'aime travailler pour l'équipe. Je n'y étais pas habitué lors des premiers matches sous la direction de Simeone. Il m'a encouragé à défendre dans ma zone et à récupérer le ballon. Mais quand on est en possession du ballon, je n'ai évidemment rien contre le fait de le recevoir et de faire le jeu. Tu parais omniprésent. Quel est ton poste optimal ? GRIEZMANN : Idéalement, j'occupe un rôle libre. J'aime bouger entre les lignes et sur les flancs, là où je peux faire le plus de mal, en fonction de l'adversaire. Quand je défends, je préfère un poste plus central pour aider mes partenaires. Pourquoi les Français préfèrent-ils l'Espagne et l'Angleterre à la Bundesliga, par exemple ? GRIEZMANN : J'imagine que la langue joue un rôle important. L'allemand est une langue très difficile. Peut-être est-ce aussi dû au fait que l'Espagne développe un beau football, un juego bonito. Mais le championnat allemand est très attrayant car il est offensif. On y voit beaucoup de buts, comme l'Atlético a pu le constater à Dortmund. Où situes-tu la Bundesliga par rapport aux autres grandes compétitions européennes ? GRIEZMANN : Je placerais l'Espagne en premier lieu car elle est toujours représentée en huitièmes et en quarts de finale de Champions League. Ensuite, il y a la Bundesliga ou la Premier League. Le championnat anglais est un peu plus populaire. Il est le plus suivi dans le monde. Comme on parle moins de la Bundesliga, on a tendance à la sous-estimer mais il y a peu de différence entre les équipes. La prochaine finale de Ligue des Champions aura lieu dans le nouveau stade de l'Atlético Madrid. Ce match est-il l'objectif principal de ton club ? GRIEZMANN : Le rêve et l'objectif de tout un chacun à l'Atletico, en sachant que ce sera très difficile de le réaliser. Il faut d'abord atteindre les huitièmes de finale. À partir de ce moment, tout est question de chance, au tirage. Ce sera difficile mais on possède tous les ingrédients : l'entraîneur, le club, les supporters et les joueurs. Avant ton transfert à l'Atlético en 2014, tu pouvais rejoindre le Bayern pour trente millions. Tu regrettes l'échec de la transaction ? GRIEZMANN : Je me sentais bien en Espagne et j'avais envie d'y poursuivre mon apprentissage. Maintenant, je crois pouvoir réaliser encore beaucoup de choses avec ce club. Je suis prêt à me battre pour ça. J'ai prolongé mon contrat l'été dernier parce qu'on a un beau projet auquel je m'identifie à 100%. Je veux aider le club à grandir comme il m'aide à progresser. On veut aussi réussir un exploit historique. Cet été, le Barça a tenté de t'enrôler. Pourquoi as-tu malgré tout reconduit ton contrat et jusqu'en 2023, en plus ? GRIEZMANN : C'est long, en effet, mais je profite de la ferveur des supporters, du soutien de l'entraîneur et de mes coéquipiers. J'ai laissé parler mon coeur. J'ai apprécié tous les efforts qu'il a faits pour me conserver. L'Atlético est empreint de passion mais il est également très fort dans les duels. Or, tu es un fin technicien. Vous allez ensemble ? GRIEZMANN : Je ne me suis adapté aux entraînements qu'en décembre, au début. L'entraîneur exigeait des choses très différentes de moi. Je devais travailler plus et assimiler de nouveaux aspects. Maintenant, mes possibilités physiques sont plus étoffées et je participe avec plaisir à la défense car je suis capable de réaliser plus d'efforts. Tu as très envie de devenir une légende du club ? GRIEZMANN : Oui, c'est mon objectif. Je veux devenir une légende, un joueur qui a marqué ce club. Ça demande beaucoup de travail sur le terrain comme en dehors mais je suis prêt à le fournir. Tu vas donc rester à l'Atlético jusqu'au terme de ta carrière ? GRIEZMANN : C'est possible. On ne sait jamais mais je me sens très bien ici. Le Real a gagné quatre des cinq dernières éditions de la Ligue des Champions. Cette ère est-elle terminée ? GRIEZMANN : Cristiano Ronaldo, qui était à la base de nombreux buts, est parti. Le Real n'en conserve pas moins beaucoup de footballeurs de très haut niveau. Ils ont simplement eu du mal à se faire au départ de Cristiano mais ils sont capables de redevenir les meilleurs. Beaucoup de footballeurs reconnaissent jouer pour gagner des trophées. C'est ton cas aussi ? GRIEZMANN : Les perspectives changent au fil d'une carrière. Quand on débute dans sa première équipe, on veut avant tout du temps de jeu. Ensuite, on veut devenir titulaire puis gagner des matches et enfin des titres. Ils reflètent aussi la valeur du collectif. C'est ce que les joueurs préfèrent. Tu es champion du monde et tu as remporté l'Europa League. Quels trophées vises-tu encore ? GRIEZMANN : La Champions League et l'EURO manquent encore à mon palmarès. J'espère réussir. Défendre avec succès le titre mondial est également un objectif majeur de l'équipe de France. Ce serait incroyable, le rêve absolu. Les précédents vainqueurs, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la France, ont été éliminés au premier tour de l'édition suivante. Comment comptez-vous éviter un tel faux-pas en 2022 ? GRIEZMANN : Défendre son titre est très difficile car ceux qui affrontent le champion du monde en titre ont toujours plus d'adrénaline dans le sang. Plus de motivation, d'engagement. Ceci dit, on a beaucoup de bons jeunes joueurs, qui vont encore progresser. Comme moi, d'ailleurs. Il y a deux ans, tu as perdu la finale de la Ligue des Champions et de l'EURO, dans ton pays. Quelle défaite était la pire ? GRIEZMANN : Celle en Ligue des Champions car c'était ma première finale. J'avais beaucoup de choses en tête, notamment la fête. Mes rêves se sont évanouis après 120 minutes et ça a été difficile à digérer. Tu as raté un penalty dans cette finale contre le Real mais tu as quand même pris tes responsabilités durant les tirs au but. Tu ne ressens donc aucune nervosité ? GRIEZMANN : J'essaie de conserver mon sang-froid. J'étais extrêmement déçu après cette première tentative ratée. Quand l'arbitre a sifflé, je n'ai pensé qu'à une chose : au milieu, au milieu, au milieu... J'ai tiré droit devant et j'ai raté. Lors du deuxième, j'ai attendu jusqu'à ce que le gardien s'élance. Tu n'as obtenu que 6,69% des suffrages à l'élection du Meilleur Footballeur de l'Année 2018, ce qui t'a valu une sixième place. Tu étais surpris d'être aussi loin derrière Luka Modric (29,05%), Cristiano Ronaldo (19,08%), Mohamed Salah (11,23%), Kylian Mbappé (10,52%) et Lionel Messi (9,81%) ? GRIEZMANN : Non. Ça veut dire que je peux encore progresser et c'est une motivation. Je veux montrer ce dont je suis capable. Modric a également été élu meilleur joueur de la Coupe du Monde en Russie. Tu peux comprendre que ce titre ne soit pas revenu à un champion du monde ? GRIEZMANN : En fait, non. J'ai été surpris mais ce ne sont pas les footballeurs qui décident. C'est la FIFA. Je l'ai quand même regretté. De telles élections sont-elles justes ? GRIEZMANN : Je ne sais pas. Pour moi, ce titre aurait été une distinction importante, une compensation aux moments difficiles que j'ai connus quand je me suis retrouvé si loin de ma famille, entre treize et quinze ans. Ce prix n'aurait pas été destiné qu'à moi, il aurait aussi récompensé mes parents et mes deux soeurs pour tous les efforts qu'ils ont consentis et cette séparation provisoire. La domination de Messi et de Ronaldo touche-t-elle à sa fin ? GRIEZMANN : Non, pas encore. Ils continuent à marquer 50 buts et à gagner des titres. Ces joueurs sont déjà des légendes. On parlera encore d'eux dans 50 ans. Ils sont des exemples pour nous, une source de motivation. Ils nous incitent à nous surpasser. Sergio Ramos est fâché que tu aies déclaré être à la hauteur de Ronaldo et de Messi.GRIEZMANN : Je voudrais remettre les pendules à l'heure. Un journaliste m'a posé une question à ce propos et j'ai répondu qu'après les succès en Coupe du monde, en Europa League et la victoire en Supercoupe d'Europe, je m'étais rapproché d'eux. Kylian Mbappé va-t-il devenir la nouvelle super star du football ? GRIEZMANN : Il possède beaucoup de talent. Il est très rapide et différent des autres. Il rappelle le Ronaldo de Manchester United. S'il devient encore plus efficace devant le but, il marquera bientôt 50 buts par saison aussi. Comment gère-t-il sa gloire ? GRIEZMANN : Il est bien dans sa tête, serein, travailleur. C'est très bien pour un garçon de 19 ans. Je l'aide à rester sur le droit chemin de même qu'il m'épaule. Quels sont tes favoris à la victoire finale de la Ligue des Champions, cette saison ? GRIEZMANN : Manchester City est le principal candidat à la victoire. Parce qu'il est entraîné par Pep Guardiola. Il y a aussi la Juventus et Barcelone, qui peuvent compter, respectivement, sur Ronaldo et Messi. Puis, un peu derrière, il y a l'Atlético.