On jouait depuis 48 minutes à Lokeren-Anderlecht quand, sur une ouverture lumineuse de Walter Baseggio, Aruna Dindane trompa d'une reprise en un temps le gardien des Waeslandiens, Jugoslav Lazic, fixant par là même le score final du match (2-2). Mais là n'était probablement pas l'essentiel car, sur cette phase, l'attaquant ivoirien du Sporting se réconcilia surtout avec ses sympathisants, répondant par des applaudissements en direction de la foule à ceux qui s'étaient mis à scander son nom sur l'air des lampions. Souvent porté aux nues, à juste titre, pour son impact sur les résultats forgés par le RSCA ces dernières années, on se souviendra que le joueur avait dû composer, dans un passé récent, avec une volte-face aussi soudaine qu'inattendue de la part de ce même public anderlechtois. Tout avait débuté, pour l'Ivoirien, par une bordée de coups de sifflet contre le Werder Brême, suivis quelques jours plus tard d'une bronca que deux buts, inscrits de ses oeuvres en fin de partie face au Racing Genk, avaient heureusement réussi à estomper complètement avant de céder enfin la place aux clameurs. Mais le mal n'en était pas moins fait, pour autant, dans le c£ur du joueur du Sporting, qui s'était empressé de regagner les vestiaires sans saluer le kop anderlechtois. Muet, après coup, face aux représentants de la presse, comme il allait l'être à Daknam aussi, samedi passé, l'attaquant à la peau d'ébène aura toutefois pu compter sur son manager, Serge Trimpont, pour le défendre avec bec et ongles.
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On jouait depuis 48 minutes à Lokeren-Anderlecht quand, sur une ouverture lumineuse de Walter Baseggio, Aruna Dindane trompa d'une reprise en un temps le gardien des Waeslandiens, Jugoslav Lazic, fixant par là même le score final du match (2-2). Mais là n'était probablement pas l'essentiel car, sur cette phase, l'attaquant ivoirien du Sporting se réconcilia surtout avec ses sympathisants, répondant par des applaudissements en direction de la foule à ceux qui s'étaient mis à scander son nom sur l'air des lampions. Souvent porté aux nues, à juste titre, pour son impact sur les résultats forgés par le RSCA ces dernières années, on se souviendra que le joueur avait dû composer, dans un passé récent, avec une volte-face aussi soudaine qu'inattendue de la part de ce même public anderlechtois. Tout avait débuté, pour l'Ivoirien, par une bordée de coups de sifflet contre le Werder Brême, suivis quelques jours plus tard d'une bronca que deux buts, inscrits de ses oeuvres en fin de partie face au Racing Genk, avaient heureusement réussi à estomper complètement avant de céder enfin la place aux clameurs. Mais le mal n'en était pas moins fait, pour autant, dans le c£ur du joueur du Sporting, qui s'était empressé de regagner les vestiaires sans saluer le kop anderlechtois. Muet, après coup, face aux représentants de la presse, comme il allait l'être à Daknam aussi, samedi passé, l'attaquant à la peau d'ébène aura toutefois pu compter sur son manager, Serge Trimpont, pour le défendre avec bec et ongles. " Deux jours après la rencontre devant les Allemands, j'avais eu un premier échange de vues avec Aruna ", dit-il. " A ce moment-là déjà, il ne comprenait pas l'attitude de l'assistance à son égard. Alors, pensez s'il fut décontenancé par la conduite des soi-disant supporters des Mauves à l'occasion de la visite du Racing. Honnêtement, il y a de quoi y perdre son latin. Car si un élément a pesé de tout son poids dans la conquête du titre, la saison dernière, ainsi que dans l'accession à la Ligue des Champions cette fois-ci, c'est bel et bien lui. Les gens ont décidément la mémoire courte, eux qui se plaisent à brûler très vite ce qu'ils ont adoré. De mémoire de suiveur, je n'avais jamais vu pareil comportement dans le chef des sympathisants du club. Or, dieu sait si je suis un habitué des lieux puisque, depuis plus de 30 ans, je fréquente le Parc Astrid. J'ai beau chercher, je n'ai pas souvenance d'une telle ranc£ur vis-à-vis d'autres vedettes qui ont porté le maillot de la maison, qu'il s'agisse du grand Robby Rensenbrink, de Juan Lozano ou de Ludo Coeck, pour ne citer que ceux-là. Dès lors, ces huées font mal, je ne le cache pas. Aussi bien pour Aruna que pour moi-même. Car il ne mérite assurément pas d'être traité de la sorte ". Dindane, l'exception qui confirme la règle ? Werner Deraeve, ancien du stade Emile Versé au début des années 70 et actuel Directeur Technique de l'Ecole des Jeunes, ne partage pas cette opinion. Pour lui, tous les footballeurs de renom qui ont fait honneur aux couleurs du club bruxellois ont été exposés à l'un ou l'autre moment de leur carrière à la critique. Même le plus grand de tous, Paul Van Himst. " En 1973, je me rappelle que Popol, qui était alors capitaine d'équipe, avait refusé de jouer lors d'un déplacement européen au FC Zurich, dans le cadre de la Coupe des Vainqueurs de Coupe ", observe-t-il. " Il n'avait tout simplement pas admis d'être confiné sur l'aile droite par l'entraîneur Urbain Braems, alors qu'il avait toujours disputé tous ses matches comme soutien d'attaque. Son entêtement nous avait coûté cher, puisque nous avions été battus 1 à 0 ce soir-là. Et comme les Suisses s'étaient inclinés par 3-2 dans nos installations, deux semaines plus tôt, nous pouvions faire notre deuil de cette compétition. Dans la foulée, notre figure la plus emblématique n'eut pas seulement droit à une amende salée de 100.000 francs. Il fut pris à partie, aussi, lors de ses retrouvailles avec les inconditionnels du club, lors d'un match entre Anderlecht et Beringen. Je me le remémore encore comme si c'était hier. Les fanas n'avaient tout bonnement pas admis qu'il lâche à la fois ses partenaires et le club. Et je me demande dans quelle mesure ce raisonnement ne peut pas être étendu, aujourd'hui, à Dindane. Car tout le monde sait que l'Ivoirien n'est qu'en sursis au Sporting. Puisqu'il est acquis qu'il quittera ses coéquipiers, tôt ou tard, ses prestations sont inévitablement passées au crible. Et force est de reconnaître que depuis son coup d'éclat face à Benfica, il est rentré dans le rang. En soi, le garçon n'a sûrement pas été inférieur à d'autres, et notamment à son nouveau complice à la pointe de l'attaque, Mbo Mpenza. Mais la connotation est foncièrement différente entre eux. D'un côté, il y a un homme qui a manifesté clairement son désir de partir et qui est jugé par rapport à ses motivations. De l'autre, on trouve un gars qui n'a jamais cessé de clamer qu'Anderlecht était, à ses yeux, le sommet, et qui a toujours fait contre mauvaise fortune bon c£ur, jusqu'à présent, en acceptant d'être aligné à divers postes qui ne recueillent pas son adhésion. Cette noblesse d'âme est prisée et tout lui a toujours été pardonné, jusqu'ici. Par contre, vu son désir d'émigrer sous d'autres cieux, une partie de l'attachement s'est sans doute rompue entre Aruna et le public anderlechtois ". Sans compter que celui-ci, toujours très critique, semble encore avoir élevé son seuil d'exigences ces dernières années. En cause, une augmentation du prix des places, qui a eu pour conséquence de modifier sensiblement le profil des supporters, les passionnés ayant cédé la place à des spectateurs soucieux d'en avoir pour leur argent. " On relève, grosso modo, deux catégories de sympathisants chez nous ", souligne Marc Torsin, responsable du service abonnements et de la billetterie au Parc Astrid. " D'une part, il y a les habitués : un quart de nos abonnés, à peu de choses près. Les 15.000 autres représentent une masse beaucoup plus jeune, puisque leur moyenne d'âge oscille autour des 30-35 ans. Ils constituent bien sûr du pain bénit, pour nous, compte tenu de leur jeunesse. Mais ils forment également une frange qu'il est plus difficile de fidéliser que les anciens. Avec eux, on assiste d'une saison à l'autre à des fluctuations qui ne se vérifient pas avec les fans de longue date. Pour peu que les résultats, ou encore le jeu déployé, ne répondent pas à l'attente, ceux-là n'hésitent pas à décrocher au bout d'un an, même si nous n'éprouvons aucune difficulté à les remplacer par d'autres. Ces personnes-là sont également beaucoup plus exigeantes, à tous points de vue. Ce critère est à la fois d'application pour la place qu'elles occupent dans le stade que pour la qualité du football sur le terrain. En réalité, depuis une demi-douzaine d'années, les amateurs de spectacle ont de plus en plus remplacé, chez nous, les véritables sympathisants dans l'âme. Résultat des courses : ils sont autrement plus pointilleux concernant la valeur du produit proposé que ceux qui prenaient encore d'assaut nos travées en fin de siècle passé. Avec ceux-là, la critique fusait quelquefois, mais dans des proportions raisonnables. A présent, les gens sont beaucoup plus virulents et contestataires. Ki-Hyeon Seol, Besnik Hasi, Mark Hendrikx, Michal Zewlakowet, à présent, Aruna Dindane : tous en ont pris pour leur grade. Au même titre que la direction et l'entraîneur, d'ailleurs. C'est propre, sans doute, à la nouvelle génération, moins respectueuse et qui ne rechigne jamais à clamer son mécontentement quand elle en ressent le besoin. L'intérêt personnel prime au détriment de toute autre considération. Du coup, certains n'hésitent pas à brûler ce qu'ils ont adoré lorsqu'ils s'estiment lésés pour l'un ou l'autre motifs. Il faut s'en faire une raison car au train où vont les choses, la tendance n'est pas près de s'inverser. Au contraire, elle devrait tant et plus s'amplifier au cours des années à venir. Et, doués ou non, les footballeurs devront composer avec elle ". Au fond, que fait-on, au RSCA, pour les joueurs, tels les précités, pris en grippe par le public anderlechtois ? Aucun n'est abandonné à son triste sort mais le remède diffère d'un cas à l'autre. Parfois, un échange de vues seul suffit mais, dans d'autres cas, on n'hésite pas à instaurer le dialogue avec les supporters. " Quand la critique est épisodique, quelques mots de consolation et d'encouragements suffisent ", souligne le team manager Pierre Leroy. " Il en était allé ainsi pour Besnik Hasi par exemple. Comme il l'a rapporté lui-même dans vos colonnes, l'international albanais avait subi les foudres de l'assistance, il y a deux ans, pendant et après notre match à domicile européen face à Stabaek. Pour on ne sait quelle raison, il avait à cette occasion focalisé sur lui toutes les rancoeurs de la foule. Il est vrai que le Sporting s'était incliné 0-1 à cette occasion et qu'il avait été remplacé en cours de match par Gilles De Bilde, le chouchou des supporters. Cette hostilité vis-à-vis de lui n'avait toutefois eu qu'un temps et, depuis ce moment-là, Bes n'a plus jamais été visé par le public. Mark Hendrikx, lui, n'a pas eu droit à la même mansuétude. Malgré le soutien de la direction, du staff technique et de ses partenaires, il a rarement pu compter, à une certaine époque, sur la même attitude de la part de l'assistance. A tel point que dans le cadre de l'une ou l'autre rencontres à domicile, l'entraîneur, Hugo Broos s'était même privé volontairement de ses services. Au cours de ses derniers mois au Parc Astrid, la tendance s'était finalement inversée. Et, vu ses commentaires récents concernant le match Lokeren-Anderlecht, c'est manifestement avec un très bon souvenir qu'il avait délaissé le Sporting. Avec Ki-Hyeon Seol, parti à l'intersaison lui aussi, il en était allé de même. En ce qui concerne Michal Zewlakow, qui n'a pas toujours su compter non plus sur l'appui de nos sympathisants, un pas supplémentaire fut franchi dans la mesure où, via le site Internet du club, l'intéressé avait tenu à remercier le public pour les encouragements dont il avait été gratifié suite à son but décisif contre Lokeren. Ce fut un coup dans le mille car, depuis lors, le garçon n'a plus jamais été la cible des fans. Pour insister sur le rôle prépondérant que peuvent jouer les supporters, j'ai d'ailleurs plaidé en début de saison pour que le numéro 12, qui avait été attribué à Olivier Doll ces dernières années, ne soit plus décerné. Celui-là, en effet, doit conscientiser nos inconditionnels sur la tâche non négligeable qu'ils ont à jouer en tant que douzième homme ". L'exemple de Michal Zewlakow ne devrait pas, selon toute vraisemblance, être étendu à Aruna Dindane. C'est l'avis de Johan Ceuppens, l'un des secrétaires de la fédération des 80 clubs de supporters du RSCA qui, forts de leurs 11.000 membres, regroupent près de la moitié de l'assistance moyenne lors des matches à domicile. " Ce qui s'est passé dans un passé récent avec Aruna Dindane restera probablement un simple épiphénomène ", souligne-t-il. " Il n'y a rien de vexant à cela, dans la mesure où, avant l'Ivoirien, d'autres grands attaquants ont subi les foudres de l'assistance dans l'adversité. Je songe à Luc Nilis, par exemple, pour ne mentionner qu'un exemple guère lointain. Qui aime bien châtie bien, veut le dicton. Je pense qu'il est d'application dans le cas qui nous préoccupe. Car il ne faut pas s'y tromper : nonobstant les contretemps récents, notre attaquant continue globalement à jouir d'une très belle cote auprès de nos fans. La preuve : lors d'un sondage réalisé sur le forum de notre site Internet, les supporters se sont prononcés quasiment à l'unisson en faveur du joueur. Personne, à l'évidence, ne souhaite son départ. Et encore, les quelques rares qui ne sont pas de cet avis sont ceux qui estiment que l'intéressé, compte tenu de ses immenses qualités, mérite de rallier un club de premier ordre en Europe. Dans ce cas-ci aussi, la tendance est donc positive. Et elle le restera sans nul doute. S'il ne devait pas en aller ainsi, il y aurait toujours moyen de rectifier le tir par le biais d'un message aux supporters, voire d'un appel au bon sens lors de nos réunions. Une fois par mois, en effet, chacun des cercles délègue deux de ses membres à l'assemblée organisée à la cafeteria du club. Jusqu'à présent, le cas posé par un joueur en particulier n'a jamais été à l'ordre du jour. Seul l'ancien manager, Michel Verschueren, avait plaidé à un moment donné, par le passé, en faveur d'une approche plus positive. Cette intervention avait eu l'effet escompté mais il n'en reste pas moins que l'attitude générale est tout de même fonction de la situation sportive. Lorsque les résultats ou les prestations individuelles répondent à l'attente, il va de soi qu'on n'entendra personne maugréer ". Les événements liés à Aruna Dindane auront-ils une implication quant à son avenir immédiat au Sporting ? D'après le nouvel homme fort des Mauves, Herman Van Holsbeeck, la donne n'a pas fondamentalement changé : le joueur partira bel et bien un jour, mais pas nécessairement lors du prochain mercato. " Il nous reste trois périodes de transfert si nous voulons nous séparer de l'Ivoirien avant l'échéance de son contrat en juin 2006 ", dit-il. " Nous ne nous y résoudrons que si un terrain d'entente peut être trouvé qui agréera les trois parties : le club, le joueur et son manager. Les dernières péripéties ne nous feront pas dévier d'un iota de cette ligne de conduite : il n'est pas question, notamment, de brader le joueur sous prétexte qu'il a essuyé des critiques de la part du public. Les grands arbres sont le plus exposés au vent, c'est bien connu. Ce constat se vérifie ici aussi bien en ce qui concerne la direction que les acteurs. Et il n'en va pas autrement dans les autres clubs qui se respectent. Raul, lui aussi, a été décrié au Real Madrid cette saison, suite à la mauvaise entrée en matière des Merengue tant en compétition espagnole qu'en Ligue des Champions. Or, en temps normal, y a-t-il joueur plus adulé que lui par les socios madrilènes ? Quand on est un grand, il faut pouvoir vivre avec la pression et les exigences inhérentes à ce statut. A Anderlecht ou ailleurs. Jusqu'à présent, nous n'avons encore reçu aucune offre concrète pour le joueur, contrairement à ce qui s'était déroulé l'été passé avec West Bromwich Albion. Mais les Anglais s'étaient manifestés à la fin de la période des transferts, à un moment où ne nous pouvions plus compenser son départ. Cette fois encore, un passage ailleurs ne sera envisageable que si le ou les candidats-acquéreurs prennent langue avec nous dès le mois de décembre. Car le RSCA désire disposer du mois de janvier pour sonder les possibilités, le cas échéant. Si ce critère n'est pas respecté ou si l'offre financière est jugée insuffisante, le joueur et le club feront toujours route ensemble au cours du premier volet de l'année 2005. Nous ne sommes toujours pas pressés de nous séparer de lui. Et il en va de même pour nos supporters ". Bruno Govers" Je n'ai pas souvenance d'UNE TELLE RANC£UR vis-à-vis d'autres vedettes mauves " (Serge Trimpont, l'agent du joueur) " La nouvelle génération de supporters est PLUS VIRULENTE " (Marc Torsin, le responsable de la billetterie) " Même RAUL N'ÉCHAPPE PAS AUX COUPS DE SIFFLET au Real " (Herman Van Holsbeeck, le manager du club)