L'autre jour, entre chiens et loups à la terrasse du " Jaguar " à Lyon, je me faisais cette réflexion : " Décidément, tout fout le camp ". La vérité d'un jour n'a de toujours que le temps d'une nuit où tous les rêves sont permis. Ou les cauchemars. C'est selon.
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L'autre jour, entre chiens et loups à la terrasse du " Jaguar " à Lyon, je me faisais cette réflexion : " Décidément, tout fout le camp ". La vérité d'un jour n'a de toujours que le temps d'une nuit où tous les rêves sont permis. Ou les cauchemars. C'est selon. Le mois dernier, je vous vantais les merveilles de l'amour des fans anglais pour leur club. Leur loyauté à l'image de leur royauté. Rarement remise en cause. Oui mais voilà, la loyauté a ses limites. Celle de la pauvreté. Pas la vraie. Pas celle qui fait du prochain repas un espoir avant d'être un choix, mais la pauvreté sentimentale. Plus moyen d'aimer comme on le voudrait. Je parlais des grèves de supporters en Belgique. Que ça n'existait pas au pays qui a inventé le foot. Eh bien si ! Pas plus tard qu'il y a 15 jours. Et, paradoxe en forme d'évidence, avec le club le plus riche du monde. Paradoxe mais évidence car la richesse des clubs du top ne vient plus de leurs tribunes. Fait rarissime en Angleterre, Man City a renvoyé 912 des 3000 places qu'Arsenal lui avait octroyées. Motif ? Boycott sur le prix : 62£. 75 € pour un ticket visiteur. Souvent, les plus mal placés dans les stades. Et, dans ce cas-ci, avec un voyage de 644 km aller-retour. Si le but est de diminuer l'impact du supplément d'âme qu'apportent les supporters adverses, l'objectif est atteint par Arsenal. Sur l'aspect financier par contre, c'est 68.400 € de manque à gagner. Pas grand-chose pour cette entreprise dont le bilan financier est depuis longtemps largement plus positif que le sportif. Mais à long terme, c'est l'essence même du foot qui perd de son taux d'octane. Le foot est un sport qui oppose pour mieux réunir. On joue contre mais aussi avec. On supporte mieux quand il y a réplique en face. Sans les supporters adverses, c'est de l'onanisme en culotte courte. Bon, il y a longtemps que l'Emirates ressemble plus à une salle de spectacle qu'à un stade de foot mais quand même. Ce qui est vrai au théâtre, ne l'est pas dans le sport. Même à Londres où, dans les stades, il y a autant de touristes d'un jour que de supporters de toujours. Exemple avec Fulham qui a créé une tribune pour supporters occasionnels et touristes. La tentation est grande puisque la demande est énorme. Prenons l'exemple de Tottenham où la liste d'attente pour obtenir un abonnement à l'année est de 39850 amoureux qui rêvent d'un rencart tous les 15 jours. La tentation est grande. Depuis la création de la Premier League, les assistances ont augmenté en moyenne, de 15.000 spectateurs par match. Pourtant, à l'époque, on pouvait assister à un match pour 4 € à ManU et 6 € à Arsenal. Si l'on suit la courbe de l'inflation, cela devrait coûter maintenant entre 10 et 12 €. En fait c'est 700 % plus cher. Et alors se disent les clubs ! Le taux de remplissage est de 95 %. Oui mais rempli comment ? Le formidable travail de la League pour vider les stades des hooligans a été une réussite mais on a eu qui à la place ? Des " middle class " tendance " up classe ". Rassurés par la sécurité retrouvée, les amoureux du " sport confort " ont repris le chemin du divertissement. Il est de plus en plus difficile pour un père de transmettre l'amour ancestral d'un club à ses enfants. L'hérédité devient un héritage. Et c'est là que le risque est grand. L'identité d'un club, ce sont ceux qui leur apportent l'amour inconditionnel. Pas conditionnés par l'argent. C'est à 7, 8 ans que germe dans la tête et l'imaginaire d'un enfant l'envie de faire partie de la " famille ". On l'a compris, à Tottenham où malgré la liste d'attente ils ont créé un concept : " My home debut ". Les enfants qui assistent à leur premier match à White Hart Lane font, avant le match, un tour sur la pelouse et se font applaudir par tout le stade. Finalement, la vérité d'un jour ne tient que le temps de la lecture d'un " Fred on tour ". Le temps de passer d'un mal à son antidote. À mon ami XaÀ Londres, il y a autant de touristes d'un jour que de supporters de toujours.