Le 6 novembre dernier, Milan n'a pas fait le détail contre Catane (4-0). A la 79e, Massimiliano Allegri décide de faire sortir Robinho qui, brillant, reçoit les applaudissements du public. Mais ce n'est rien à côté du coup de tonnerre suscité dans les secondes suivantes par la montée au jeu de Pippo Inzaghi.
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Le 6 novembre dernier, Milan n'a pas fait le détail contre Catane (4-0). A la 79e, Massimiliano Allegri décide de faire sortir Robinho qui, brillant, reçoit les applaudissements du public. Mais ce n'est rien à côté du coup de tonnerre suscité dans les secondes suivantes par la montée au jeu de Pippo Inzaghi. Ce n'était pourtant pas la première brève apparition en championnat cette saison de l'attaquant qui avait disputé quelques minutes contre l'Udinese le mercredi 21 septembre et contre Cesena, le samedi suivant. Probablement que l'incertitude qui a plané jusqu'à la fin de ces rencontres, jouées à San Siro, n'était pas propice à la fête. Et quand mi-mai, six mois presque jour pour jour après sa blessure, il est monté au jeu contre Cagliari, c'était dans le cadre de la célébration du titre conquis le week-end précédent à Rome. Un geste plus symbolique qu'autre chose... Pippo Inzaghi : Alors ça a été long et dur. Je n'avais vraiment pas besoin de cette blessure, je me sentais très bien. Je venais de mettre un doublé contre le Real Madrid en Ligue des Champions. Mais voilà, les croisés, les deux ménisques... À mon âge, ce n'est pas simple. Je suis revenu cet été, puis je me suis fait mal à un mollet. Là, mon genou va mieux. Arrêter, non. Je veux redevenir l'Inzaghi que tout le monde connaît. Je crois que le public du Milan mérite de revoir Inzaghi sur le terrain, et je crois que ma carrière le mérite aussi. Et puis, je ne suis pas capable de rester sans football. Si je ne m'entraîne pas, si je ne joue pas, je me sens mal, vraiment mal. Je me sens comme un chien. Un exemple comme un autre : la veille de la dernière mise au vert, alors que je ne m'étais entraîné avec l'équipe qu'une seule fois depuis dix mois, je suis venu avec mon sac. J'espérais être convoqué, alors que je savais très bien qu'il aurait été juste que je ne le sois pas. Les gens me disent : - Mais comment tu fais pour être encore comme ça, avec tous tes trophées ? En fait, c'est comme si j'étais toujours un jeune joueur qui espère. Je n'ai jamais eu la prétention de tout savoir. Ce n'est pas parce que j'ai 38 ans, que j'ai tout gagné et que j'ai marqué tant de buts que... Ça, non. Les jeunes d'aujourd'hui, tu sais comment ils sont. Ça marque un but, ça se sent tout-puissant, ça n'a plus envie de s'entraîner, ça sort le soir... Moi, j'ai toujours essayé d'apprendre de chaque entraîneur. Non, c'est vrai. D'ailleurs, j'ai joué avec tous les modules possibles. Je crois qu'un bon joueur peut jouer avec n'importe quel dispositif tactique. Et qu'un bon entraîneur fait son module en fonction des joueurs qu'il a à disposition. Le module doit être la dernière chose. Carlo Ancelotti était comme ça, Allegri aussi. La différence entre le grand entraîneur et l'entraîneur lambda tient, selon moi, dans sa capacité à comprendre les joueurs, à être psychologue. Je pense qu'un grand joueur est un grand buteur. Je ne sais pas comment dire. Oui, bien sûr. Et il y a aussi des gens comme Zidane, comme Kaká, des champions absolus. Selon moi, un grand joueur doit être un grand buteur parce qu'on se souvient d'un joueur surtout pour les buts qu'il met. Et des joueurs comme moi, David Trezeguet, nous sommes des grands joueurs car nous sommes des grands buteurs. Nous avons marqué plus de trois cents buts. Parce que nous avons eu la chance d'évoluer dans de grandes équipes, c'est vrai. Mais il y a aussi nos qualités. Il y a une chose incroyable : j'ai été meilleur buteur de Serie A avec l'Atalanta Bergame. Avant, oui. Plus jeune, je ne vivais que pour le but. Quand je ne marquais pas, je me sentais mal. Puis, au fil des ans, il m'est arrivé de marquer beaucoup de buts et de ne pas gagner. Je me rendais bien compte qu'il manquait quelque chose. Alors, j'ai commencé à voir les choses différemment. J'ai compris que le plus important, c'était de gagner. Quand tu commences à avoir plus de 30 ans, c'est normal. Tu te rends compte aussi que même si tu ne marques pas pendant trois matches, les gens gardent une bonne image de toi. Parce qu'ils se souviennent de ce que tu as fait. Parce que ce que tu as fait par le passé reste. Maintenant, je sais aussi qu'Inzaghi a toujours été vu comme celui qui doit toujours marquer. Donc... Oui. Tu sais, c'est un jeu difficile, il faut en connaître les règles. En Italie, Alberto Gilardino me ressemble sur quelques points, peut-être. Au Milan, nous avons Andrea Paloschi. Il est bon, et c'est un bon gars. Il a des mouvements qui ressemblent aux miens. J'espère qu'en mûrissant, il pourra faire de belles choses. C'est vrai aussi que dans le football d'aujourd'hui, il est difficile de trouver des joueurs comme moi. Peut-être Trezeguet. Tous les deux, nous sommes vus comme des joueurs qui participent peu au jeu. Mais nous sommes fondamentaux dans la surface. Disons le simplement : marquer, c'est ce qu'on sait faire de mieux. Voilà. J'aime avoir le poids de la victoire sur les épaules. Avoir des responsabilités m'a toujours rendu plus fort. Quand tout le monde mise sur quelqu'un, ça veut dire qu'il est fort, et ça me donne encore plus de force. Je ne sais pas comment dire. J'ai toujours aimé les attaquants. Quand j'étais petit, je suivais Paolo Rossi, Marco van Basten. C'étaient les attaquants de référence. En 82, quand Rossi est meilleur buteur du Mondial... On m'a souvent dit que je lui ressemblais dans ma façon de jouer : renard des surfaces. Oui, c'est devenu une mode. Les joueurs grands, puissants, forts de la tête. Je ne suis pas très grand. Bon, sur plus de trois cents buts, j'en ai inscrit entre 70 et 80 de la tête. Qui peut deviner en me voyant que j'ai marqué presque 100 buts de la tête ? Personne. Mais pourquoi ça a été le cas ? Pourquoi ? Je vais te dire, c'est très simple. Je n'ai pas besoin de sauter plus haut que les défenseurs molosses. Parce que j'ai déjà un mètre d'avance. Trezeguet, je le regarde parce qu'on dit de lui ce qu'on dit de moi : il vit pour le but. Oui, je regarde les autres attaquants. Van Nistelrooy a toujours été un grand adversaire que j'estime beaucoup. En 2003, quand on a gagné la Champions, on a lutté tous les deux pour le titre de meilleur buteur de la compétition. Je crois que j'ai marqué douze buts, et lui quatorze. Je crois que jamais deux attaquants n'avaient autant marqué dans cette compétition. Maintenant, je crois que le plus grand joueur du monde est Lionel Messi. Messi, Cristiano Ronaldo. Malheureusement, je n'ai que très peu joué avec Ibrahimovic. J'ai joué trente minutes avec lui l'an passé contre le Real, j'ai marqué deux buts, puis je me suis blessé. Tous ces attaquants, je les regarde volontiers. Bien évidemment. Moi, je connais tout le monde. Je sais les qualités et les défauts de tous les défenseurs. Tout ça m'a beaucoup aidé. Si j'ai affaire à deux défenseurs centraux, j'essaie de jouer sur celui qui, selon moi, est le plus faible. Sur celui qui m'accordera une chance de plus que l'autre. On a dit de moi que c'était moi qui marquais le défenseur, et pas le contraire. Ce n'est pas faux. Moi, j'essaie d'exploiter les faiblesses de mes adversaires. J'étudie tout. Non, non. Je connais tout le monde maintenant. Je connais toutes les caractéristiques des défenseurs que je vais affronter. Oui, tout le monde me connaît aussi. Au fil des années, ils ont appris à me connaître, et ils me craignent. Postulat de départ : rien n'est jamais facile. Surtout quand tu joues dans le championnat italien, ou en coupes d'Europe. Je ne me suis jamais dit que ce serait facile. Il m'est arrivé de marquer trois buts quand je pensais que ça allait être dur et de ne pas marquer face à des équipes plus faibles. N'importe quel but est important. Après, c'est vrai qu'il y a des défenseurs... Quand Alessandro Nesta et Paolo Maldini étaient mes adversaires, quand j'affrontais Ciro Ferrara, Walter Samuel, Ivan Cordoba... C'est dur de leur marquer des buts. Ca m'est quand même arrivé. Tout le monde sait comment je joue, alors je sais que c'est à moi d'être fort. Quand physiquement je suis bien, non. Je ne doute que quand je me blesse longtemps. Oui, je suis très serein quand je joue, il faut bien le dire. Aucun stade ne m'a jamais fait peur. Quand je me sens bien, je n'ai peur de rien. Je suis conscient de mes forces. Je sais que je peux rater parce que je suis humain. Le fait aussi de bien préparer les matches la semaine fait que je n'ai aucun regret si je rate un but, parce que je sais que j'ai tout fait à la perfection. Si je rate, c'est parce que ça arrive. Ce n'est pas parce que je ne me suis pas entraîné ou parce que je n'ai pas bien fait les choses. Ça, ça aide à être serein. Comme le moment où le rêve que j'avais en tête quand j'étais gamin s'est réalisé. Tu joues une finale de Ligue des Champions, tu gagnes 2-1, et tu as la chance de marquer les deux buts de ton équipe. Quatre ans plus tard, les supporters du Milan me parlent encore de ce match. Ce sera sans doute encore le cas dans dix ans. Il faut aussi avoir un peu de chance pour marquer des buts, même si la chance n'est pas tout. Moi, j'ai marqué 315 buts. Si tu marques dans une seule finale, on pourra toujours te dire quelque chose. Mais si, comme moi en 2007, tu marques deux buts en finale de Ligue des Champions, deux en finale du Mondial des Clubs et un but en Supercoupe d'Europe... Tu marques cinq buts en trois matches. Ça restera pour toujours. Oui, ça fait plaisir. Ces victoires m'ont donné du crédit auprès de beaucoup de monde, parfois même trop ! L'an passé, j'ai gagné le scudetto alors que je n'ai presque pas joué. Avec moi, les gens ont été... Pfiouuuu... C'était super impressionnant. Ça me rend fier. Je suis une idole. Quand je me lève à San Siro, il y a toujours un vacarme incroyable. Même mes adversaires me complimentent souvent : ils me disent qu'ils aimeraient avoir quelqu'un comme moi dans leur équipe. Et les supporters de la Juventus me témoignent encore de l'affection. Récemment, le Milan était en Chine. Moi je n'ai pas pu y aller, mais tout le monde m'attendait là-bas. Galliani me racontait dernièrement qu'en Chine, au Japon, j'ai des tonnes de fans. Oui, oui (il rit). Que dire ? J'ai toujours joué comme ça, et à 38 ans, je suis toujours sur le terrain. Je suis un exemple pour beaucoup. Je ne plais pas à d'autres. Bon. Il faut accepter la critique. Je vais te dire, la plus belle chose, c'est qu'il s'est passé ce qui s'est passé. Les mots s'envolent, les Ligues des Champions restent. Ce qui reste aussi, c'est ma lutte contre Gerd Müller et Raul. Les dépasser en termes de buts, entrer contre le Real et changer le cours du match avec un doublé à 37 ans. Ça, ça reste. Oui, j'ai un peu de chance sur ce coup-là. Ah oui, je m'en souviens. Poteau, poteau, but. Personne d'autre que moi ne serait allé vers le ballon. Moi, je savais qu'il allait y avoir poteau, poteau. Tu rigoles, mais c'est vrai. Sinon, je n'aurais pas couru vers la balle. C'est vrai que j'ai marqué des buts que les gens considèrent comme des buts faciles. Mais ces buts-là, je suis le seul à les mettre. À la limite, Trezeguet aussi. Pourquoi ? Parce que nous avons ce que les autres n'ont pas. Ce qui ne s'apprend pas. Ce qui ne s'enseigne pas. Plus que de flair, je préfère parler de compréhension du jeu et de timing. Ce n'est pas facile de savoir se déplacer sur la ligne du hors-jeu. Croire en certains ballons, ne pas croire en d'autres. Savoir partir au bon moment... Je ne sais pas comment te dire. Tu vois, je n'arrive même pas à l'expliquer, c'est pour ça qu'on ne peut pas l'enseigner. Tu l'as, tu ne l'as pas. Souvent, très souvent, je me suis effrayé tout seul en marquant des buts parce que j'avais déjà tout vu avant que ça n'arrive vraiment. Je me disais : - Le ballon va arriver par là. Et effectivement, c'est ce qu'il se passait. Si tu peux améliorer des choses, il y en a d'autres choses, tu dois les avoir en toi. Et remercier Mère Nature. La connaissance des autres : ceux qui sont contre toi, et ceux qui sont avec toi. Moi, je connais à la perfection mes adversaires et aussi mes coéquipiers. Je sais que si untel déborde, neuf fois sur dix, il va la mettre à tel endroit. Et que si c'est un autre qui déborde, cinq fois sur dix, le ballon va arriver à tel autre endroit. Concrètement, combien de fois j'ai marqué au premier poteau sur des centres de Serginho ? Il me la mettait toujours au même endroit, très fort. Rui Costa, combien de buts il m'a fait marquer, lui aussi ? Lui, il savait que je joue toujours en première intention. Et Kaká. Avec Kaká, nous avons tout gagné. Parce qu'au bout d'un moment, on se connaissait par c£ur. Il savait ce que je voulais, et inversement. Avec l'âge, j'ai aussi évolué. J'ai essayé de doser mon énergie et de choisir mes appels. Avec le rôle qui est le mien, ce n'est pas facile. Pour n'importe quel joueur, c'est primordial. Encore plus pour quelqu'un comme moi, car mon jeu repose sur des départs arrêtés. Je me dois d'être toujours aux aguets. Si physiquement tu n'es pas là... Si l'an passé, à 37 ans presque 38, j'ai réussi à être important pour le Milan, à marquer deux buts contre le Real Madrid, c'est parce que je sais me gérer. On a souvent parlé de mon régime : pâtes et bresaola. Pour moi, ce sont des choses normales. Ne pas sortir le soir, ne pas se bourrer la gueule, ce n'est pas un sacrifice. Ce sont des choses normales. Souvent, quand tu vieillis, tu as tendance à penser que tu peux en faire moins qu'avant. C'est exactement le contraire. Quand tu es jeune, tu peux te permettre quelques excès. Quand tu es vieux, non. Si tu manges bien, si tu te comportes bien, si tu t'entraînes bien, alors le football te donne des joies (il ferme les yeux)... qui sont incroyables. Etre dans les temps. Tu peux te retrouver deux fois en position de hors-jeu. Mais la troisième fois, tu roules tes défenseurs dans la farine. Là encore, mes coéquipiers sont extrêmement importants. Avec Antonio Cassano, par exemple, je peux jouer à cheval sur cette ligne imaginaire, je peux faire le funambule, parce que je sais qu'il va me passer la balle en première intention. Quand j'étais seul en pointe avec deux milieux derrière, c'était incroyable... Tout le monde jouait pour moi. En 2003, j'ai marqué trente buts. (Rires) C'était une blague, qu'il m'a expliquée par la suite. Il voulait dire que je suis un obsédé, et que je suis toujours dans l'attente. L'attente du moment où les défenseurs vont se faire berner, et où je vais pouvoir marquer. Heureusement que cette règle du hors-jeu existe. Sans elle, je n'aurais pas pu exister, tous les défenseurs m'auraient attendu dans la surface... Et je ne suis pas un colosse, je n'aurais pas pu lutter, ni me battre dans les airs. Non, non, enfin... Non... Oui... Oui, si. C'est beau, non ? C'est beau parce que je n'avais pas ce qu'avaient Ronaldinho ou Ronaldo et que j'ai marqué plus de buts que tout le monde. C'est une belle leçon. Des regrets ? Comment pourrais-je en avoir ? Avec la sélection, j'ai marqué vingt-cinq buts en cinquante matches, dont vingt seulement en étant titulaire. Très honnêtement, j'aurais dû jouer plus. Si j'avais plus joué, là aussi, j'aurais sans doute battu le record. Avec la Nazionale, il s'est passé des choses bizarres. Comme à la Coupe du Monde 2006, je n'ai pas compris. J'étais sans doute l'attaquant le plus en forme. Je sortais d'une saison formidable. Pareil en 2008, je venais de marquer 16, 17 buts avec le Milan. Je n'ai pas été appelé. Vraiment, il s'est passé des choses bizarres. En 2006, j'ai joué vingt-cinq minutes, j'ai marqué, un but décisif, j'ai vécu une joie incroyable, puis je n'ai plus rejoué. Des choses étranges, encore. Tu sais, quelqu'un comme moi, quand il joue peu... La Coupe du Monde est un peu moins à moi qu'à d'autres. Mais oui, quand même, je suis champion du monde. Ça me va très bien comme ça. Je n'y pensais pas jusqu'à l'année dernière, parce que jusqu'à ma blessure j'étais très bien. Je n'avais pas de problème. Maintenant, oui, j'y pense... Je ne sais pas. Je ne sais pas... Ce sera un moment très difficile. Ne plus marquer me manquera énormément. Ne plus jouer au football me manquera énormément. Enfin, la vie continue, et elle continuera. Je devrai m'inventer un autre métier, mais je resterai dans le football. J'espère au Milan, car mon nom est très lié au club. J'ai un excellent rapport avec Silvio Berlusconi et Galliani. La marque Milan m'a donné énormément. Le Milan a été important pour Inzaghi, et Inzaghi a été important pour le Milan. Continuer ensemble serait beau. Je pense que je peux beaucoup donner, surtout aux jeunes. Comment vivre en tant que footballeur, comment devenir un grand professionnel, comment devenir un grand joueur. Ce genre de choses. Après, c'est sûr que c'est difficile d'apprendre à devenir Pippo Inzaghi... PAR VIKASH DHORASOO ET LUCAS DUVERNET-COPPOLA" Souvent, je me suis effrayé en marquant des buts parce que j'avais déjà tout vu avant que ça n'arrive vraiment. " " Je n'avais pas ce qu'avaient Ronaldinho ou Ronaldo. Mais j'ai marqué plus de buts que tout le monde. C'est une belle leçon. "