Naissance à Cayenne en Guyane française (Brésil et Suriname comme frontières), la moitié de sa vie en France métropolitaine. Attaquant, taille modeste. Et un chouette parcours pour un gars qui vient de débarquer à Mouscron : 191 matches en 7 saisons de Ligue 1 (Metz, Auxerre, Sochaux), 5 matches en Ligue des Champions - uniquement contre du très lourd. Encore ceci : une sacrée facilité à l'interview. Roy Contout, rencontre.
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Naissance à Cayenne en Guyane française (Brésil et Suriname comme frontières), la moitié de sa vie en France métropolitaine. Attaquant, taille modeste. Et un chouette parcours pour un gars qui vient de débarquer à Mouscron : 191 matches en 7 saisons de Ligue 1 (Metz, Auxerre, Sochaux), 5 matches en Ligue des Champions - uniquement contre du très lourd. Encore ceci : une sacrée facilité à l'interview. Roy Contout, rencontre. Roy Contout : J'ai fait un tournoi à Clairefontaine, j'étais dans la sélection régionale guyanaise. Tours m'a repéré là-bas. Mon premier club français. Il y en a eu plein d'autres, en jeunes puis chez les pros : Châteauroux, Beauvais, Metz, Amiens, Auxerre, Sochaux. Ma carrière ? Des hauts, des bas. Quelques blessures. Et un stress constant : je n'ai pour ainsi dire signé que des contrats d'un an. Je prenais ce qu'on me donnait. Chaque fois, il y avait plein de pression, la hantise de ne rien avoir la saison suivante. Mais avec le recul, je me dis que ça m'a endurci. Je jouais mon avenir en permanence. Quand tu n'es jamais sûr de rien, quand tu as en continu la hantise de devoir retourner au pays, tu mords plus que d'autres. Et puis, quand tu as débarqué seul à 15 ans, tu dois apprendre à être costaud dans la tête pour avoir une chance de tenir. En plus, j'étais loin d'être un surdoué. Je n'avais pas fait un centre de préformation, oublie ça en Guyane. J'étais puissant, je sautais haut, j'étais teigneux, mais à côté de ça, j'avais plein de lacunes. Pour ma mère, c'est dur : je suis son enfant unique. Elle sait que mes premiers hivers sont difficiles. Je pars le matin, il fait noir. Je rentre le soir, il fait nuit. Que les cours commencent à 8, à 9 ou à 10 heures, je dois prendre le bus à 6 h 30 parce que c'est le seul qui part vers l'école, et c'est loin. Et il fait froid ! C'est tout ça aussi qui m'a rendu plus fort. Pas encore reconnue par la FIFA mais elle existe et joue des tournois officiels, comme la Gold Cup. Là-bas, la Guyane joue contre les USA ou le Mexique, par exemple. Des pays qui vont à la Coupe du Monde ! Donc, ce n'est pas de la rigolade. Oui, le Tournoi de Toulon en 2005 et on l'a gagné. Avec Steve Mandanda, Lassana Diarra, Mathieu Debuchy,... Dieux vivants, c'est exagéré, mais des exemples à suivre en tout cas. (Il se marre). Ils sont devant ! Là-bas, les sportifs sont plus médiatisés qu'un chanteur. Marc-Antoine Fortuné est une autre star du foot, il a joué à Lille, à West Bromwich, au Celtic, il est maintenant à Wigan. Il y a aussi Malia Metella en natation, elle a eu des médailles aux Jeux et aux Championnats du Monde. Et l'athlète Katia Benth. Tu sais qu'il n'y a que 250.000 habitants en Guyane ? La moyenne de champions n'est pas mauvaise ! Ah, absolument... On élimine le grand Zenit au dernier tour préliminaire. Puis on tombe dans le groupe de la mort : Real, Milan, Ajax ! Je suis suspendu pour le premier match contre Milan puis titulaire dans les cinq autres. On gagne une fois, contre l'Ajax. Le but de la victoire par Steeven Langil. On partageait la même chambre, qu'est-ce qu'on a pu regarder comme épisodes de Dragon Ball Z... (Il éclate de rire). Il vient de Martinique, c'est à deux heures d'avion de la Guyane, mais il y a des ressemblances. On parle... presque le même créole ! J'ai affronté Casillas, Cristiano Ronaldo, Benzema, Khedira, Pepe, Marcelo. Les stars de Mourinho. Aussi Luis Suarez. Et contre Milan, c'était Thiago Silva, Nesta, Gattuso, Seedorf. Et Zlatan. En regardant tout récemment PSG - Barcelone, je me suis dit : -Cette compétition, je l'ai jouée, waouw ! J'en ai encore des frissons. Entendre l'hymne de la Ligue des Champions, ça me fait encore quelque chose. La première fois qu'il est passé quand j'étais sur le terrain, c'était contre le Real. En dix secondes, toute ma carrière a défilé. Le pauvre... Il n'avait déjà pas souvent l'occasion de jouer avec le Real. J'ai voulu éviter sa sortie, je l'ai percuté. Des journalistes polonais m'ont appelé, ils m'ont dit que j'avais fait du mal à leur équipe nationale. Je suis content de ne pas avoir eu la mafia polonaise à ma porte... Oui, oui, oui... Certains jours, il passait au stade. Quand on allait courir au bois, on le croisait, il faisait sa marche. Et toute la ville était imprégnée par l'esprit Guy Roux. Partout, on entendait parler du jeu à la Guy Roux. Ça n'a pas été facile pour les coaches qui sont passés après lui. Je l'ai bien vu avec Jean Fernandez. Les comparaisons n'arrêtaient pas. Pour lui, c'était une pression en plus. On ne va pas se mentir. Si on compare les joueurs, la Ligue 1 est au-dessus. Si on compare les gros cubes, elle est toujours au-dessus. Mais je vois ici pas mal d'équipes qui ont son niveau. Pas pour y jouer la tête, mais pour se caler juste derrière le PSG, Marseille (celui de cette saison, parce que celui de l'année dernière, il dormait...), Lille et l'un ou l'autre en plus. Même Gand ou Genk, ça tient facilement la route dans le championnat de France. Je me suis vite dit : -Ah, il y a du niveau en Belgique !J'avais encore un an de contrat à Sochaux mais on est descendus et je n'avais pas envie de jouer en Ligue 2. Je voulais changer d'air. Je visais l'Angleterre ou l'Allemagne, j'ai failli atterrir en Turquie, c'est finalement la Belgique. Très bien. Le mercato de cet été était sans doute trop compliqué pour que je puisse signer plus haut : ça a peu bougé en France, c'est une année de Coupe du Monde. Pas du tout. Ça remonte à quatre ans seulement. Avant ça, j'ai essayé plusieurs coiffures. En 2010, j'ai testé les locks et ça m'a plu. Et comme je me retrouve un peu dans la philosophie des rastas... Je ne parle pas beaucoup, je suis plutôt solitaire. Calme. Je veux être un leader dans le jeu, pas dans la parlotte. Je suis un sanguin à la base mais j'essaie toujours d'éviter les conflits. Je ne suis que dans le positif. Peace and love. Comme eux. Maintenant, je ne suis pas un rasta pur et dur ! Ils ne mangent pas de viande, ils sont contre le système en général, contre la police, contre les lois. Moi, je dis qu'on ne peut pas se battre contre un système et qu'il faut des règlements. Pas du tout ! Je ne supporte pas l'odeur. C'est un personnage public, oui. Cela fait longtemps qu'il est conseiller technique à la fédération guyanaise de foot. Il fait de la formation d'entraîneurs et de joueurs, il va dans des communes lointaines en pleine forêt, il fait des voyages de fou. Maintenant, il est aussi en politique. Conseiller général, c'est un poste élevé. Tout le monde le connaît parce qu'il passe à la télé. Et comme on n'a pas mille chaînes... J'ai été dans son ombre, j'ai dû me faire un prénom : Roy Contout a réussi en tant que footballeur, j'en suis fier. (Il se marre). Je n'avais aucune vocation à part le foot. Et je ne peux pas certifier que j'aurais bien tourné. A 15 ans, tu es influençable. Au moment où j'ai quitté, les jeunes de mon quartier commençaient à faire des grosses bêtises. A fumer de l'herbe par exemple. Si j'étais resté, j'aurais peut-être été naïf, je les aurais peut-être suivis dans leurs délires. Mon père voyait le danger. Quand je suis venu en France pour faire le tournoi où j'ai été repéré, en fait, j'étais sûr de m'y installer assez vite. Il m'avait dit que si je n'étais pas pris par un club, il m'enverrait à l'école en métropole. Pour ne pas tomber dans les pièges de Cayenne. Ça partait en couille là-bas... Je ne sais pas mais il est pas mal... Depuis que je suis parti, ça s'est encore gâté. Maintenant, en France, il y a aussi Marseille et la Corse... Là-bas, tu vois des attentats, des gars avec des kalachnikovs, des assassinats de juges. Et dans les Antilles, chez Langil, c'est pas mal aussi ! Ils tuent des gens, hein ! En tout cas, quand je vois l'évolution, j'ai peur. Pour mes enfants. Et je ne parle pas seulement de la Guyane. Le monde d'aujourd'hui devient n'importe quoi, ça m'effraie vraiment. Prends simplement les pubs à la télé : du sexe, des préservatifs, des spots pour des fromages dans lesquels des hommes se mettent des bisous. On est dans une société de la perversité. Je suis choqué. (Il réfléchit). Je vais essayer d'aller dans le sens de la France... On n'entend pas trop les politiques parler de la Guyane. On a beaucoup de richesses dont la France profite, et il y a peu de retombées pour les Guyanais. On paie l'essence une fortune, on ne sait pas trop pourquoi. Même chose pour les produits laitiers, pour la viande. Des quartiers de viande sont achetés au Brésil, tout près de chez nous. Ils viennent en France puis repartent en Guyane. Il y a les frais de transport, et entre-temps, le politique met des taxes dedans, c'est le gros bordel. Et puis, la Guyane, c'est le pays de l'or. Ça aussi, ça profite à la France, pas aux Guyanais. Pas du tout. Et je vais te raconter un autre scandale. Il y a beaucoup d'orpailleurs illégaux. Ils utilisent du mercure pour fixer les paillettes d'or et ce mercure reste ensuite dans les rivières. Il contamine la faune et la flore. Après ça, les Indiens consomment des poissons contaminés et ils font des enfants déformés. On le sait mais ça continue. Tu sais que le satellite qui te donne du réseau GSM, il est peut-être parti de Guyane ?... On a un centre spatial, mais là encore, qui en profite au pays ? Il n'y a pas de retombées. On en a marre de voir les Français s'extasier à chaque décollage alors que ça ne nous rapporte rien. A peine quelques emplois. Qui travaille à Kourou ? Des Français de la métropole et des gens venus d'un tas d'autres pays, la Russie et d'autres. Après ça, il ne faut pas s'étonner que les jeunes de là-bas tournent complètement le dos à la politique. Si le Président de la République fait un discours à la télé, les plus âgés l'écoutent mais les autres couches de la population n'en ont rien à faire. Pouvoir dire que ces fusées partent de chez nous, oui, c'est une fierté. J'ai vu un lancement sur place. Et plein d'autres depuis mon jardin parce que Cayenne est à une demi-heure de Kourou. Mais pour nous, ça n'a plus rien d'extraordinaire. C'est presque banal, ça ne fait plus rêver depuis longtemps. Les chiens se mettent à aboyer, ça fait un gros bruit et on voit une boule de feu qui monte dans le ciel à une vitesse folle. La routine.PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: BELGAIMAGE/KETELS" Je suis content de ne pas avoir eu la mafia polonaise à ma porte. "