Mehdi Bayat a pris l'habitude de courir plusieurs zèbres à la fois. Lundi, le jeune président de l'Union Belge se rend au siège de l'UEFA à Nyon (Suisse), puis, deux jours plus tard, reprend son bâton de pèlerin pour s'entretenir avec Sport/Foot Magazine, avant d'exposer en soirée à ses supporters son projet 2024 qui doit amener le Sporting Charleroi à titiller les cadors de notre compétition.

Si le personnage dégageait une forme de désinvolture à son arrivée en Belgique, l'enfant de Cannes, devenu Carolo d'adoption comme il aime le souligner, renvoie une toute autre image. Un hyper-frénétique, qui malgré une communication jugée parfois irritante, a su se faire une place au soleil. Et sans lunettes de soleils désormais.

Comment répartissez-vous votre temps depuis que vous êtes président de la Fédération ?

MEHDI BAYAT : Que ce soit avec le personnel de Charleroi, celui de la Fédération, ou ma femme à la maison, j'ai l'impression que tout le monde me dit que je ne suis pas souvent là. C'est que, fatalement, je suis quand même quelque part. J'ai peut-être sous-estimé le côté protocolaire de la fonction quand les Diables jouent. Par contre, je suis moins dans l'opérationnel qu'avant. Je me suis battu pour qu'on ait un management fort avec Peter Bossaert comme CEO, qui est le patron au quotidien de la Fédération. Mon rôle à la Fédé, c'est surtout de faire en sorte que chacun trouve sa place dans la nouvelle dynamique qu'on est occupée à mettre en place, à l'image des grandes sociétés.

Un poste à l'UEFA ? Pourquoi pas, on verra... " Mehdi Bayat

Le Sporting carolo est-il suffisamment solide au niveau des ressources humaines pour vous remplacer ?

BAYAT : Très clairement. J'ai la chance d'avoir Pierre-Yves Hendrickx comme bras droit, qui connaît le club peut-être même mieux que moi. Walter Chardon comme directeur commercial, et Karim Belhocine pour le terrain.

L'arrivée cet été de Karim Belhocine n'a-t-elle pas renforcé l'idée que Charleroi est encore et toujours un club de second rang ? D'autant que Belhocine était loin d'être le premier choix.

BAYAT : Ce n'est pas vrai, je ne suis pas d'accord.

" À Charleroi, on aurait tout pardonné à Mazzù "

Hein Vanhaezebrouck n'était-il pas votre favori ?

BAYAT : J'ai eu une conversation avec Hein mais j'ai très vite compris qu'il ne voulait pas bosser dans un club en Belgique. Avec tout le respect que j'ai pour tous les gens qui veulent analyser notre foot mais qui ne sont pas issus du monde du foot, comme vous autres journalistes, avoir une conversation avec quelqu'un ne veut pas dire qu'il est la priorité. Et ne pas discuter avec la personne avant de prendre une décision serait de l'incompétence.

Une entreprise ne doit-elle pas être capable d'anticiper le départ d'un coach ? D'autant que le club était au courant depuis un moment que Felice Mazzù allait quitter le club ?

BAYAT : Non.

Quand l'avez-vous été ?

BAYAT : Le jour où Felice a signé son contrat à Genk. Ça faisait six ans que Felice était à Charleroi et ça devait faire quatre ans qu'on envoyait Felice un peu partout en Belgique.

Êtes-vous surpris qu'il rencontre autant de difficultés en ce début de saison ?

BAYAT : Il doit passer par une phase d'adaptation. Il a vécu dans un cocon pendant six ans avec le support de sa direction, des supporters, on lui aurait tout pardonné à Charleroi.

" Je ne soutiendrai la BeNeligue que si elle n'oublie personne "

Charleroi est-il devenu un club important en Belgique ?

BAYAT : C'est un grand club en devenir. On a fait grandir le Sporting Charleroi de petit club à, désormais, sixième club du pays. Quand je le dis, on me traite de prétentieux mais ce n'est pas moi qui le dis, c'est un fait, c'est un constat.

Si une BeNeLigue devait voir le jour, Charleroi en ferait donc partie ?

BAYAT : Si les personnes qui sont à l'initiative de cette hypothèse parlent de huit clubs belges, fatalement on devrait y être. Mais est-ce que le club a envie de participer à ce type de compétition ?

Pourquoi refuser d'en faire partie ?

BAYAT : Je ne veux pas perdre trop de temps à évoquer un sujet qui reste hypothétique. Mais je ne soutiendrai la BeNeLigue que si elle n'oublie personne.

La BeNeLigue oubliera des clubs comme Eupen, Waasland-Beveren, Mouscron, etc.

BAYAT : Je ne sais pas, c'est beaucoup trop tôt pour le dire. Et je me répète, le Sporting Charleroi et Mehdi Bayat ne soutiendront la BeNeLigue que si tout le foot belge en sort gagnant.

Le foot ne va-t-il pas vers plus d'élitisme ? À l'image d'une Juventus qui n'est pas intéressée par des rencontres face à des petits clubs italiens.

BAYAT : C'est le monde qui va vers plus d'élitisme.

" Bart Verhaeghe est un homme brillant "

Vous avez été surpris par la déclaration assumée et assurée de Bart Verhaeghe dans Le Monde ?

BAYAT : Je n'ai pas été surpris car c'est quelqu'un que je connais extrêmement bien, qui défend des idées dans lesquelles il croit et qui va se battre pour qu'elles se concrétisent. Il a ce point en commun avec moi que j'appelle " la loi des projections ". Quand on croit en quelque chose, on a envie de se dire : ça y est, c'est faisable, c'est parti. Le problème c'est que beaucoup se sont dit : puisque Bart Verhaeghe l'a dit, alors c'est fait.

Car il est l'homme fort du plus grand club belge actuel et il est très ambitieux.

BAYAT : Il est très ambitieux et c'est un homme brillant avec qui j'ai énormément de plaisir à travailler....

...Et quelqu'un qui souhaite anticiper les bouleversements futurs que le foot international va connaître, qui laisse planer le doute sur ses intentions de quitter la Pro League, au sein de laquelle il n'entretient pas les meilleurs rapports avec Pierre François. C'est aussi votre rôle de jouer les médiateurs dans ce genre de situation ?

BAYAT : Mon rôle est de faire en sorte que ceux qui souhaitent bouger les lignes puissent le faire sans trop de dégâts et de permettre de trouver un consensus qui n'oublie personne.

" Charleroi, c'est mon bébé, c'est mon sang "

L'ambition de Bart Verhaeghe pour le Club Bruges est assez claire. Votre ambition personnelle n'est-elle pas de devenir un jour le président de l'UEFA, comme il nous revient régulièrement ?

BAYAT : C'est marrant car j'ai eu ma première réunion à l'UEFA lundi ( le 4 novembre, ndlr) où, en tant que président de la Fédération, j'ai rencontré mes homologues d'autres fédérations. Et c'est clair que pour eux, je suis un produit atypique. Un jeune de 40 ans qui se retrouve à la tête d'une Fédération au coeur d'un pays réputé pour sa complexité au niveau politique, ils se disent que ce gamin doit avoir quelque chose. Un petit peu de la même manière qu'à la Pro League, on me poussait vers la Fédé et qu'à la Fédé, on souhaite désormais que la Belgique soit davantage reconnue à l'UEFA. On est quand même la première nation au ranking FIFA, on mérite donc davantage de respect que ce qu'on a connu jusqu'à présent. Et c'est vrai, aussi, que quand je parle à d'autres dirigeants de clubs, on me pousse à rejoindre le board de l'UEFA, avant d'en être président. Pourquoi pas, on verra. Mais il y a une réalité de temps aussi. Tout le monde est d'accord pour dire que je suis déjà très occupé. Et je dois toujours veiller à l'intérêt des fonctions que j'occupe. Je ne veux pas manquer de respect au Sporting, ni à la Fédération.

Charleroi a le plus gros potentiel en Belgique. " Mehdi Bayat

Vous vous voyez toujours à Charleroi dans cinq ans ?

BAYAT : Oui, bien sûr.

C'est difficile de répondre autrement.

BAYAT : Charleroi, c'est mon bébé, c'est mon sang, c'est mon club. Et si j'étais si ambitieux, comme on le prétend, je ne serais pas resté 18 ans à Charleroi. Vous êtes bien placé pour savoir qu'on m'a proposé de me retrouver à la tête d'Anderlecht bien avant la reprise par Marc Coucke. Et c'était du concret, avec une vraie proposition. J'aurais pu très bien me dire : je rejoins le plus grand club du pays, car c'était le cas à l'époque. Et si je ne l'ai pas fait c'est par rapport à mon engagement carolo. Je serai d'autant plus fier de faire grandir mon club et qu'à l'horizon 2024, avec un nouveau stade, il puisse devenir le Gand de demain. J'en serais bien plus fier que si j'avais été parachuté à la tête d'un grand club du pays.

Mehdi Bayat :  " Si j'étais aussi ambitieux qu'on le prétend, je ne serais pas resté 18 ans à Charleroi et j'aurais rejoint Anderlecht. ", KOEN BAUTERS
Mehdi Bayat : " Si j'étais aussi ambitieux qu'on le prétend, je ne serais pas resté 18 ans à Charleroi et j'aurais rejoint Anderlecht. " © KOEN BAUTERS

" Je suis le même Mehdi qu'il y a 20 ans "

Ce n'est pas frustrant de se retrouver loin derrière les grands clubs de l'élite au niveau financier ?

BAYAT : Je ne suis pas d'accord. Le bilan que je viens de publier, c'est 26 millions de chiffre d'affaires avec mon petit Charleroi, le club qui avait six millions de chiffre d'affaires en 2012. Et avec notre nouveau stade, on aura peut-être un budget d'exploitation de 40 à 45 millions, c'est exceptionnel. Alors oui, je serai à Charleroi dans cinq ans. Et est-ce que j'occuperai des fonctions importantes à l'UEFA ? Je n'en sais rien.

Où se situent vos limites ?

BAYAT : Je ne réfléchis pas en terme de limites. Je suis le même Mehdi qu'il y a 20 ans.

Devenu un véritable stratège.

BAYAT : Non, je ne suis pas un stratège.

En poussant Pierre François comme CEO de la Pro League, c'est le cas.

BAYAT : J'ai été un de ceux qui l'ont soutenu. Et est-ce que je suis quelqu'un qui a de l'influence dans le monde du foot ? Oui ! Est-ce que cette influence est négative ou est-ce une influence de l'ombre ? Non !

La D1 est-elle viable avec autant de clubs et si peu de monde dans les stades chez certains ?

BAYAT : Il y a une réalité économique qui doit prendre le pas sur l'émotionnel, même s'il y aura toujours des gens attachés à l'histoire de leur club. Si moi, je suis optimiste et excité d'être à Charleroi, c'est parce que Charleroi a le plus gros potentiel de Belgique. Si on regarde la carte géographique du foot belge, onze clubs de D1A sont basés en Flandre, un à Bruxelles, quatre en Wallonie. Avec Mouscron qui est proche de la frontière française, Eupen qui est quasiment en Allemagne, le Standard qui est bien niché dans sa principauté et au milieu de tout ça, tout seul, il y a Charleroi. Ce qu'il nous manque, c'est un nouveau stade et le jour où il verra le jour, on va doubler notre assistance. Aujourd'hui, on a un stade obsolète, les buvettes à l'extérieur ne sont pas chaleureuses. Le nouveau stade va nous permettre de nous retrouver dans la cour des grands.

Le jour où Charleroi aura un nouveau stade, on va doubler notre assistance. " Mehdi Bayat

" Les supporters se sont imaginés que je n'avais plus rien à foutre de Charleroi "

Cet optimisme contraste avec celui des supporters carolos en début de saison.

BAYAT : On dit toujours que je suis un bon communicant, ça n'a pas été le cas en début de saison. Mes supporters ont eu un sentiment de panique alors que c'est mon rôle de les rassurer, en leur disant : votre patron sait ce qu'il fait et il a toujours sa tête à Charleroi. Surtout que dans la presse on pouvait lire : Charleroi a perdu son " super Felice " et pour le remplacer, ils ont été chercher un dixième choix (sic). Dans le même temps, j'ai été élu président de la Fédé, et les supporters se sont imaginé que je n'avais plus rien à foutre de Charleroi.

J'ai eu une discussion avec un des leaders des ultras quand ils ont sorti la belle banderole qui disait que j'étais un menteur, un frimeur et un baratineur. Je leur ai dit : quand dans trois mois vous vous rendrez compte que vous vous êtes trompés, vous allez faire quoi ? Ils m'ont répondu : on assumera. La seule chose que je sais c'est que Charleroi se porte bien, que Karim Belhocine est un bon choix et que je n'ai pas lâché mon club pour la Fédération.

Quand les supporters chantent " Union Belge mafia ", vous le prenez pour vous ?

BAYAT : Bien sûr que non. Ils l'ont toujours chanté...

Vous avez le sentiment d'être assez reconnu ?

BAYAT : Moi oui, mais mon club - le travail qui y est réalisé - n'est pas assez reconnu. On met toujours en avant Mehdi Bayat et son ascension exceptionnelle, il est intelligent, il est beau, c'est un génie, tout ce que vous voulez. Charleroi, c'est plus que Mehdi Bayat. La réalité, la réalité c'est de faire en sorte d'être bien entouré. Et c'est ce que Bart Verhaeghe a réussi à faire pour devenir le club numéro un en Belgique.

" Charleroi est peut-être le club le plus sain de Belgique "

La volonté d'ouvrir le conseil d'administration de Charleroi à des poids lourds du monde entrepreneurial, c'est dans le but d'assurer votre succession ?

BAYAT : Ma volonté est de faire grandir le Sporting. Notre conseil d'administration est aujourd'hui relativement restreint et pour faire grandir le club intelligemment, il faut une vision qui émane de chefs d'entreprise qui ne sont pas issus du monde du foot et qui vont nous permettre d'agrandir notre réseau. Il faut d'abord faire un audit complet du club car le foot reste un secteur assez opaque où, dans l'esprit de pas mal de monde, traînent des cadavres dans le placard.

Il n'y a plus de cadavres ?

BAYAT : Depuis 2012, j'en ai quand même nettoyé beaucoup. Aujourd'hui le Sporting Charleroi est un club extrêmement sain, peut-être le plus sain de Belgique.

© KOEN BAUTERS

" Mogi est très proche du Standard, comme de Nantes ou de l'Udinese "

À l'UEFA, on ne s'étonne pas qu'un patron de club soit en même temps président de la Fédération ?

MEHDI BAYAT : Non, au contraire, ils trouvent ça une bonne chose que la présidence d'une fédé soit attribuée à quelqu'un issu du monde du foot, qui connaît ses dossiers, et qui a toujours travaillé dans l'intérêt général.

Et dans l'intérêt de son frère...

BAYAT : Est-ce que vous pensez que Mogi Bayat a besoin de moi ? Tout le monde en Belgique a le droit de travailler avec lui mais moi je n'aurais pas le droit ? Si les clubs continuent à travailler avec lui, malgré ce qu'il s'est passé, malgré le contexte du Footgate, c'est peut-être aussi parce qu'il est compétent. Et il faut arrêter avec les affabulations : il n'a rien à voir, par exemple, avec le transfert de Victor Osimhen, il n'a pas pris un balle sur ce dossier. Allez lire le chiffre d'affaires de Mogi : s'il y a bien un truc dont Mogi n'a pas besoin, c'est d'argent. Et s'il assiste à des matches de Charleroi, c'est parce qu'on oublie peut-être que c'est son club de coeur.

Ce n'est pas le Standard désormais ?

BAYAT : ... C'est toi qui le dis. Effectivement, il est très proche du Standard. De la même manière qu'il est très proche de Nantes, de Udinese, de Watford ou de Gand.

Pourquoi est-il intervenu dans le transfert de Felice Mazzù à Genk alors qu'il n'est ni son agent ni mandaté par Genk ?

BAYAT : Ça, il faut le demander à Felice. Ce qui est drôle c'est que Felice et Mogi n'avaient pas le droit de se parler du temps de Charleroi. Ils ne s'aimaient pas, ils ne se parlaient pas.

L'an dernier, à la même période, on ne parlait que du Footgate. Ça a été la période la plus difficile de votre carrière ?

BAYAT : Ce qui a été très dur pour moi, c'est uniquement le dossier familial. J'ai été voir mon frère tous les jours en prison car c'était ma responsabilité de frère de le faire.

Il est possible de séparer le professionnel de la famille ?

BAYAT : Oui il le faut. Et pour rien au monde aujourd'hui, je ne retravaillerais dans une relation hiérarchique avec un membre de ma famille.

Mehdi Bayat a pris l'habitude de courir plusieurs zèbres à la fois. Lundi, le jeune président de l'Union Belge se rend au siège de l'UEFA à Nyon (Suisse), puis, deux jours plus tard, reprend son bâton de pèlerin pour s'entretenir avec Sport/Foot Magazine, avant d'exposer en soirée à ses supporters son projet 2024 qui doit amener le Sporting Charleroi à titiller les cadors de notre compétition. Si le personnage dégageait une forme de désinvolture à son arrivée en Belgique, l'enfant de Cannes, devenu Carolo d'adoption comme il aime le souligner, renvoie une toute autre image. Un hyper-frénétique, qui malgré une communication jugée parfois irritante, a su se faire une place au soleil. Et sans lunettes de soleils désormais. Comment répartissez-vous votre temps depuis que vous êtes président de la Fédération ? MEHDI BAYAT : Que ce soit avec le personnel de Charleroi, celui de la Fédération, ou ma femme à la maison, j'ai l'impression que tout le monde me dit que je ne suis pas souvent là. C'est que, fatalement, je suis quand même quelque part. J'ai peut-être sous-estimé le côté protocolaire de la fonction quand les Diables jouent. Par contre, je suis moins dans l'opérationnel qu'avant. Je me suis battu pour qu'on ait un management fort avec Peter Bossaert comme CEO, qui est le patron au quotidien de la Fédération. Mon rôle à la Fédé, c'est surtout de faire en sorte que chacun trouve sa place dans la nouvelle dynamique qu'on est occupée à mettre en place, à l'image des grandes sociétés. Le Sporting carolo est-il suffisamment solide au niveau des ressources humaines pour vous remplacer ? BAYAT : Très clairement. J'ai la chance d'avoir Pierre-Yves Hendrickx comme bras droit, qui connaît le club peut-être même mieux que moi. Walter Chardon comme directeur commercial, et Karim Belhocine pour le terrain. L'arrivée cet été de Karim Belhocine n'a-t-elle pas renforcé l'idée que Charleroi est encore et toujours un club de second rang ? D'autant que Belhocine était loin d'être le premier choix.BAYAT : Ce n'est pas vrai, je ne suis pas d'accord. Hein Vanhaezebrouck n'était-il pas votre favori ? BAYAT : J'ai eu une conversation avec Hein mais j'ai très vite compris qu'il ne voulait pas bosser dans un club en Belgique. Avec tout le respect que j'ai pour tous les gens qui veulent analyser notre foot mais qui ne sont pas issus du monde du foot, comme vous autres journalistes, avoir une conversation avec quelqu'un ne veut pas dire qu'il est la priorité. Et ne pas discuter avec la personne avant de prendre une décision serait de l'incompétence. Une entreprise ne doit-elle pas être capable d'anticiper le départ d'un coach ? D'autant que le club était au courant depuis un moment que Felice Mazzù allait quitter le club ? BAYAT : Non. Quand l'avez-vous été ? BAYAT : Le jour où Felice a signé son contrat à Genk. Ça faisait six ans que Felice était à Charleroi et ça devait faire quatre ans qu'on envoyait Felice un peu partout en Belgique. Êtes-vous surpris qu'il rencontre autant de difficultés en ce début de saison ? BAYAT : Il doit passer par une phase d'adaptation. Il a vécu dans un cocon pendant six ans avec le support de sa direction, des supporters, on lui aurait tout pardonné à Charleroi. Charleroi est-il devenu un club important en Belgique ? BAYAT : C'est un grand club en devenir. On a fait grandir le Sporting Charleroi de petit club à, désormais, sixième club du pays. Quand je le dis, on me traite de prétentieux mais ce n'est pas moi qui le dis, c'est un fait, c'est un constat. Si une BeNeLigue devait voir le jour, Charleroi en ferait donc partie ? BAYAT : Si les personnes qui sont à l'initiative de cette hypothèse parlent de huit clubs belges, fatalement on devrait y être. Mais est-ce que le club a envie de participer à ce type de compétition ? Pourquoi refuser d'en faire partie ? BAYAT : Je ne veux pas perdre trop de temps à évoquer un sujet qui reste hypothétique. Mais je ne soutiendrai la BeNeLigue que si elle n'oublie personne. La BeNeLigue oubliera des clubs comme Eupen, Waasland-Beveren, Mouscron, etc.BAYAT : Je ne sais pas, c'est beaucoup trop tôt pour le dire. Et je me répète, le Sporting Charleroi et Mehdi Bayat ne soutiendront la BeNeLigue que si tout le foot belge en sort gagnant. Le foot ne va-t-il pas vers plus d'élitisme ? À l'image d'une Juventus qui n'est pas intéressée par des rencontres face à des petits clubs italiens.BAYAT : C'est le monde qui va vers plus d'élitisme. Vous avez été surpris par la déclaration assumée et assurée de Bart Verhaeghe dans Le Monde ? BAYAT : Je n'ai pas été surpris car c'est quelqu'un que je connais extrêmement bien, qui défend des idées dans lesquelles il croit et qui va se battre pour qu'elles se concrétisent. Il a ce point en commun avec moi que j'appelle " la loi des projections ". Quand on croit en quelque chose, on a envie de se dire : ça y est, c'est faisable, c'est parti. Le problème c'est que beaucoup se sont dit : puisque Bart Verhaeghe l'a dit, alors c'est fait. Car il est l'homme fort du plus grand club belge actuel et il est très ambitieux.BAYAT : Il est très ambitieux et c'est un homme brillant avec qui j'ai énormément de plaisir à travailler.... ...Et quelqu'un qui souhaite anticiper les bouleversements futurs que le foot international va connaître, qui laisse planer le doute sur ses intentions de quitter la Pro League, au sein de laquelle il n'entretient pas les meilleurs rapports avec Pierre François. C'est aussi votre rôle de jouer les médiateurs dans ce genre de situation ? BAYAT : Mon rôle est de faire en sorte que ceux qui souhaitent bouger les lignes puissent le faire sans trop de dégâts et de permettre de trouver un consensus qui n'oublie personne. L'ambition de Bart Verhaeghe pour le Club Bruges est assez claire. Votre ambition personnelle n'est-elle pas de devenir un jour le président de l'UEFA, comme il nous revient régulièrement ? BAYAT : C'est marrant car j'ai eu ma première réunion à l'UEFA lundi ( le 4 novembre, ndlr) où, en tant que président de la Fédération, j'ai rencontré mes homologues d'autres fédérations. Et c'est clair que pour eux, je suis un produit atypique. Un jeune de 40 ans qui se retrouve à la tête d'une Fédération au coeur d'un pays réputé pour sa complexité au niveau politique, ils se disent que ce gamin doit avoir quelque chose. Un petit peu de la même manière qu'à la Pro League, on me poussait vers la Fédé et qu'à la Fédé, on souhaite désormais que la Belgique soit davantage reconnue à l'UEFA. On est quand même la première nation au ranking FIFA, on mérite donc davantage de respect que ce qu'on a connu jusqu'à présent. Et c'est vrai, aussi, que quand je parle à d'autres dirigeants de clubs, on me pousse à rejoindre le board de l'UEFA, avant d'en être président. Pourquoi pas, on verra. Mais il y a une réalité de temps aussi. Tout le monde est d'accord pour dire que je suis déjà très occupé. Et je dois toujours veiller à l'intérêt des fonctions que j'occupe. Je ne veux pas manquer de respect au Sporting, ni à la Fédération. Vous vous voyez toujours à Charleroi dans cinq ans ? BAYAT : Oui, bien sûr. C'est difficile de répondre autrement.BAYAT : Charleroi, c'est mon bébé, c'est mon sang, c'est mon club. Et si j'étais si ambitieux, comme on le prétend, je ne serais pas resté 18 ans à Charleroi. Vous êtes bien placé pour savoir qu'on m'a proposé de me retrouver à la tête d'Anderlecht bien avant la reprise par Marc Coucke. Et c'était du concret, avec une vraie proposition. J'aurais pu très bien me dire : je rejoins le plus grand club du pays, car c'était le cas à l'époque. Et si je ne l'ai pas fait c'est par rapport à mon engagement carolo. Je serai d'autant plus fier de faire grandir mon club et qu'à l'horizon 2024, avec un nouveau stade, il puisse devenir le Gand de demain. J'en serais bien plus fier que si j'avais été parachuté à la tête d'un grand club du pays. Ce n'est pas frustrant de se retrouver loin derrière les grands clubs de l'élite au niveau financier ? BAYAT : Je ne suis pas d'accord. Le bilan que je viens de publier, c'est 26 millions de chiffre d'affaires avec mon petit Charleroi, le club qui avait six millions de chiffre d'affaires en 2012. Et avec notre nouveau stade, on aura peut-être un budget d'exploitation de 40 à 45 millions, c'est exceptionnel. Alors oui, je serai à Charleroi dans cinq ans. Et est-ce que j'occuperai des fonctions importantes à l'UEFA ? Je n'en sais rien. Où se situent vos limites ? BAYAT : Je ne réfléchis pas en terme de limites. Je suis le même Mehdi qu'il y a 20 ans. Devenu un véritable stratège.BAYAT : Non, je ne suis pas un stratège. En poussant Pierre François comme CEO de la Pro League, c'est le cas.BAYAT : J'ai été un de ceux qui l'ont soutenu. Et est-ce que je suis quelqu'un qui a de l'influence dans le monde du foot ? Oui ! Est-ce que cette influence est négative ou est-ce une influence de l'ombre ? Non ! La D1 est-elle viable avec autant de clubs et si peu de monde dans les stades chez certains ? BAYAT : Il y a une réalité économique qui doit prendre le pas sur l'émotionnel, même s'il y aura toujours des gens attachés à l'histoire de leur club. Si moi, je suis optimiste et excité d'être à Charleroi, c'est parce que Charleroi a le plus gros potentiel de Belgique. Si on regarde la carte géographique du foot belge, onze clubs de D1A sont basés en Flandre, un à Bruxelles, quatre en Wallonie. Avec Mouscron qui est proche de la frontière française, Eupen qui est quasiment en Allemagne, le Standard qui est bien niché dans sa principauté et au milieu de tout ça, tout seul, il y a Charleroi. Ce qu'il nous manque, c'est un nouveau stade et le jour où il verra le jour, on va doubler notre assistance. Aujourd'hui, on a un stade obsolète, les buvettes à l'extérieur ne sont pas chaleureuses. Le nouveau stade va nous permettre de nous retrouver dans la cour des grands. Cet optimisme contraste avec celui des supporters carolos en début de saison. BAYAT : On dit toujours que je suis un bon communicant, ça n'a pas été le cas en début de saison. Mes supporters ont eu un sentiment de panique alors que c'est mon rôle de les rassurer, en leur disant : votre patron sait ce qu'il fait et il a toujours sa tête à Charleroi. Surtout que dans la presse on pouvait lire : Charleroi a perdu son " super Felice " et pour le remplacer, ils ont été chercher un dixième choix (sic). Dans le même temps, j'ai été élu président de la Fédé, et les supporters se sont imaginé que je n'avais plus rien à foutre de Charleroi. J'ai eu une discussion avec un des leaders des ultras quand ils ont sorti la belle banderole qui disait que j'étais un menteur, un frimeur et un baratineur. Je leur ai dit : quand dans trois mois vous vous rendrez compte que vous vous êtes trompés, vous allez faire quoi ? Ils m'ont répondu : on assumera. La seule chose que je sais c'est que Charleroi se porte bien, que Karim Belhocine est un bon choix et que je n'ai pas lâché mon club pour la Fédération. Quand les supporters chantent " Union Belge mafia ", vous le prenez pour vous ? BAYAT : Bien sûr que non. Ils l'ont toujours chanté... Vous avez le sentiment d'être assez reconnu ? BAYAT : Moi oui, mais mon club - le travail qui y est réalisé - n'est pas assez reconnu. On met toujours en avant Mehdi Bayat et son ascension exceptionnelle, il est intelligent, il est beau, c'est un génie, tout ce que vous voulez. Charleroi, c'est plus que Mehdi Bayat. La réalité, la réalité c'est de faire en sorte d'être bien entouré. Et c'est ce que Bart Verhaeghe a réussi à faire pour devenir le club numéro un en Belgique. La volonté d'ouvrir le conseil d'administration de Charleroi à des poids lourds du monde entrepreneurial, c'est dans le but d'assurer votre succession ? BAYAT : Ma volonté est de faire grandir le Sporting. Notre conseil d'administration est aujourd'hui relativement restreint et pour faire grandir le club intelligemment, il faut une vision qui émane de chefs d'entreprise qui ne sont pas issus du monde du foot et qui vont nous permettre d'agrandir notre réseau. Il faut d'abord faire un audit complet du club car le foot reste un secteur assez opaque où, dans l'esprit de pas mal de monde, traînent des cadavres dans le placard. Il n'y a plus de cadavres ? BAYAT : Depuis 2012, j'en ai quand même nettoyé beaucoup. Aujourd'hui le Sporting Charleroi est un club extrêmement sain, peut-être le plus sain de Belgique.