Quelle est la première chose qui t'a marqué en arrivant à Anderlecht ?

DENNIS APPIAH : L'organisation surtout. J'arrivais d'un club plus petit. Caen est un club qui essaie de se construire pour durer en Ligue 1, alors qu'ici tout est déjà structuré. Ça m'a fait penser un peu à Monaco. Il y a beaucoup de monde présent pour entourer le groupe des joueurs.
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DENNIS APPIAH : L'organisation surtout. J'arrivais d'un club plus petit. Caen est un club qui essaie de se construire pour durer en Ligue 1, alors qu'ici tout est déjà structuré. Ça m'a fait penser un peu à Monaco. Il y a beaucoup de monde présent pour entourer le groupe des joueurs. APPIAH : Oui. Quand mon agent m'a parlé de l'intérêt d'Anderlecht, je dois être honnête, j'étais sceptique. Je connaissais Anderlecht de nom, je savais qu'il était habitué à disputer la Ligue des Champions mais je n'avais aucune idée du club en lui-même, de ses installations, de son stade, etc. J'avais une opinion sur la Belgique qui n'était pas la bonne. Généralement, les joueurs français viennent en Belgique pour se relancer, mais pas à Anderlecht. Et quand j'ai visité le club, j'ai été agréablement surpris. J'ai d'abord vu le stade, puis le centre d'entraînement. J'ai évidemment aussi rencontré les dirigeants qui m'ont fait part de leur ambition. C'est un peu tout ça qui ma décidé de venir ici. APPIAH :C'est vrai qu'il y a une super belle génération. Et c'est vrai qu'en France, on a aujourd'hui un autre regard. Si on joue la Belgique, on sait que ça va pas être évident... APPIAH : Non. Ce qui a joué, c'est qu'Anderlecht a l'habitude d'avoir des joueurs qui explosent après dans de grands championnats. APPIAH : Oui, c'est ça. On m'a présenté le projet de cette façon : aider le club à remplir ses objectifs et puis continuer à progresser dans ma carrière. J'ai 24 ans, je ne suis pas fini, je commence à peine à intégrer le foot européen. APPIAH : J'ai entendu dire que des clubs anglais me suivaient mais il n'y a jamais eu rien de concret. Quand j'ai signé, Anderlecht était le seul club à s'être montré réellement intéressé. APPIAH : C'est vrai, c'est ce qui m'a peut-être fait un peu peur au début mais c'est un championnat qui est regardé par les grands pays européens. Et se retrouver dans un club où on nous demande de gagner tout le temps, d'être champion, c'est quand même un autre état d'esprit que viser le maintien. C'est aussi un club où je vais devoir m'habituer à vivre avec la pression. Et puis il y a aussi beaucoup de qualité dans le noyau. APPIAH : Je suis arrivé un peu après les autres et j'ai rapidement vu la qualité des joueurs. En plus, ils sont très jeunes. Youri Tielemans, Dennis Praet, etc. Ici, il y a beaucoup de technique, de physique, d'intensité aux entraînements. J'ai l'impression que les joueurs sont plus pros qu'en France. C'est en tout cas mon sentiment par rapport à la préparation. Quand je suis arrivé, j'avais l'impression que les joueurs étaient déjà prêts alors qu'en France la prépa se fait crescendo. APPIAH : C'est difficile à dire car on n'est pas encore prêt mais en prenant une large fourchette, on jouerait entre la première et la huitième place. Je n'ai pas signé ici sur un coup de tête, j'ai beaucoup réfléchi. En Ligue 1, les clubs ne se sont pas pressés pour m'avoir et j'avais aussi peur de passer à côté de quelque chose en ne signant pas ici. Le but, c'est de progresser ici notamment grâce aux compétitions européennes et il y a très peu de clubs en France qui auraient pu m'apporter ça. APPIAH : Je n'aime pas dire ça mais je n'étais qu'à " Caen ". Et pourtant c'est un super club. J'aurais fait la même saison à Rennes ou à Saint-Etienne, les gens m'auraient perçu différemment. APPIAH : L'année où je suis arrivé, Monaco est descendu. En L2, j'ai joué jusqu'à ma blessure, j'ai eu trois déchirures et à la troisième je me suis fait opérer. Je suis revenu un peu trop vite sous Claudio Ranieri. Mais je crois qu'avec le recul, Ranieri voulait me faire jouer, il a essayé par moments de me relancer mais soit je ne répondais pas présent, soit j'étais blessé, soit je prenais des cartons. Il m'a offert des chances que je n'ai pas su saisir. APPIAH : Bien sûr que non. Quand je l'ai croisé cet été en stage, il m'a pris dans ses bras. Demandez à n'importe quel joueur à Monaco, même ceux qui ne jouaient pas, ils vont te dire que c'est un super entraîneur. Il était dur mais c'était bien. Même si je n'ai pas beaucoup joué, j'ai appris ce que ça voulait dire l'exigence du haut niveau. APPIAH : Non, c'était pas évident. A Monaco, j'aurais peutêtre pu prolonger mais à quelle condition ? Je me serais retrouvé sur le banc, j'aurais été prêté. Je voulais repartir de zéro et me retrouver, encore une fois, dans un club qui me voulait, qui voulait aussi se relancer et rejoindre la L1. Il avait donc les mêmes objectifs que moi. J'ai eu la chance de remonter directement. Mais j'ai quand même galéré. J'ai rejoint ce club tout seul avec ma voiture. Ma mère, mon frère sont restés à Monaco. C'était mon choix, je voulais réussir tout seul, j'ai beaucoup appris durant cette période. APPIAH : Mes parents ont très vite voulu nous sortir du quartier du Mirail à Toulouse et donc, à 3 ans, je me suis retrouvé dans un quartier résidentiel. Ma mère travaillait dans une boulangerie alors que mon père était artisan-peintre dans le bâtiment. APPIAH : Je n'ai pas eu cette histoire-là. Mes parents ont essayé de me mettre à l'écart de tout ça, j'ai connu une enfance tranquille, je n'ai jamais manqué de rien mais ma seule exigence c'était de jouer au foot. APPIAH : J'ai débuté dans le petit club des Pradettes et quand on affrontait le Téfécé, je trouvais qu'ils se " la pétaient ", je les trouvais hautains, et je ne supportais pas ça. Et pourtant, Toulouse m'a voulu à plusieurs reprises. Et puis, dans mon club, j'étais un super joueur et j'avais peur de devenir un joueur banal en me retrouvant à Toulouse. Je jouais comme milieu et je faisais ce que je voulais sur un terrain, j'allais partout, je ne voulais pas qu'on me bride. APPIAH : A 13 ans, je me suis retrouvé dans un centre de pré-formation à Castelmaurou. J'ai rapidement eu beaucoup de clubs qui me suivaient : il y avait Toulouse, Rennes, Saint-Etienne, Sochaux, Bordeaux, Nantes. J'en ai visité pas mal, dont Monaco à qui j'ai dit deux fois non. Dans ma tête, je voulais signer à Sochaux. C'était quasi devenu une mode à Castelmaurou de se retrouver après à Sochaux. Et quand j'ai visité, j'avais bien aimé l'environnement de travail, je pensais pas à la qualité de vie, simplement au sportif. Mais le directeur du centre d'entraînement, Monsieur Dominique Bijotat, est passé de Sochaux à Monaco et je l'ai accompagné. J'ai été formé dans un premier temps comme arrière central, j'étais rapide et surtout j'anticipais bien. Et j'étais grand aussi. Mais avec le temps, il y a eu plus rapide que moi et plus grand surtout. Aujourd'hui, j'aime le poste d'arrière latéral même si c'est celui où l'on se fait le plus chambrer car en un contre un on se retrouve face à de nombreux joueurs très techniques. APPIAH : Je ne sais pas si c'est pareil en Belgique mais la population française a l'impression qu'on a volé quelque chose. Qu'on gagne bien notre vie, trop bien, et qu'on ne fait rien d'autre en dehors du foot, ou alors on en profite trop. C'est l'image qu'on nous colle à nous, joueurs. APPIAH : Les Français aiment bien critiquer ce que les gens font et ce qu'ils n'ont pas. APPIAH : Je n'aime pas parler de racisme mais on en veut plus aux gens de couleur dans le foot. Mais chaque cas est différent. Concernant Benzema, sur base sportive il aurait dû se retrouver en Equipe de France. Après, je ne sais pas ce qui s'est passé réellement même s'il n'aurait pas dû se retrouver dans une telle situation. Mais quand même, il n'a tué personne ! Ce qui m'a énervé, c'est ça, c'est ce battage médiatique pendant six mois, on a tapé sur lui alors qu'il y a quand même des choses bien plus importantes. APPIAH : Peut-être pour la génération 87 (Benzema, Ben Arfa, Menez, Nasri, etc). Ça a été très vite pour eux, ils ont gagné rapidement beaucoup d'argent. Quand t'as 19 ans et que tu gagnes des sous, tu veux en profiter. Les gens aimeraient qu'on ait une image parfaite parce qu'il y a des petits qui nous regardent mais on reste des êtres humains. Je sais très bien qu'on ne fait pas un métier difficile comme ceux qui se lèvent tous les jours à 6 h du mat. Il faut évidemment relativiser mais on a une certaine pression très jeune et t'as donc besoin de décompresser. Et à 19 ans, qu'est-ce que tu fais ? Tu sors et parfois tu fais des conneries car t'apprends à vivre, tu sors de ton centre de formation où tout est encadré. Là, t'as ton propre appart, de l'argent, des femmes et des gens qui veulent profiter de toi. C'est donc un peu compliqué à gérer, tout ça. APPIAH : J'aimerais bien, en tout cas. J'ai fait toutes mes classes en France, j'ai joué dans toutes les catégories en sélection. Et donc, si la France vient, je ne vais pas hésiter, je vais y aller. APPIAH : Oui, mais je n'ai jamais été appelé. Et je ne veux pas me retrouver au Ghana et puis me barrer. Jouer pour un pays, ça représente beaucoup, il faut donc s'investir. J'y suis allé une première fois à 3 ans et puis à 8 ans, j'ai donc de vagues souvenirs. APPIAH : J'estime que les qualités premières sont défensives même si j'aime bien monter et apporter offensivement. Mais, pour moi, un arrière latéral, c'est d'abord un défenseur, je suis un peu à l'ancienne. Je n'occulte pas le fait que de nombreux buts viennent aujourd'hui des côtés mais un latéral doit d'abord savoir très bien défendre. APPIAH : Mais ça a changé depuis que je suis ici. C'est vrai qu'à Caen, 70 % de mes centres n'arrivaient pas et pourtant je travaille pour m'améliorer. Mais depuis que je suis ici, ça va beaucoup mieux même si je ne déborde pas beaucoup. Je la dépose bien mais c'est un truc tout nouveau (il rit). PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE - BRUNO FAHY" Quand mon agent m'a parlé de l'intérêt d'Anderlecht, je dois être honnête, j'étais sceptique. " DENNIS APPIAH