Sa vie a commencé par une pensée pour un super héros... Sur sa carte d'identité, on lit Mamadou Obbi Oulare. Mais pour tout le monde, c'est Obbi, simplement Obbi. Pourquoi ce deuxième prénom improbable ? " Ma mère adorait la série MacGyver, elle matait plein d'épisodes quand elle était enceinte de moi. Apparemment, il y avait un petit Obbi dans la série, elle l'aimait bien et c'est pour ça qu'elle m'a donné aussi ce prénom-là. Directement, c'est le prénom que mes parents ont utilisé, et pas Mamadou. "

Le grand sort d'une saison de m... Une de plus. L'équivalent de quatre matches complets, un seul but. Une saison marquée par des soucis physiques. Une fois de plus. Elle a pourtant failli se terminer par une aventure qui n'arrive normalement qu'une fois dans la vie : une participation à un EURO Espoirs. Le coup est passé très près. Il était dans la présélection des 26, il n'a sauté qu'au tout dernier moment.

" Quand j'ai appris que j'étais repris, j'ai vu ça comme un cadeau du ciel. Il n'y avait pas si longtemps que j'étais revenu sur le terrain, et déjà, je me retrouvais convoqué pour un Championnat d'Europe. Évidemment, ça mettait de la couleur dans ma saison qui n'avait pas été joyeuse. Le staff médical du Standard a tout fait pour me retaper dans les temps, cet EURO était clairement un objectif pour eux et pour moi. Maintenant, j'étais bien conscient qu'entre cette présélection et une place de titulaire en Italie, il y avait une grande marge. Je n'ai pas beaucoup joué la saison dernière, et en plus, à cause de mes blessures, je n'ai pas beaucoup participé à la campagne éliminatoire. J'ai juste joué une mi-temps. "

Fini les prêts successifs. Début mai, Obbi a paraphé un contrat de quatre ans en faveur du Standard., BELGAIMAGE
Fini les prêts successifs. Début mai, Obbi a paraphé un contrat de quatre ans en faveur du Standard. © BELGAIMAGE

Tu as fait sept clubs avant de devenir professionnel à Bruges. C'était ton choix ?

OBBI OULARE : Presque chaque fois, oui. Par exemple, j'étais à Anderlecht, j'ai eu l'occasion d'aller au centre de formation de Lille, c'était tentant. En fait, quitter Lille, c'est le seul choix que je n'ai pas fait moi-même. Et ça a été très dur, le moment où ils m'ont dit qu'ils ne me conservaient pas. Parce que, depuis tout petit, j'avais envie d'aller au LOSC. Alors, quand tu dois quitter ce club et que tu te retrouves à Wasquehal... Le pire, c'est que c'était indépendant de ma volonté. Lille ne m'a pas fait partir parce que je n'étais pas bon, j'ai dû m'en aller parce que des problèmes physiques m'empêchaient d'être bon ! J'avais une maladie de croissance, des problèmes à la hanche. J'avais grandi d'un coup, trop vite. Il n'y avait plus d'équilibre entre l'évolution de mes os et le développement de mes muscles.

Les blessures, le fil rouge malheureux de la carrière d'Oulare jusqu'à présent., BELGAIMAGE
Les blessures, le fil rouge malheureux de la carrière d'Oulare jusqu'à présent. © BELGAIMAGE

Tu as pensé que ça allait t'empêcher de devenir pro ?

OULARE : Non ! Je me suis dit : Ça sera peut-être plus compliqué que prévu mais j'y arriverai.

" À l'internat du Standard, ça n'allait pas du tout "

Entre Wasquehal et Bruges, tu es passé par le Standard. Brièvement. Quelques mois seulement... Pourquoi ?

OULARE : Très simple. Aux entraînements, ça allait. À l'école, ça allait plus ou moins. Mais à l'internat, ça n'allait pas du tout. Je ne m'y suis jamais adapté. Je suis trop famille pour ça, trop attaché à mes parents pour vivre sans eux à 16 ans. J'arrivais à l'internat le lundi matin, j'y restais le vendredi soir pour le match du samedi, puis je rentrais à la maison, pour quelques heures seulement. Bruges est venu, c'était parfait, je pouvais retourner vivre chez mes parents.

Quand tu signes en prêt au Standard pendant l'été de l'année passée, c'est la surprise totale. Parce que tu es blessé, parce que tu joues et tu marques peu depuis quelques années...

OULARE : L'opportunité s'est présentée, je n'allais pas la laisser passer. Au final, ça ne s'est pas forcément passé comme je le voulais mais j'ai quand même reçu un contrat de quatre ans à la fin de la saison. Ça veut sûrement dire que j'ai fait du bon boulot.

Tu es en rééducation quand tu arrives, tu bosses, tu finis par entrer dans l'équipe puis tu te reblesses très vite. Tu te dis à ce moment-là que le sort s'acharne ?

OULARE : Je me dis surtout que j'ai plein de malchance. Je venais de faire mon retour, j'ai même marqué un but, à Saint-Trond, et j'ai carrément joué un match complet. Cinq jours plus tard, je monte en fin de match en Turquie, en Europa League. Là, je me dis que c'est reparti. Et après cinq minutes, un accident de jeu, j'ai le tibia fracturé. De la pure malchance.

Qu'est-ce qui te passe par la tête à ce moment-là ?

OULARE : Allez, on recommence à zéro... Je ne dis pas qu'on s'habitue, mais les choses sont comme ça, c'est la vie. Ça ne servait à rien de me plaindre et de pleurer.

" J'ai eu une blessure de vieux quand j'étais jeune... "

Ta fragilité physique est un fil rouge de ton parcours depuis quelques années, quand même.

OULARE : Tous mes problèmes sont venus du souci que j'avais à la hanche, on a fini par s'en rendre compte. Les deux ans et demi qui viennent de passer, ça n'a pas été facile. Quand on a compris d'où venaient mes blessures, on savait qu'il fallait m'opérer mais je ne trouvais jamais que c'était le bon moment, donc je reportais. J'ai joué là-dessus, puis il a bien fallu que j'y passe. Depuis l'opération, ça va beaucoup mieux, je pense que je suis enfin débarrassé de mes galères.

La hanche, c'est plutôt une blessure de vieux...

OULARE : Peut-être, mais chez moi ça a été une blessure de jeune... Les examens ont montré clairement que le problème était au niveau de la hanche droite, tout ça parce que j'avais grandi trop vite. Toutes mes blessures, je les ai eues à droite : des déchirures, des soucis à la cheville, des maux de dos.

Qu'est-ce qu'ils t'ont fait exactement pour solutionner le problème ?

OULARE : Je ne sais pas, je ne suis pas docteur... Ils ont tout rééquilibré, je crois.

Tu continues à te battre avec ta balance ? C'est un autre sujet chronique chez toi !

OULARE : Je suis maintenant à 103 ou 104 kilos, avec de la bonne masse grasse... Pour quelqu'un qui fait 1 mètre 96, ce n'est pas un problème. Mais je sais que je dois faire attention à ce que je mange, tous les jours. Je suis fait comme ça. Et quand je vais commencer à enchaîner les matches, je vais m'affiner, c'est sûr.

Par rapport à ton passage à Bruges, tu as l'air transformé physiquement.

OULARE : À ce moment-là, je tournais autour de 92 kilos.

Quand tu es arrivé à l'Antwerp, Laszlo Bölöni a dit que la balance du toubib allait faire une drôle de tête quand tu allais monter dessus...

OULARE : Un peu d'humour ne fait jamais de mal...

" Ça fait trois ans que je n'arrive plus à enchaîner les matches "

Si tu peux revenir quelques années en arrière, tu pars à Watford ? J'ai l'impression que tu n'étais pas prêt. Ni dans ton corps, ni dans ta tête.

OULARE : Maintenant, c'est facile à dire que j'aurais mieux fait de rester à Bruges. De toute façon, on ne le saura jamais. Et c'est toujours plus facile de prendre une bonne décision quand tu as une expérience pareille dans ton parcours. Oui, sûrement que je ferais autre chose. Je resterais peut-être à Bruges.

Tu n'étais pas prêt ?

OULARE : Au niveau du foot, certainement. Le reste n'était pas forcément prêt. J'avais des problèmes privés, c'était un peu compliqué à ce moment-là.

Tu as dit un jour que si tu étais resté à Bruges, tu serais devenu Diable Rouge entre-temps. Tu le penses toujours ?

OULARE : Peut-être. Si j'avais fait un autre choix, ça aurait pu se faire. Et ça aurait aussi pu se faire si j'avais joué avec Watford. Mais bon, je vois aussi du positif dans cette aventure. J'ai beaucoup appris en Angleterre, c'est là que je suis devenu un homme. Dans la difficulté, mentalement, tu progresses. Et quand la difficulté est très grande, tu apprends encore plus...

Tu as marqué huit buts en trois ans alors qu'un attaquant est fait pour scorer. Comment tu as vécu ça ?

OULARE : OK mais je n'ai pas joué des masses non plus. Il faudrait que j'arrive à faire ce que je n'ai plus fait depuis près de trois ans : enchaîner des matches.

" Je n'ai plus rien à voir avec Watford, ça va me libérer mentalement "

Watford t'a prêté à Zulte Waregem, à Willem II, à l'Antwerp puis au Standard. Maintenant, tu n'as plus aucun lien avec eux. Ça va te libérer mentalement ?

OULARE : Tout à fait. Un footballeur préfère toujours être dans un club où il fait partie d'un projet de longue durée. Aujourd'hui, je suis au Standard avec un contrat de quatre ans, c'est sûr que c'est mieux ainsi. Je ne dois plus me dire que j'ai x mois pour me montrer puis que je devrai retourner à Watford.

Il y a une pression supplémentaire quand on est prêté ?

OULARE : Certainement.

Comment tu la gères, la pression ?

OULARE : Bien. Si tu ne l'assumes pas, ça devient compliqué. Tu le sais, tu sais aussi qu'elle est plus forte dans certains clubs que dans d'autres, qu'elle est plus forte au Standard qu'à Waregem. Mais j'ai toujours bien géré, je trouve. À Bruges, on en avait aussi, beaucoup, on jouait l'Europe. Ce n'est pas un truc qui me fait peur ou qui me ronge.

Quand tu t'es retrouvé à Zulte Waregem, il y avait quelque chose de symbolique, vu que tu es né à Waregem. Tu as vu les choses comme ça ?

OULARE : Oui, c'est vrai. J'avais deux ou trois opportunités et je me suis dit que c'était peut-être mon destin, que j'allais peut-être reprendre ma marche en avant dans la ville où je suis né.

Ton père jouait à Waregem quand tu es né mais il est parti à Genk quand tu avais quelques mois et il a explosé là, pendant trois ans. Tu as des souvenirs ?

OULARE : J'allais à tous les matches avec ma mère et ma petite soeur mais je n'ai pas vraiment de souvenirs. J'ai des cassettes à la maison, plein d'images de son association avec Branko Strupar, je les ai souvent regardées.

Quand il est parti en Turquie, puis en Espagne puis en Angleterre, tu l'as suivi ou vous êtes restés en Belgique ?

OULARE : On l'a tous suivis en Espagne, on vivait à Las Palmas. En Turquie, on allait le retrouver une semaine sur deux. En Angleterre aussi, on faisait des navettes.

Ton père habite toujours en Belgique ?

OULARE : Oui mais il va régulièrement en Guinée pour voir la famille et pour faire son boulot. Il s'occupe d'une association qui essaie de promouvoir le sport guinéen en Europe. Par exemple, il lui arrive de renseigner des joueurs guinéens à des clubs belges.

Ta relation avec lui n'a pas toujours été simple. C'est réglé ?

OULARE : Oui, c'est réglé...

C'est au moment où c'était compliqué avec lui que tu as eu une ou deux réactions de mauvaise humeur, à Bruges. C'était lié ?

OULARE : Ce n'était pas de la mauvaise humeur, on ne pouvait pas appeler ça comme ça. Disons que j'étais un peu dans ma zone tout seul, dans une bulle, je ne laissais personne y entrer. Tout d'un coup, c'était trop : le foot, la famille, les amis, j'ai décidé que c'était le moment de rester seul. Il faut toujours faire gaffe aux mauvaises fréquentations.

Sur la saison du Standard, Obbi dit...

... " Ça n'a pas été facile à tous les niveaux. "

... " On ne comprenait pas trop pourquoi on n'arrivait pas à être réguliers. Quand on avait trois matches par semaine, c'était une fois bon, deux fois mauvais. "

... " Chaque équipe a des moments moins bien. Genk et Bruges en ont eu moins que nous. On a perdu des points où ils en ont pris. "

... " Les piliers de l'équipe qui n'ont pas été à leur niveau ? Je ne pense pas qu'ils l'ont fait exprès ! "

... " Ce sont les médias et le public qui ont dit que le Standard pouvait être la bonne surprise des play-offs. Je n'ai jamais entendu ça dans le vestiaire. On ne s'est pas mis la pression. On n'a jamais parlé de titre. "

... " Notre troisième place est logique. On a manqué de chance à certains moments, on en a eu plus sur la fin, l'Antwerp moins, et surtout, notre victoire contre Bruges a fait la différence. "

... " Si on lisait les journaux il y a quelques semaines, on avait l'impression qu'on ne serait plus que dix à la reprise, que tout le monde allait partir. "

Sa vie a commencé par une pensée pour un super héros... Sur sa carte d'identité, on lit Mamadou Obbi Oulare. Mais pour tout le monde, c'est Obbi, simplement Obbi. Pourquoi ce deuxième prénom improbable ? " Ma mère adorait la série MacGyver, elle matait plein d'épisodes quand elle était enceinte de moi. Apparemment, il y avait un petit Obbi dans la série, elle l'aimait bien et c'est pour ça qu'elle m'a donné aussi ce prénom-là. Directement, c'est le prénom que mes parents ont utilisé, et pas Mamadou. " Le grand sort d'une saison de m... Une de plus. L'équivalent de quatre matches complets, un seul but. Une saison marquée par des soucis physiques. Une fois de plus. Elle a pourtant failli se terminer par une aventure qui n'arrive normalement qu'une fois dans la vie : une participation à un EURO Espoirs. Le coup est passé très près. Il était dans la présélection des 26, il n'a sauté qu'au tout dernier moment. " Quand j'ai appris que j'étais repris, j'ai vu ça comme un cadeau du ciel. Il n'y avait pas si longtemps que j'étais revenu sur le terrain, et déjà, je me retrouvais convoqué pour un Championnat d'Europe. Évidemment, ça mettait de la couleur dans ma saison qui n'avait pas été joyeuse. Le staff médical du Standard a tout fait pour me retaper dans les temps, cet EURO était clairement un objectif pour eux et pour moi. Maintenant, j'étais bien conscient qu'entre cette présélection et une place de titulaire en Italie, il y avait une grande marge. Je n'ai pas beaucoup joué la saison dernière, et en plus, à cause de mes blessures, je n'ai pas beaucoup participé à la campagne éliminatoire. J'ai juste joué une mi-temps. " Tu as fait sept clubs avant de devenir professionnel à Bruges. C'était ton choix ? OBBI OULARE : Presque chaque fois, oui. Par exemple, j'étais à Anderlecht, j'ai eu l'occasion d'aller au centre de formation de Lille, c'était tentant. En fait, quitter Lille, c'est le seul choix que je n'ai pas fait moi-même. Et ça a été très dur, le moment où ils m'ont dit qu'ils ne me conservaient pas. Parce que, depuis tout petit, j'avais envie d'aller au LOSC. Alors, quand tu dois quitter ce club et que tu te retrouves à Wasquehal... Le pire, c'est que c'était indépendant de ma volonté. Lille ne m'a pas fait partir parce que je n'étais pas bon, j'ai dû m'en aller parce que des problèmes physiques m'empêchaient d'être bon ! J'avais une maladie de croissance, des problèmes à la hanche. J'avais grandi d'un coup, trop vite. Il n'y avait plus d'équilibre entre l'évolution de mes os et le développement de mes muscles. Tu as pensé que ça allait t'empêcher de devenir pro ? OULARE : Non ! Je me suis dit : Ça sera peut-être plus compliqué que prévu mais j'y arriverai.Entre Wasquehal et Bruges, tu es passé par le Standard. Brièvement. Quelques mois seulement... Pourquoi ? OULARE : Très simple. Aux entraînements, ça allait. À l'école, ça allait plus ou moins. Mais à l'internat, ça n'allait pas du tout. Je ne m'y suis jamais adapté. Je suis trop famille pour ça, trop attaché à mes parents pour vivre sans eux à 16 ans. J'arrivais à l'internat le lundi matin, j'y restais le vendredi soir pour le match du samedi, puis je rentrais à la maison, pour quelques heures seulement. Bruges est venu, c'était parfait, je pouvais retourner vivre chez mes parents. Quand tu signes en prêt au Standard pendant l'été de l'année passée, c'est la surprise totale. Parce que tu es blessé, parce que tu joues et tu marques peu depuis quelques années... OULARE : L'opportunité s'est présentée, je n'allais pas la laisser passer. Au final, ça ne s'est pas forcément passé comme je le voulais mais j'ai quand même reçu un contrat de quatre ans à la fin de la saison. Ça veut sûrement dire que j'ai fait du bon boulot. Tu es en rééducation quand tu arrives, tu bosses, tu finis par entrer dans l'équipe puis tu te reblesses très vite. Tu te dis à ce moment-là que le sort s'acharne ? OULARE : Je me dis surtout que j'ai plein de malchance. Je venais de faire mon retour, j'ai même marqué un but, à Saint-Trond, et j'ai carrément joué un match complet. Cinq jours plus tard, je monte en fin de match en Turquie, en Europa League. Là, je me dis que c'est reparti. Et après cinq minutes, un accident de jeu, j'ai le tibia fracturé. De la pure malchance. Qu'est-ce qui te passe par la tête à ce moment-là ? OULARE : Allez, on recommence à zéro... Je ne dis pas qu'on s'habitue, mais les choses sont comme ça, c'est la vie. Ça ne servait à rien de me plaindre et de pleurer. Ta fragilité physique est un fil rouge de ton parcours depuis quelques années, quand même. OULARE : Tous mes problèmes sont venus du souci que j'avais à la hanche, on a fini par s'en rendre compte. Les deux ans et demi qui viennent de passer, ça n'a pas été facile. Quand on a compris d'où venaient mes blessures, on savait qu'il fallait m'opérer mais je ne trouvais jamais que c'était le bon moment, donc je reportais. J'ai joué là-dessus, puis il a bien fallu que j'y passe. Depuis l'opération, ça va beaucoup mieux, je pense que je suis enfin débarrassé de mes galères. La hanche, c'est plutôt une blessure de vieux... OULARE : Peut-être, mais chez moi ça a été une blessure de jeune... Les examens ont montré clairement que le problème était au niveau de la hanche droite, tout ça parce que j'avais grandi trop vite. Toutes mes blessures, je les ai eues à droite : des déchirures, des soucis à la cheville, des maux de dos. Qu'est-ce qu'ils t'ont fait exactement pour solutionner le problème ? OULARE : Je ne sais pas, je ne suis pas docteur... Ils ont tout rééquilibré, je crois. Tu continues à te battre avec ta balance ? C'est un autre sujet chronique chez toi ! OULARE : Je suis maintenant à 103 ou 104 kilos, avec de la bonne masse grasse... Pour quelqu'un qui fait 1 mètre 96, ce n'est pas un problème. Mais je sais que je dois faire attention à ce que je mange, tous les jours. Je suis fait comme ça. Et quand je vais commencer à enchaîner les matches, je vais m'affiner, c'est sûr. Par rapport à ton passage à Bruges, tu as l'air transformé physiquement. OULARE : À ce moment-là, je tournais autour de 92 kilos. Quand tu es arrivé à l'Antwerp, Laszlo Bölöni a dit que la balance du toubib allait faire une drôle de tête quand tu allais monter dessus... OULARE : Un peu d'humour ne fait jamais de mal... Si tu peux revenir quelques années en arrière, tu pars à Watford ? J'ai l'impression que tu n'étais pas prêt. Ni dans ton corps, ni dans ta tête. OULARE : Maintenant, c'est facile à dire que j'aurais mieux fait de rester à Bruges. De toute façon, on ne le saura jamais. Et c'est toujours plus facile de prendre une bonne décision quand tu as une expérience pareille dans ton parcours. Oui, sûrement que je ferais autre chose. Je resterais peut-être à Bruges. Tu n'étais pas prêt ? OULARE : Au niveau du foot, certainement. Le reste n'était pas forcément prêt. J'avais des problèmes privés, c'était un peu compliqué à ce moment-là. Tu as dit un jour que si tu étais resté à Bruges, tu serais devenu Diable Rouge entre-temps. Tu le penses toujours ? OULARE : Peut-être. Si j'avais fait un autre choix, ça aurait pu se faire. Et ça aurait aussi pu se faire si j'avais joué avec Watford. Mais bon, je vois aussi du positif dans cette aventure. J'ai beaucoup appris en Angleterre, c'est là que je suis devenu un homme. Dans la difficulté, mentalement, tu progresses. Et quand la difficulté est très grande, tu apprends encore plus... Tu as marqué huit buts en trois ans alors qu'un attaquant est fait pour scorer. Comment tu as vécu ça ? OULARE : OK mais je n'ai pas joué des masses non plus. Il faudrait que j'arrive à faire ce que je n'ai plus fait depuis près de trois ans : enchaîner des matches. Watford t'a prêté à Zulte Waregem, à Willem II, à l'Antwerp puis au Standard. Maintenant, tu n'as plus aucun lien avec eux. Ça va te libérer mentalement ? OULARE : Tout à fait. Un footballeur préfère toujours être dans un club où il fait partie d'un projet de longue durée. Aujourd'hui, je suis au Standard avec un contrat de quatre ans, c'est sûr que c'est mieux ainsi. Je ne dois plus me dire que j'ai x mois pour me montrer puis que je devrai retourner à Watford. Il y a une pression supplémentaire quand on est prêté ? OULARE : Certainement. Comment tu la gères, la pression ? OULARE : Bien. Si tu ne l'assumes pas, ça devient compliqué. Tu le sais, tu sais aussi qu'elle est plus forte dans certains clubs que dans d'autres, qu'elle est plus forte au Standard qu'à Waregem. Mais j'ai toujours bien géré, je trouve. À Bruges, on en avait aussi, beaucoup, on jouait l'Europe. Ce n'est pas un truc qui me fait peur ou qui me ronge. Quand tu t'es retrouvé à Zulte Waregem, il y avait quelque chose de symbolique, vu que tu es né à Waregem. Tu as vu les choses comme ça ? OULARE : Oui, c'est vrai. J'avais deux ou trois opportunités et je me suis dit que c'était peut-être mon destin, que j'allais peut-être reprendre ma marche en avant dans la ville où je suis né. Ton père jouait à Waregem quand tu es né mais il est parti à Genk quand tu avais quelques mois et il a explosé là, pendant trois ans. Tu as des souvenirs ? OULARE : J'allais à tous les matches avec ma mère et ma petite soeur mais je n'ai pas vraiment de souvenirs. J'ai des cassettes à la maison, plein d'images de son association avec Branko Strupar, je les ai souvent regardées. Quand il est parti en Turquie, puis en Espagne puis en Angleterre, tu l'as suivi ou vous êtes restés en Belgique ? OULARE : On l'a tous suivis en Espagne, on vivait à Las Palmas. En Turquie, on allait le retrouver une semaine sur deux. En Angleterre aussi, on faisait des navettes. Ton père habite toujours en Belgique ? OULARE : Oui mais il va régulièrement en Guinée pour voir la famille et pour faire son boulot. Il s'occupe d'une association qui essaie de promouvoir le sport guinéen en Europe. Par exemple, il lui arrive de renseigner des joueurs guinéens à des clubs belges. Ta relation avec lui n'a pas toujours été simple. C'est réglé ? OULARE : Oui, c'est réglé... C'est au moment où c'était compliqué avec lui que tu as eu une ou deux réactions de mauvaise humeur, à Bruges. C'était lié ? OULARE : Ce n'était pas de la mauvaise humeur, on ne pouvait pas appeler ça comme ça. Disons que j'étais un peu dans ma zone tout seul, dans une bulle, je ne laissais personne y entrer. Tout d'un coup, c'était trop : le foot, la famille, les amis, j'ai décidé que c'était le moment de rester seul. Il faut toujours faire gaffe aux mauvaises fréquentations.