Une visite chez Marc Wilmots permet toujours de replonger dans la belle nature de sa chère Hesbaye. Les agriculteurs, tels des coiffeurs, y ont fait le tour d'oreilles des haies et rasé de près les champs encore bordés, çà et là, par des montagnes de betteraves qui attendent le départ pour la sucrerie.
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Une visite chez Marc Wilmots permet toujours de replonger dans la belle nature de sa chère Hesbaye. Les agriculteurs, tels des coiffeurs, y ont fait le tour d'oreilles des haies et rasé de près les champs encore bordés, çà et là, par des montagnes de betteraves qui attendent le départ pour la sucrerie. Si de grands météorologues annoncent un hiver plus clément que d'habitude, les Diables Rouges, eux, sont plongés depuis longtemps dans la glace. Dick Advocaat et son staff technique tentent de les ranimer afin de bien préparer la campagne de qualification de l'EURO 2012. Les joueurs ont soufflé le chaud face à la Turquie et puis le froid en Estonie. Wilmots en a vu d'autres pour être effrayé par ces variations de température autour de l'équipe nationale. Et c'est avec son enthousiasme habituel qu'il a abordé ce nouveau chapitre de sa carrière. Marc Wilmots : Je ne vois pas les choses comme cela. Je n'avais pas quitté le football. J'étais dedans d'une autre manière. Je reviens sur le terrain car Advocaat désirait bosser avec des fanatiques du football et j'en suis un. Je connais les Diables et si j'ai accepté, c'est pour l'aider loyalement à atteindre son objectif. Je me suis lancé dans le métier à Schalke qui allait mal. En mars 2003, il était évidemment trop tard pour requinquer le physique de l'effectif. J'ai travaillé la confiance, le style de jeu, le plaisir, etc. J'ai commis une erreur. Après un bon 7 sur 9, j'ai perdu pour quatre semaines mon seul médian défensif de métier : Sven Kmetch. La cata. J'aurais dû faire un choix de coach ne songeant qu'aux résultats et dire : -Tu es trop important. Le docteur te pique et tu joues. Kmetch était un ami et un ancien équipier à Schalke. J'ai longtemps partagé la même chambre que lui lors des mises au vert. Une infiltration risquait de lui bousiller le genou et il a pris un mois de repos. Durant cette période, Schalke a souffert. Il est revenu pour le dernier match et nous avons battu le Bayern... Mais il nous a manqué un point pour décrocher une place en Coupe de l'UEFA. Avec Kmetch, nous y serions parvenus. Quand je retourne à Schalke, je le revois. Il va bien et je suis content d'avoir fait passer sa santé avant tout. Si c'était à refaire, je ne changerais pas mon fusil d'épaule. Oui, mais c'est loin déjà. J'ai été directeur sportif et j'ai composé un effectif avec des croûtes de pain. J'ai acquis Beda, Hajnal, Mulemo, etc. Ils n'ont pas fait du chemin ? A un moment, on m'a imposé des joueurs comme Dimitri de Condé dont je ne voulais pas. Puis De Ceulaer est parti aux Pays-Bas contre mon avis. Castro a été cédé aussi. Or, personne ne pouvait partir. J'ai bossé 24 h sur 24. Je me souviens d'une longue période d'invincibilité à domicile, d'un grand succès face au Standard, etc. Si on avait gardé tout le monde durant deux ans, j'avais une équipe pour le top 6, j'en étais sûr et certain. J'ai un nom, cela a dérangé certaines personnes qui ont agi dans mon dos. J'ai dit à Roland Duchâtelet : -Il y a deux routes, la mienne ou l'autre, à gauche ou à droite : à toi de choisir. Le patron voulait qu'on discute autour d'une table. Non, j'ai refusé, il n'y avait plus de table. Je suis parti. Et j'ai été heureux... Non, pas sans football. J'ai obtenu ma Licence pro en Allemagne. J'avais acquis mes autres diplômes en Belgique. Pour la Licence pro, les cours étaient plus regroupés en Allemagne. Je me suis aussi consacré à ma famille. J'y tiens beaucoup : mes enfants ont besoin de moi. J'entraîne d'ailleurs les -13 ans de Jodoigne où ils jouent, un comme attaquant droit, l'autre comme numéro 10. Il y a trois ans, j'ai repoussé une offre de Kaiserslautern. On m'a donné les clefs d'un énorme stade. J'ai dit non. Ce n'était pas le moment pour moi. Je n'ai jamais rien caché. Je conseillais des joueurs. Ma femme est juriste et elle travaille pour l'agent Michaël Beck qui a son bureau au grand-duché de Luxembourg. Beck s'occupe notamment de Michael Ballack. Quand Beck a un problème juridique, il s'adresse à elle. Tamas Hajnal a dû être opéré récemment. Il m'a téléphoné quand j'étais en Estonie. Je lui ai donné des conseils, des adresses, aiguillé vers le Docteur Declercq à Anvers, le kiné Lieven Maesschalk, etc. J'ai été opéré 14 fois. Je sais qui sont les gens compétents. J'ai signalé à Herman Van Holsbeek que Landry Mulemo n'avait plus qu'un an de contrat. Et alors ? Si on élimine ceux qui ont un bon renseignement, il n'y a plus de football en Belgique. C'est arrivé une fois, avant que je rejoigne Advocaat en équipe nationale. Ce n'est pas mon problème. J'aurais donc dû le punir en le déconseillant à Advocaat ? Vous rigolez ou quoi ? Landry a été sacré deux fois champion avec le Standard, fut titulaire durant tout le deuxième tour, joua en coupe d'Europe, etc. Il a été international dans toutes les catégories d'âge, fit partie de l'équipe olympique, etc. Où est le problème ? Les Diables avaient un problème en cas de blessure de Thomas Vermaelen. Les Espoirs étaient partis en Ukraine. Nous n'avions pas d'autres alternatives sous la main. Oui, je l'avais fait venir à Saint-Trond. J'y croyais et j'y crois encore. Quand Advocaat m'a demandé s'il avait des capacités, j'ai répondu affirmativement. En Belgique, certains éprouvent des soucis à croire qu'on peut être honnête. Il y en a qui ne me connaissent vraiment pas, comme Advocaat l'a dit en conférence de presse. Ma femme et Beck font les contrats. Normal : c'est leur métier. Moi, je ne fais rien. Je donne un conseil sportif quand on me le demande, c'est tout. Non, pourquoi ? On ne se projette pas du jour au lendemain de la cave du football mondial à l'avant de la scène. Un simple coup d'£il à notre ranking FIFA suffit pour comprendre qu'il y a du chemin à parcourir. Les théories d'Advocaat ne durent pas plus de 20-25 minutes. C'est très clair : chacun connaît son job. Il fallait priver les Turcs du moindre espace. Le bloc équipe a bien fonctionné. J'ignore si les Turcs étaient motivés ou pas après avoir appris que la place de barragiste venait de leur filer sous le nez : c'était leur problème, pas le nôtre. La Belgique a évolué intelligemment, c'était compact, fermé, décidé, rapide. Ce fut différent en Estonie où notre domination et notre jeu haut ont été stériles. Tout était encombré, on n'a pas trouvé les solutions. Notre adversaire a bénéficié d'un taux de réussite insolent dans ses contres mais cela fait partie du football. Cette défaite nous aidera aussi à analyser en profondeur les potentialités de l'effectif. Nous avons vu et retenu des choses très intéressantes, croyez-moi. Advocaat n'a pas tourné autour du pot en Estonie. Il a évoqué le problème du talent. C'était un électrochoc, une façon de dire : -Nous, on ira à l'EURO 2012. Si vous désirez nous accompagner, il faudra montrer plus que cela.Chez nous, tout est noir ou blanc. C'est une erreur. Je n'ai pas cédé au négativisme à Tallin et je n'étais pas euphorique après le succès contre la Turquie. Je savais que des erreurs commises face aux Turcs pouvaient être mortelles dans un autre match. Nous ne sommes pas aveugles : mentalement, Belgique-Turquie fit du bien. Kevin Mirallas a terminé la rencontre avec des crampes. Je le dis souvent : en équipe nationale, il faut s'engager à du 2.000 % car on n'a que dix matches au programme pendant une campagne de qualification. En Estonie, les gars ont tout donné aussi et la Belgique a même terminé le match avec six attaquants dans l'espoir de planter des buts. Au niveau de la volonté et de la discipline, il n'y a pas grand-chose à leur reprocher. Après cela, il y a les qualités individuelles. Ces deux premiers matches constituent donc une source d'informations très intéressantes. Ainsi, il fut clair que Moussa Dembélé ne pouvait pas endosser le rôle d'un numéro 10. C'est un superbe joueur mais, à cette place, il dribble peut-être trop. La rentabilité a laissé à désirer. Il faudra peut-être le décentrer. Mais s'il ne joue pas mieux, ce sera à un autre de saisir sa chance et ce raisonnement vaut pour tout le monde. On a pris une bonne leçon en Estonie mais c'est un match qui servira à avancer. Quand on a vraiment de l'expérience, on doit pouvoir se dire : -Ce match, je ne le sens pas, ils tentent de nous berner. Je mets le pied sur le ballon. Je bloque tout, je les attends, qu'ils sortent... C'est un bon thème de réflexion mais je me dis d'abord que les Diables Rouges auraient eu une autre allure en Estonie avec les Vincent Kompany, Steven Defour, Axel Witsel ou Marouane Fellaini. C'est quasiment toute une ligne médiane. Et il y a eu d'autres absences : Olivier Deschacht, Jelle Van Damme, etc. Moi, je regrette que Stijn Stijnen n'ait pas téléphoné à Advocaat afin de lui décortiquer les raisons de son refus d'encore jouer en équipe nationale. En 1994, j'ai aussi fait une croix sur les Diables mais j'ai expliqué les raisons à Paul Van Himst. Les Français ont dix solutions quand ils doivent remplacer un élément de leur puzzle. Ce ne sera jamais notre cas mais l'éventail peut être plus large. Lukaku est une solution pour l'avenir, tout le monde le sait. Il doit encore digérer son arrivée très remarquée en D1. La pression est importante et il s'agit de ne surtout pas le brûler en lui imposant une trop grosse charge de travail. On ne peut pas envoyer Lukaku au casse-pipes. Le football a raté un tournant après le Mondial 2002. On ne peut pas demander que les jeunes assument seuls le travail du renouveau. J'ai découvert tout mon potentiel à 27 ans en gagnant la Coupe de l'UEFA avec Schalke. Là, je me suis dit : -Maintenant, je sais que je suis compétitif au top. Je pouvais désormais assumer mes responsabilités. J'étais international, je jouais en Bundesliga, j'étais déjà passé par Saint-Trond, Malines et le Standard. Lukaku franchira ces étapes peut-être plus vite mais il ne faut pas verser dans l'impatience : ce serait dommage. Le matériel existe mais il n'a pas encore fait ses preuves au top niveau. C'est plus dur en équipe nationale que dans le cadre du club où on vit au jour le jour. Cela va parfois deux fois plus vite qu'en championnat et il faut franchir ce cap. J'assistais pour mon plaisir à la rencontre Saint-Trond-Genk quand mon portable sonna vers 22 heures. C'était un numéro privé. Je n'ai pas décroché. Au deuxième appel, trois minutes plus tard, j'ai pris la communication en me disant que c'était peut-être ma femme qui tentait de me joindre pour l'une ou l'autre raison. Non, j'entendais une voix d'homme s'exprimant en néerlandais. Comme il y avait pas mal de bruit dans le stade, ce n'était pas très audible mais j'ai quand même compris ceci : -C'est Dick Advocaat. Ah, bon ? Après un moment d'étonnement, je lui ai demandé de me rappeler vers 22 h 30. Il l'a fait. A 23 h, alors que j'étais dans ma voiture, que nous avons pu bavarder tranquillement. Advocaat m'a demandé si je voulais l'accompagner le lendemain, un mercredi, à Sclessin pour assister à Standard-Cercle Bruges. Il voulait parler du football belge. J'ai interprété sa requête comme une simple recherche d'infos sur la D1. Oui, je l'ai su 24 heures plus tard. Il m'a fixé rendez-vous à l'Holiday Inn de Liège à 18 h et nous avons discuté durant une heure et demie. Il m'a dit que j'étais sa priorité pour compléter le staff technique de l'équipe nationale ! Je ne m'attendais pas du tout à une telle demande. Ce n'était pas seulement mon plaisir personnel qui importait mais bien la chance de faire partie d'un formidable staff où il y a aussi un expert comme Bert van Lingen. Il en connaît un bout sur le football, notamment la formation et les jeunes pour avoir travaillé durant des années à la fédération néerlandaise. Cette richesse-là nous sera très utile. Advocaat est un homme convaincant. Il savait parfaitement que j'avais critiqué l'Union belge. Et il l'a dit ouvertement :-C'est qu'il y avait probablement des raisons de le faire. Advocaat s'est renseigné à mon propos. En Belgique, en Hollande, à Schalke, peut-être, qui a un sponsor bien connu en Russie : Gazprom. Peu importe comment il s'y est pris mais une chose est sure : après une demi-heure d'entretien, j'ai compris que nous voyions le football de la même façon. A 62 ans, il me rappelle d'abord Robert Waseige : même passion, même façon de vivre le football à fond. On sait ce que Waseige a fait pour le football belge. Au Japon, en 2002, c'était du cousu-main avec une équipe mûre, stable, fière, bien organisée, poussée par une grosse envie. C'est aussi pour revivre cela que j'ai dit oui à Advocaat. J'apprécie ceux qui ont un gros vécu et l'offrent aux autres avec enthousiasme. Advocaat va directement au coeur du sujet. Il ne perd guère de temps en ronds de jambes, ne palabre pas : son discours, c'est du direct. Il responsabilise tout le monde. Rien ne lui échappe : le respect de ce qui a été convenu, la ponctualité, l'esprit de groupe sur le terrain. Je ne noue pas toujours ma cravate de gaieté de c£ur mais il faut le faire car nous sommes des ambassadeurs d'un club ou d'une équipe nationale. Le mode de fonctionnement d'Advocaat ne constitue pas du tout une surprise pour moi car, en tant que joueur, j'avais quand même bossé avec de grands coaches néerlandais. Oui, mais j'aurais tendance à dire qu'en plus de Waseige, Advocaat contient aussi une bonne dose d'Huub Stevens, mon coach à Schalke durant six ans. Très dur mais très correct. Advocaat éprouve du plaisir dans son boulot. Il y va à fond et assume ses résultats comme le prouvent ses propos : - Si la Belgique ne se qualifie pas pour l'EURO 2012, ce sera un échec pour moi. J'apprécie les gens qui endossent le poids des résultats. Le staff technique est un bloc Il n'y aura jamais la moindre faille entre nous. Advocaat ne dit pas que la réussite de son projet est garantie sur facture mais tout sera mis en oeuvre pour y arriver. Après, il y aura, je suppose, des gens pour dire que c'était la bonne méthode ou pas. Non, pas que je sache. On verra ce qui se passera dans deux ans. La presse balança mon nom avant le prolongement du contrat de René Vandereycken et... allez-y pour les rumeurs. Moi, je n'étais pourtant pas concerné par le problème. Depuis que je gravite dans le monde du football, je n'ai jamais envoyé la moindre lettre de sollicitation. Cela dit, je suis très heureux. Advocaat ne m'empêche pas du tout de m'exprimer, au contraire. Je connais la musique, j'ai vécu quatre coupes du monde : si cela peut être utile, tant mieux. Le dialogue est permanent. Je suis trois ou quatre matches par semaine, en Belgique, à l'étranger, en Ligue des Champions, etc. Nous nous partageons ce travail à trois avec, en plus, l'apport d'André Van Maldegem et de Vince Briganti. Je ne suis pas l'homme des grands rapports. Quand j'ai vu un match, tout est bien enregistré pour de bon dans ma tête. par pierre bilic - photos: reporters/gouverneurLukaku est une solution pour l'avenir, tout le monde le sait.