Fin octobre, Michel Louwagie l'a annoncé dans nos colonnes : il mettait fin à vingt ans de présidence de la fédération belge de natation. " Il faut des personnes nouvelles, avec des idées novatrices. " Brigitte Becue figure parmi les candidats à sa succession, comme l'ancien nageur et commentateur TV Sidney Appelboom.
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Fin octobre, Michel Louwagie l'a annoncé dans nos colonnes : il mettait fin à vingt ans de présidence de la fédération belge de natation. " Il faut des personnes nouvelles, avec des idées novatrices. " Brigitte Becue figure parmi les candidats à sa succession, comme l'ancien nageur et commentateur TV Sidney Appelboom. " Je savais depuis longtemps que Michel envisageait d'arrêter et j'ai pensé que le job me conviendrait ", raconte la quintuple championne d'Europe, qui vit à Ottenburg, dans le Brabant flamand. " Je me suis lancée en début d'année, lors de l'appel aux candidatures. Le principal inconvénient - l'autorité liée à la fonction - ne faisait pas le poids face à mon envie d'apporter un plus à la natation belge, par mon expérience, mes connaissances et ma vision. " Comme la passion de la natation ne l'a pas quittée, Becue veut rendre quelque chose au sport qui a été au centre des deux tiers de sa vie. " Si je peux signifier quelque chose, c'est de cette façon. J'ai l'âge idéal. Jamais je n'aurais posé ma candidature il y a cinq ou dix ans. À l'époque, je ne m'intéressais qu'au poste d'entraîneur. Pour diverses raisons, je suis allée dans le mur. Votre contrat d'entraîneur à l'école de sport de haut niveau d'Anvers n'a pas été reconduit après six ans. Ça a dû être dur ? BRIGITTE BECUE : Je n'en ai pas pleuré. Je n'aurais plus tenu le coup très longtemps car j'entrais trop souvent en conflit avec certaines personnes. Quand, en plus, on souhaite entraîner les seniors, comme c'était initialement convenu, mais que deux hommes s'accrochent à leur poste ( Ronald Gaastra et Rik Valcke, ndlr), on se doute qu'on va voler tôt ou tard. Je me sentais surtout incomprise, j'étais fâchée. Des personnes plus jeunes, qui n'y connaissaient rien à la natation - je ne citerai pas de noms - m'ont enlevé ma passion. Sur quoi portaient vos divergences ? BECUE : Je trouve qu'il faut d'abord apprendre à entraîner et poser les bases avant de se lancer dans des trucs spéciaux, qu'on peut encore assimiler quand on est au top, comme un appareil pour mieux respirer. D'autres pensent l'inverse. On surprotège les jeunes nageurs. Ai-je commis des erreurs ? Non. Je me suis même adaptée : je me suis adoucie, sans quoi mon mandat se serait encore terminé plus tôt. Mais on peut quand même demander aux managers d'une école de sport de haut niveau de tout mettre en oeuvre pour réussir, comme je l'ai fait. De ce point de vue, un coach ne doit pas être trop soft. Je trouve aussi bizarre que, malgré mon expérience et mon palmarès, personne ne m'ait jamais demandé mon avis. Ils pensaient tout mieux savoir... Pourquoi ? La fameuse jalousie belge, sans doute ? J'ai vu débarquer des collègues avec des idées " révolutionnaires " que j'employais déjà il y a vingt ans. J'ai suivi mes principes, je me suis battue bec et ongles. Ça n'a pas été apprécié et on a trouvé des explications sans queue ni tête pour mettre fin à notre collaboration : " pas assez communicative. " Alors que beaucoup de parents trouvaient justement que j'étais la seule à bien communiquer. Ou " pas de résultats " mais c'était faux... Ensuite, en six mois, j'ai formé un centre d'entraînement à Bruxelles, seule et sans un franc de l'aile francophone. J'ai arrêté quand je n'ai plus reçu d'argent du projet BeGold parce qu'un nageur avait rejoint l'aile flamande. Ce fut donc la fin de ma carrière de coach. Ça vous a rongée ? BECUE : En fait, c'était accessoire à l'époque car je traversais une des périodes les plus sombres de ma vie privée : j'étais en plein divorce et ma mère, à laquelle j'étais très attachée, est morte à 73 ans après un combat de six mois contre le cancer. Or, en 2002, j'avais déjà perdu mon père, qui n'avait que 62 ans... Ne plus avoir de parents à 42 ans était cent fois pire. Maintenant, trois ans plus tard, j'en souffre toujours. Ils me manquent et ils ne voient pas leur petit-fils de cinq ans grandir. Pas de parents, de partenaire ni de job : comment avez-vous émergé de cette période noire ? BECUE : En continuant à vivre, en espérant que le temps guérisse mes plaies. Se lamenter ne sert à rien. J'avais un fils, je devais continuer. Nicholas est tellement éveillé que j'ai suivi le rythme, automatiquement. Début 2016, j'ai trouvé un emploi dans une agence d'études. Manager de Sports & Health, je faisais office d'ambassadrice : je prenais des contacts avec la presse, le sport, les entreprises, j'étudiais quelles enquêtes nous pouvions proposer... Après s'être servis de mon agenda pendant un an, ils m'ont écartée. J'ai travaillé un moment comme représentante en pharmacie mais ça n'était pas mon truc. Pour le moment, je mijote une idée que j'ai depuis longtemps : lancer mon propre bureau de consultance mais je n'en dirai pas plus pour le moment. Si ce n'est que je veux redevenir mon propre patron et repousser mes limites. C'est pour ça que vous avez posé votre candidature à la présidence de la fédération de natation ? BECUE : Les projets sont indépendants mais à 45 ans, on porte automatiquement un autre regard sur la vie. Je suis plus sage qu'il y a quinze ou vingt ans. Tout ce que j'ai vécu m'a marquée et a changé mes objectifs. Quelle est la principale leçon que vous ayez apprise ? BECUE : Quand je veux vraiment faire quelque chose, je ne dois pas le reporter mais y aller à fond, comme pour ce bureau de consultance. La mort de mes parents m'a fait comprendre que je devais davantage profiter de la vie, ce que j'ai trop peu fait à cause de la natation. J'ai aussi appris qu'il ne faut pas juger les gens ni les condamner sans connaître tous les paramètres. Ça m'énerve beaucoup, surtout en cette ère de réseaux sociaux. De même que je ne supporte pas l'injustice. Les journaux sont remplis de trucs qui me font penser que les gens honnêtes sont des imbéciles. D'ailleurs, je suis beaucoup trop honnête pour ce monde. Comme nageuse, comme coach et toujours maintenant. Je hais l'hypocrisie. D'accord, il vaut parfois mieux mentir mais je préfère la franchise. Quand je vois la droiture de mon fils, je me dis que nous sommes tous nés comme ça mais je me demande pourquoi nous ne le restons pas, une fois adultes. Pourquoi cette hypocrisie ? C'est sans doute naïf mais ça me passe souvent par la tête et ça me tracasse. Votre honnêteté s'est retournée contre vous ? BECUE : Oui mais je ne suis pas rancunière. Je ne me déferai jamais de mes principes pour obtenir quelque chose. Pour être élue présidente, vous devrez faire du lobbying auprès des personnes qui ont le droit de vote. BECUE : Non. C'est sans doute un handicap par rapport à d'autres candidats moins droits mais c'est ainsi. Les membres qui vont voter le 15 mai me connaissent, ils savent ce que je vaux. Quand j'ai annoncé ma candidature sur Facebook, j'ai constaté que beaucoup de gens du milieu, y compris en Wallonie, me soutenaient. Au fil des années, je me suis construit un bon réseau. Même s'il y a peu de chance que je devienne présidente, en tant que femme. Je ne suis pas féministe et je ne veux certainement pas de quotas mais c'est un fait : les femmes sont sous-représentées aux postes de direction du sport comme dans toute la société. Prenez le COIB : le nouveau directeur du sport d'élite ? Un homme. Sous ses ordres, trois performance managers : trois hommes. Pour le dire crûment, les secrétaires sont les seules femmes. Les anciens sportifs belges sont également sous-représentés, y compris aux postes d'entraîneur. BECUE : C'est triste, hein ? C'est typiquement belge aussi. Le nouveau directeur du sport d'élite est même allemand : Olav Spahl. Il est certes compétent mais n'y a-t-il aucun Belge qui possède les mêmes qualités, qui ait été sportif de haut niveau ? Le sport belge a aussi besoin de personnages comme Jean-Marie Dedecker. Quelqu'un qui criait mais qui a amené ses judokas au top mondial. Certes, il a profité de leurs succès mais le mérite lui en revenait aussi. Vous le prenez en exemple ? BECUE : J'ai toujours admiré Jean-Marie. On a le même caractère. Mais je ne veux pas me comparer à lui et à son palmarès d'entraîneur. Lui aussi s'est heurté à des murs. En politique, car quand on parle de milieux malhonnêtes... C'est pour ça que je viens de refuser la proposition d'un parti qui voulait me placer sur sa liste pour les communales. Ce n'est pas mon truc pour le moment, même si j'aime dénoncer ce qui ne va pas. Que comptez-vous redresser si vous êtes présidente de la fédération de natation ? BECUE : Je ferai du lobbying auprès des politiques pour qu'il y ait plus de piscines, plus d'heures d'entraînement pour les clubs, des entraîneurs à temps plein mieux payés... Il faut aussi rapprocher les deux ailes linguistiques pour pouvoir nous présenter en équipe unie. Avec un meilleur plan de communication, qui insiste sur les choses positives. La natation fait trop souvent la une de manière négative, comme cette histoire de relais aux Jeux de Rio. Il faut aussi raccourcir le championnat de Belgique et le rendre plus attrayant, avec des nageurs belges et étrangers qui puissent y nager leurs temps de qualification. C'est comme ça qu'on attire la TV et peut-être des sponsors plus importants. Un must, avec cette fonction : être diplomate, patiente, alors que vous dites ce que vous pensez et voulez changer les choses très vite. BECUE : Je me suis déjà adoucie. Avant, je n'en faisais qu'à ma tête. J'ai appris à faire des compromis. D'autre part, il faut oser taper du poing sur la table et trancher. Il faut un scalpel et une hache car tourner autour du pot ne résout rien. Une fédération est un ensemble peu dynamique ? J'ai travaillé six mois au cabinet de Bert Anciaux quand il était ministre des sports. Ça, c'était lent. Autre handicap : l'argent et la plupart des compétences sont régionnalisées. La fédération se contente d'envoyer des équipes nationales aux championnats. BECUE : Je ne pense pas au pouvoir ni à la distribution de fonds. D'ailleurs, c'est une fonction non rémunérée. Je veux mettre mon nom au service de la natation, en Belgique et à l'étranger. Maintenant, si j'échoue, ce ne sera pas un drame mais ce serait dommage pour la natation belge. Un nouveau job d'entraîneur est-il utopique ? BECUE : Non. Je viens de refuser l'offre d'un club. Si je fais quelque chose, c'est à 100 % mais je ne pourrais plus passer cinq ou six heures par jour au bord de l'eau, surtout le matin et le soir. Déjà parce que ce n'est pas compatible avec l'éducation de mon fils. Je n'ai plus que Nicholas et il est ma priorité numéro un. Il y a un autre problème, physique : il y a quelques années, j'ai fait une méningite et on a découvert que je souffrais de sinusite chronique. À cause d'une hypersensibilité au... chlore. Oui, au chlore. Donc, je ne peux plus être entraîneur de natation. Mais autour d'une table, au poste de présidente, je ne souffrirai pas de ma sinusite, hein (Rires)