Simply the best ? C'est clair pour beaucoup de monde. Dieumerci Mbokani a mis son petit but lors du dernier devoir en Ligue des Champions, à Malaga. Comme pour prouver encore une fois que le championnat belge était décidément trop exigu pour lui. Le Congolais des Mauves se déboutonne.
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Simply the best ? C'est clair pour beaucoup de monde. Dieumerci Mbokani a mis son petit but lors du dernier devoir en Ligue des Champions, à Malaga. Comme pour prouver encore une fois que le championnat belge était décidément trop exigu pour lui. Le Congolais des Mauves se déboutonne. Dieumerci Mbokani : Parce que je suis bon depuis le début de l'année. Parce que j'ai fait la différence dans plusieurs gros matches. Tout simplement parce que j'ai été le meilleur joueur du championnat. Ça fait quelques années que je le mérite, non ? Déjà quand j'étais au Standard. A nouveau la saison passée. Et encore maintenant. Je laisse les gens juger. Mais je ne sais toujours pas pourquoi je n'ai jamais eu le Soulier d'Or. Tout le monde voyait quand même que je le méritais ! Il y a quelques joueurs de Genk et de Bruges qui ont fait des belles choses par moments. Par exemple, Carlos Bacca est très bon depuis l'été. Mais il ne peut pas être un concurrent puisqu'il n'a rien fait au deuxième tour de la saison dernière. Jelle Vossen aussi m'a bien plu. Mais en tenant compte des deux tours du vote, je ne vois pas qui pourrait avoir autant de points que moi. Bien sûr. Etre sur le palmarès de prix pareils me fait toujours rêver. Je veux qu'on me donne un beau trophée, puis je pars dans un autre championnat. J'ai eu le Soulier d'Ebène, c'est déjà très chouette. Maintenant, le Soulier d'Or. Puis éventuellement Footballeur Pro en fin de saison. Certainement. Un de mes buts est de laisser une trace dans le livre du football belge. Une ligne dans les palmarès. C'est un truc qu'on ne t'enlève plus jamais. Je veux continuer à exister ici quand je serai parti. Ça ne peut qu'augmenter la réputation d'un joueur. C'est leur choix, leur responsabilité, mais tout le monde sait que je suis le meilleur en Belgique pour le moment. Regarde les matches que je joue : c'est justifié de dire ça. Il y a une réalité : en fin de saison, il ne me restera plus qu'un an de contrat. Il faudra donc faire quelque chose sans tarder. Je pense que j'ai prouvé suffisamment de choses en Belgique. J'ai aussi quatre titres : deux avec Anderlecht, deux avec le Standard. Et j'ai 27 ans. Tu comprends mieux pourquoi je pense plus que jamais à une nouvelle aventure ? On verra s'il y a des offres intéressantes. On verra aussi ce que je ferai à la Coupe d'Afrique. Je ne suis pas d'accord quand on dit que ça n'a pas marché en France et en Allemagne. On peut tirer cette conclusion-là si on ne regarde que mes matches et mes statistiques. Mais si on tient compte aussi de tous mes soucis, le raisonnement devient déjà différent. Quand j'étais à Wolfsburg, j'ai eu des gros problèmes familiaux. Ma femme est enceinte, ça ne se passe pas bien, elle accouche prématurément, mon fils passe deux mois en couveuse : comment tu veux être bon sur le terrain dans ces conditions-là ? Il y en a beaucoup d'autres qui auraient connu un passage à vide. Par rapport à ma famille, le foot n'a pas une importance énorme ! Non mais j'en ai eu d'autres... Guy Lacombe, c'était quelque chose. Quand je reviens de vacances en Afrique, début janvier, il me dit que je reste à Monaco pendant que le groupe part en stage. Je ne suis pas le seul puni, il y a aussi Igor Lolo, Serge Gakpé, Jean-Jacques Gosso. Oui, ça fait quatre Blacks ! Quand il devait faire une remarque négative, c'était le plus souvent à un Black. Dès le jour où Lacombe me dit que je ne ferai pas le stage, j'annonce au club que je m'en vais. Quelques jours plus tard, Lacombe saute et est remplacé par Laurent Banide, qui me demande de rester. Là, je suis catégorique : je pars, personne ne me retiendra. C'est comme ça que je me retrouve en prêt à Wolfsbourg. Je ne me plaisais pas, l'équipe ne tournait pas : il fallait que je change d'air. Tout le monde l'a vu : quand je joue comme ça, j'ai le niveau pour disputer la Ligue des Champions, même avec un grand club. J'y ai fait la différence comme je la fais régulièrement en championnat. N'importe quel grand pays mais plus la France ! (Il rigole). OK, mais la Ligue 1, je n'en veux plus. Je n'aime pas, c'est trop fermé. Je dirais que l'environnement est très spécial. D'un côté, tu as cette ville minuscule où c'est tout le temps la fête. Tu sais, Monaco, c'est l'ambiance tous les jours ! De l'autre, tu as un club où la pression n'existe pas, où il y a moins de 3.000 personnes dans le stade. Signer à Monaco, ça peut être un bon choix si tu as passé la trentaine. Mais pas à l'âge où j'y suis allé. Oui. C'était vraiment très bien. Mon meilleur souvenir, ce sont mes deux buts contre Anderlecht qui nous ont rapporté le titre. Oui. J'ai pris de l'expérience en jouant en France et en Allemagne. Et je ne suis plus le même attaquant. A ce moment-là, je ne faisais que jouer devant, je défendais très peu. Je bouge beaucoup plus maintenant. Pour quitter la Belgique, je suis toujours prêt... (Il éclate de rire). Ça diminue d'année en année. Logique puisque les meilleurs joueurs partent à la fin de chaque saison. Je suis plus fort aujourd'hui, c'est clair ! Plus fort dans un championnat moins fort, si ça te convient... Non, mais clairement, aujourd'hui, il est temps que je reparte. Je ne vais pas attendre d'avoir 32 ans pour tenter une nouvelle aventure dans une compétition plus costaude. Pendant ma deuxième saison au Standard, je lutte avec Jaime Ruiz, de Westerlo, jusqu'à quelques journées de la fin. Et là, je me blesse. Même chose la saison passée, sauf que j'ai raté les matches en début de championnat. On verra bien. Mais je ne suis pas loin de la tête du classement. Même raisonnement que pour le Soulier d'Ebène, le Soulier d'Or ou le Footballeur Pro : c'est une façon de laisser une trace à vie dans l'histoire du foot belge. Il a besoin de moi et c'est réciproque. Parce qu'on se connaît parfaitement : trois ans ensemble au Standard, c'est notre deuxième année à Anderlecht. Je sais comment il va partir, il sait comment il doit me donner le ballon. Je dirais Igor de Camargo au Standard et Matias Suarez ici l'année passée. (Il éclate de rire). C'est vrai que notre relation est très forte, et pas seulement sur le terrain. Quand je suis fâché, je ne parle à personne. Sauf à lui ! Il m'écoute, il me comprend. Tout à fait d'accord. Je ne veux pas avoir ma tête sans arrêt à la télé. Il faudrait compter le nombre d'interviews que donnent Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo. Ça ne doit pas être énorme non plus... Il parlait sans doute de mon caractère, de mes deux visages. Je ne suis pas un méchant garçon, je suis un vrai calme, tout le monde le sait à Anderlecht. Mais si je me fâche, je suis très fâché. On me touche, je réagis directement. Dans ce sens-là, oui, je suis spécial. Mais Mario Balotelli l'est aussi, non ? On est presque les mêmes... S'il dit que je suis méchant, qu'est-ce que je dois dire, moi ? Il ne faut pas me juger en ne regardant que cette phase-là, il faut tenir compte de toutes les fautes qu'on fait sur moi, dans chaque match. C'est impressionnant. J'étais énervé ! Très énervé dans ma tête ! Des gars de Lokeren n'arrêtaient pas de faire des fautes sur moi et l'arbitre ne bronchait pas. En tombant, je me fais hyper mal au genou, alors je réagis. Mais regarde les résumés des matches d'Anderlecht ! Le foot, c'est un sport où on fait plein de fautes. Ça, je peux le comprendre, même l'accepter. C'est comme ça en Belgique, en Angleterre, en Italie, partout. Il y a même des pays où on met plus de coups qu'ici. Mais parfois, on ne le supporte plus. Plus d'une dizaine, c'est sûr. Récemment en Coupe, contre Malines, je vais trouver Jérôme Nzolo dès les premières minutes. Je lui dis qu'un défenseur ne cherche même pas à avoir le ballon mais monte sur mon dos... Il me répond : -Je le vois, calme-toi. Mais il n'a jamais sifflé. Oui, mais ça ne change pas grand-chose. Jamais la moitié. Peut-être trois ou quatre. Les arbitres se disent peut-être que Mbokani est quand même trop fort et qu'il trouvera une solution. Tu veux savoir ? J'ai affronté des joueurs qui profitaient de la situation. Ils se disaient : -Il a le nez fragile, alors je ne vais pas me priver pour être encore plus vicieux. Je ne vais te donner qu'un nom : Philippe Mexès... Question fautes, il a mis le paquet. A cause d'un entraîneur qui a voulu faire croire que j'étais indiscipliné. Enfin, quand je dis un entraîneur... Robert Nouzaret venait à l'entraînement en tongs, il s'asseyait à côté du terrain avec son sifflet et c'était le préparateur des gardiens qui devait faire son boulot. Je n'étais pas content et je le lui ai fait remarquer : -Moi, je joue en Europe, je suis professionnel, c'est quoi ça ? Pour le match qui suivait, il m'a dit que je serais réserviste. J'ai répondu : -OK, alors je rentre à Wolfsbourg. C'est ça, manquer de discipline ? Un peu plus tard, j'ai reçu un courrier de la Fédération congolaise, on m'annonçait que j'étais suspendu à vie. Pas de problème, c'est la vie. Quand Claude Leroy a repris l'équipe, il m'a directement convoqué, je lui ai répondu que pour moi, c'était fini. On a discuté pendant six mois. J'étais entre-temps revenu à Anderlecht. Il y a eu plusieurs réunions au sommet : avec Leroy, le président et le manager de la fédé. Ma femme me suppliait de rejouer, ma maman aussi, et là-bas, les gens me réclamaient. Finalement, c'est le club qui m'a incité à porter de nouveau le maillot du Congo. Quand j'y suis retourné, pour un match contre le Togo, tout le public a chanté pour moi. Ils ne comprenaient rien. Maintenant, mon retour n'a pas nécessairement fait plaisir à tout le monde... Quand Claude Leroy a dit publiquement que j'étais le meilleur attaquant congolais, il y a des joueurs qui n'ont pas apprécié. Ben oui, et c'est normal que j'y aille... Je n'ai pas le choix, je pars pour mon pays. Le 4 janvier, on commence un stage à Dubaï. Puis on vole jusqu'en Afrique du Sud. Non. La situation est simple : des Rwandais viennent et tuent des Congolais. C'est triste... Mais ça n'a rien à voir avec le foot. Si tous les événements politiques devaient pénaliser l'équipe nationale... Une fois c'est un problème avec le président, une autre fois avec des députés, puis encore autre chose... Oui, Tom De Sutter est là. Il va marquer des buts. Encore ! Il le fait très bien chaque fois que je ne suis pas là. Personne n'est irremplaçable. Suarez est parti ? Dennis Praet a pris sa place. Et De Sutter peut me remplacer. Oui, et moi, je préfère jouer avec lui à côté de moi, en 4-4-2. On l'a fait pendant plusieurs semaines et ça marchait bien. Tout à fait. Il se dit sûrement que, dans le meilleur des cas, je pars à la CAN, et dans le pire, je pars tout court. (Il rigole). Je sais que c'est son raisonnement. Anderlecht a deux purs attaquants : De Sutter et moi. Il en faut au moins un troisième. Oui. Un jour, il m'a dit en rigolant : -Toi, tu restes jusqu'à la fin de la saison. Je lui ai répondu aussi en rigolant : -On verra bien. Ici, personne ne le sait mais j'ai joué pendant des années comme médian défensif. Ce n'est qu'en arrivant au Tout-Puissant Mazembe, à 19 ans, que je suis devenu numéro 10. De là, je marquais beaucoup, alors on m'a fait glisser au centre-avant. Dans mon premier match comme attaquant de pointe, j'ai marqué deux buts. Et je n'ai plus jamais reculé. Pourquoi ça m'énerverait ? On peut m'appeler comme on veut : Mbokani, Dieumerci, Dieu. On parle toujours de la même personne, hein ! Il y a Dieu là en haut, et moi, je suis le fils de Dieu... (Il rigole). Tous les week-ends, je vais à l'église, chaussée de Ninove. Au Congo, j'étais acolyte. Enfant de choeur, si tu préfères. Quand je fais une prière, je demande à Dieu qu'il me donne la sagesse, l'intelligence et la force sur le terrain. Puis, je prie très fort pour mon fils. Je suis encore plus croyant depuis sa mort. Ils font ce qu'ils veulent. Moi, je dis que c'est Dieu qui l'a décidé, c'est la vie, c'est le destin. Je pense à mon fils dès que je marque un but. Et j'ai fêté le dernier titre avec lui, avec mon T-shirt sur lequel j'avais écrit " Je penserai toujours à toi, David, mon fils ". Mais à 19, 20 ans, c'est normal de sortir, non ? Tu es jeune. Tu l'as fait aussi, non ? Le pire, c'était la première année au Standard. Maintenant, c'est fini, je ne déconne plus. Ah, les bagnoles, ce sont mes petits plaisirs... Acheter une Ferrari, c'est gai, non ? J'ai une Mercedes du club. J'ai offert une BMW X6 à ma femme. Ma Range Rover et ma Porsche, je les ai expédiées à ma famille au Congo... Mais je n'investis pas que là-dedans : j'ai quelques maisons, en Belgique et en Afrique. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE / HAMERS" Tout le monde sait que je suis le meilleur en Belgique. " " Des défenseurs ont profité de mon masque et de mon nez fragile pour me mettre encore plus de coups. Un exemple ? Mexès. " " Ferrari, Mercedes, BMW pour ma femme, j'ai expédié la Range et la Porsche au Congo : les bagnoles, ce sont mes petits plaisirs. " " Dans le meilleur des cas, je pars tout simplement à la CAN. Dans le pire, je pars tout court. "