Bernd Storck s'est installé à l'hôtel Velotel, en bordure de Bruges. C'est là que se retrouvent les joueurs pour leur mise au vert avant chaque match et ça se remarque : au restaurant, les bougies sont plantées dans des verres de couleur verte. Le manager féminin de cet établissement connaît son monde. Les bougies et les sapins de Noël confèrent une ambiance chaleureuse à l'ensemble, en cette période de fin d'année.

Ici, Bernd Storck peut reprendre son souffle un instant. Le chantier du Cercle l'accapare du matin au soir. Il arrive tôt chaque matin au stade Jan Breydel, une heure et demie avant les joueurs. Il ne cherche pas de maison car sa famille réside encore à Berlin. Son contrat avec le Cercle prend fin en juin et il ne s'occupe pas de la suite, pour le moment. " Je ne signe que des contrats d'un an ", raconte Storck. " Je n'ai pas besoin de sécurité. " Sa présence au Cercle n'est pas passée inaperçue. Il y travaille comme partout ailleurs : avec ceux qui suivent sa ligne de conduite. De ce point de vue, l'Allemand est impitoyable. Il ne conserve pas ceux qui ne se retrouvent pas dans sa méthode. Il a fait de même à l'Excel Mouscron, avec lequel il a signé un superbe second tour, ponctué de huit victoires d'affilée. Il est étonnant qu'il soit ensuite resté des mois sans club mais il ne veut pas s'y attarder. " Il faut que tout se mette en place. "

Ce noyau n'est pas bien composé. " Bernd Storck

Bernd Storck est un conteur passionnant. Il ne tourne pas autour du pot. Il est également très direct envers ses joueurs. Passer la pommade et éteindre les incendies, c'est perdre son temps. Mais il est très clair. Bien plus encore que dans ses autres jobs, Storck se considère comme un professeur de football au Cercle. Il corrige et encourage. Mais surtout, il indique toujours ce qu'on peut améliorer. Son empreinte est très nette sur le terrain.

BERND STORCK : " A mon arrivée, je n'avais qu'un objectif : éviter la relégation. J'ai quand même eu un choc en découvrant l'équipe. Le niveau m'a surpris. J'ai beaucoup de joueurs talentueux, ce que j'ai immédiatement remarqué à l'entraînement, mais ils n'ont pas d'expérience. J'ai été surpris qu'on entame la saison avec autant de jeunes footballeurs. Je comprends qu'on opte pour des jeunes qui ont des perspectives et veulent continuer à progresser mais ce n'est pas évident sans un tronc de footballeurs chevronnés. Sept joueurs étaient déjà là la saison passée. Les autres sont nouveaux. Comme les trois gardiens, par exemple. Ils ne connaissent pas la compétition ou n'ont presque pas joué la saison passée, comme Guillaume Hubert. "

Il y a un déséquilibre entre jeunes et joueurs expérimentés.

STORCK : C'est le problème. L'équipe est donc déséquilibrée. En plus, un jeune footballeur ne peut se développer que s'il est encadré par des joueurs chevronnés. Mais si ces joueurs-là rencontrent aussi des difficultés, c'est très compliqué. Le Cercle a cru que les jeunes allaient progresser mais pour cela, il faut du temps. En outre, il y a 19 nouveaux, dont une bonne partie sont seulement loués. Ils vont donc repartir au bout d'un an, en espérant avoir progressé.

Ça complique le travail.

STORCK : On n'en remarque rien à l'engagement du groupe. Tout le monde fait preuve d'un grand engagement mais on ne retrouve pas en match ce qu'on exerce à l'entraînement. Le décalage est considérable. Ce n'est pas anormal puisque la plupart des joueurs sont en plein apprentissage. Pourtant, ils sont soumis à une certaine pression. Je remarque qu'ils ne sont pas encore armés contre cette pression. Je ne peux pas le leur reprocher. Le management aurait dû mieux régler ça. En fait, le noyau est mal composé, même si c'était avec les meilleures intentions du monde.

UN PRESSING ÉLEVÉ

Vous avez pourtant accompli un énorme travail. L'équipe est nettement plus avancée qu'avec votre prédécesseur.

STORCK : A l'exception du match à Charleroi. Quelques joueurs n'étaient pas à leur niveau. C'est compréhensible quand on se rappelle comment nous avons joué au Standard et contre Genk, sans prendre de points. C'est très dur psychologiquement : on joue bien mais on perd alors qu'évidemment, on prend confiance quand on gagne des points. A Charleroi, nous avons commis des erreurs évitables, des aspects que j'avais déjà souvent soulignés. Le premier but, par exemple. Nous étions en supériorité numérique, à cinq contre deux mais Charleroi a quand même marqué. Nous avons permis à l'adversaire de se créer des occasions trop facilement. J'étais assez amer, bien que je puisse le comprendre. Les jeunes footballeurs doivent tirer des leçons de leurs erreurs. Quand on aligne quatre joueurs de 19 ans, on doit s'attendre à ce qu'ils soient irréguliers.

Bernd Storck:  " Je veux tout contrôler. ", BELGAIMAGE
Bernd Storck: " Je veux tout contrôler. " © BELGAIMAGE

Pourtant, en deux mois, le Cercle a énormément progressé sous votre direction et il s'est ressaisi de sa défaite contre Charleroi face à Zulte Waregem.

STORCK : C'est une victoire importante. Je pense que les joueurs sont mieux à même d'interpréter leur position. Ils savent ce qu'on attend d'eux. Je remarque aussi que le public s'identifie mieux à notre style de jeu. Du moins, c'est ce qu'on me dit partout. Nous jouons vite, avec agressivité. En pressant.

C'est le football que vous prônez : une pression élevée, le plus loin possible de votre but.

STORCK : Que signifie le pressing ? Que le joueur en possession du ballon mette son adversaire sous pression. Par la manière dont il se dirige vers lui. Il provoque une réaction. Je veux jouer le plus possible en possession du ballon. Ça confère une sécurité à l'équipe. C'est important, surtout pour les jeunes. Je veux les aider par toutes sortes d'exercices. Je veux faire progresser les joueurs.

Comme un professeur de football.

STORCK : Je suis davantage un professeur qu'un entraîneur au Cercle. C'était aussi le cas à Mouscron mais le groupe était plus mûr. Ici, les jeunes représentent 70% du noyau. Et 70% de mes joueurs ne connaissent pas le championnat de Belgique. Ils ne savaient pas ce qui les attendait. Prenez les Français. Ils sont bons sur le plan technique mais ils s'effraient quand ils remarquent qu'on place l'accent sur le physique. Et ils sont jeunes. Nous devons changer ça pendant la trêve hivernale. Embaucher des footballeurs expérimentés ne sera pas facile mais c'est nécessaire. Sinon, ça va être vraiment très dur. J'insiste : le talent ne manque pas mais il doit pouvoir se développer. Or, ici, les jeunes doivent se montrer chaque semaine. C'est pour ça qu'il nous faut de l'expérience. Nous avons une liste de joueurs qui peuvent nous renforcer.

UN CONTRÔLE TOTAL

Il n'y a rien à redire à la mentalité du groupe.

STORCK : Certainement pas. Mais c'est l'entraîneur qui est responsable de cette mentalité. Il détermine comment une équipe se présente et en fait, il personnifie le jeu de l'équipe. C'est pour ça que je suis très direct. Pour le match contre Zulte Waregem, j'ai dû écarter certains joueurs mais je leur ai expliqué pourquoi. Je leur demande par exemple combien de duels ils ont gagné, combien de passes ils ont envoyé ou combien de buts ils ont marqué. Je leur montre leurs erreurs, statistiques à l'appui. Il faut procurer cette clarté aux joueurs. Leur dire en quoi ils sont bons et mauvais. Je suis très ouvert, j'ai simplement une manière à moi de fonctionner. Ils la comprennent. On l'a vu contre Zulte Waregem.

C'est pour ça que vous préférez travailler avec votre staff.

STORCK : Je peux également travailler avec d'autres personnes, pour autant qu'elles acceptent mes méthodes. Elles doivent s'adapter à la situation, de même que les joueurs. Elles doivent m'aider à amener le noyau à un autre niveau. Je remarque qu'en Belgique, l'entraîneur principal fonctionne différemment avec ses adjoints, qui ont parfois plus de responsabilités sur le terrain. Je respecte ce point de vue mais je ne le partage pas. Je suis responsable de tout donc je prend toutes les décisions et je trace la voie. Celui qui ne s'y retrouve pas doit en tirer ses conséquences. Je prépare également toutes les séances. De A à Z. Et chaque jour différemment. Avant chaque entraînement, je montre une vidéo pour que les joueurs voient ce que j'attends d'eux et puissent s'y préparer. J'essaie de concevoir des exercices qui lancent des défis aux joueurs. Je constate qu'ils sont enthousiastes. C'est un plaisir de les voir travailler.

Kylian Hazard a un grand potentiel mais il doit encore apprendre à l'utiliser. " Bernd Storck

Vous avez recours à la science pour mesurer leurs aptitudes physiques. Vous procédez à des tests d'acide lactique partout.

STORCK : Tous les clubs allemands le font mais c'est moins courant ici. On préfère mesurer l'oxygène, en Belgique. Je demande aussi une prise de sang, pour connaître l'état physique des joueurs et utiliser ces données. Ça permet de moduler les séances. Je trouve qu'il faut exploiter tous les moyens qu'on peut. Ça permet aussi de trouver le bon équilibre entre intensité et repos. C'est un outil de contrôle qui m'aide à perfectionner les joueurs. J'ai fait ajouter quelques appareils à la salle de fitness. Je n'ai pas à me plaindre de la collaboration du club. Ah, je ne peux pas dire club ? Mais en Allemagne, on dit toujours der Club ! ( Rires)

Bernd Storck:  " Je suis davantage un professeur qu'un entraîneur au Cercle. ", BELGAIMAGE
Bernd Storck: " Je suis davantage un professeur qu'un entraîneur au Cercle. " © BELGAIMAGE

Cinq membres du staff sont partis. Rudi Cossey est le dernier en date. Il a dit qu'il voulait vous aider mais qu'il ne pouvait pas.

STORCK : Il avait une autre conception de l'aide, même s'il m'a bel et bien aidé. Quand j'arrive dans un club, je suis le seul qui doit prendre la parole. Si un adjoint parle avec les joueurs, en néerlandais ou en français, je ne comprends pas. Je ne sais pas ce qui se dit. Je suis un entraîneur très présent et très actif car j'estime que le coach doit mener ses troupes à la bataille, montrer l'exemple. Libre à d'autres d'avoir un autre avis. Deux assistants sont partis de Mouscron. Je veux contrôler tout ce qui se passe et de ce point de vue, je ne fais aucun compromis. Toutes les pièces du puzzle doivent aller ensemble, les joueurs doivent savoir exactement ce qu'on attend d'eux.

Je trouve aussi important que l'entraîneur principal s'occupe de la communication avec le groupe. J'explique toujours leurs erreurs aux joueurs et je les exhorte à exécuter ce que je veux à l'entraînement afin qu'ils puissent le faire en match. J'insiste sur le fait qu'ils doivent se parler davantage. La communication est un problème contemporain. Dans le vestiaire, j'ai vu tout le monde chipoter à son smartphone. Ils ne s'occupaient que de ça, on n'entendait pas un mot. J'ai donc interdit les smartphones. Si on ne se parle pas dans le vestiaire, comment va-t-on le faire sur le terrain ? J'essaie de stimuler cette communication, par exemple en organisant un petit-déjeuner commun tous les matins.

Peu après votre arrivée, Kylian Hazard vous enchantait mais vous l'avez mis sur le banc contre Zulte Waregem.

STORCK : Kylian Hazard a un énorme potentiel mais il doit apprendre à l'utiliser. C'est difficile. Il a évidemment un grand nom, deux frères qui connaissent le succès et ce n'est pas facile mais il doit écrire sa propre histoire. Si je le nomme capitaine, il doit justifier cette responsabilité. Et utiliser son potentiel. Semaine après semaine, entraînement après entraînement, match après match. Alors seulement, il pourra devenir un grand joueur.

AUF WIEDERSEHEN

Êtes-vous satisfait d'avoir retrouvé du travail ?

STORCK : Ma mission me réjouit. Passer deux ou trois mois à la maison n'est vraiment pas mon truc, même si j'ai essayé de mettre ce temps à profit pour poursuivre ma formation. Je suis heureux d'avoir obtenu ce job, même si je dois reconnaître que tout est nettement plus compliqué que je ne le pensais.

N'est-il pas surprenant que vous ayez dû attendre aussi longtemps alors que vous avez signé un parcours fantastique avec Mouscron ?

STORCK : Que voulez-vous que je dise ? Il y a eu des contacts, des propositions, mais encore faut-il que toutes les pièces concordent. Il faut croire au projet et penser au long terme. On remarque alors à quel point das Geschäft est brutal. On m'a proposé le poste de sélectionneur de la Grèce. Le vice-président voulait m'envoyer un billet d'avion pour Athènes le mercredi mais le vendredi, la Grèce a présenté son nouvel entraîneur. Le président avait tout arrangé. Au Cercle, tout était clair. J'ai longuement discuté avec les gens du Cercle et de Monaco et je me suis pleinement retrouvé dans leur philosophie. J'ai décelé beaucoup de possibilités ici.

Le KRC Genk s'est intéressé à vous en été.

STORCK : Il a choisi une autre piste.

Genk s'est remanifesté après le limogeage de Felice Mazzù?

STORCK : Il a demandé à mon conseiller la nature de mon contrat mais je ne suis pas de ceux qui travaillent deux mois quelque part avant de dire auf Wiedersehen. Ce n'est pas correct.

Vous n'avez pourtant signé que jusqu'en fin de saison.

STORCK : Sciemment. Je n'ai pas besoin de cette sécurité. Je conclus généralement des contrats d'un an. Je sais ce que je veux et ce dont je suis capable. Le Cercle me confère un excellent sentiment. Il faut simplement bien renforcer l'équipe afin de lui offrir l'expérience qui permettra aux jeunes de mieux se développer. Nous avons un noyau de 28 joueurs. Plus de 50% d'entre eux ont des perspectives.

Vous avez quand même fait éclore quelques jeunes du cru.

STORCK : Des joueurs qui étaient performants en équipe B. Calvin Dekuyper a même joué en équipe première mais a été malheureusement posté à la mauvaise place, à l'arrière droit alors qu'il est un numéro six. Tibo Somers est un footballeur très intéressant que je peux placer à différentes positions. Je trouve logique de leur offrir une chance s'ils sont meilleurs que les joueurs dont je dispose. Mais pour eux comme pour les autres jeunes, il est important de souffler de temps en temps.

Avez-vous l'impression d'avoir réalisé à Mouscron le chef d'oeuvre absolu de votre carrière ?

STORCK : C'était fantastique, d'autant que nous développions un football très spectaculaire et que nous avons battu presque toutes les grandes équipes. Mais ce que j'ai fait au Kazakhstan était encore plus difficile. J'étais à la fois sélectionneur et entraîneur d'un club. L'équipe était jeune mais pas autant qu'ici. Elle était avant-dernière à mon arrivée. Cette saison-là, quatre clubs descendaient car le championnat allait subir une réforme. Nous avions un retard de huit points sur la douzième place, synonyme de maintien. Il ne restait que neuf matches. Si j'ai pu refaire ces huit points, pourquoi me ferais-je du souci à propos des six points de retard que nous avons actuellement ?

Entraînement à la Noël

Il est étonnant qu'un professionnel comme Bernd Storck n'ait guère reçu d'offres en Allemagne après ses excellents états de service à Mouscron. Un club de deuxième Bundesliga l'a pisté mais le deal ne s'est pas réalisé. " En Allemagne, je n'ai pas l'occasion de me présenter et d'expliquer comment je travaille ", dit-il.

Pourtant, il y a une dizaine de jours, Bernd Storck est apparu sur le site du quotidien Bild. " Storck trainiert mit Weihnachten ", soit Storck entraîne pendant la Noël. C'est inimaginable en Allemagne mais Storck veut préparer le Cercle de son mieux pour le match crucial à Courtrai.

Bernd Storck s'est installé à l'hôtel Velotel, en bordure de Bruges. C'est là que se retrouvent les joueurs pour leur mise au vert avant chaque match et ça se remarque : au restaurant, les bougies sont plantées dans des verres de couleur verte. Le manager féminin de cet établissement connaît son monde. Les bougies et les sapins de Noël confèrent une ambiance chaleureuse à l'ensemble, en cette période de fin d'année. Ici, Bernd Storck peut reprendre son souffle un instant. Le chantier du Cercle l'accapare du matin au soir. Il arrive tôt chaque matin au stade Jan Breydel, une heure et demie avant les joueurs. Il ne cherche pas de maison car sa famille réside encore à Berlin. Son contrat avec le Cercle prend fin en juin et il ne s'occupe pas de la suite, pour le moment. " Je ne signe que des contrats d'un an ", raconte Storck. " Je n'ai pas besoin de sécurité. " Sa présence au Cercle n'est pas passée inaperçue. Il y travaille comme partout ailleurs : avec ceux qui suivent sa ligne de conduite. De ce point de vue, l'Allemand est impitoyable. Il ne conserve pas ceux qui ne se retrouvent pas dans sa méthode. Il a fait de même à l'Excel Mouscron, avec lequel il a signé un superbe second tour, ponctué de huit victoires d'affilée. Il est étonnant qu'il soit ensuite resté des mois sans club mais il ne veut pas s'y attarder. " Il faut que tout se mette en place. " Bernd Storck est un conteur passionnant. Il ne tourne pas autour du pot. Il est également très direct envers ses joueurs. Passer la pommade et éteindre les incendies, c'est perdre son temps. Mais il est très clair. Bien plus encore que dans ses autres jobs, Storck se considère comme un professeur de football au Cercle. Il corrige et encourage. Mais surtout, il indique toujours ce qu'on peut améliorer. Son empreinte est très nette sur le terrain. BERND STORCK : " A mon arrivée, je n'avais qu'un objectif : éviter la relégation. J'ai quand même eu un choc en découvrant l'équipe. Le niveau m'a surpris. J'ai beaucoup de joueurs talentueux, ce que j'ai immédiatement remarqué à l'entraînement, mais ils n'ont pas d'expérience. J'ai été surpris qu'on entame la saison avec autant de jeunes footballeurs. Je comprends qu'on opte pour des jeunes qui ont des perspectives et veulent continuer à progresser mais ce n'est pas évident sans un tronc de footballeurs chevronnés. Sept joueurs étaient déjà là la saison passée. Les autres sont nouveaux. Comme les trois gardiens, par exemple. Ils ne connaissent pas la compétition ou n'ont presque pas joué la saison passée, comme Guillaume Hubert. " Il y a un déséquilibre entre jeunes et joueurs expérimentés. STORCK : C'est le problème. L'équipe est donc déséquilibrée. En plus, un jeune footballeur ne peut se développer que s'il est encadré par des joueurs chevronnés. Mais si ces joueurs-là rencontrent aussi des difficultés, c'est très compliqué. Le Cercle a cru que les jeunes allaient progresser mais pour cela, il faut du temps. En outre, il y a 19 nouveaux, dont une bonne partie sont seulement loués. Ils vont donc repartir au bout d'un an, en espérant avoir progressé. Ça complique le travail. STORCK : On n'en remarque rien à l'engagement du groupe. Tout le monde fait preuve d'un grand engagement mais on ne retrouve pas en match ce qu'on exerce à l'entraînement. Le décalage est considérable. Ce n'est pas anormal puisque la plupart des joueurs sont en plein apprentissage. Pourtant, ils sont soumis à une certaine pression. Je remarque qu'ils ne sont pas encore armés contre cette pression. Je ne peux pas le leur reprocher. Le management aurait dû mieux régler ça. En fait, le noyau est mal composé, même si c'était avec les meilleures intentions du monde. Vous avez pourtant accompli un énorme travail. L'équipe est nettement plus avancée qu'avec votre prédécesseur. STORCK : A l'exception du match à Charleroi. Quelques joueurs n'étaient pas à leur niveau. C'est compréhensible quand on se rappelle comment nous avons joué au Standard et contre Genk, sans prendre de points. C'est très dur psychologiquement : on joue bien mais on perd alors qu'évidemment, on prend confiance quand on gagne des points. A Charleroi, nous avons commis des erreurs évitables, des aspects que j'avais déjà souvent soulignés. Le premier but, par exemple. Nous étions en supériorité numérique, à cinq contre deux mais Charleroi a quand même marqué. Nous avons permis à l'adversaire de se créer des occasions trop facilement. J'étais assez amer, bien que je puisse le comprendre. Les jeunes footballeurs doivent tirer des leçons de leurs erreurs. Quand on aligne quatre joueurs de 19 ans, on doit s'attendre à ce qu'ils soient irréguliers. Pourtant, en deux mois, le Cercle a énormément progressé sous votre direction et il s'est ressaisi de sa défaite contre Charleroi face à Zulte Waregem. STORCK : C'est une victoire importante. Je pense que les joueurs sont mieux à même d'interpréter leur position. Ils savent ce qu'on attend d'eux. Je remarque aussi que le public s'identifie mieux à notre style de jeu. Du moins, c'est ce qu'on me dit partout. Nous jouons vite, avec agressivité. En pressant. C'est le football que vous prônez : une pression élevée, le plus loin possible de votre but. STORCK : Que signifie le pressing ? Que le joueur en possession du ballon mette son adversaire sous pression. Par la manière dont il se dirige vers lui. Il provoque une réaction. Je veux jouer le plus possible en possession du ballon. Ça confère une sécurité à l'équipe. C'est important, surtout pour les jeunes. Je veux les aider par toutes sortes d'exercices. Je veux faire progresser les joueurs. Comme un professeur de football. STORCK : Je suis davantage un professeur qu'un entraîneur au Cercle. C'était aussi le cas à Mouscron mais le groupe était plus mûr. Ici, les jeunes représentent 70% du noyau. Et 70% de mes joueurs ne connaissent pas le championnat de Belgique. Ils ne savaient pas ce qui les attendait. Prenez les Français. Ils sont bons sur le plan technique mais ils s'effraient quand ils remarquent qu'on place l'accent sur le physique. Et ils sont jeunes. Nous devons changer ça pendant la trêve hivernale. Embaucher des footballeurs expérimentés ne sera pas facile mais c'est nécessaire. Sinon, ça va être vraiment très dur. J'insiste : le talent ne manque pas mais il doit pouvoir se développer. Or, ici, les jeunes doivent se montrer chaque semaine. C'est pour ça qu'il nous faut de l'expérience. Nous avons une liste de joueurs qui peuvent nous renforcer. Il n'y a rien à redire à la mentalité du groupe. STORCK : Certainement pas. Mais c'est l'entraîneur qui est responsable de cette mentalité. Il détermine comment une équipe se présente et en fait, il personnifie le jeu de l'équipe. C'est pour ça que je suis très direct. Pour le match contre Zulte Waregem, j'ai dû écarter certains joueurs mais je leur ai expliqué pourquoi. Je leur demande par exemple combien de duels ils ont gagné, combien de passes ils ont envoyé ou combien de buts ils ont marqué. Je leur montre leurs erreurs, statistiques à l'appui. Il faut procurer cette clarté aux joueurs. Leur dire en quoi ils sont bons et mauvais. Je suis très ouvert, j'ai simplement une manière à moi de fonctionner. Ils la comprennent. On l'a vu contre Zulte Waregem. C'est pour ça que vous préférez travailler avec votre staff. STORCK : Je peux également travailler avec d'autres personnes, pour autant qu'elles acceptent mes méthodes. Elles doivent s'adapter à la situation, de même que les joueurs. Elles doivent m'aider à amener le noyau à un autre niveau. Je remarque qu'en Belgique, l'entraîneur principal fonctionne différemment avec ses adjoints, qui ont parfois plus de responsabilités sur le terrain. Je respecte ce point de vue mais je ne le partage pas. Je suis responsable de tout donc je prend toutes les décisions et je trace la voie. Celui qui ne s'y retrouve pas doit en tirer ses conséquences. Je prépare également toutes les séances. De A à Z. Et chaque jour différemment. Avant chaque entraînement, je montre une vidéo pour que les joueurs voient ce que j'attends d'eux et puissent s'y préparer. J'essaie de concevoir des exercices qui lancent des défis aux joueurs. Je constate qu'ils sont enthousiastes. C'est un plaisir de les voir travailler. Vous avez recours à la science pour mesurer leurs aptitudes physiques. Vous procédez à des tests d'acide lactique partout. STORCK : Tous les clubs allemands le font mais c'est moins courant ici. On préfère mesurer l'oxygène, en Belgique. Je demande aussi une prise de sang, pour connaître l'état physique des joueurs et utiliser ces données. Ça permet de moduler les séances. Je trouve qu'il faut exploiter tous les moyens qu'on peut. Ça permet aussi de trouver le bon équilibre entre intensité et repos. C'est un outil de contrôle qui m'aide à perfectionner les joueurs. J'ai fait ajouter quelques appareils à la salle de fitness. Je n'ai pas à me plaindre de la collaboration du club. Ah, je ne peux pas dire club ? Mais en Allemagne, on dit toujours der Club ! ( Rires) Cinq membres du staff sont partis. Rudi Cossey est le dernier en date. Il a dit qu'il voulait vous aider mais qu'il ne pouvait pas. STORCK : Il avait une autre conception de l'aide, même s'il m'a bel et bien aidé. Quand j'arrive dans un club, je suis le seul qui doit prendre la parole. Si un adjoint parle avec les joueurs, en néerlandais ou en français, je ne comprends pas. Je ne sais pas ce qui se dit. Je suis un entraîneur très présent et très actif car j'estime que le coach doit mener ses troupes à la bataille, montrer l'exemple. Libre à d'autres d'avoir un autre avis. Deux assistants sont partis de Mouscron. Je veux contrôler tout ce qui se passe et de ce point de vue, je ne fais aucun compromis. Toutes les pièces du puzzle doivent aller ensemble, les joueurs doivent savoir exactement ce qu'on attend d'eux. Je trouve aussi important que l'entraîneur principal s'occupe de la communication avec le groupe. J'explique toujours leurs erreurs aux joueurs et je les exhorte à exécuter ce que je veux à l'entraînement afin qu'ils puissent le faire en match. J'insiste sur le fait qu'ils doivent se parler davantage. La communication est un problème contemporain. Dans le vestiaire, j'ai vu tout le monde chipoter à son smartphone. Ils ne s'occupaient que de ça, on n'entendait pas un mot. J'ai donc interdit les smartphones. Si on ne se parle pas dans le vestiaire, comment va-t-on le faire sur le terrain ? J'essaie de stimuler cette communication, par exemple en organisant un petit-déjeuner commun tous les matins. Peu après votre arrivée, Kylian Hazard vous enchantait mais vous l'avez mis sur le banc contre Zulte Waregem. STORCK : Kylian Hazard a un énorme potentiel mais il doit apprendre à l'utiliser. C'est difficile. Il a évidemment un grand nom, deux frères qui connaissent le succès et ce n'est pas facile mais il doit écrire sa propre histoire. Si je le nomme capitaine, il doit justifier cette responsabilité. Et utiliser son potentiel. Semaine après semaine, entraînement après entraînement, match après match. Alors seulement, il pourra devenir un grand joueur. Êtes-vous satisfait d'avoir retrouvé du travail ? STORCK : Ma mission me réjouit. Passer deux ou trois mois à la maison n'est vraiment pas mon truc, même si j'ai essayé de mettre ce temps à profit pour poursuivre ma formation. Je suis heureux d'avoir obtenu ce job, même si je dois reconnaître que tout est nettement plus compliqué que je ne le pensais. N'est-il pas surprenant que vous ayez dû attendre aussi longtemps alors que vous avez signé un parcours fantastique avec Mouscron ? STORCK : Que voulez-vous que je dise ? Il y a eu des contacts, des propositions, mais encore faut-il que toutes les pièces concordent. Il faut croire au projet et penser au long terme. On remarque alors à quel point das Geschäft est brutal. On m'a proposé le poste de sélectionneur de la Grèce. Le vice-président voulait m'envoyer un billet d'avion pour Athènes le mercredi mais le vendredi, la Grèce a présenté son nouvel entraîneur. Le président avait tout arrangé. Au Cercle, tout était clair. J'ai longuement discuté avec les gens du Cercle et de Monaco et je me suis pleinement retrouvé dans leur philosophie. J'ai décelé beaucoup de possibilités ici. Le KRC Genk s'est intéressé à vous en été. STORCK : Il a choisi une autre piste. Genk s'est remanifesté après le limogeage de Felice Mazzù? STORCK : Il a demandé à mon conseiller la nature de mon contrat mais je ne suis pas de ceux qui travaillent deux mois quelque part avant de dire auf Wiedersehen. Ce n'est pas correct. Vous n'avez pourtant signé que jusqu'en fin de saison. STORCK : Sciemment. Je n'ai pas besoin de cette sécurité. Je conclus généralement des contrats d'un an. Je sais ce que je veux et ce dont je suis capable. Le Cercle me confère un excellent sentiment. Il faut simplement bien renforcer l'équipe afin de lui offrir l'expérience qui permettra aux jeunes de mieux se développer. Nous avons un noyau de 28 joueurs. Plus de 50% d'entre eux ont des perspectives. Vous avez quand même fait éclore quelques jeunes du cru. STORCK : Des joueurs qui étaient performants en équipe B. Calvin Dekuyper a même joué en équipe première mais a été malheureusement posté à la mauvaise place, à l'arrière droit alors qu'il est un numéro six. Tibo Somers est un footballeur très intéressant que je peux placer à différentes positions. Je trouve logique de leur offrir une chance s'ils sont meilleurs que les joueurs dont je dispose. Mais pour eux comme pour les autres jeunes, il est important de souffler de temps en temps. Avez-vous l'impression d'avoir réalisé à Mouscron le chef d'oeuvre absolu de votre carrière ? STORCK : C'était fantastique, d'autant que nous développions un football très spectaculaire et que nous avons battu presque toutes les grandes équipes. Mais ce que j'ai fait au Kazakhstan était encore plus difficile. J'étais à la fois sélectionneur et entraîneur d'un club. L'équipe était jeune mais pas autant qu'ici. Elle était avant-dernière à mon arrivée. Cette saison-là, quatre clubs descendaient car le championnat allait subir une réforme. Nous avions un retard de huit points sur la douzième place, synonyme de maintien. Il ne restait que neuf matches. Si j'ai pu refaire ces huit points, pourquoi me ferais-je du souci à propos des six points de retard que nous avons actuellement ?